De moribus Ecct. cathoL l
voulue par Adam. Car, par concupiscence, l'évêque d'Ilippone n'entend pas uniquement l'appétit du plaisir charnel : il entend d'une manière générale l'attrait qui nous détourne des biens supérieurs pour nous incliner vers les jouissances inférieures, « cum quisque avertitur a divinis vereque manentibus et ad mutabiliaatque incerta convertitur* ». Mais de ces inclinations la plus violente et celle dont l'insoumission à la raison et à Dieu est la plus manifeste est évidemment la passion sexuelle, et c'est pourquoi saint Augustin y vit principalement le corps même du péché originel en nous : « Hoc estmalum peccati in quo nascitur omni homo^ ». Elle est un péché à la fois et la peine du péché « sic est autem peccatum ut sit poena peccati », parce qu'elle est un désordre et en même temps un châtiment du péché de notre premier père 3.
Ici cependant se présentait une difficulté. Si le péché originel est la concupiscence, le baptême n'efface donc point ce péché, puisqu'il ne détruit point la concupiscence. Saint Augustin répond en distinguant dans la concupiscence Vactus et le reatus, l'acte môme ou le fait de la concupiscence et sa culpabilité. Le baptême la laisse subsister quoad actum, mais il en efîace ce qu'elle a de coupable et de mauvais; il fait qu'elle n'est plus imputée à péché : « Ad haec respondetur dimitti concupiscentiam carnis in baptismo non ut non sit, sed ut in peccatum non imputetur"» ». Dans tout péché en effet on peut distinguer l'acte par lequel on le commet, par exemple l'adultère, et la culpabilité, le reaius qui persiste une fois l'acte terminé, reatus qui ne disparaît que par la rémission divine. Si donc il est possible
i. De libero arbitrio, l, 3t.