‹ Histoire des dogmesChapitre 82 sur 426 · La voir dans P. L., Lxni · texte numérisé non relu

La voir dans P. L., Lxni

2, P. L., LXni, 443 et suiv. ; cf. 447, Il ne trouva rien de mieux que

L'EVOLUTION DU MONOPHYSISME. 111

ville impériale l'imitèrent. Sévère d'Antioche, qui parvint à s'enfuir à Alexandrie, reçut pour- successeur Paul II (519-521) ; Philoxène fut exilé. A Jérusalem, Jean fut maintenu. En Egypte on ne put rien faire. Ainsi se termina, en 519, ce premier schisme, qui préludait malheureusement à des scissions plus durables. Les règnes de Justin I (518-527) et de ses successeurs, Justinien (527-565), Justin II (565-578), Tibère II (578-582) et Maurice (582-602;, constituèrent, pour l'orthodoxie chalcédonienne, une période de triomphe officiel, encore que fort troublée, nous le verrons, par les caprices théologiques de Justinien et les intrigues de Théodora. Les monophysites avoués furent écartés des grands sièges, et à Alexandrie on put installer un patriarche catholique en face du ou des patriarches que les dissidents y maintenaient. A un moment donné même, vers 548, la hiérarchie monophysite faillit s'éteindre dans l'empire, si sévères étaient les mesures prises par Justinien pour empêcher que les évêques suspects fissent des ordinations. Un moine ordonné évêque d'Edesse en 543, Jacques Baradaï, la sauva. Pendant trente-cinq ans, il parcourut l'Orient tout entier, encourageant les fidèles du parti, sacrant des évêques et réorganisant partout les communautés. Quand il mourut, en 578, une Église monophysite, indépendante de l'Eglise officielle et possédant, comme à Antioche, ses chefs à elle, à côté des chefs catholiques, existait par tout l'empire, mais était forte surtout dans trois centres, en Egypte, dans la Syrie mésopotamienne et en Arménie. C'est l'Église appelée, de son nom. jacobite. L'unité assurément n'en était pas complète, nous allons le dire, et plus d'un schisme, plus d'une dissension doctrinale

d'affirmer que les Églises de l'ancienne et de la nouvelle Rome n'eu faisaient qu'une.

la déchirait déjà. Mais elle joua, et pendant longtemps encore, un rôle important dans l'empire, résistant à toutes les avances comme à toutes les persécutions, et produisant dans l'ordre littéraire, théologique et historique des œuvres dont l'intérêt reste très grand pour nous.

§ 2. — L'évolution doctrinale du monophysisme. Le monophysisme eutychien K

On donne le nom général de monophysites à tous les dissidents qui repoussèrent les décisions du concile de Chaleédoine, et combattirent la formule des deux natures après l'union comme l'expression pure et simple dunestorianisme restauré^. Les monophysites s'opposent aux dyophy sites confondus par eux avec les nestoriens. Mais il s'en faut de beaucoup que tous ceux à qui ce nom convient, et qui n'ont prêché qu'une nature en Jésus-Christ, aient entendu cet enseignement de la même façon, et que le monophysisme ait été une doctrine une. Sans entrer dans les détails que comporterait une histoire un peu complète des diverses sectes monophysites^, il ne sera pas inutile de signaler ici

1. On pourra déjà pour ce paragraphe consulter le livre de J. Ledon, Le monophysisme sévérien, Louvain, 4909.

2. C'est en fonction de la décision du concile en effet qu'il faut entendre le mot de monophysite, et non pas précisément en fonction de la doctrine que ce mot suppose. Notons seulement qu'il arrive souvent aux auteurs des v^ et vi« siècles de désigner les monophysites en général par des noms qui ne convenaient originairement qu'à certaines fractions du parti. Tels les noms d'acéphales, à'eulychiens; leis ceux d'égyptiens ou schématiques, que leur donnera saint Jean Damascène. Le traité De sectis les appelle fréquemment hésitants, séparés (ol 6iaxpiv6[x6voi) : c'est un qualificatif que les monopliysites se donnaient à eux-mêmes, pour marquer leur éloignemeut du concile de Chaleédoine.

3. Cette histoire n'existe pas. et ne deviendra possible — si jamais elle le devient — qu'après l'édition de bon nombre de documents qui gisent encore inexplorés dans les bibliothèques.

L'ÉVOLUTIOiN DU MONOPHYSISxME. 113

les principales d'entre elles et de marquer les tendances diverses qui s'y sont développées.

On peut immédiatement, d'après ces tendances, partager les monophysites en deux grandes classes. Les uns, se rattachant à Eutychès, renforcent de plus en plus l'idée de l'unité de nature en Jésus-Christ, et vont dans le sens d'une confusion de plus en plus complète entre la divinité et l'humanité du Sauveur : ce sont les monophysites i^éels. Les autres s'en tenant à la doctrine de saint Cyrille, affirment avec lui que Jésus-Christ est une seule nature, mais ils se gardent de confondre, dans cette nature unique, l'humanité et la divinité, non plus que les propriétés qui conviennent à chacune d'elles : là où les nestoriens séparent et où les eutychiens confondent, ils prétendent distinguer. Ils professent, au fond, la doctrine du concile de Chalcédoine, mais ils en repoussent la terminologie et les formules : ce sont les monophysites d'expression et de langage.

Occupons-nous d'abord des premiers.

On a vu que l'erreur caractéristique d'Eutychès était de nier que la chair du Sauveur fût consubstantielle à la nôtre. Il ne fut pas seul à la soutenir. 11 existe ' deux lettres de Timothée .Elure la dénonçant, vers 460-464. chez un évêque d'Hermopolis, Isaïe, et un prêtre d'Alexandrie, Théophile. Mais l'erreur ne devait pas en rester là, et, puisque Eutychès n'avait pas dit pourquoi et comment le corps de Jésus-Christ n'était pas de même nature que le nôtre, cette assertion fondamentale devait nécessairement recevoir des explications divergentes. J'ai déjà signalé celle que rapporte Théodoret dans VEra?iistes. Dès 447, certains monophysites admettaient une sorte d'absorption de l'humanité de Jésus-Christ par sa divinité : lyw Tr,v ôîOTyjTa X^yw

\. V. Lebon, Le monophysisme sévérien, p. 96 et suiv., 489.

(XîtxevïixEvai, xaTa7ro6v^vai os utto TauTr,(; r/jv àv6pw7rÔTY)Ta^. D'autres suivirent une autre voie, et mirent en avant une transformation du Verbe en la chair. Si le Verbe, disaient-ils, a pris chair de Marie, une addition s'est faite à sa personne et par conséquent à la Trinité. Il n'a donc rien pris de la Vierge : « Verbum nihil de Virgine sumpsit, sed ipsum, sicut voluit, in ea formatum est et factum estcaro^. » Le Verbe s'était condensé en chair, à peu près comme Tair humide se condense en pluie ou en neige, comme leau se solidifie en glace ^. D'autres allèrent encore plus loin, et ne virent dans l'humanité du Sauveur qu'une modification, une apparence extérieure prise par le Verbe et existant en sa personne, comme l'empreinte du sceau dans la cire qui en est marquée ^ . On glissait ainsi au pur docétisme, et cela justifie bien le nom de phantasiastes que Sévère et Philoxène donnent aux auteurs de ces rêveries.

L'idée de fusion ou de mélange des deux natures en une, condamnée par Apollinaire comme par Cyrille, trouva aussi des partisans. Il existe toute une correspondance de Sévère d'Antioche avec un certain Sergius. surnommé le Grammairien, qui soutenait cette opinion ^. La distinction des propriétés dans le Christ, disait-il, impliquait le nestorianisme : on ne devait admettre en lui que (xia oùaia xai ttoiottiÇ.

Il se peut que les fauteurs de ces diverses erreurs aient été nombreux : ils ne prirent cependant jamais

Page 1