Id., III, 28; cf. I
5. V. Enarralio in epist. S. Pétri primam, I, 1 (col. 1755) ; 1, 12 (col. 17d9); ni, 22 (COl. 1770).
Origène avait passé une partie de sa vie et avait tenu école à Césarée, et l'influence de son enseignement, fortifiée par la présence de Pamphile, le disciple de Pierius, fut toujours très grande en Palestine. On le vit bien dans les controverses origénistes postérieures. La curiosité d'Eusèbe se sentait d'ailleurs naturellement attirée par l'immense érudition du grand alexandrin, et son esprit théologique, qui fut toujours incertain et timide, s'accommodait des contradictions qui se rencontraient dans l'œuvre du maître. Son œuvre à lui fut surtout historique et apologétique. Il ne se trouva à l'aise dans la controverse dogmatique que dans ses réfutations de Marcel d'Ancyre.
Des alexandrins encore il faut rapprocher les cappadociens. Saint Basile et saint Grégoire de Nazianze ont écrit la Philocalie, recueil des meilleurs passages d'Origène, et, s'ils n'ont point adopté ses doctrines compromettantes, ils se sont du moins pénétrés de son esprit, et ont partagé sa belle confiance dans le rôle réservé à la raison dans l'éclaircissement et l'exposé des vérités de la foi. L'un et l'autre ont été nourris des littérateurs et des philosophes grecs. Mais saint Basile (v. 331-379), homme avant tout de gouvernement et d'action, esprit d'ailleurs plus fort et plus positif, en a moins subi ou moins trahi l'influence. Elle paraît davantage dans saint Grégoire de Nazianze (v. 330-390), caractère un peu faible et inconstant, penseur peu original, mais le théologien orateur par excellence, d'une clarté merveilleuse, sachant mettre à la portée des plus humbles intelligences les plus hauts mystères de la foi. Quant à saint Grégoire de Nysse (évêque en 371, mort v. 395), c'est proprement un philosophe et un origéniste. II ne saurait faire un pas sans disserter, et s'il n'a pas suivi Origène dans ses plus graves erreurs, il en a cependant retenu assez pour qu'il soit impossible.
en deux ou trois points, de pallier ses écarts. Il était, contre les eunomiens ergoteurs, l'adversaire qu'il fallait; mais en lui le bel équilibre qui existait chez son frère Basile est rompu : l'éloquence devient rhétorique : la philosophie prend le pas sur la révélation, et le raisonnement à outrance obscurcit de temps à autre, plus qu'il ne les sert, les données de la foi''.
Les cappadociens forment comme un moyen terme entre l'école d'Alexandrie, dont ils dépendent cependant davantage, et l'école d'Antioche. Celle-ci regarde, en exégèse, l'interprétation littérale comme à peu près seule admissible; elle incline, dans sa doctrine christologique, à séparer en Jésus-Christ l'élément humain de l'élément divin; dans sa doctrine de la grâce, à maintenir la spontanéité et l'autonomie de la liberté humaine vis-à-vis de l'action de Dieu. Ces tendances se trahissent déjà dans ce qui nous reste
d. Les cappadociens sont cités ici d'après les éditions de la P. G., saint Basile, t. XXIX-XXXII ; saint Grégoire de Nazianze, t. XXXV-XXXVni : saint Grégoire de Nysse, t. XLIV-XLVI; Ampliiloque, t. XXX, et pour ce dernier, joindre K. Holl, op. infr. cit., qui a édité une septième homélie. - Travaux : Sur saint Basile, W. Klose, Ein Beitrag zur Kirchengeschichte, Basilius der Grosse nach seinem Leben und seine Lehre, Straslund, 1833. E. Scholl, Die Lehre des hl. Basilius von der Gnade, Freiliurg im Br., 4881. A. Kramch, Der hl. Basilius in seiner Stellung zum Filioque, Braunsberg, 1881. P. Allard, Saint Basile, Paris, 1899. — Sur saint Grégoire de Nazianze, A. Benoît, Saint Grégoire de Naz., sa vie, ses œuvres et son époque, 2* édit., Paris, 1883. G. Ullmann. Gregorius von Nazianz der Theologe, 2« édit., Gotlia, 1866. K. Huemmep., Des hl. Gregor von Nazianz des Theologen Lehre von der Gnade, Kempten, 1890. — Sur saint Grégoire de Nysse, J. B. AurnACSER, Die Heilslehre des hl. Greqor von Nyssa, Mïmchen, 1910. A. Kp.ampf, Der Urzustand des Menschen nach der Lehre des hl. Gregor von Nyssa, Wùrzburg, 1899. F. HiLT, Des hl. Gregor von Nyssa Lehre vom Menschen, Kôln, 1890. F. DiEKAMP, Die Gotleslehre des hl. Gregor von Nyssa, Miinsler, 1896. W. VoLLERT, Die Lehre Gregors von Nyssa vom Guten und Bôsen, Leipzig, 18!»7, — Sur Amphiioque, K. Holl, Amphilochius von Ikonium in seinem Verhdllnis zu den grossen Kappadoziern, Tùbiugen, 1904. L. Saltet, Li théologie d' Amphiioque, dans le Bulletin de littérature ecclésiastique, 1903, pp. 121-127. G. Ficker, Amphilochiana, 1" partie, Leipzig, 1906,
des œuvres d'Eustathe d'Antioclie (+ 337) * : elles s'étalent à l'aise dans celles de Diodore de Tarse (évêque V. 378, mort v. 393) et surtout de Théodore de Mopsueste (évêque en 392, mort en 428) ^. Elles ne sont pas absentes non plus des homélies de saint Jean Ghrysostome (344-407), le disciple de Diodore et l'ami de Théodore. Heureusement, les nécessités de son ministère de prédicateur et le caractère tout pratique de sa parole ont éloigné le grand orateur des spéculations dogmatiques, et lui ont fait tempérer ce qu'il y avait d'excessif dans les principes de son ami et de son maître. Homéliste plus que théologien, et moins théoricien que moraliste, saint Chrysostome n'occupe d'ailleurs dans l'histoire des dogmes qu'une place secondaire, bien inférieure à celle que lui a attribuée dans l'histoire de l'éloquence chrétienne l'admiration de ses contemporains et de tous les âges 3.
Saint Cyrille de Jérusalem (v. 315 -|- 386) et saint Epiphane (évêque en 367, mort en 403) sont restés en dehors de cette classification. S'il fallait assigner une place au premier, c'est évidemment près des cappadociens qu'il le faudrait mettre, dans ce milieu qui tient
1. Œuvres dans P. G., t. X^Vni — Travaux : A. Jahn, Des hl. Eustathios Erzbisch. v. Antioch. Beurtheilung des Origenes, Leipzig, 1886. F, Cavallera, s. Eustathii « la Lazarum , Mariam et Martham • homilia christologica, Paris, 1903. L. Saltet, Le schisme d'Antioche au IV^ siècle, et Une prétendue homélie d'Eustathe, dans le Bulletin de littér. ecclésiastique, 1906, pp. 120 et suiv. et 2i2 et suiv.
2. Comme ces deux auteurs sont les vrais précurseurs et fondateurs du nestorianisme, je renverrai au volume suivant ce qui regarde l'exposé de leur christologie. Théodore appartient du reste plutôt au v« siècle.
3. Saint Jean Chrysostome est cité ici d'après l'édition de la P. G., t. XLVU-LXIV. On trouvera plus loin, page 131, un tableau des écrits que j'ai cités et qui permettra de les retrouver aisément. — Travaux : rh. FôRSTER, Chrysostomus in seinem Verhdltniss zur antiochenischea Schule, Gotha, 1869. P. Galtier, S.Jean Chrysostome et la confession, dans les Recherches de science relig., I, II (1910, 1911). Elser, Der hl. Chrysostomus unddie Philosophie, dans Theolog. Quartalschrift, t. LXXVI,1894. A. miL.GiT., Die Eucharistielehre des hl. Joh. Chrysost., Strassburg, 1900.
à la fois d'iVntioche et d'Alexandrie, plus d'Alexandrie que d'Antioche. iNIais ses vingt-quatre catéchèses, son principal ouvrage, ne lui ont guère donné l'occasion de pousser à fond sa théologie. Nicéen timide que l'ôaooufftoç effraie — il l'évite formellement dans ses catéchèses — et qui a horreur des controverses — il a cependant réfuté énergiquement les manichéens et Marcel d'Ancyre, — il se livre plus volontiers à des développements instructifs et pieux sur des sujets moins ardus. L'esprit éprouve un vrai repos à parcourir, au milieu de la littérature de bataille du iv® siècle, ces pages d'une beauté si calme, écrites en un style tempéré et précis, mais qui ne manque ni de souplesse ni d'émotion vraie ^
Quant à saint Epiphane, il ne veut être d'aucune école, mais orthodoxe simplement et au sens le plus étroit. Cela même toutefois l'arme contre toutes les hérésies ou ce qu'il croit tel, et fait de lui un infatigable polémiste. Il a combattu les ariens, les apollinaristes ; il a soutenu d'abord Paulin contre Mélèce et a poursuivi de ses arguments des erreurs qu'il est presque seul à nous faire connaître ; mais surtout il a attaqué Origène, à ses yeux le principe et l'auteur de toutes les hérésies de son temps. Son zèle souvent l'a emporté trop loin et l'a entraîné à des fautes dont il n'a pas eu conscience. Saint Epiphane n'est pas un théologien original : il craindrait de l'être ; souvent il n'a visé qu'à reproduire, en une langue diffuse et en d'interminables dissertations, les vues d'Athanase et des Gappadociens. Homme d'église par-dessus tout, il a tenu à justifier toutes les coutumes de cette Eglise,
4. s. Cyrille est cité ici d'après l'édition de la P. G., t. XXXIII. — Travaux : J. M\DER, Der kl. Cyrillus, Bischof vo)i Jérusalem, in seinem Leben und seinen Schriften, Einsiedeln, 18!>1. J. Marquardt, S. Cyrilli hierosolymitani de contentionibus et placitis arianorum sententia, Brauosberg, 1881. Id., S. Cyrillus hierosolyyn. baotismi, chrismatis, eiicharistiae mysteriorum interpres, Leipzig;, 188-2.
et a travaillé notamment à développer les tendances ascétiques qui commençaient à prendre corps un peu partout dans les institutions monastiques. Mais si saint Épiphane n'est pas un penseur personnel, il est un auteur érudit, et, à cause de cela, apporte, sur plus d un point, une contribution précieuse à l'histoire des idées chrétiennes du iv^ siècle. Ajoutons que, grâce à ses rapports avec l'Occident, certaines conceptions ou coutumes latines ont fait par lui leur entrée dans l'Eglise grecque à laquelle il appartenait'.
Tels sont les principaux écrivains grecs du iv^ siècle dont nous aurons ici à étudier la doctrine ; nombre d'autres cependant seront nommés que nous nous abstenons de caractériser plus au long, et pour lesquels on voudra bien recourir aux ouvrages de patrologie.
§ 2. — La doctrine sur les sources de la foi.
Bien que les auteurs ecclésiastiques du iv^ siècle ne soient pas absolument d'accord entre eux sur le canon du Nouveau et de l'Ancien Testament, et que certains excluent du catalogue des livres inspirés des ouvrages acceptés par d'autres 2, ces auteurs sont unanimes cependant à regarder l'inspiration, là où ils l'admettent, comme une action de Dieu parlant et s'exprimant par les écrivains sacrés. Ces écrivains sont ÔeoTrvîuffrot, 8£ocpopo'jtjt.svoi^; leurs paroles sont les paroles mêmes du Saint-Esprit, xou nvsu;jt.aTOç tou àyiou py^aara''.
•1. Saint Épiphane est cité ici d'après l'édition de la P. G., t. XLI- XLin. — Travaux : B. Ebep.hard, Die Betheilung des Epiphanius am Streite ûber Origenes, Trier, 1859. J. Martin, Saint Epiphane y dans les Annal, dephil. chr., CLV, CLVI (1907-1908).
2. V. EusÈBE, Hist. eccL, III, 25; Th. Zahn, Einleilung in das N. T.
3. Athan., Contra génies, 1; Basil., In Hexaemer., VI, il; Grec, nyss., Contra Eunomium, VII (P. G., XLV, 744).