CHAPITRE XII
Orxnnlnatlon définitive du rom(c de Ch «ni panne et de Brie a la mort de Thibaut 11, f f *t
Jusqu'à la mort de Thibaut II, les possessions de la maison de Blois en Champagne et en Brie ne semblent qu'un accessoire. C'est à Chartres, c'est à Blois que se trouve le centre de la puissance de cette maison fameuse. A la mort d'Eudes Ier, Thibaut Ier, fils aine du grand comte, prend dans son lot Chartres et Blois, et laisse Troyes et Meaux à Etienne, son frère cadet. A la mort de Thibaut Ier, Etienne Henri a pour sa pari, à titre de droil d'aînesse, Chartres, Blois et Meaux ; Hugues, plus jeune, doit se contenter de Troyes.
Cette préférence avait, ce nous semble, une double raison d'être. Elle était d'abord fondée sur une sorte de tradition : les possessions les plus anciennes delà maison de Blois étaient celles pour lesquelles cette illustre dynastie féodale avait le plus d'attachement. De plus, tant que Chartres et Blois eurent Tours pour annexe, leur importance dépassa de beaucoup celle de la Champagne et de la Brie. Mais, au xne siècle, tandisque la puissance toujours croissante des comtes d'Anjou substituait à l'occident de la France une prépondérance nouvelle à la vieille prépondérance des comtes de Blois, les comtes de Blois, sans rivaux
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dans la portion de la France royale qui s'étendait à l'est de Paris, y avaient progressissevement accru, avec une prudente et silencieuse lenteur, l'étendue de leurs domaines et le nombre de leurs vassaux. Aussi voyons-nous, en 4152, Troyes l'emporter dans la balance, devenir de fief servant fief dominant, et former avec ses accessoires le lot de l'aîné des fils de Thibaut, tandis que Blois et Chartres, déchus de leur ancienne prééminence, sont tenus à hommage du comte de Troyes. Dès-lors, le comté de Champagne avec Troyes pour capitale, l'un des grands fiefs de France, est définitivement constitué. Les faits postérieurs ne modifièrent, qu'en des points secondaires, sa situation dans le monde féodal, jusqu'à sa réunion à la couronne.
Nous allons entrer à ce sujet dans quelques détails géographiques.
En H52, le comté de Champagne, comme tous les grands fiefs et même les royaumes, se composait de deux sortes de biens territoriaux : les pays d'obédience et les fiefs. Etaient pays d'obédienie, les localités où le comte possédait la seigneurie immédiate. Etaient fiefs, celles où il n'avait que la suzeraineté.
Les pays d'obédience étaient en Champagne, comme dans une grande partie de la Fiance, divisés en chàtellenies ou prévôtés, qui avaient chacune pour chef-lieu le principal centre de population de la circonscription, point spécialement fortifié, où se trouvait une forteresse qualifiée de château à l'exclusion des autres forteresses du môme district. Les prévôtés du comte de Champagne étaient en H 52, au nombre de vingt-huit, dont les chefs-lieux sont
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aujourd'hui situés dans six départements, savoir :
!• Dans l'Aisne, deux prévôtés : Château-Thierry, Oulchy (i);
2° Dans l'Aube, neuf : Bar-sur-Aube, Ervy, Isle- Aumont, M éry -sur-Seine, Payns, Pont sur-Seine , Rosnay, Troyes (2), Villemaur ;
3° Dans la Haute-Marne, une : la Ferté-sur-Aube;
6° Dans la Marne, dix : Bussy le-Chàteau, Chàtil-
lon-sur Marne, Epernay, Fismes, Lachy, Mareuil-
sur-Ay, Montfélix, Sézanne, Vertus, Vitry;
5° Dans Seine-et-Marne, cinq : Bray-sur-Seine , Coulommiers, Meaux, Montereau, Provins;
6* Dans l'Yonne, une : Saint-Florentin (3).
De plus, notre comte possédait dans l'Oise un dé-
fi) Voir pour ceci el ia plus grande partie des faits dont 1 énoncé suit, le premier registre du Feoda Campaniœ, dans nos pièces justificatives; quand nous recourrons à une autre source, nous l'indiquerons.
. (2) Les deux prévôtés dïsle et de Troyes étaient réunies entre les mains d'un seul prévôt. Il en était de même de celles deChâtillon et de Fimes, de Sézanne et de Lachy, en sorte que le nombre des prévôts était de vingt-cinq seulement.
(5) Oo trouve dans les chartes de Thibaut II l'indication de dix de ces prévôtés. Déjà, au chap. VI. p. 284. de ce volume, nous avons parlé des chartes antérieures à son avènement au comté de Champagne, qui donnent des noms de prévôtés; on y a pu remarquer Provins. Depuis iors, en 4131, nous rencontrons Ours, prévôt de Château-Thierry; Alboin. prévôt de Sézanne {Gall. Christ., X, Inttr., 166-167; Duchesne, Histoire de la maison de Broyés. pr., p. 12-13). En 1132, Payen prévôt de Coulommiers (Doc. inéd. extr. de la bibl. royale, II, seconde partie, p. 16). En 1134, Guiard des Ponts, prévôt de Troyes (Vallet de Viriville, Arch. hist. de l'Aube, p. 396), qui était encore en fonctions en 1140 (Charte originale, Arch. de l'Aube, fonds de Montiéramey). En 1138, Hu-
[rersmi.] — 423 —
bris du comté de Beauvais, aliéné par Eudes en 4015, c'est-à-dire le domaine de Savignies qui fut, quelques années plus tard, donné en fief à l'évêque de Beauvais.
Près de trente ans plus tard, c'est à-dire à l'avènement de Philippe- Auguste, le nombre des prévôtés royales n'était encore que de trente- sept, réparties entre huit départements, savoir: Cher, Eure-et-Loir,
gues, prévôt de Montereau (Cart. de Notre-Dame de Paris, 1, 293). La même année reparaît Payen, prévôt de Coulommiers. Bibl. imp. anc. fonds latin, 5441. p. 61. En 1159, Hugues de Montrouge, prévôt de Rosnay (original. Areh. de la Haute-Marne, fonds de Montiérender, Coll. de Champagne, 1. 136, p. 194 bis). En 1148, Adam, prévôt de Meaux (Biblioth. de la ville de Meaux, Cart. dfi l'égl. de Meaux, 1, 56, II, 12). En 1149, Guyard le Mangeur, prévôt de Saint-Florentin (Cart. de l'Yonne, I, 449). En 1151, Gauthier, prévôt d'Epernay; Herluin, prévôt de Châtillon-sur- Marne, Urion, prévôt de Château-Thierry (Cart. S. Medardi Suessionensis, de Damery XXXVIII, Bibl. imp., cart. n°106). Nous avons donné dans notre Histoire de Bar-snr-Aube, p. 13, trois noms de prévôts contemporains de Thibaut ; on peut y ajouter un quatrième nom, celui de Dominique, prévôt de Bar-sur-Aube en 1139 (original, Arch. de la Haute-Marne, fonds de Montiérender, p. 194 bis). On remarquera que, parmi les quatre prévotés signalées au chapitre VI, p. 284, il y en a une, celle de Mous, qui ne reparaît plus dans les listes postérieures. Nous trouvons aussi dans l'intervalle qui sépare l'avènement de Thibaut au comté de Champagne de sa mort, trois prévôtés dont il n'est pas question dans le premier registre du Feoda Campuniœ: celle de Vassy (Vitulis prœpositus Gais&iœ, charte de l'année 1141, ap. Onll. Christ, X, Instr., 171-172); celle de Larsicourt (charte originale de Thibaut II. donnée en 1141, Archives de la Marne, fonds de Trois-Fontaines); celle de Dormans (Petrus prepositus Dormanni, charte de Tannée 1151 ; Cart. S. Medardi Sitessionensis, de Damery XXXVIII; Bibl. imp.. Cartulaires. n° 106). Elles reparaîtront plus tard.
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Loiret, Oise, Seine, Seine-et-Marne, Seine-et-Oise, Yonne (4).
Quant aux fiefs qui relevaient du comte de Champagne,on en comptait deux mille trente, vers 1452 (2). Nous ne parlerons que des principaux. On peut les distinguer en deux catégories : 1* ceux qui, formant une sorte dégroupe à l'orient de Paris, peuvent être considérés comme faisant corps géographiquement avec le comté de Champagne; 2* ceux qui étaient situés au sud ou au sud-ouest de Paris.
Parions d'abord des premiers :
Ils se trouvaient répartis entre onze départements :
Dans l'Aisne : le comté de Roucy, les seigneuries de Braisne, de Nogent-F Artaud et de Saponay;
Dans les Ardennes : les comtés de Grandpré et de Réthel, les seigneuries de Chàteau-Porcien et deRaucourt (3);
(1 ) Voir la liste do ces prévôtés dans Lafeniere, Hist. du droit Français, IV, 562-564. Cf. Brtissel, 434-459.
(2) Ce que nous appelons fiefs, ce sont les tenures confiées à des chevaliers, ce qu'on nommait ailleurs fiefs de haubert. L'indication de leur nombre ne peut nous faire connaître le nombre des services des chevaliers dus au comte de Champagne. En effet, si plusieurs petits fiefs ne devaient qu'un seul service de chevaliers, en revanche les principaux vassaux ne pouvaient se présenter seuls pour répondre à la sommation du comte. On a vu plus haut, p. 266, Thibaut II se rendre à une convocation du roi avec une armée de huit mille chevaliers. Ainsi, le chiffre de deux mille trente est évidemment inférieur de beaucoup au nombre des services de chevaliers dus au comte de Champagne.
(3) Feoda Campaniœ, art. 227, 233, 233 bis, p. xvi-xvu. Château-Porcien portait au xi# siècle le titre de comté.
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Dans PAube : les comtés de B ri en ne et de Bar-sur- Seine, les seigneuries d'Arcis, de Beaufort, aujourd'hui Montmorency, de Chappes, de Chassenay, de Dampierre, de Dienville (1), de Dosnon (2), de Nogent-sur-Seine, de Ramerupt, de Traînel ;
Dans la Marne : les seigneuries d'Anglure, de Broyés, de Cernay-en-Dormois (3), de Chapelaine, de Conflans-sur-Seine, de Dampierre (4), de Drosnay (5), de Montmirail, de Montmort, de Pleurs, de Possesse (6), de Queudes, de Saint-Chéron, de Sainte-Menehould et de Vanault;
Dans la Haute-Marne : les seigneuries de Choiseul, de Cirey-le-Chàteau (7), de Clefmont (8), de Condes (9), de la Fauche (10), d'Is-en-Bassigny (11), de Joinville, de Moeslain, de Reynel (12), de Saint- Dizier et de Vignory (43) ;
Dans la Meuse : la seigneurie de Ligny, donnée en
(ii Brussel, p. 9 et 41 . Extraits du Feoda Campaniœ. (% Brussel, p. 11.
(3) Feoda Campaniœ, art. 233 bis, p. xvn.
(4) Ibid.
(5) Brussel, p. 115.
(6) Feoda Campaniœ, art. 253 bis, p. xvn.
(7) Brussel, p. 114. Elle avait porté le litre de comté.
(8) Brussel, p. 37.
(9) Brussel, p. 115.
(10) Feoda Campaniœ, art. 233 bis, p. xvn. On peut, du reste, contester notre traduction.
(11) Feoda Campaniœ. art. 233, 233 bis, p. xvn.
(12) Feoda Campaniœ, art. 233 bis, p. xvn. Elle porte le titre de comté dans plusieurs documents du xu* siècle. (V. plus haut, p. 158.)
(15) Brussel, p. 131.
do! à la comtesse de Bar le-Duc (I), les seigneuries de Belrain et de Gondrecourt (2) ;
Dans la Moselle : Roussy-le-Village;
Dans TOise : la seigneurie de Breteuil (3) ;
Dans Seine-et-Marne : les seigneuries d'Amiliis, de Chatmaison, de Chambry, de Chauconin, de la Ferté-Gaucher, de Gironville, de Poincy ;
Dans les Vosges : la seigneurie de Bourlémont(6);
Dans l'Yonne : le comté de Joigny et la seigneurie de Maligny.
Passons aux fiefs, situés au sud-ouest de Paris, qui relevaient de la Champagne.
Nous les trouvons dans trois départements (5) :
(1) Benoît Picart . Hist. eccl. et polit, de la ville de Ton/, p. 89, rapporte, nous ne savons sur quelle autorité, que Héribert et Etienne, comtes de Vitry {Herbert 11 et Etienne I«r, comtes de Champagne), s'étaient emparés de Ligny sous l'épiscopat de saint Gauzlin, évéque de Toul (922-962). Nous avons dit plus haut qu'Herbert II avait acquis la suzeraineté de Vitry en 952 (voir notre t. I. p. 151) : voilà pourquoi Benoît Picart donne à Herbert II et à Etienne Ier le titre de comte de Vitry, suivant en cela l'exemple de Widric, abbé de Saint-Evre, mort en 1060, et auteur de la vie de saint Gérard publiée par D. Galmet, Hist. de Lorraine. \n édit., II, 249, Hist. episc. Tull.. cap. liv. Widric nous dit que du vivant de saint Gérard (963-964), Héribert le jeune, père d Etienne, comte de Vitry, s'empara de l'abbaye de Montiérender que son fils Etienne usurpa aussi après lui. On peut rapprocher ces dernières observations des dernières lignes de la note 2, p. 185, de notre t. Ier.
(2) Feoda Campaniœ, art. 253, 233 bis, p. xvn.
(5) Feoda Campaniœ, art. 289, p. xxn. Voir plus haut, p. 37, 187 et 237, ce que nous avons dit de cette seigneurie.
|4| Feoda Campaniœ. 233, 233 bis, p. xvn.
(5) Conférer les feoda magna du Ier registre, p.x-xi,avec ceux
f?er* 1152.] 427 —
Dans l'Eure-et-Loir : le comté de Chartres, les seigneuries d'Auneau, de Brou, de Chàteaudun, de La Ferté-Vilneuil, de Gai lardon, de Nogent-le-Rotrou ;
Dans l'Indre-et Loire : le comté de Tours (i) et la seigneurie de Château-Renault ;
Dans le Loir-et-Cher : le comté de Blois, les seigneuries de Bracieux, de Selles-su r-Cher, Chaumontsur-Loire (2), de Marchenoir, de Mennetou, de Ko morantin et de Saint-Aignan (3).
C'étaient les possessions primitives de la maison de Blois.
Nous terminerons par les fiefs les plus méridionaux; ils étaient situés dans cinq départements (6) :
Dans l'Allier : les seigneuries d'Ainay-le-Chàleau, d'Hérisson, de Neure et de Sain t- Désiré;
Dans le Cher : le comté de Sancerre, les seigneuries de Blet, de Concressaut, d'Epineuil, de Léré, de Vierzon ;
Dans l'Indre : la seigneurie de Vatan;
Dans le Loiret : les seigneuries de Beaugency,
(iu2*, p. xviH-xxm. Dans l'intervalle qui a séparé la rédaction de ces deux registres, l'état de la mouvance de la Champagne au sudouest de Paris s'est peu modifié.
(1) Voir notre 1. 1". p. 369-370.
(2) Voir notre 1. 1", p. 211, 271, 382-383, 398.
(3) Voir notre 1. 1» p. 211, 268-269.
(4) Conférer encore les feoda magna du 2e registre avec ceux du premier, pour la raison exposée dans la note 5 de la page 426.
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de Château-Renard (i), de Chàtillon-sur-Loing, de Saint-Brisson (2);
Dans la Nièvre : une partie au moins des fiefs que plus tard ies comtes de Nevers tinrent des comtes de Champagne dans ce département ; mais nous n'oserions préciser.
Ainsi, en 1452, l'hommage était dû au comte de Champagne pour des fiefs situés dans au moins dixneuf départements, et qui enveloppaient Paris de toutes parts, sauf au nord-ouest. Huit comtes tenaient de lui la terre à laquelle ils devaient leur titre : c'étaient ceux de Bar-sur Seine, Blois et Chartres, Brienne, Grandpré, Joigny, Réthel, Roucy, Sancerre. D'autres comtes, tout en tenant leurs comtés d'autres seigneurs, étaient ses vassaux pour certains fiefs secondaires, c'étaient les comtes : 1° d'Anjou, par la ville de Tours; 2° de Bar-le-Duc, pour Belrain, Raucourt, Ligny ; 3° de Beaumont sur-Oise ; k° de Clermont-en-Beauvoisis ; 5° de Dreux, pour Braisne (3); 6* de Meulan; 7° de Nevers; 8° de Soissons; 9° de Vermandois. Il faut y ajouter le duc de Lorraine, celui de Luxemhourg pour Roussy-le-Village, le sire d'Amboise pour Chaumontsur-Loire, et le sire de Bourbon pour les fiefs mou-
(1) Voir plus haut, p. 294.
(2) Voir plus haut, p. 294.
(3) Pierre, comte de Dreux, acquit Braisne en 1152, par son mariage avec Agnes de Baudement, dame de Braisne, de Nesle et deFere-en-Tardenois, fille de Gui de Baudement, et veuve de Mdon II, comte de B;ir-sur-Seiue \ Art de vérifier les dates, 11, 590, 671). A partir de cette époque, Braisne prît le titre de comté.
[vers H5Î.] — —
vant du comté de Champagne dans le département de l'Allier.
Mais si le comte de Champagne avait un grand nombre de vassaux, il reconnaissait plusieurs seigneurs. Le principal était le roi de France. Ensuite venaient le duc de Bourgogne, l'évéque de Langres et l'archevêque de Reims. Thibaut II avait, en 11/Ï3, fait hommage à Eudes, duc de Bourgogne, et avait reconnu tenir de lui en fief le comté de Troyes, les chàtellenies de Saint-Florentin, d'Ervy, de Maligny, la garde de l'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre, etc. (1). Les comtes de Champagne tenaient des archevêques de Reims, Epernay, Fismes et quelques autres localités (2); des évêques de Langres, Bar-su r- Aube et La Ferlé (3).
(1) Pérard, Rec de pièces, p. 227 ; Quantin, Cart. de rïonne, I, p. 370. Plancher, Ûist. de Bourgogne, I, 534, nous apprend que de son lemps l'original n'existait plus. Il en était probablement de même au temps do Pérard. Nous soupçonnons que par Chelulciœ, une des localités dont Thibaut fait hommage, on doit entendre non Chesley, Chesleium, comme le croit M. Quantin, mais Chaource, Chalurciœ, dont le nom aura été mal copié dans • le vieux registre de la Chambre des comptes, » dont nous parle Plancher. Chaource faisait partie du comté de Champagne au ix* siècle (voir notre 1. 1, p. 62, 66, 68 . Il en dépendait au xm* siècle, comme on le verra dans la suite de celte histoire. Il est probable qu'il appartenait a nos comtes dès le xii*. malgré le silence du Feoda Campaniœ. Chaourco étant un chef-lieu de châtellenie, il est tout naturel qu'il ait été mentionné avec les autres châteaux dont parle l'acte d'hommage de HAô. Il est au contraire invraisemblable qu'on ait signalé un obscur village comme Chesley.
(2) Marlot, in Mit.. II. 65.
<3) Nous avons cité (p. 279, note) une lettre de saint Bernard
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Les pays d'obédience et le domaine des comtes étaient administrés par vingt-cinq prévôts, dont trois réunissaient chacun deux des vingt-huit prévôtés. Ces fonctionnaires étaient temporaires et amovibles. Nous leur voyons juxta-posés dans au moins treize résidences, c'est-à-dire plus de la moitié, d'autres fonctionnaires, appelés vicomtes, mais ceux-ci héréditaires et prenant place dans les rangs du baronage féodal dont les premiers étaient exclus. On trouve ces vicomtes dans les localités suivantes :
Aisne : Château-Thierry, Oulchy;
Aube : Bar-sur-Aube, Payns, Rosnay, Troyes, Villemaur;
Marne : Châtillon-sur-Marne, Mareuil-sur-Ay ;
Haute-Marne : La Ferté-sur-Aube ;
Seine-et-Marne : Meaux, Provins.
Yonne : Saint-Florentin (1).
La ligne de démarcation de l'autorité des vicomtes
qui établit que Thibaut H devait l'hommage à l'évéque de Langres. Mais Thibaut 11 ne pouvait faire hommage à cet évéque de tous les fiefs que Thibaut V reconnut, en 1267, tenir de l'évéché de Langres (Bibl. de Langres, Cart. de l'évéclu, 1* 32 r\ Cf. Gall. Christ. ncv.t IV, 610 E, 611 AB). Une partie de ces fiefs ont été acquis par les successeurs de Thibaut II.
(1) Ce relevé a été fait par Brussel, p. 676. Il est tiré du Feoda Campaniœ. Payns seul a été ajouté par nous d'après une charte d'Halton, évoque de Troyes (vers 1140). ap. Camuzat, î* 318 i*, et Gall. Christ., XII, Itistr., 261 D : Gébuin, vicomte de Payns, est témoin dans cette pièce. On peut consulter en outre, sur les vicomtes de Troyes. un mémoire de Lévesque de La Ravallière, pu bliée par les soins de M. Corrard de Breban, dans l'Annuaire de l'Aube de 1838, 2e partie, p. 59-70; Grosley, Mémoires histori-
[▼ers 115*.] — —
et de celle des prévôts n'est pas bien connue. Nous voyons déjà ces deux fonctionnaires en présence, au xe siècle, dans une charte d'Eudes, premier comte de Blois et de Chartres, pére du grand comte de Champagne, qui porta le même nom (1). C'est en 1199 que nous trouvons le premier règlement qui détermine la limite de leurs attributions respectives (2). Mais nous ignorons en quoi ce règlement établit un droit nouveau, ou conserve un droit ancien. De plus, ce règlement concerne seulement le vicomte et le prévôt de La Ferté-sur-Aube, et nous ne savons pas jusqu'à quel point on est fondé à généraliser des dispositions qui pourraient, à la rigueur, avoir un caractère exclusivement local. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que le prévôt était, à Fégarddu vicomte, dans une situation d'infériorité, et que, le vicomte ayant à l'égard du comte une position plus indépendante que le prévôt, ce dernier, représentait plus directement que le vicomte les intérêts du comte dans la châtellenie. De plus, nous pen-
due* et critiques pour l'histoire de Troyes, I, 428451 ; — sur les vicomtes de Meaux. Toussaints du Plessis, Histoire de l'église de Meaux, t. I, p. 724-727; sur les vicomtes de Bar-sur-Aube, notre Histoire de Bar-sur-Aube. p. 1-4; — sur les vicomtes de Provins, Brussel, p. 078, M. Bourquelot, Hist. de Provins. II, p. 100. et M. Lefèvre, Les rues de Provins, p. 81-83;— sur les . vicomtes de Saint-Florentin, Quantin, Cart. de l'Yonne, I, p. 349, 350, 453. 435, 439, 447,468, 511. II, p. 100, 102, 262, 349, 396. — Nous avons parlé plus haut, p. 157, de deux vicomtes de Mareuil.
(1) T. I, p. 459, charte de l'année 978. Nous croyons qu'on doit reconnaître un vicomte dans le *>icarius dont parle cette charte.
(2| Brussel, p. 682-683.
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sons que, si le vicomte et le prévôt pouvaient quelquefois se trouver en concurrence pour l'administration de la justice (i), le prévôt avait seul l'administration financière des domaines du comte.
Nous croyons qu'on peut assimiler à l'autorité des vicomtes celle des châtelains que nous trouvons à Bussy-le Château et à Vitry.
(1) Voir 1. 1, p. 459, la charte d'Eudes Irl\ comte de Blois, d<*jà citée, et le règlement de 1199, art. 8, dans Brussel, p. 683.