‹ Histoire des dogmes (volume 4)Chapitre 14 sur 409 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LES HERESIES TRINITAIRES DU IV* SIECLE. DEFINI- TION DE LA. CONSUDSTANTIALITÉ DU FILS ET DU SAINT- ESPRIT.

§ 1. — La doctrine d'Arius^

Cette théologie grecque du iv^ siècle dont on vient d'indiquer brièvement les principes, les sources et les méthodes, allait, dès le premier quart de ce siècle, entrer en conflit avec l'hérésie sur un point fondamental du dogme chrétien, la question de la divinité vraie et pleine du Verbe, et par conséquent de Jésus-Christ.

Jusqu'ici l'Eglise avait plusieurs fois affirmé, contre

1. Les sources spéciales pour l'exposé de la doctrine d'Arius seront données plus loin. D'autre part, il n'entre pas dans le cadre de ce livre de raconter en détail l'Iiistoire proprement dite de l'arianisme. Sur cette hérésie en général on consulicra les anciens historiens de l'Eglise, Euscbe, Socrate, Sozomène, Thfodoret, Gélase de Cyzique, saint Epiphane, Philostorgc, Sulpice Sévère; puis les écrivains contemporains qui l'ont combattue, saint Athanasc, saint Hilaire, les Cappadociens, Didyme, saint Jérôme, saint Amhroise. — Les travaux abondent. Les notices des éditions bénédictines et les recherches de Tillemont sont toujours .i consulter, et lormeiit une base très solide. Comme ouvrages plus récents on doit indiqner : J. fl. Newman, The arians of the fourth Cenlnry, 4" édit., London, 1876. W. Kollinc, Geschichte der arianischen Haeresie, Giitersloh, 1874-!8S3. H. M. Gwatkin, Studies of arianism, Cambridge, 1882, 2» édit., 1930. Id., The m- i an controversy, London, 1889, 4" édit.; 1898. P. S>ellman, Der Anfang der arianischen Streites, Helsingfors, 1904. I,. Dcchesne, Histoire ancienne de C Eglise, t. Il, Paris, 1907. S. UooAL.t, Die Anfànge des arianischen Streites untersucht, Paderborn, 1907.

les adoptianistes, sa croyance en la divinité de Jésus- Christ. D'autre part cependant, un système, dont nous suivons la trace depuis saint Justin et les apologistes jusqu'à Origène et Lactance, enseignait, parallèlement à sa divinité, une subordination du Fils, comme Dieu, au Père. Le Fils est Dieu, réellement Dieu, mais il est inférieur au Père. Entre ces deux propositions, si on les pread à la rigueur, il y a contradiction. Si le Fils est vraiment et essentiellement Dieu, il est l'être suprême, et n'est par conséquent inférieur à rien ni à personne : s'il est vraiment inférieur au Père, il n'est plus l'être suprême, il n'est plus Dieu. L'école subordinatienne croyait pourtant qu'il fallait maintenir ensemble ces deux affirmations, si l'on ne voulait pas compromettre la monarchie divine et introduire dans le monde plusieurs principes premiers. Mais l'arianisme allait forcer les théologiens à regarder les choses de plus près et à se prononcer entre la divinité pleine et absolue ou consubstantialité du Fils, et sa subordination essentielle ou sa création. Arius et les ariens purs se prononceront pour la création du Fils; Athanase et les nicéens pour sa consubstantialité. Toutefois, entre ces deux partis extrêmes et seuls logiques, une masse d'évêques indolents et conservateurs de mauvais aloi, ou bien esprits timides et plus érudits que penseurs, trouveront mieux de rester dans la confusion, et ne voudront ni du consubstantiel ni de l'arianisme. Ils formeront la grande armée des eusébiens, homéens, homoiousiens, semi- ariens, quel que soit le nom qu'on leur donne. Entre ces trois partis une lutte s'engagera qui remplira, en Orient, environ les deux tiers du iv^ siècle, depuis l'an 318 jusqu'à l'an 382 ou 383. A en croire saint Epiphane * , l'arianisme aurait eu

l. Ilaer. LXXVI, 3.

pour auteurs premiers Origène et Lucien d'Antioche. C'est une opinion au moins fort discutable en ce qui regarde Origène, mais exacte en ce qui concerne Lucien. Lucien ' , né peut-être lui-même à Samosate et élevé à Edesse, était, vers l'an 2G0, le compagnon de l'évêque d'Antioche, Paul de Samosate. Celui-ci fut, comme on sait, condamné pour hétérodoxie en 267 ou 268, et, pendant les discussions que souleva son procès, Lucien paraît avoir été soupçonné de partager ses erreurs. Toujours est-il qu'il vécut excommunié sous les trois évèques successeurs de Paul, Domnus, Timaeus et Cyrille, s'occupant de critique biblique et d'exégèse. Sous l'épiscopat de Tyrannus, il fut réconcilié avec l'Eglise. En 312, dans la persécution de Dioclétien, il mourut martyr et fut honoré comme un saint. Des œuvres de Lucien il ne reste que peu de chose ^. Le concile eusébien d'Antioche de 341 lui attribua un symbole dont saint Athanase a conservé le texte ^ et duquel toute précision dogmatique est soigneusement écartée; mais l'authenticité en est fort douteuse. Il n'en demeure pas moins certain que Lucien — d'une façon plus ou moins consciente — a été le vrai père de l'arianisme. Les ariens de la première heure et les plus en vue ont été presque tous ses disciples et se réclament de lui. Ecrivant à Eusèbe de Nicomédie, Arius appelle son correspondant son cher collucianiste (cuX- XcuxtaviçTâ)-*, et Philostorge a laissé sur cette relation entre Lucien et l'arianisme des indications non équivoques ^.

1. Sources particulières : Suidas, sub verbo Lucianus. Eusèbe, Hist. eccL, VHI, 13, 2; IX, 6, 3. Une lettre d'Alexandre d'Alexandrie dans Tuéo. DORhT, Hist. eccL, I, 3. Saist Epipuane, Haer. XLIII, i ; EXIX, 6; I.XXYI, 3; Ancoratiis, 33.

2. Le tout est Tr.uni dans Routh, Reliquiae sacrae, 2» édit., IV, 1-lT.

Page 1