‹ Histoire des dogmes (volume 4)Chapitre 379 sur 409 · Contra Iulian., V · texte numérisé non relu

Contra Iulian., V

sine quo non), de faire le bien. C'est ce que saint Aug\istin appelle proprement /<i liberté. Celte liberté a été perdue par le péché d'orii^ine. Nous ne pouvons plus, sans la g:rAce, éviter le mal, ni, sans une gn\ce plus spéciale, faire le bien. Ce n'est pas à dire que nous fassions nécessairement le mal que nous accomplissons : non, nous le faisons librement, et en cela consiste précisément le libre arhiît e qui nous reste et qu'il faut bien distingftier de la liberté. Malheureusement, lévéque d'Hippone n'a pas gardé toujours dans son langage cette distinction importante entre les mots lihertas et liherum arbiirium, et il lui est arrivé plus d'une fois, au grand scandale de ses adversaires, de dire simplement qiu" l'homme déchu avait perdu le libre arbitre ' . Mais le Tond de sa pensée n'est pas douteux: « Quis autem noslrum dicat quod primi hominis peccato perierit liberum arbitrium dehumano geneiv? Libertas qnidem periit per peccatum, sed illa quae in paradiso fuit, habeiidi plenam cum immortalitate iustitiam... Nam liberuiu arbiirium usque adeo in peccatore non periit, ut per illud peccent maxime omnes qui cum delectationo peccant et amore peccati, hoc eis placet quod eos libol. Unde et aposlolus : Cum essetiSy inquit, seri>i peccatiy liberi fttistis iustitiae. Ecce ostendunlur etiam peccato minime, nisi alia libertate, servii'e. Liberi ergo a iustilia non sunt nisi arbitrio voluntatis. liberi aulom a peccato non tiunt nisi gratia Salvatoris ». «■ Et liberum arbiirium captivatum nonnisi ad peccatum valet; ad iustitiam vero nisi divinitus liberatum adiutumque non valet ■^. v Et d'ailleurs : « Si

i. P»r exemple Enehiridicn, XXX; cf. De j^rfecL itêstitia» hominif, IV, 9; tlpist. CXLV, 2; Cantra duas epist. ptrUv}., I, ♦.

«. C<itttra duas epist. p«{ai)., I. 5; Ul, il; I, 7; Knchiridion, XXX; P# nupt.et conc, n, 8; Strmo CLVi, là; Contra iMlian. «p. jm/>., I, l>i; ll|.

liberum non est nisi qaod duo potest velle, id est et bonum et malum, liber Deus non est qui malum non potest velle ' . » Aussi le saint docteur suppose-t-il que la grâce trouve en nous et ne crée pas le libre arbitre ^. Les textes qui paraissent dire le contraire doivent s'entendre de la liberté du bien ^.

La pensée de saint Augustin est donc claire : sans la grâce de Dieu l'homme ne peut que pécher *. On verra plus loin quelle grâce lui est nécessaire pour éviter le mal. En attendant, et de cet état d'infirmité où la déchéance nous a précipités, l'évêque d'Hippone conclut que si, théoriquement et à la rigueur, nous pouvons, moyennant la grâce de Dieu, vivre sans aucune faute, pratiquement le fait ne s'est réalisé qu'en Jésus-Christ et sa sainte mère *. Il ne condamna pas cependant absolument l'opinion contraire dans les ouvrasi'es antérieurs à 418*; mais le concile de Cartilage de cette année ayant nettement défini que même les justes disent en vérité le Dimitte nobis peccata nostra, lo saint docteur déclara dès lors insoutenable le sentiment de Pelage sur la parfaite innocence de certains personnages de l'ancienne et de la nouvelle Loi^

Une troisième conséquence qui résulte du péché originel est, en principe, l'universalité de la damnation. Le genre humain, tout entier coupable en naissant, et placé hors de la voie du salut, est, dans la rigueur de la justice, perdu éternellement et ne peut être sauvé que par la grâce et la miséricorde de Dieu.

Page 1