‹ Histoire des dogmes (volume 3)Chapitre 408 sur 426 · De spir. et litt · texte numérisé non relu

De spir. et litt

2. De rorrppt. et gr., 4, Si ; voyez encore De gratta et libero arbitr.i 9, 3i; Enchiridion, XXXII; Contra duas epist. pelag., I, 36.

SAIM AUGUSTIN ET LE PELAGIANISME. 493

sommes libres s'il y a des grâces simplement mais vraiment suffisantes, si l'efficacité de la grâce vient de ce que Dieu l'a prévue efficace et non de sa nature intrinsèque, s'il n'y a pour nous que nécessité morale à suivre l'attrait le plus fort, si nous pouvons mériter, etc.

Or, on ne peut nier que, sur ces différents points, les ouvrages de saint Augustin ne présentent parfois des obscurités réelles, des textes difficiles à expliquer, ou bien une réserve et une timidité d'affirmation qui étonnent quand on consulte d'autres passages très explicites et très clairs. Ces obscurités viennent d'abord d'un défaut de suite dans le langage de notre auteur. On le voit passer, par exemple, sans nous prévenir, de la libertas a necessitate à la libertas à servitute peccati^ et passer de la nécessité ou absence de liberté intérieure à la servitude du péché, conséquence du péché originel. Elles viennent encore, particulièrement dans le traité De conceptions et gratia, de ce que la grâce dont il y est question est celle des prédestinés, grâce qui atteint toujours et infailliblement son but, bien qu'elle ne lèse pas la liberté de ceux qui la reçoivent. Elles viennent enfin et surtout de ce que l'évêque d'Hippone est préoccupé sans cesse de ne rien concéder aux pélagiens de ce dont ils pourraient abuser. Comme, en parlant du libre arbitre, ils entendent le libre arbitre sans la grâce, saint Augustin relève le rôle de la grâce et rejette dans l'ombre celui de la liberté. La vérité de cette dernière observation paraîtra évidente si l'on compare les écrits contre les pélagiens aux écrits qui combattent les manichéens. Dans ceux-ci le libre arbitre est énergiquement proclamé, précisément parce qu'il était méconnu des adversaires.

Je ne ferai que mentionner les principaux textes sur lesquels on s'est appuyé pour prétendre que saint

Augustin retirait à riiomme toute liberté sous l'action de la grâce efficace. Ce sont des textes du De correptione et gratia, où il déclare que la volonté et la grâce de Dieu atteignent toujours leur effet, et mènent comme il lui plaît la volonté humaine (38, 43, 45) ^ C'est le texte du De gratia Christi et de peccato originali, i, 14, où il confond l'acte libre avec l'acte fait volontiers : « Praeceptum quippe liber facit qui libens facit w^. Ce sont les passages où notre auteur, représentant la grâce comme une délectation céleste qui s'oppose à la délectation terrestre, à la concupiscence, déclare que nous suivons nécessairement celle des deux qui nous attire le plus, et qu'il nomme victorieuse : « Quod enim amplius nos delectat, secundum id operemur necesse est 3 ».

Mais à ces textes dont l'obscurité, je l'ai dit, peut s'expliquer, il est facile d'opposer des déclarations catégoriques et nombreuses. Saint Augustin, qui admettait la liberté contre les manichéens^, l'admet encore avec les pélagiens. Il se plaint que, comme il en est qui, pour affirmer le libre arbitre, nient la grâce, il en est aussi qui, en affirmant la grâce, nient le libre arbitre^, et, pour éclaircir ces questions, il écrit le De gratia et lihero arhitîno dont tout le début (2-5) est consacré à prouver l'exercice du libre arbitre soit dans les bonnes, soit dans les mauvaises actions : « Nemo ergo Deum causetur in corde suo, sed sibimet imputet quisque, cum peccat. Neque cum aliquid secundum Deum operatur, alienet hoc a propria voluntate » (4).

Page 1