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LA PROVIDENCE

En 1711 seulemenl fut fondée à Lyon la première providence. Le procès-verbal d'érection, conservé aux archives départementales, indique que plusieurs suppliques furent adressées en même temps à Mgr l'archevêque, au consulat, enfin au roi, pour autoriser, chacun en ce qui le concernait, la nouvelle œuvre. Les dames directrices appartenaient à la meilleure société; elles se nommaient Jeanne Durand, épouse de François Hugues de Siry, chevalier baron de Couche, Marie Pianello de La Valette, Marie Ressort et Jeanne Galliat.

Dans leur supplique à l'archevêque de Lyon, elles s'expriment ainsi : « Elles ont vu depuis longtemps avec douleur une infinité de jeunes fdles pauvres et sans secours, se perdre dès l'âge de dix à douze ans, faute d'éducation ; leurs parents n'en ayant pas reçu ne peuvent leur en donner. Quelques enfants ont leur père sans mère, ou leur mère sans père. Ceux-ci n'ayant pas de quoi les nourrir, ne pouvant les faire recevoir à l'hôpital ni à la Charité, et ne sachant pas les occuper, les obligent à mendier, ce qui les expose à tomber dans les derniers désordres ; parfois les parents les y portent par leurs exemples et sollicitations, d'où il est très difficile de les tirer lorsqu'elles ont eu le malheur d'y tomber, quelque soin qu'on prenne de les former. Il suit de là des maux infinis, qui intéressent également la religion et l'état, même les deux hôpitaux de cette ville qui sont obligés de recevoir et d'élever les enfants qui naissent de ces mauvais commerces. »

Les personnes charitables ci-dessus nommées voulant donc prévenir ces désordres, commencèrent par recueillir plusieurs de ces jeunes filles qui paraissaient le plus en danger de se perdre, et les retirèrent dans une maison appelée la Providence, où elles étaient nourries et élevées sous la conduite d'une sage maîtresse « qui les instruisait dans la piété et les bonnes mœurs, leur enseignait à travailler habilement en couture, tapisserie, tricot, mesme aux exercices du ménage et autres ouvrages convenables à leur estât. Il y en avait trente ou quarante qu'on gardait jusques à l'âge de dix-huit à vingt ans ou ayant de la maturité pour lors et reçu de bons principes, elles étaient en état de se soutenir et être de bonnes ouvrières et de sages servantes » .

L'autorisation de Claude de Saint-Georges, archevêque de Lyon, est datée du 15 juin

Histoire des Églises el Chapelles de Lyon, II. 42

Mgr Mioland, niissioiiiuure diucc-suiii, ensuite évêque d'Amiens puis archevêque de Toulouse.

1711. Les fondatrices avaient compris « qu'elles ne pouvaient seules rendre fixe et permanent un établissement si nécessaire, ni continuer l'éducation de ces filles à leurs frais, ni recevoir des aumônes par testament ou fondations, quoiqu'on leur eût déjà fait espérer une maison et des sommes considérables pour une si bonne œuvre ». Aussi l'archevêque érisea-t-il l'établissement en communauté séculière sous le vocable de l'Immaculée- Conception.

Le consulat ne voulut pas demeurer en retard; il accorda, le 10 décembre 1711, l'autorisation demandée par la communauté dite des Pauvres filles, toutefois aux conditions suivantes. Les directrices indiqueront au consulat « le lieu qu'elles destinent pour ledit

établissement ; elles ne pourront faire bâtir que sur les alignemens qui leur seront donnés à la manière accoutumée ; elles seront soumises pour le temporel à l'autorité de nosseigneurs les gouverneurs, et à ceux qui commanderont en leur absence ; elles ne seront point à charge à la ville, et elles donneront communication au consulat des règlemens qui seront faits dans la suite pour la communauté avant de les mettre à exécution. Les eschevins donnent leur consentement, d'autant plus volontiers qu'ils sont persuadés que cet establissement sera très avantageux à la ville, utile au service de Dieu et à la religion et que la piété des personnes qui donnent charitablement leurs soins au succez d'un si louable dessein, mérite une particulière distinction ».

L'approbation royale ne devait venir que plus tard. En effet, dans une lettre dont le brouillon sans date a été conservé, Mgr François-Paul de Neuville de Villeroy, archevêque de Lyon, écrivait au roi qu'en arrivant dans son diocèse, il avait trouvé à Lyon une maison appelée la Providence, que Mgr de Saint-Georges, son prédécesseur, y avait établie ; il ajoutait que les dames directrices « pour continuer cette bonne œuvre avaient jelté les yeux sur des filles sages, touttes personnes choisies, assemblées depuis quelques années, avec beaucoup d'édification, pour la conduite de cette maison, sous le nom des filles de la Trinité, sans autre engagement que celui de leur zèle et de leur bonne volonté. L'archevêque connaissait trop combien elles sont capables de cette conduite, pour ne pas les ayder de sa protection, d'autant plus qu'elles étaient choisies par les dites dames ; et les unes et les autres en tout soumises à son autorité et à ses règlemens. Mais comme cet établissement ne saurait subsister, le prélat priait Sa Majesté de l'autoriser par lettres patentes, sous le titre de maison ou hôpital de la Providence ou de communauté de Pauvres filles.

Mgr Cœur, cvcque de Troyes.

ANNONCIADKS

Par là, le roi imiterait l'exemple de son bisaïeul Louis XIV, qui, par sa déclaralion du 13 décembre 1698, avait ordonné que toutes les lettres patentes qui avaient pour but l'instruction et l'éducation des jeunes personnes, fussent expédiées, ce qui fut accordé à Marseille puis à Grenoble, enfin, en octobre i7fj9, à Uive-de-Gier ».

L'autorisation royale octroyée, la Providence fit de rapides progrès, et jusqu'à la Révolution, éleva et instruisit dans le bien les nombreuses enfants confiées aux religieuses Trinitaires. Après la tourmente révolutionnaire, l'œuvre fut rétablie et subsiste encore, comme on l'a dit dans le tome premier, article des religieuses Trinitaires. Ajoutons que la prospérité actuelle de la maison est due à la bonne gestion du comité des dames directrices et à la bienveillance d'amis dévoués de la maison, parmi lesquels il faut citer M. l'abbé Cœur, plus tard évêque de Troyes, et les missionnaires diocésains, en particulier un de leurs supérieurs M. Mioland, devenu évêque d'Amiens, puis archevêque de Toulouse.

ANNONGIADES Premier momisière.

L'an 1624, la ville de Lyon ouvrait ses portes aux premières religieuses Annonciades Célestes qui venaient y établir un monastère ; elles y avaient été appelées par Gabrielle de Gadagne, comtesse de Ghevrières, demeurée veuve, et dont l'unique fils lui fut enlevé au siège de Turin sous les yeux de Louis XIII, auquel ce jeune gentilhomme était particulièrement cher. La comtesse, femme de grande piété, résolut alors de consacrer au Seigneur les biens qu'elle en avait reçus; ces dispositions l'inclinèrent à ériger à Lyon, sa ville natale, un monastère de religieuses où la parfaite observance fût en vigueur. Pour l'exécution de son dessein, elle eut recours aux sages conseils d'un Jésuite son directeur ; le Père Lejeune la confirma dans sa pieuse pensée et comme, durant quelque temps, il avait fait sa résidence à Pontarlier où se trouvait le premier monastère de l'ordre de l'Annonciade, en deçà des monts, il lui parla avantageusement de ces religieuses et de l'excellence de leur institut entièrement consacré à honorer le mystère de l'Incarnation du Verbe et de la maternité de la Vierge Marie. Pleinement satisfaite de ces premiers l'enseignements, la comtesse s'adressa à M. de Meschatin La Faye, chanoine comte de Lyon et vicaire général de Denis de Marquemont, archevêque de Lyon, alors à Rome, pour obtenir la permission d'établir un monastère. Elle écrivit d'autre part aux religieuses de Pontarlier, les priant de lui envoyer un nombre suffisant de sœurs pour commencer la fondation.

Les permissions d'usage ayant été accordées par les ordinaires des lieux et les magistrats, le 8 octobre 1624, quatre religieuses professes : Jeanne-Raptiste-Angèle Régis,

Marie-Françoise Sauget, Marie-Bernardine Gilbert et Marie-Dorothée de Rincour, ainsi que trois novices de la maison de Pontarlier se mirent en route pour Lyon, où elles arrivèrent le 16 octobre. Madame de Ghevrières les accueillit avec une joie extrême : elle leur avait fait préparer, dans la maison de feu M. de La Chassagne, au quartier de Bellecour, un logement où on comptait quinze cellules; elle leur avait fait aussi disposer la chapelle que sa piété s'était plu non seulement cà fournir du nécessaire, mais encore à orner et à enrichir de vases précieux et de décorations. Peu de temps après, la chapelle fut bénite ; dès lors on y célébra la messe et les reHgieuses y récitèrent l'office en chœur. L'année suivante, les Annonciades achetèrent à mi-côte de la Groix-Rousse, montée actuelle des Garmélites, de M"''' Loubat, veuve de M. Guérin, bourgeois de Lyon, une maison avec jardin pour la somme de douze mille livres ; elles firent encore l'acquisition d'une maison voisine appartenant à M. Lenoir, et purent ainsi disposer peu à peu un monastère régulier, où elles entrèrent le l'^'' novembre 1625. On procéda ensuite à la bénédiction de l'église et d'une grande croix bleue et blanche ; celle-ci fut plantée sur une petite éminence devant le portail de l'église, ce qui excita la curiosité du peuple venu pour voir ce nouvel établissement.

En 1627, les Annonciades agrandirent leur habitation par l'achat d'une maison nommée Ghâteau-Gaillard, et d'un jardin attenant, le tout appartenant à M. Ganière. Le monastère progressait rapidement, soutenu au temporel par la bonne comtesse, au spirituel par le zèle et la prudence de Mgr de Marquemont, et enfin par la mère Jeanne- Baptiste-Angèle, dont on peut se dispenser défaire l'éloge en passant. (( Douée d'un esprit élevé, d'un jugement solide, elle avait, disent les mémoires manuscrits du temps, une adresse merveilleuse pour mener à bonne fin les grandes entreprises » ; à ces qualités venaient se joindre un courage supérieur à toute difficulté et une rare égalité d'âme dans les circonstances les plus pénibles. Ges talents, que la grâce avait perfectionnés en elle, la firent choisir par ses supérieurs pour être la première prieure du monastère de Lyon, et elle justifia les espérances que l'on avait conçues d'elle ; car, sans rien omettre de tous les devoirs d'une parfaite religieuse, elle conduisait les travaux du bâtiment, gouvernait la communauté naissante et traduisait même en français le livre des règles de l'institut que l'on n'avait alors qu'en italien.

Les sœurs qui lui avaient été adjointes ne lui cédaient guère en mérite. Toutes menèrent une vie exemplaire et furent fort regrettées de leurs sœurs de Lyon lorsqu'elles retournèrent en leur monastère de Pontarlier. Il n'est pas hors de propos de citer ici les noms des premières professes de la maison de Lyon : ce furent d'abord les nobles demoiselles Gabrielle de Gadagne ou de Beauregard et Marthe de Montaizon, l'une et l'autre nièces de la fondatrice; leurs vertus, phis encore que leur noblesse, rendra à jamais leur souvenir impérissable dans les annales de l'ordre. Elles furent bientôt suivies dans le cloître par d'autres jeunes filles de qualité dont les mémoires ont conservé avec les noms les actions vertueuses; ce sont: Marie-Antoinette de Saillan, de la Frasse, Mauret, Scarron, de Rontallon, et de Saint-Joire. Madame de Ghevrières, mue par sa piété et son affection pour les Annonciades, obtint des chanoines de Saint-Jean une partie assez considérable du

ANNONCIADES

corps de saint Anastase, pape et martyr, que possédait le trésor de l'église primatiale. Pour recevoir ces relicpies, la comtesse fit travailler un beau reliquaire d'argent. « Il «tait, dit l'annaliste, en forme d'église : quinze piliers d'argent en soutenaient la voûte sur laquelle se voyait un crucifix de même métal et l'enlre-deux des piliers était fermé avec des cristaux de Venise. » Le 17 août 1628, MM. de Chalmazel et de Meschatin La Faye, chanoines de Lyon, se présentèrent à la porte du monastère où ce précieux dépôt fut reçu par la prieure et la sous-prieure qui offrirent à ces messieurs leurs actions de grâces pour cette insigne faveur. La communauté vint ensuite processionnellement avec des flambeaux à la rencontre des reliques. Les Annonciades célébraient la fêle de ce saint le 27 avril ; elles l'avaient en singulière vénération et recouraient à son intercession dans leurs besoins ; elles éprouvèrent souvent les heureux effets de sa protection, surtout dans les nécessités publiques.

Vers 1628, lorsque la peste faisait de terribles ravages à Lyon, une Annonciade, sœur Marie-Agnès, en fut atteinte avec une telle violence que sa mort paraissait imminente. Le prieure eut alors l'inspiration de vouer sa malade à leur fondatrice, la bienheureuse Marie-Victoire Fornari, et d'étendre ce vœu non seulement à la sœur infirme et au monastère, mais encore à toute la ville ; avec le consentement de sa communauté, elle s'engagea, si la religieuse guérissait et si la ville était délivrée, à solenniser chaque année à perpétuité l'anniversaire de la mort de cette sainte mère. Peu de jours après cette promesse, la malade était hors de danger et le fléau diminuait visiblement dans la ville.

Cependant la chapelle du monastère s'élevait lentement. « On ne saurait croire, rapportent les annales, la quantité d'argent qui fut employée pour la construction de l'église, les seuls fondements coûtèrent des sommes immenses, à cause qu'il fallait élever l'église à la hauteur du chœur avec des terres transportées. » Faute de ressources on dut cesser les travaux à diverses reprises; les dons mêmes de la généreuse comtesse ne suffisaient pas à l'achèvement de l'édifice; les secours manquèrent même tout à fait lorsque mourut la fondatrice le 7 novembre 1635. Les religieuses ressentirent vivement sa perte et la pleurèrent comme leur mère, car non seulement elle leur fut d'un grand secours pour le temporel, mais, outre l'assistance spirituelle qu'elle leur procurait, l'exemple de ses vertus était pour la communauté un sujet d'édification. Les religieuses, et surtout les deux nièces delà fondatrice, eussent bien désiré posséder sa dépouille mortelle, mais les héritiers de la défunte en ordonnèrent autrement.

En 1637 seulement, la construction de l'église fut enfin achevée, à la grande satisfaction des religieuses qui, par leurs travaux intelligents, pourvurent bientôt à tous les ornements nécessaires au culte. Elles furent aidées en cela par bon nombre de personnes pieuses, surtout des parents des religieuses, qui contribuèrent à orner la maison du Seigneur.

A l'exemple de Mgr de Marqueniont, son digne successeur le cardinal Alphonse de Richelieu, archevêque de Lyon, visita plusieurs fois en personne le monastère qu'il daignait honorer d'une particulière affection. Au nombre des bienfaits dont il gratifia la communauté des Annonciades, on doit mettre en premier lieu la bulle qu'il obtint

d'Urbain VIII en 1628, bulle qui autorisait les monastères de l'institut, présents et à venir, en quelques lieux qu'ils s'établissent. « Aussi, lit-on dans les mémoires, nous avons reçu des bienfaits si considérables de son éminence que ce serait une ingratitude impardonnable de les oublier. » Camille de Neuville, qui lui succéda sur le siège de Lyon, voulu! bien visiter, à diverses reprises, les Annonciades ; son grand vicaire tenait aussi le monastère en vénération et plus d'une fois il lui donna des preuves sensibles de son dévouement.

En 1684, les religieuses furent inquiétées par un sieur Lolive qui voulait Jeur intenter procès relativement à la décharge des eaux de source; comme c'était le jardin qui faisait

l'objet de la contestation, les sœurs en firent l'acquisition pour la somme de 500 livres. Peu de temps après sa nomination à l'archevêché de Lyon, en 1693, Claude de Saint-Georges se transporta à l'Annonciade et eut la condescendance d'entretenir chacune des religieuses en particulier ; ce qu'il fit avec tant de patience et de bonté que toutes en demeurèrent édifiées. On cite aussi comme un de leurs bienfaiteurs M. Cohade, vicaire général de Lyon.

Le premier monastère de l'Annonciade a subsisté jusqu'à la Révolution. Dans son enceinte, pendant près de deux siècles sont venues s'abriter un grand nombre de nobles personnes heureuses d'ensevelir dans le cloître, sous le blanc costume de la Vierge Marie, les grâces et les charmes qui leur attiraient l'estime de tous, pour vivre dans cette solitude pauvres, humbles

Paul de Cohade, vicaire général de Lyon. -n r • i

et mortifiées. Les annales sont riches en fait de ce genre ; il suffit de citer quelque noms pris çà et là et dont les familles étaient bien connues à Lyon : mesdemoiselles de Coindrieu, Faure, de Chalanson, Chausse, Jalibert, de Merle, Bonnet, Lafond, Madiny, Guignard, Quélan, Gautier, Ailin, Guibon, Demouchy, Favier de la Tourette, Baujan, Milliet, Durret, Michalliard, Toscan, AUard, et Muguet. Il est aisé de constater que cette maison se conserva dans la ferveur primitive jusqu'à sa dispersion, car, à la Révolution, aucune des Annonciades ne voulut prêter le serment à la constitution civile du clergé. L'une d'elles, Jeanne Bauquis, sœur Marie de l'Assomption, paya même de sa vie son attachement à la foi et mourut sur l'échafaud. Le dernier aumônier de la communauté, l'abbé Gabriel Daniel Dupleix, ancien Jésuite, eut le même sort: l'historien Guillon rapporte que la sainteté, la dignité de sa personne et sa fermeté dans la foi excitèrent l'admiration des juges eux-mêmes.

ANNONCIADES

Second wonaslère.

L'an 1637, le duc de Loiigiieville s'éLanL emparé de la ville de Saint-Amour, les religieuses Annonciades Célestes se virent contraintes d'abandonner leur monastère, et, sous la protection de l'évêque de Mâcon, gagnèrent, non sans de grandes fatigues et privations, la ville de Lyon où elles désiraient se réfugier. Cette ville ne voulut leur donner asile qu'après en avoir obtenu la permission du roi, ce qui obligea les exilées à demeurer deux mois dans un village des environs. Après ce temps, elles tirent leur entrée en ville, et s'installèrent dans un ancien hôpital très malpropre, où quatre d'entre elles moururent bientôt. La maladie et les privations supportées dans le voyage réduisirent la petite communauté à seize religieuses, de trente-deux qu'elle se composait à la sortie de Saint- Amour. Elles vivaient dans une grande pauvreté, les dames de la ville ayant cessé de leur faire l'aumône lorsque la clôture fut établie.

Cependant, quoique dépourvues de ressources, les sœurs louèrent une maison, et cette habitation, bien cju'étroite et fort modeste, leur paraissait délicieuse parce qu'elles pouvaient y vivre dans l'exacte observance de leur règle et garder la clôture. Le cardinal de Richelieu, archevêque de Lyon, leur donna de nombreux témoignages de sa paternelle bonté : à l'époque de la peste quelques religieuses en ayant été atteintes, il les fît sortir de la maison et leur en procura une autre. Durant les quinze années qu'il survécut, il leur fît des aumônes dont le chiffre monta jusqu'à 22.000 livres. Quand la peste eut cessé, le cardinal pourvut les Annonciades d'un logement plus spacieux, situé en meilleur air et si proche du premier monastère du même ordre que, du jardin, les soeurs pouvaient se voir les unes les avitres.

Le deuxième couvent ne devait guère survivre plus d'un siècle à sa fondation ; en 1750, à la suite d'enquêtes qu'on va rappeler, il fut supprimé par l'autorité religieuse. M. Navarre, promoteur diocésain, donnait, à cette époque les renseignements suivants:

(( Le second monastère de l'Annonciade composé actuellement de vingt-sept religieuses professes, d'une novice et de six sœurs converses, jouit, suivant l'état qu'il a présenté, de 4.000 livres de rentes environ que produisent une maison et un jardin loués 690 livres, des contrats sur la ville de Lyon, sur les tailles, sur l'hôtel-Dieu et quelques particulières. La dépense annuelle de cette maison pour la subsistance des professes et des dites sœurs monte à la somme de 6 à 7.000 livres, ce qui présente d'abord un vuide qui s'augmente encore par la somme de 1.600 livres environ, que la maison est tenue de payer annuellement pour le capital de 31 .400 livres dues à différents créanciers. » Le promoteur ne voit qu'un remède à cette situation financière inquiétante, c'est de « pourvoir à la subsistance des religieuses du second monastère transférées au premier ou dispersées dans d'autres communautés, d'acquitter les dettes de cette maison, et, ses dettes acquittées, de vider le surplus des biens au premier monastère ».

Mgr de Guéi'in de Tencin, archevêque de Lyon, rendit, à Versailles, le 2 mai 1751^ un décret dont voici les passages principaux.

« Nous supprimons, écrivait-il, le second monastère de rAnnonciade, dit de Saint- Amour, et réunissons à perpétuité les biens, meubles et immeubles qu'il possédait, au premier monastère, aux conditions suivantes : 1° de payer à chacune des religieuses de chœur du monastère supprimé et qui demeureront dans d'autres couvents que le premier, trois cents livres de pension annuelle, et deux cents livres à chacune des sœurs converses ; 2" d'acquitter dans le premier monastère les fondations, obits et messes dont le second monastère pouvait être tenu ; 3" de payer les dettes légitimes du monastère supprimé ; Nous permettons que les meubles et effets du second monastère, même les bâtiments et lieux réguliers puissent être vendus et le prix être employé à acquitter les dettes ; approuvons l'aliénation de l'emplacement et des bâtiments situés rue Neyret vis-à-vis le monastère des religieuses, aliénation faite au sieur Dominique Arnaud pour sa femme, par acte passé le 19 octobre 1750 par-devant Patrin et Pachot, notaires à Lyon, pour le prix de 16.000 livres ; 4° Nous ordonnons qu'avant de vendre la maison conventuelle, les corps ou ossements des religieuses décédées, soient exhumés et transportés dans l'église du premier monastère, et qu'en présence du curé, le terrain de l'église supprimée où il y avait des sépultures, soit défoncé dans toute sa superficie à la profondeur de quatre pieds, et que les terres qui en seront tirées soient transportées dans le cimetière de la paroisse. »

La sentence de Mgr de Tencin fut approuvée par Louis XV en mai 1751.

Il ne sera pas inutile d'indiquer ce que devinrent les bâtiments du monastère ; la plus grande partie en fut cédée à la communauté du Bon-Pasteur comme on l'apprend du procès-verbal suivant.

« Dames Saint-Augustin Morel prieure, Marie Angélique Victoire Valeton, sous-prieure, du Saint-Esprit Mainard, discrète, Anne Victoire Clunet, Cécile Guignard, Bonaventure Chauvin, Suzanne Bonnafond, Hélène Denervo, Françoise Paul Gantillon, Marie Madiny, Scolastique Madiny, Marie Mage, Marie Pelein, Marie Payot, Marie Marnay, Charlotte Guignard, Marie Bonnard, Gerlrude Jonard, Pierrette Duret, Catherine Girard, Elisabeth Dagnion, Éléonore Arlin, Bose Perraud, Philiberte Duret, Françoise Daujan, Madeleine Michalliat, Anne Navarre, Bonne Gauthier, Jeanne Françoise Bostaing, Françoise Ponchon, Louise Toscault, Jeanne Danquis, religieuses du premier monastère de l'Annonciade de Lyon. A ce couvent ont été unis par décret du cardinal de Tencin, du 2 mai 1751, confirmé par lettres patentes du même mois, enregistrées au parlement le 15 mai dernier, les biens du second monastère de l'Annonciade dit Saint- Amour à Lyon, supprimé par le même décret. En conséquence des lettres patentes du roi de juillet dernier, enregistrées au parlement le 15 mai suivant, les religieuses Annonciades vendent les bâtiments de l'ancien couvent de Saint-Amour, aux religieuses et administrateurs de la communauté du Bon-Pasteur dont les noms suivent : Antoinette Izaac, supérieure, Louise Marguerite Galletier, assistante, secrétaire, Jeanne Marie Champron, Jeanne Marie Laval, Andrée Trossier, Magdeleine Desmarais, Claudine Livet, Liduvine Néron, Marie Anne Laroche, Marie Françoise Bergerat et Louise Varenard ; ces religieuses se sont

ANNONCIADES

assemblées au son du timbre ; acceptent l'achat, avec le consentement de Mgr Nicolas de Navarre, évêque de Cydon, sufîragant et vicaire général du diocèse de [Lyon, supérieur de la communauté; de M'" Antoine de Regnauld, chevalier, seigneur de Parcieu, doyen de messieurs les conseillers en la cour des monnaies, sénéchaussée et siège présidial de Lyon; François Deschampt, écuyer, avocat en parlement de Lyon, ancien échevin de celle ville; Jean Claude Fay, écuyer, conseiller, secrétaire du roi, ancien échevin de Lyon, et sieur Fleurie Dian, négociant, trésorier, tous directeurs et administrateurs du temporel de la communauté du Bon-Pasteur.

De la chapelle il reste une description détaillée dont il paraît bon d'extraire les détails suivants.

« Le chœur éclairé du côté du midi par une croisée double, pierre de taille, garnie de ses châssis à verres et ses volets brisés en menuiserie, est encore éclairé, du côté de matin, par deux croisées simples avec leurs châssis à verres et leurs volets brisés. Le chœur parqueté avec des ais simples, bois chêne, qui vienl d'être fait nouvellement de même que la voutte. » Autour du chœur se trouvent les stalles. « Au mur du côté de septentrion est une grande ouverture à plein cintre garnie d'une grille en bois peint en noir et qui donne dans l'église. » Celle-ci « est éclairée des côtés de matin et soir par quatre vitraux garnis de leurs cadres de fer, dans lesquels sont des panneaux à verres et à plomb ; au mur, du côté de septentrion, est l'autel avec sa hauteur d'appui pour la communion, en bois noyer, formé par des pilaslres et des balustres. Dans la chapelle est une chaire à prêcher plaquée contre le mur du côté de soir ; les autel, hauteur d'appui de communion et chaire appartiennent aux dames religieuses du Bon-Pasteur », qui les avaient prêtés aux Annonciades.

« La chapelle est carrelée nouvellement en carriche rouge. Au mur du côté de matin est une grande ouverture de pierre de taille portant pilastre avec leurs bases et chapiteaux, la coïfFe au-dessus, pierre de taille, à anse de panier, par laquelle ouverture l'on entre dans un petit vestibule pour des confessionnaux, dans lequel vestibule et au mur du côté de septentrion est une porte pierre de taille garnie de sa fermeture bois noyer en menuiserie ayant pour ferrures deux paumettes, un loquet à poignée, un hurtoir et une tarjetle. Par la porte l'on entre dans la sacristie éclairée du côté de septentrion par un larmier pierre de taille garni de deux châssis à verres et défendu par quatre barreaux de fer. »

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