De trinit., VIII
raison est ce qu'il y a de plus élevé. Mais cette raison elle-même est dominée par des idées, des principes nécessaires, immuables, éternels, supérieurs à elle puiscpi'elle ne les crée point. Cette vérité qui s'impose ainsiàl'àme et qui l'éclairé, c'est Dieu '. Cette preuve, on s'en rend compte, peut verser aisément dans l'ontologisme, si elle est mal présentée, et l'on trouve en effet dans saint Augustin des textes qui paraissent favoriser cette erreur 2, aussi bien que celle de l'innéisme'. Cependant un examen plus attentif montre que notre docteur a évité ces écueils ••. Il a eu seulement le tort de ne pas pousser ses preuves assez loin, et de conclure trop aisément de l'idée à l'existence de son objet.
Quant à ses vues sur les attributs de Dieu, sur sa simplicité, son éternité, son immensité, elles sont d'une profondeur admirable. En même temps qu'il saisit Dieu par le cœur comme souverain bien, saint Augustin le saisit aussi par l'intelligence pure comme la première vérité, le premier être et la première vie^. C'est une conception toute philosophique qu'il pliera aux exigences du dogme, mais qui restera chez lui fondamentale. Elle l'amènera, dans son exposé trinitaire, à prendre un point de départ différent de celui de la théologie grecque, et à insister, plus que celle-ci ne l'avait fait, sur l'intimité et l'immanence des processions divines.