‹ Histoire des dogmes (volume 4)Chapitre 166 sur 409 · III, 343 E; cf. Hymni et sermones, II · texte numérisé non relu

III, 343 E; cf. Hymni et sermones, II

CH.YPITRE VIII

LES HÉRÉSIES LATINES DU IV* SiÈCLB.

§ 1. — Le donatîsme ^

L'Eglise latine ne connut pas, au iv® siècle, d'hérésie comparable à celle qui agita l'Eglise grecque. Elle se trouva mêlée sans doute aux querelles ariennes, et quelques-uns de ses évêques même fléchirent dans leur adhésion à la foi de Nicée. L'ensemble cependant resta fidèle à cette foi, et l'apaisement que devaient amener les décisions du concile de Constantinople fut

1. Sources : 1° Avant tout, ce qui reste de la littérature donatiste, c'est-à-dire pratiquement les nombrpuses citations donatistes contenues dans les ouvrages de saint Optât et île saint Augustin. 2» Les actes delà conférence de Carthage tenue en 411 entre catholiques et donatistes : Gesta eollationis carthaginensis [P. L., XI, col. 1231 et suiv.). i* Les réfutations du donatisme écrites par Saint Optât, De tchismale donatistarum (Ed. Ziwsa) et Saint Aitgi'stin (toutes contenues dans P. L., XLIH. On exceptera le De unitate ecclem "^ >rauthenticité douteuse, et le Sermo de Rusliciano subdiacono, qui est un faux). 4» Les procèsverbaux, actes des martyrs, lettres, lois ft pièces diverses relatifs au schisme, dont on peut voir en partie l'énniaération dans A. Harnack, Geschichte der allchristlich. Lillerat., I. 7 44 et suiv., et dont on trouvera un bon nombre édités dans P. L.. t. VIII et XL— Travaux: VÔLTER, Der Ursprung des Donatismux, Leipziz, 1882. L. Duchesne, Le dossier du Donatisme, Extrait des ^l'ia-njes d'Archéol. et d'Hist. de r Ecole française de Rome, tome X, Pa is. is'iii. D. H. Leclercq, L'Afrique thrétienne, I, Paris, 1904. p. Monceaux, //'v'. littér. de l'Afriq. chrétienn«,"IV, Paris, 1912. L. Saltet, L-s réardinations, Paris, 1907, p. 59 et suiv. W. Thuemmel, Zu Beurteilung des Donatismus, Halle, 1893.

assez vite réalisé en Occident, encore que retardé par l'intransigeance des lucifériens.

Mais si l'Église latine ne souffrit que peu de l'hérésie arienne, il s'y produisit cependant, dans le cours du IV' siècle, des déchirements et des erreurs qui intéressent au plus haut point l'histoire de la théologie et du dogme. Il les faut maintenant exposer.

Le premier de ces déchirements est le schisme donatiste. 11 fut en Afrique une conséquence de la persécution de Dioclétien, comme le novatianisme avait été, dans cette même Afrique, une conséquence de la persécution de Dèce.

Ses origines historiques sont connues, et il n'entre pas dans notre plan de les raconter, non plus que de redire les détails de son histoire. Rappelons seulement que l'archidiacre Cécilien, élu en 311 pour succéder à son évêque Mensurius de Carthage, et sacré immédiatement par l'évéque d'Aptonge, Félix, avait vu se former contre lui, à la suite d'intrigues féminines et de mécontentements habilement exploités, un parti redoutable. Ce parti, qui avait à sa tête l'évéque de Casa Nigra, Donat, et celui de Tigisis, Secundus, se trouva assez fort pour provoquer, à Carthage même, en 312, une réunion de 70 évéques de Numidie dans l'intention de juger Cécilien. On lui reprochait, entre autres choses, de s'être laissé ordonner par Félix d'Aptonge, lequel, ayant été traditeur pendant la persécution — c'est-à-dire ayant livré aux païens les livres saints — était déchu par là même de l'épiscopat et n'avait pu validement ordonner Cécilien. Le fait imputé à Félix était faux, comme la suite le démontra. En tout cas, Cécilien refusa de comparaître devant le conciliabule qui l'avait cité. On le déposa, et on élut à sa place Majorinus, qui ne tint le siège que trois ans. En 315, Donat le Grand, homme habile

et audacieux, lui succéda comme évêque schismatique de Garthage : et c'est de lui probablement plutôt que de l'évêque de Casa Nigra que le donatisme a pris son nom.

Le schisme était consommé. Par quels principes le justifiait-on, et quelles raisons avait-on mises en avant pour écarter Cécilien? On lui reprochait, nous l'avons vu, d'avoir vainement reçu l'imposition des mains de Félix, puisque celui-ci était traditeur. 11 y a, cachée dans ce reproche, toute une théorie sur la valeur des sacrements qu'il faut, avant d'aller plus loin, dégager et mettre en pleine lumière. Les donatistes n'ont jamais été de bien forts théologiens, et leur histoire, quand on la suit de près, montre qu'ils ont souvent varié dans l'application de leurs principes *. Ces principes eux-mêmes n'ont pas été pour eux clairs et complets dès le premier jour, et il est certain qu'ils ne sont arrivés que graduellement au système que je vais exposer. Mais enfin la logique autant que les événements les ont entraînés, et ils ont bien dû, à un moment donné, accepter les conséquences même théologiques de leurs affirmations et de leurs actes '.

Toute leur doctrine parvenue à son développement repose sur ces deux assertions : 1° Les pécheurs publics et manifestes, et notamment les évoques et les prêtres prévaricateurs, n'appartiennent pas à l'Église. 2° Hors de la vraie Église les sacrements ne sauraient être validement administrés.

Ils justifiaient leur premier principe par cette considération que l'Église visible doit être sainte et im-

1. Au fond, leur opposition a été un mouvement national des populations africaines contre l'empire, autant et plus qu'une révolte dans l'ordre de la foi. D. Leclercq, L'Afrique chrélienne, I, p. 345 et suiv.

2. Il semble que ce soif après la coiUroverse avec saint Optât, c'està-dire après 370, que les donatisies allèrent pratiquement jusqu'au bout de leurs principes

maculée, et qu'elle serait souillée par l'existence en elle de membres évidemment pervers et corrompus : Ostendimus ecclesiam Domini in scripturis dioinis sanctam et immaculatam fore ubique nuntiatam... Seqiiuntur enim aperlissime blasphémantes (catholici) ut dicant Ecclesiam malorum delictis etiam manifestorum non posse maculari... Non modo moribus sed etiam corpore a malis debere [christianos] disiungi miiltis admodum testimoniis legalibus approbamus * . Ceci est particulièrement vrai des évêques, prêtres et diacres traditeurs et notoirement indignes. Ils ne sauraient, après leurs crimes, continuer d'être membres de l'Eglise; ils ont perdu leur place dans la hiérarchie. Mais ils n'ont pas perdu seulement leur place officielle : ils ont perdu aussi l'exercice de leur pouvoir d'ordre; ils sont devenus inhabiles à administrer les sacrements. His ergo criminihus sep tus, esse verus episcopus non potes^. Et encore : Recedens ab Ecclesia baptismum quidem non amittit, lus dandi tamen amittit^. Ceci suppose la seconde affirmation des donatistes, à savoir que, en dehors de la vraie Eglise, les sacrements ne sauraient être validement administrés. Cette erreur avait été celle de saint Cyprien, et les donatistes, en somme, n'avaient pas tort de se réclamer ici de son autorité*. En tout cas, ils reproduisaient ses arguments et demandaient, comme lui, s'il était possible, puisque l'tglise était une et le Christ indivisible, de recevoir le baptême en dehors de cette Église et de ce Christ^. Avec lui, ils allaient

1. Gesla collalionis, ni, 258, col. 1408 D, 1410 D, 1418 A; cf. ni, 263.

Page 1