‹ Histoire des dogmes (volume 4)Chapitre 183 sur 409 · Op. et loc. cit · texte numérisé non relu

Op. et loc. cit

3. Les références entre parenthèses, et sans autre indication, reportent au Contra Vigilantium.

lestinîens (13, 14). La retraite dans la solitude est une désertion des devoirs de la vie ; la continence prive lo pays de citoyens utiles (15).

Mais il s'attaque surtout au culte des saints. Vigilance pose en principe que les âmes des justes glorifiés ne peuvent avoir avec nous aucun commerce, en d'autres termes, qu'il n'existe pas de communion des saints entre le ciel et la terre (6) : les saints ne peuvent ni prier, ni intercéder pour nous, et les prier est chose inutile (6). Il ne faut donc pas leur élever des basiliques, offrir le sacrifice liturgique sur leurs tombeaux, ni célébrer les vigiles des martyrs, exercice qui est une occasion de désordres (1, 8) '. Quant aux reliques, c'est une idolâtrie, une insanité que de vénérer cette poussière morte, ce je ne sais quoi qui n'a plus avec l'âme aucun rapport ; on abuse quand on fait brûler des cierges devant elles (1, 4, 7)^.

Vigilance blâmait encore l'usage des monastères de Bethléem de chanter l'alleluia en dehors de Pâques (1), et nous apprenons enfin par la lettre lxi, 4, que saint Jérôme lui écrivit, qu'il interprétait d'une façon singulière le passage de Daniel (ii, 34-45) relatif à la pierre détachée de la montagne. La montagne était le démon, la pierre Jésus-Christ.

En somme, les idées de Vigilance sont bien claires : il veut, d'une part, séculariser l'Eglise, de l'autre, ramener le culte sur Dieu comme objet unique, et en réduire les manifestations extérieures : c'est du protestantisme pratique avant la lettre.

Ces idées ne furent pas d'abord mal accueillies; l'évêque de Toulouse, saint Exupère probablement, parut les favoriser, et d'autres évêques se laissèrent

i. Et V. Saint Jérôme, Episl. CIX, i, 9. 2. Et V. Epist. CIX, 1.

séduire *. Mais le novateur fut dénoncé par deux prêtres, Desiderius et Riparius, à saint Jérôme qui avait eu déjà quelques démêlés avec lui à propos de l'origénisme^. Le solitaire de Bethléem réfuta quelquesunes de ses erreurs dans sa lettre cix à Riparius ; mais n'ayant pas en main ses écrits, il ne put le faire complètement. Ceux-ci lui parvinrent en 406, et en une nuit, pressé par le temps, Jérôme écrivit sa philippique Contra Vigilantium, où l'ironie et la violence suppléent quelquefois aux raisons, mais dont l'argumentation, en somme, reste solide, et la force victorieuse contre l'adversaire, incontestable.

On ne sait trop ce qu'il advint de Vigilance à la suite de cet éclat. On a supposé, d'après Gennade 3, qu'obligé par son évêque de quitter son diocèse, il s'était réfugié à Barcelone où il aurait obtenu le gouvernement d'une paroisse. En tout cas, ses protestations n'arrêtèrent pas le développement du monachisme ni les progrès du culte des saints.

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