Ambroise, In psalm. XLVIII
LA THÉOLOGIE LATIiNE AU IV SIÈCLE. 297
bien clair; mais quelques-uns d'entre eux ont de plus emprunté à Origène et à Grégoire de Nysse leur théorie des droits du démon. Saint Jérôme la rapporte en simple érudit, mais, comme il ne la blâme ni ne la critique, il paraît bien la faire sienne*. Le doute en tout cas n'est pas possible pour saint Ambroise. Cette conception flatte son génie d'orateur, et il se complaît a la développer. Par le péché nous nous sommes vendus au démon; car le péché est comme le trésor du démon, et la monnaie dont il nous achète. Devenus amsi captifs, nous étions incapables de nous délivrer nous-mêmes, de payer notre rançon. Mais Jésus innocent, lui, n'est pas captif du démon; il offre à ce cruel maître, pour notre rançon, son propre sang, infiniment supérieur à ce que nous vah'ons. Le démon accepte; le prix est payé, nous sommes libres. Ou plutôt nous avons changé de créancier; car notre dette subsiste mais envers Jésus-Christ à qui nous nous devons nous' mêmes : « Pretium autem nostrae liberationis erat sanguis Domini lesu, quod necessario solvendum erat ei, cui peccatis venditi sumus ». « Venit Dominus Jésus, mortem suam pro morte omnium obtulit, sano-uinem suum pro sanguine fudit universorum. Mutavimus ergo creditorem; imo evasimus : manet enim debitum fenus intercidit^. » '
Saint Ambroise expose ici proprement la théorie de la rançon payée au démon par Jésus-Christ. Mais la théorie des droits du démon peut aussi se présenter sous une forme moins odieuse. Par le péché, les homnr.es sont tous tombés en la puissance du diable et c'est pourquoi ils deviennent la proie de la mort, sa complice, et sont retenus ensuite captifs dans les cachots
i. In epist. ad Ephesios, I, 7; cf. In Isaiam, L, i
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298 HISTOIRB DES DOGMES.
de l'enfer, Jésus innocent est, en principe, libre de cette sujétion. Le démon, trompé par la faiblesse apparente du Sauveur, ose cependant porter la main sur lui; il le fait mourir. C'est un abus de pouvoir dont il est juste que Satan soit puni. Parce qu'il a fait périr l'innocent, il perdra ses droits même sur les coupables : ceux-ci ressusciteront, et les enfers devront lâcher leurs captifs. Sous cette forme adoucie et, en somme, acceptable, la théorie des droits du démon ne se retrouve pas seulement chez saint Ambroise *; on la rencontre encore chez saint Hilaire^; l'Ambrosiaster l'adopte en maints endroits', et saint Pacien la résume éloquemmenf*.
Elle prêtait aux effets oratoires, et l'on peut suivre, dans l'ouvrag-e de M. Rivière *, les développements auxquels elle a donné lieu : mais elle devait céder le pas à la théorie réaliste qui la prime évidemment dans l'esprit des latins du iv** siècle, et avec laquelle d'ailleurs elle n'est pas incompatible.
Quant aux fruits de la rédemption, nos auteurs, et saint Ambroise en particulier, les ont souvent et incidemment sig-nalés. C'est la rémission des péchés, notre réconciliation avec Dieu, l'immortalité bienheureuse, et l'entrée en partag-e de la vie divine : « Ad{ vulnera nostra descendit (Christus), ut, usu quodam et copia sui, naturae compotes nos faciat esse caelestis* ».