Contra Iulian., V
sine quo non)^ de faire le bien. C'est ce que saint Augustin appelle proprement la liberté. Cette liberté a été perdue par le péché d'origine. Nous ne pouvons plus, sans la grâce, éviter le mal, ni, sans une grâce plus spéciale, faire le bien. Ce n'est pas à dire que nous fassions nécessairement le mal que nous accomplissons : non, nous le faisons librement, et en cela consiste précisément le libî^e arbitre qui nous reste et qu'il faut bien distinguer de la liberté. Malheureusement, l'évêque d'Hippone n'a pas gardé toujours dans son langage cette distinction importante entre les mots liber tas et liber um arbiti^ium, et il lui est arrivé plus d'une fois, au grand scandale de ses adversaires, de dire simplement que l'homme déchu avait perdu le libre arbitre ^ Mais le fond de sa pensée n'est pas douteux : « Quis autem nostrum dicat quod primi hominis peccato perierit liberum arbitrium dehumano génère? Libertas quidem periit per peccatum, sed illa quae in paradiso fuit, habendi plenam cum immortalitate iustitiam... Nam liberum arbitrium usque adeo in peccatore non periit, ut per illud peccent maxime omnes qui cum delectatione peccant et amore peccati, hoc eis placet quod eos libet. Unde et apostolus : Cum essetis, inquit, serifi peccati, liberi fuistis iustitiae. Ecce ostenduntur etiam peccato minime, nisi alia libertate, servire. Liberi ergo a iustitia non sunt nisi arbitrio voluntatis, liberi autem a peccato non fiunt nisi gratia Salvatoris ». « Et liberum arbitrium captivatum nonnisi ad peccatum valet; ad iustitiam vero nisi divinitus liberatum adiutumque non valet ^, » Et d'ailleurs : « Si
\. Par exemple Enchiridion, XXX ; cf. De perfecl. iustitiae hominis, IV, 9: Epist. CXLV, 2; Contra duas epist. pelag., I, 4.
2. Contra duas epist. pelag., I, S; III, 24; I, 7; Enchiridion, XXX; De nupt. et conc, II, 8; Sermo CLVI, 12; Contra Iulian. op. imp., I, 94; IIi,
liberum non est nisi quod duo potest velle, id est et borium et malum, liber Deus non est qui malum non potest velle ^ . » Aussi le saint docteur suppose-t-il que la grâce trouve en nous et ne crée pas le libre arbitre ^. Les textes qui paraissent dire le contraire doivent s'entendre de la liberté du bien ^.
La pensée de saint Augustin est donc claire : sans la grâce de Dieu Thomme ne peut que pécher*. On verra plus loin quelle grâce lui est nécessaire pour éviter le mal. En attendant, et de cet état dïnfirmité où la déchéance nous a précipités, l'évêque d'Hippone conclut que si, théoriquement et à la rigueur, nous pouvons, moyennant la grâce de Dieu, vivre sans aucune faute, pratiquement le fait ne s'est réalisé qu'en Jésus-Christ et sa sainte mère ^. Il ne condamna pas cependant absolument l'opinion contraire dans les ouvroges antérieurs à 418 ^ ; mais le concile de Carthage de cette année ayant nettement défini que même les justes disent en vérité le Dimilte nobis peccata nostra, lo saint docteur déclara dès lors insoutenable le sentiment de Pelage sur la parfaite innocence de certains personnages de l'ancienne et de la nouvelle Loi^
Une troisième conséquence qui résulte du péché originel est, en principe, l'universalité de la damnation. Le genre humain, tout entier coupable en naissant, et placé hors de la voie du salut, est, dans la rigueur de la justice, perdu éternellement et ne peut Mre sauvé que par la grâce et la miséricorde de Dieu.