‹ Histoire des dogmes (volume 3)Chapitre 390 sur 426 · De pecc, mer. et rem., I · texte numérisé non relu

De pecc, mer. et rem., I

qu'elles affligent. Si donc on ne veut pas accuser Dieu d'être injuste et cruel, ni verser dans l'erreur manichéenne qui met dans l'homme un principe essentiellement mauvais, il faut dire que ces souffrances sont la juste punition d'une faute originelle ^ .

Puis il y a cette immense et universelle misère du genre humain, les maladies, la douleur, la pauvreté, l'ignorance, les vices, les travaux, les accidents, les calamités de tout genre qui sont la condition de notre malheureuse race et qui l'accompagnent toute la vie^. Il y a surtout cette opposition en nous entre la chair et l'esprit, cette immonde concupiscence dont nous rougissons, que nous cachons avec soin, tant nous sentons instinctivement qu'elle ne saurait être — au moins dans le degré où elle existe — l'œuvre du créateur 3. Il semble à saint Augustin qu'un état si misérable n'est pas l'état naturel et normal de l'homme, que Dieu n'aurait été ni saint ni juste en nous y condamnant sans raison, que le genre humain n'est donc tel qu'il est qu'en conséquence d'une faute qui pèse sur lui, et à laquelle chacun de nous participe^.

1. Contra Iulian., VI, 67; ni, 9; Contra Iulian. op. imperf,, I, 27, 29, 49; II, 87, 119; V, 64; VI, 36.

2. V. les tableaux du Contra Iulian. op. imp., I, 50, 54; IH, 44; VI, 5, et surtout du De civit. Dei, XXII, 22, 4-3.

3. De nupt. et concup., I, 24 ; Contra duas epist. pelag., I, 31, 33, 35.

4. De nupt. et concup., I, 24; Contra Iulian. op. imp., V, 48. — Saint Augustin étend-il à tous les hommes la tache originelle et ne fait-il, en dehors de Jésus-Christ, aucune exception même en faveur de Marie? Les auteurs qui prétendent qu'il a témoigné en faveur de l'immaculée conception apportent deux textes (authentiques). Le premier est tiré du De natura et gratia, 42; le second se trouve dans le Contra lulianum opus imperfectum, IV, 422. De plus, si l'on rapproche le passage indiqué du De natura et gratta d'un passage du Contra lutianum, V, 57, on remarque qu'ils forment les deux prémisses d'un syllogisme dont la conséquence forcée est la conception immaculée de la Vierge. — On peut cependant répondre à cela : 4« Dans le texte du De natura et gratia, 42, il ne s'agit pas, entre saint Augustin et Pelage, du péché originel mais des péchés actuels. C'est de ceux-ci que notre auteur déclare Marie absolument exempte. 2° Dans le second passage du Contra

En quoi consiste précisément cette faute, et de tous les effets qui sont en nous la suite du péché d'Adam, la mortalité, la douleur, l'ignorance, la concupiscence, la perte de la justice, quel est celui qui nous constitue proprement dans l'état de péché, qui est en nous le péché d'origine, les autres étant seulement une conséquence et une punition de la chute primordiale.

Saint Augustin n'a pas caché l'embarras que lui causait cette question : « Nihil est ad praedicandum notius, disait-il du péché originel, nihil ad intellegendum secretius^ ». Tout bien considéré cependant, il lui parut que le péché d'origine en nous consistait dans la concupiscence désordonnée et surtout dans la concupiscence sexuelle qui règne en nous, et qui a été

lulianum opus imperfectum, IV, 122, il est bien question du péché originel, et Julien reproche précisément à son adst-rsaire d'y faire tremper Marie : ■ Tu ipsa.u Mariam diabolo nascendi conditione transcribis » ; mais mallieureusement la réponse d'Ausi'slin est ambiguë : « Non transcrihimus diabolo Mariam conditinne na>cendi; sed ideo quia ipsa conditio solvitur gratia renascendi ». Si saint Augustin ne fait pas de Marie le loi du démon par la condition de sa naissance, ce n'est I as parce qu'il nie, comme Julien, le péché orij^inel, c'est parce que la condition de naissance de Marie a été corrigée par une grâce de renaissance. A quel moment celle grâce de renaissance a-l-elle opéré, l'auteur ne le dit pas. 3° Enfin, il est très vrai que dans le De natura et gratia, 42 et le Contra lulianum, V, 57 combinés ensemb'e, l'évèque d'Hippone pose des principes dont la conséquence t-si l'immaculée conception de la Vierge : mais cette conséquence, il ne la tire pas, il ne parait pas l'avoir aperçue; bien plus il l'écarté dans le passage même du Contra lulianum : « Nullus est hominum praeter ipsum (GhrJstuin) qui peccatum non habuerit infantilis aeiatis e\orlu ». — Il ■est certain, d'autre part, que saint Augustin adopte ailleurs des vues et un lan:;age incompatibles avec le privilège de Marie, celte idée par exemple que l'exemption du péché originel recjuiert une naissance ex virgine (V. plus loin), et encore l'expression de caro peccati par laquelle il désigne la chair de la Vierge — expression «lui s'applique à tous les hommes déchus — par opposition à celle de similHudo carnis peccati par laquelle il désigne la chair innocente du ^au^eur {De peccator. merit. et remiss., II, 38; Contra Iulian., V, .•>-2; Contra Julian. op. imper t., IV, 79; YI, 22). — On trouvera toute cette qi.es'iun complètement traitée dans Ph. Friedrich, Die Mariologie des hl. Augustinus, Kôln, 1U0T, p. 18^^233.

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