Inpsalm. IX, vers
32, comme saint Grégoire devait le faire, et l'autorité de saint Grégoire entraîna généralement l'assentiment des écrivains qui s'inspirèrent de lui. Ainsi conclurent saint Isidore et saint Julien de Tolède ^ Quant à Bède, il n'enseigna pas seulement que Jésus-Christ connaissait en réalité le jour et l'heure du jugement ; il expliqua que le progrès en sagesse et en grâce de l'Enfant-Dieu était purement extérieur, le Sauveur révélant peu à peu aux yeux des hommes la grâce et la sagesse dont il était rempli dès le premier moment de sa conception 2.
Au contraire de celui de l'incarnation, le dogme de la rédemption n'a jamais été, dans la théologie ancienne, étudié et traité pour lui-même, et on ne s'étonnera donc pas de ne rencontrer guère, dans les auteurs dont nous exposons la doctrine, qu'une répétition de ce qui a été dit avant eux^.
Cependant la théorie physique ou mystique — qui voit dans le fait même de Tincarnation un principe de rénovation pour la nature humaine qui s'y trouve unie à la nature divine, — cette théorie, dis-je, toujours un peu négligée chez les latins, est bien mise en lumière par saint Léon. L'auteur y est amené d'une part par l'idée plus profonde de la corruption humaine qu'a développée la controverse pélagienne, de l'autre par ses propres réflexions sur le mystère de l'Homme- Dieu. Le diable, par sa malice, a détruit le plan
1. s. IsiDOR., Sentent., 1,2", i; S. Julien, Prognostic.,\l\, 1.
2. In Matth., cap. XXIV, col. 104; Homil. I, 1-2, col. 07 : . luxta hominis quippe naturam proliciebat sapientia, non quidem ipse sapientior ex tempore existendo, qui a prima conceptionis hoia spiritu sapientiae plenus permanebat, sed eamdem qua plenus erat sapientiam caeteris ex tempore paulalira demonslrando... luxta hominis naturam proficiebat gratia, non ipse per accessum temporis accipiendo quoC non habebat, sed pandendo donum gratiae quod babebat. .
3. V. J. Rivière, Le dogme de la Rédemption^ chap. XVI, XVII.
primitif de Dieu et gâté son œuvre : la nature humaine créée saine et immortelle est devenue corrompue dans son âme et dans son corps par la mort et le péché. Se guérir elle-même, elle ne le peut : « Lethali vulnere tabefacta natura nullum remedium reperiret, quia conditionem suam suis viribus mutare non posset'. » Cette condition ne saurait même être changée par un remède appliqué pour ainsi dire par le dehors, comme le sont des enseignements et des exemples donnés ^ : il faut quelque chose de plus intime ; il faut que le Verbe de Dieu, Dieu lui-même, en s'unissant à la nature humaine, en la prenant en lui, la guérisse de son mal et opère en elle une rénovation. C'est pour cela que rincarnation est nécessaire, nécessaire non pas absolument, mais étant supposé que la miséricorde de Dieu veut nous relever et nous sauver : « Nisi Verbum Dei caro fieret et habitaret in nobis, nisi in communionem creaturae Creator ipse descenderet, et vetustatem humanam ad novum principium sua nativitate revocaret, regnaret mors ab Adam usque in fmem, et super omneshomines condemnatioinsolubilis permaneret*^. » x\insi devenu notre chef par son incarnation, Jésus- Christ, Dieu et homme, fera passer dans ses membres, que nous sommes, la vertu qui est en lui : « Nihil enim non ad nostram salutem aut egit aut pertulit (Christus), ut virtus quae inerat capiti inesset etiam et corpori^ . »
Ce n'est pas à dire que saint Léon regarde l'incarnation comme suffisant seule à nous sauver. Au contraire, il déclare que « la passion du Christ contient le sacrement de notre salut ^ »; que Jésus-Christ ne