‹ Histoire des dogmes (volume 4)Chapitre 98 sur 409 · Contra Eunomiurn, V, col. 700, 703; Antirrhet., S · texte numérisé non relu

Contra Eunomiurn, V, col. 700, 703; Antirrhet., S

6. Contra Eunom., V, col. C03, 697, 705, 708; Antirrhet., 42. Cf. Petau, De incarn., lib. III, cap. lu 8, 9, 17.

la nature qui a pris ce corps. Tant s'en faut que nous ayons une mince idée du Dieu Fils unique que, s'il a pris, pour l'amour et le salut de l'homme, quelque chose de la nature inférieure, nous croyions que cela a été transformé ([AeTaKeTroir,ffeai) en ce qui est divin et immortel'. » Cette idée sera encore accentuée un peu plus loin : « Dans les mélanges matériels (ffw|jiaTixÔ;v àvaxpotffttov), quand l'un des éléments excède l'autre de beaucoup, il arrive que le plus faible est entièrement transformé (itavTwç (xeTaTtotsïaOai) dans le plus considérable. C'est ce que nous apprenons sagement de la parole mystique de la voix de Pierre, à savoir que l'humilité de celui qui a été crucifié par sa faiblesse — or la faiblesse démontre la chair, comme nous l'avons entendu à propos du Seigneur — cette humilité, dis-je, par le mélange avec l'infini et l'immensité du bien, n'est pas demeurée dans ses bornes particulières et ses propriétés (sv toîç iSioiç (xÉrpoiç xal îotcouiaTiv), mais a été élevée par la droite de Dieu et, au lieu de servante, est devenue Christ- roi, au lieu d'inférieure, Très-Haut, au lieu d'homme, Dieu 2. » Ces derniers mots semblent indiquer qu'il s'agit ici de l'humanité glorifiée. La chose est plus probable encore pour un passage de YAntirrheticus où l'auteur, comparant l'humanité à une goutte de vinaigre qui tomberait dans la mer et serait absorbée dans ses eaux, la représente « transformée en la mer d'incorruptibilité » et a changée, avec tout ce qui avait paru alors selon la chair, en la nature divine et immortelle », n'offrant plus « ni pesanteur, ni forme, ni couleur, ni résistance, ni mollesse, ni circonscription de la quantité, ni rien de ce que l'on a pu voir alors, le mélange avec le divin

i ■ Contra Eunom., V, col. 693.

■2. Contra Eunom., Y, col. 697, 700, 705.

ayant élevé aax propriétés divines l'humilité de la nature charnelle * » .

Quant à saint Jean Chrysostome, il est naturel que nous trouvions chez lui un écho des doctrines antiochéniennes qu'il avait dû connaître à l'école de Diodore. Heureusement, son génie tout pratique l'a retenu à temps sur la pente de ces dangereuses spéculations. Dans sa onzième homélie sur saint Jean (2), où il s'occupe de la relation des deux natures en Jésus-Christ, il explique par Vhabitavit in nobis le Verbum caro factum est qui précède. L'humanité est la tente (ffxïjvvi) ^ de la divinité : il n'y a donc ni confusion ni disparition des substances ; mais cependant t9) Ivioirei xai tyï ffuvacpei'a ev èffxiv ô Ocoç ^oyoç x«l ^ aoép^ Comment s'est faite cette unité ? Inutile de le chercher : le Christ seul le sait : To Ss oiTtoç, (i'^i C'»1TE'* l^^i'^zxo yàp w; oISev aÙTo;. C'est tout ce que Chrysostome peut nous dire sur cet ineffable et insondable mystère.

Ces observations montrent bien que, si les Pères grecs de la fin du iv« siècle avaient puisé dans le sens catholique et l'enseignement traditionnel assez de lumière pour repousser et condamner l'apollinarisme, ils n'avaient pas encore assez mûri leurs idées ni afQné leur langage pour donner au problème christologique une solution absolument satisfaisante et définitive. Des obscurités existaient encore dans lesquelles tâtonnaient les plus grands génies. Ces obscurités devaient se dissiper en partie au v® et au vi® siècle, mais au prix de quelles luttes et de quels déchirements !

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