V. son Commonitorium
LE SEMI-PELAGIANISME. 285
force de réfuter surtout la conférence xiii®. Que l'on ajoute à ces ouvrages la collection des sentences extraites de saint Augustin, composée vers la fin de la vie de l'auteur (autour de 451), et l'on aura la liste complète des écrits de Prosper sur la grâce avec les circonstances qui ont provoqué leur composition.
Dans ces écrits, nous l'avons remarqué, Prosper prétend qu'il reproduit fidèlement la doctrine de saint Augustin; et cela est absolument vrai de la Lettre à Rufiriy du poème De ingratis et de \di Réponse aux Génois. Dans les autres ouvrages, on s'aperçoit que sous la poussée de la controverse Prosper fléchit un peu. Il adopte nettement la théorie de la prédestination à la damnation post praevisa démérita, et sur d'autres points s'exprime d'une façon assez ambiguë et embarrassée pour que quelques critiques aient pris le change sur ses vrais sentiments. Dans l'ensemble cependant, il est bien resté le disciple fidèle du maître et l'inébranlable défenseur de son enseignement.
Cette circonstance nous dispense d'entrer dans les détails de sa doctrine, surtout en ce qui concerne les erreurs déjà condamnées du pélagianisme. Nous ne ferions que répéter ce qui a été dit. 11 suffira de présenter un aperçu de ses réponses aux propositions des semi-pélagiens.
Ceux-ci affirmaient d'abord que la nature et le libre arbitre n'ont pas été foncièrement viciés par le péché d'origine, qu'ils sont capables de quelque bien moral, et même de désirer, de vouloir le bien surnaturel, de prier, et de commencer l'œuvre du salut. — Prosper le nie résolument. La nature est absolument impuissante à commencer l'œuvre du salut ; le libre arbitre ne saurait être tiré que par la grâce de l'abîme où il est tombé et de la domination du démon sous laquelle il gémit. On ne va à Dieu que par Dieu, et l'on ne
saurait avoir Vinitium fidei que par le Saint-Esprit :
« Liberum arbitrium... ante illuminationem fidei in tenebris... et in umbra niortis agere non recle negatur. Quoniam priusquam a dominatione diaboli per Dei gratiam liberetur, in illo profundo iacet in quod se sua libertale demersit. Amat ergo languores suos, et pro sanitate habet quod aegrotare se nescit, donec prima haec medela conferatur aegrolo ut incipiat nosse quod langueat et possit opem medici desiderare qua surgati. » — « Qui credunt Dei aguntur Spiritu... Conversio ergo nostra ad Deum non ex nobis, sed ex Deo est-. »
Bien plus, la nature sans la grâce, et sans la grâce de la foi, est incapable même de bien simplement moral, et toute la justice des infidèles n'est que justice apparente, et au fond injustice condamnable :
« Intellegat iustitiam infidelium non esse iustitiam quia sordet natura sine gratia». — « Habent quidempietatis similitudinem sed non habent veritatem 3. »
« Edite constanter naturae vulnera victae, Exutani virtute animam. caecataque cordis Lumina, et in poenam propriam iaculis superatis, Armatum arbitrium nunquam consurgere posse Inque novos lapsus semper nitendo resoivi*. »
La seconde affirmation des semi-pélagiens portait sur la dispensation et le mode d'action de la grâce. Tous sont appelés également [indifferenter) ; la grâce cependant est offerte plus spécialement à ceux qui se sont mieux disposés à la recevoir. Cette grâce, le libre arbitre l'accepte ou la rejette à son gré : l'efficacité de la grâce vient de lui, et par conséquent le mérite est le résultat de la double action parallèle de la grâce et de la volonté libre.