‹ Histoire des dogmes (volume 4)Chapitre 83 sur 409 · Conlra ApoUinar., II, 15; cf. Il · texte numérisé non relu

Conlra ApoUinar., II, 15; cf. Il

4. GnEc. Naz., Epist. CI (P. G., XXXVII, 190); Contra ApoUinar., II, 1.

LA CimiSTOLOGIE GRECQUE DU IV SIÈCLE. 113

dans un intérêt sotériologique, ruinait précisément par la base la sotériologie chrétienne. Nous aurons l'occasion de revenir sur les diverses parties de cette argumentation dans le cours de l'exposé qu'il faut maintenant entreprendre de la christologie grecque au IV* siècle'.

De même qu'il n'est pas indifférent, dans l'étude du dogme trinitaire, de partir d'abord de l'unité de substance divine pour expliquer ensuite la trinité des personnes, ou de partir de la trinité des personnes divines pour en montrer ensuite l'unité substantielle, de même il n'est pas indifférent, dans l'étude du dogme christologique, de partir de l'unique personne du Verbe ou de partir des deux natures divine et humaine en Jésus- Christ. Le second procédé était manifestement celui de l'école d'Antioche, et il aboutit, si l'on n'y prend garde, au nestorianisrae ; le premier était celui de l'école d'Alexandrie, et il tend naturellement au monophysisme. Mais on peut écarter, par des correctifs, ces conséquences extrêmes. Nous en avons un exemple dans saint Athanase^.

Tout occupé du Verbe divin et de sa consubstantialité avec le Père, il n'est pas surprenant que le patriarche d'Alexandrie le place en tête de son enseignement christologique.

Le Verbe a eu pitié de nous et, pour nous sauver, il est descendu du ciel et s'est fait semblable à nous. C'est pour cela qu'il est appelé l'homme céleste, et encore le premier-né de toute créature et entre ses frères '. Mais, en prenant une chair semblable à la nôtre,

i. J'ai déjà prévenu que cet exposé laissera Tolontairement de côté les théories de Diodore de Tarse, qui seront rattachées au mouvement nestorien.

3. Voir G. Voisin, La doctrine christologique de saint Athanase, dans la Revue d'histoire ecclésiastique, t. 1 (1900), p. 226 el suiv.

3. Oralio de incarnatione, 8; Cont. arianos, I, 44; II, 52, 62

le Verbe n'a rien perdu de ses attributs ni de leur exercice : « La chair n'a pas apporté d'ignominie au Verbe, à Dieu ne plaise! elle a été plutôt glorifiée par lui. Le Fils existant dans la forme de Dieu, en prenant la forme de serviteur, n'a pas été diminué dans sa divinité ' . » Il n'était pas tellement renfermé dans le corps qu'il ne fût ailleurs : il ne mouvait pas si exclusivement ce corps que le monde fût privé de son action. La chair ne limitait ni son omniprésence ni sa toute-puissance^.'

La xévwffK n'a donc été qu'extérieure. Considérons maintenant l'humanité prise par le Verbe. Les Pères grecs du iv* siècle ont bien dû, puisque le docétisme réapparaissait ou plutôt était encore, çà et là, soutenu, continuer d'affirmer la réalité de la chair du Sauveur : ils ont dû surtout, contre certaines divagations apollinaristes, affirmer que cette chair tirait son origine ex Maria, qu'elle était consubstantielle à la nôtre ^. Consubstantialité nécessaire, remarque saint Basile, sinon « nous qui étions morts en Adam nous n'aurions pas été vivifiés dans le Christ, et ce qui était tombé n'aurait pas été relevé, et ce qui était brisé n'aurait pas été restauré, et ce que le mensonge du serpent avait éloigné de Dieu ne lui aurait pas été réuni * ».

Mais cette raison ne vaut pas seulement pour la chair de Jésus-Christ, elle vaut pour son humanité tout entière : l'humanité que le Verbe devait sauver, et par conséquent qu'il devait prendre, c'était la nôtre : c'était une humanité composée, comme la nôtre, d'un corps et d'une âme intelligente créée. L'existence de cette âme en Jésus-Christ était niée par Apollinaire :

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