RACINE DE PISSENLIT
nadir Taraxaci ; nngl., Dandc.Hon Root, Taraxacum Root : allem., TAœmsahmntrsel.
Origine botanique. — Le Taraxacum officinale Weber ( Taraxacum Dens-leonis Desfontaines, Leontodon Taraxacum. L.) est une plante de l’hémisphère nord. On la trouve dans toute l’Europe, l’Asie centrale cl septentrionale, et l’Amérique du Nord. Elle s’étend jusqu’aux régions arctiques. Elle offre un nombre considérable de formes, dont plusieurs ont été regardées comme des espèces distinctes. Dans quelques pays, elle constitue une mauvaise herbe incommode (a).
Historique. — Quoique le Pissenlit commun doive avoir été bien connu des anciens, nous ne trouvons aucun renseignement sur lui
COMPOSÉES
dans les auteurs classiques grecs ou latins. Le mot Taraxacum est cependant regardé, communément, comme cl’origine grecque (I) ; nous le trouvons d’abord écrit Taralthshagün dans les ouvrages des médecins arabes, qui en parlent comme d’une sorte d’Endive sauvage. Il est aussi mentionné par Rhazes au dixième siècle et par Avicenne au onzième siècle.
Le nom Dens Leoms , son équivalent, qu on trouve dans presque toutes les langues de l’Europe, a été, d’après l’herbier de Johann von Cube (2), donné à cette plante par un certain Wilhelm, médecin, qui la tenait en grande estime ; mais nous avons cherché en vain quelques détails sur ce personnage et sur l’époque à laquelle il vivait. Le Pissenlit était trèsestimé dans la médecine, à l’époque de Gerarde et Parkinson, et est encore employé sur une assez large échelle.
Récolte. — En Angleterre, la racine de Pissenlit passe pour être trèsbonne à arracher pendant le mois de novembre, son suc étant à cette époque plus abondant et de meilleure qualité qu’à tout autre- moment. Bentley prétend qu’elle est plus amère en mars, qu'elle l’est plus que jamais en juillet, et qu’on doit préférer pour la récolte à tout le moins la première date.
Description. — Laracine duPissenlitestvivace, pivotante, simpleoupeu ramifiée; dans un bon terrain elle atteint 30 centimètres et plus de long et de 1 à 3 centimètres de diamètre. Les vieilles racines se divisent, au niveau du collet, en plusieurs têtes. Cette racine eslcharnue et cassante; extérieurement elle est d’un brun pâle ; elle est blanche en dedans et riche en un suc inodore, laiteux et amer. Elle se contracte beaucoup en se desséchant et perd environ 76 pour 100 de son poids (3). La racine de Pissenlit sèche a un centimètre environ de diamètre; elle est colorée en brun foncé, et parcourue de rides transversales qui ont souvent une direction spiralée. Lorsqu’elle est tout à fait sèche, elle se casse facilement; sa cassure est courte, subéreuse, et met en évidence une écorce trèsépaisse, blanche, qui entoure une colonne ligneuse. Cette dernière est jaunâtre, très-poreuse, sans moelle ni rayons. Une zone cambiale assez large, mais peu distincte, sépare le bois de l’écorce, qui offre de nom-
(1) U vient peut-être de ou -rpd^uvov, laitue sauvage ; d’après quelques au-
teurs, de Tapalji;, maladie des yeux qu’on traitait avec cette plante, ou du verbe Totp doao), je trouble.
(2) fierbarius zu teutsch und von aller handt kreuteren, Augspurg, 1488, cap. eut.
(3) Ainsi, S496 livres de racines lavées donnèrent, après dessiccation, seulement 1277 livres ou 23,2 pour 100. Information communiquée par MM. Allen et Hanburys, de Londres.
breuses couches concentriques bien définies. Gctle racine est inodore; elle possède un goût un peu amer.
Structure microscopique. — Sur une section 1 0 il g i Lu il i il £1 L e , surtout tangentielle, on voit des zones brunâtres qui contiennent des vaisseaux laticifères qui ont 2 millièmes de millimètre environ de diamètre. Ils traversent les zones verticalement, en émettant de nombreuses branches transversales qui restent toujours confinées dans la meme zone. Dans l’épaisseur de chacune de ces zones les vaisseaux laticifères forment un réseau anastomotique très-manifeste. La racine est ainsi verticalement traversée par environ dix à vingt couches concentriques de vaisseaux laticifères (1). On peut les rendre très-apparents nu moyen du bleu d’aniline, en humectant avec sa solution une mince tranche longitudinale de la racine fraîche. Il faut d’abord laisser dessécher en partie la racine jusqu'à ce que le suc laiteux se coagule ; les tranches minces absorbent alors énergiquement la matière colorante (2).
Le parenchyme de la racine desséchée est rempli d'inuline, qui ne se présente pas à l’état solide dans la plante vivante. La partie ligneuse de la racine de Pissenlit est formée de larges vaisseaux scalariformes, accompagnés de tissu parenchymateux, mais les premiers dominent beaucoup (b).
Composition chimique. — Le suc laiteux frais de Pissenlit est amer et neutre, mais il acquiert bientôt une réaction acide et une coloration brun-rougeâtre, en même temps qu’il se coagule, avec séparation d’une substance que Kromayer, en 1861, a désignée sous le nom de Leonlodoriium. Ce chimiste, en traitant cette substance par l’eau chaude, obtint une solution amère ; celle-ci abandonne sur le charbon animal un principe actif (?) qu’on en sépare à l’aide de l’esprit-de-vin bouillant. Après évaporation de l’alcool, Kromayer purifia le liquide par addition d’acétate de plomb basique, saturation de la solution filtrée avec de l’hydrogène sulfuré et évaporation jusqu’à siccité. Le résidu abandonna alors à l’éther une résine âcre, et laissa une masse amorphe, incolore, très-amère, nommée par Kromayer Taraxacme.
Polex (1839) obtint apparemment le même principe en cristaux ver-
(1) Pour plus de détails à ce sujet, voyez : Vogl, Sitzungsber. (1er Wiener Akademie , 1863, VI, 668, avec planche; Hanstein, M ilchsaftgefasae unçl vcrvandlc. Organe der liinde, Berlin, 1864, 72, 73, t. IX.
(2) Le lecteur peu familier avec ce procédé peut se rapporter à un mémoire de Pocklington, in Phnrm. Journ., 13 avril 1872, 822.
COMPOSEES
ruqueux. Il faisait simplement bouillir le suc laiteux avec do l’eau et abandonnait à l’évaporation la décoction concentrée. La portion du Leontodonium non dissoute dans l’eau cède à l’alcool une substance cristalline, la Taraxacérine de Kromayor, C8H,#0. Cette dernière ressemble à la lactucérine et sa solution alcoolique possède une saveur âcre. Nous ne savons pas encore jusqu’à quel point les propriétés médicinales du Pissenlit sont dues aux substances ainsi obtenues.
Dragendorff, en 1870, a retiré de racines recueillies près de Dorpat en octobre, et séchées à 100° C., 24 pour 100 d'inuline et du sucre. Des racines recueillies en mars, dans le même endroit, donnèrent seulement 1,74 pour 100 d’inuline, 17 de sucre incristn 1 lisable et 18,7 de. Lévuline. Ce dernier corps, découvert par Dragendorff, a la même composition que l’inuline, mais se dissout dans l’eau froide. Sa solution possède un goût douceâtre; elle est dépourvue de tout pouvoir rotatoire. Lorsqu’on fait dissoudre dans l’eau l’extrait de Pissenlit, l’inuline se présente souvent sous la forme d'une poudre brillante.
T. et H. Smith, d’Edimbourg, ont montré, en 1849, que le suc de la racine, après une courte exposition à l’air, subit une sorte de fermentation dont le résultat est une production abondante de mannite, dont on ne peut retirer la moindre trace de la racine tout à fait fraîche. Les mêmes chimistes y trouvèrent une grande quantité de sucre qui subissait promptement la fermentation vineuse.
Les feuilles et les tiges du Pissenlit (mais non les racines) offrirent à Marmé, en 1864 (I), un sucre particulier nommé Inosite, Cl2Hsl012. Des racines recueillies dans les prairies des environs de Berne, immédiatement avant la floraison, lavées soigneusement et desséchées à 100° C , nous donnèrent 5,24 pour 100 de cendres, consistant en carbonates, phosphates, sulfates, et en une petite quantité de chlorures.
Usages. — Le Pissenlit est très-employé dans la Grande-Bretagne comme laxatif doux et tonique, surtout dans les maladies du foie. Eu France il est inusité.
Falsification. — Les racines du Leontodon hispidus L. sont parfois vendues en fraude par les récolteurs d’herbes à la place de celles du Pissenlit. Les deux plantes ont les feuilles roncinées, mais celles du Leontodon hispidus sont velues, tandis que celles du Pissenlit sont lisses. La racine fraîche du premier est coriace, difficile à casser et laisse rarement exsuder un suc laiteux (2).
(1) G melin, Chemistry, 1864, XV, 351.
(2) Giiæs, Pharm. Journ., 1852, XI, 107.
HISTOIRE DES DROGUES D'ORIGINE VEGETALE. 2?i
La racine desséchée du Pissenlit est très-susceptible d’être attaquée parles vers et ne doit pas être conservée pendant plus d’une saison.
(„) Les Taraxacum (Haller, Stirp. Helv., 1, 23) sont des Composées de la tribu d arhoriaeées à bractées extérieures de l'involucre toutes réfléchies a la maturité
des
Cichoriacées à bractées extérieures de l’involucre toutes renecmes a ia maturité et formant une’ sorte de calicule ; à réceptacle nu ; à achaines munis de côtes ordinairement muriquées et terminées par un bec filiforme ; à aigrette formée de soies disposées sur plusieurs rangs.
Le Taraxacum officinale Wiggers ( Prim .
Boisai., 56),vulg. Pissenlit, est une herbe h souche vivace, courte et épaisse, fréquemment ramifiée, terminée par une longue racine pivotante charnue, Les feuilles sont toutes radicales, disposées en rosette et persistantes pendant l’hiver. Elles sont alternes, oblongues. Quelques-unes sont parfois entières ou seulement ondulées, mais la plupart sont profondément découpées en lohes inégaux, triangulaires, terminés par une pointe assez aiguë, et tantôt entiers, tantôt découpés sur les bords en dents inégales, fines et aiguës. Le limbe de la feuille est supporté par un pétiole court, embrassant, souvent rougeâtre. Delà souche partent des hampes florales plus longues que les feuilles, dressées, fistuleuses, souvent couvertes de poils floconneux, dépourvues de bractées et terminées par une seule fleur volumineuse. L'involucre est obeonique, formé d’ écailles disposées sur plusieurs rangées, un peu carénées au sommet ; les supérieures, linéaires, obtuses ; les inférieures, plus petites, moins serrées, lancéoléeslinéaires, réfléchies et formant une sorte de collerette autour de la base du capitule. Le réceptacle est nu, aplati. Les fleurs sont très-nombreuses ; elles ont toutes le périanthe ligule, jaune, livide en dessous, beaucoup plus long que l’involucre, tronqué au sommet et découpé en cinq dents. Les anthères sont sagittées à la base. Les styles sont divisés en branches grêles, longues et recourbées. Les achaines sont oblongs, rétrécis à la base, marqués de côtes longitudinales striées et terminées en haut par des pointes tuberculeuses plus courtes que le support de l’aigrette. Ce dernier est plus long que l’aigrette elle-même. La plante fleurit dans les environs de Paris d’une façon presque continue d’avril à octobre. Certaines variétés sont glabres, tandis que d’autres sont un peu pubescentes [Trad.]
(ô) Ainsi que le montre la figure 133, la racine de Pissenlit offre de dehors en de-
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