LÉPROSERIE SAINT-LAZARE
Notre confrère M. Lenaila donné une restitution du cimetière de l'Hôtel-Dieu vers 1550 ; celui-ci avait été établi en 1526. Pour éviter la contagion résultant de cette proximité, les recteurs obtinrent, en 1672, de l'archevêque, Camille de Neuville, une ordonnance par laquelle ils purent convertir en cimetière le jardin d'une maison dite de la Madeleine, appartenant à l'Hôtel-Dieu, sise rue Bourgchanin et appelé depuis le cimetière de Lorette, parce que ce lieu, ainsi que la maison dont il dépendait, avait autrefois servi de résidence à une confrérie de pénitents de ce nom. Craignant toutefois d'y voir se renouveler les inconvénients éprouvés en 1672, ils se décidèrent à transporter ce cimetière extra muros.
Le terrain acheté en 1 696 se trouvait à la Guillotière entre le château de La Mothe et l'ancienne maladrerie de la Madeleine ou Saint-Lazare. Contiguë à la chapelle de la Madeleine, fondée au xiv^ siècle et servant de succursale à Saint-Michel d'Ainay, cette
Recluserie Sainte-Madeleine au \xv siècle (d'après le plan scénograpliique de lôâO).
iiisionu: dî;s églises et chapelles de lyon
chapelle n'avait rien de commun avec la maladrerie. Les limites actuelles seraient an nord, la rue du Souvenir ; à Test, la rue du Repos qui la sépare du fort La Motlie ; au sud, le chemin de la Mouche; à l'ouest la rue de la Madeleine et la route de Vienne. Ce terrain, de forme rectangulaire, était clos de murs ; à l'entrée se dressait une porte monumentale en pierre de style néo-grec, formée de deux pilastres doriques supporlanL un entablement avec inscription et par-dessus un fronton avec acrotères, orné au centre d'une croix incluse dans une couronne de feuillages retenus par des bandelettes. Deux superbes vantaux de bronze servaient de clôture. Celte porte fut érigée en 1823. A l'intérieur du
cimetière et dominant l'horizon, sur un haut piédestal de pierre, se dressait une immense croix de pierre blanche aux arêtes serties de perles et olives en bronze,, et aux bras terminés par des têtes d'angesà quatre ailes du même métal. De la croix, au centre du cimetière, partaient quatre allées, le divisant en quatre rectangles ; c'était la partie réservée aux morts des hôpitaux. Le long des murs et contre les parois se trouvaient quelques pierres tumulaires, quelques croix élevées à des sœurs et à des frères des hospices, à des majors, à des aumôniers et à des bienfaiteurs.
Collombet a fait un sombre tableau des inhumations à la Madeleine : « Avant le matin, quand l'horloge de l'hôtel-Dieu sonne, avec quatre heures, le réveil de la maison, un vaste tombereau, chargé de recueillir les douloureux tributs de chaque dépôt, s'avance vers la noire salle, où gisent sans cercueils, enveloppés seulement d'une pauvre serpillière, les morts de la veille. Ils sont pêle-mêle dans le funèbre char qui traverse la cité, franchit le Rhône, et suit lentement le long faubourg de la Guillotière,. pour rendre à une fosse commune toutes ces misères qui ont accompli leur temps d'épreuve. Durant l'été, les vivants, en allant au travail, peuvent voir passer les morts. Heureux quand le couvercle du chariot, soulevé par quelques cahots ou le trop grand nombre de cadavres, ne vient pas étaler le spectacle de son affligeante cargaison !
« Voici comment on procède à l'inhumation : une fosse large et profonde étant creusée, une première couche de morts est d'abord étendue sur la surface du fond. Lorsque les arrivages du jour sont terminés, on recouvre le tout d'un peu de terre. Le lendemain, la même opération continue jusqu'à ce que, dans tous les sens, cette surface soit remplie.
ANCIENS CIMETIÈRES, SAINTE-MADELEINE DE LA GUII.LOTIÈHE , LKPROSEniE SAINT-LAZAHE 383
Puis, on superpose dans le inènie ordre une seconde couche sur la première. De celle sorte, une seule fosse reçoit pendant plusieurs années, un nombre annuel de 4.000 morts environ. Après cette première fosse on en creuse une autre, et lorsqu'on en a ainsi comblé quatre, on demande aux morts de la première fosse, la place réclamée par de nouveaux venus. »
Près de l'ancien château de La Mothe, englobé actuellement par le fort et la caserne de ce nom, bifurquait l'ancienne voie romaine. Partant du Ixhône, elle suivait la rue des Trois-Pierres et arrivée à la iiie Saint-Lazare donnait naissance à deux branches, la branche de gauche ou voie d'Italie, iilait à l'est, le long de la rue du Béguin, sur Bron et Saint-Genis d'Aoste ; la branche de droite ou Gompendium de Vienne se dirigeait au sud, suivait la rue de la Madeleine et la route de ^'ienne. c II y avait bien là, dit le D'' Drivon, les conditions exigées pour l'emplacement d'une maladrerie : en dehors, mais à proximité de la ville, au croisement des voies importantes venant d'Italie, du Midi et du Dauphiné entîn, un ruisseau, la llize, probablement considérable à celte époque. »
G'esl donc à cette bifurcation que se trouvait, du côté est de la rue de la Madeleine, le lènement dit de la Madeleine, et du côté ouest la lé^îroserie de Saint-Lazare : le tout ne formant qu'un seul hôpital dénommé indiiféremment : léproserie ou maladrerie de la Madeleine, de la Guillotière, de Saint- Lazare. Get hôpital appartenait aux religieux cisterciens de Hautecombe (Savoie), et c'est probablement leur compatriote, l'archevêque Pierre de Savoie qui, en 1308, le leur avait concédé en même temps que la direction de l'œuvre du pont du Uhône, ou pont de la Guillotière, et celle de l'hôpital, grand hôtel-Dieu, primitivement dirigé par les confrères <lu Saint-Esprit. Dans la suite, tous ces bâtiments, chapelle, maladrerie disparurent ; des maisons de rapport y furent construites, et de nos jours il ne reste plus du souvenir de l'état ancien que les noms de rue de la Madeleine et rue Saint-Lazare. Non loin de là se trouvait aussi l'ancien cimetière de la Guillotière; il était « adossé à l'église paroissiale Notre-Dame de Grâces fondée à la fin du xiv*^ siècle et rebâtie en 1619 par le chevalier <rOssaris sur l'emplacement occupé actuellement parla place de la Croix établie en 1834. Le cimetière, qui était très petit, étant devenu insuffisant, en 1794, la municipalité fit creuser à ses frais une fosse au cimetière de la Madeleine afin de pouvoir y enterrer le surplus des corps que le cimetière de la ville ne pouvait recevoir, vu son exiguïté.
« Le sol du cimetière de le Madeleine étant de plus en plus saturé, les habitants de la Guillotière en demandèrent à diverses époques la suppression. Le conseil municipal de la Guillotière se fit l'écho des plaintes des habitants, et dans ses délibérations du 9 novembre
Ancienne chapelle du cimetière de la Madeleine.
1841, 2 mars 1842 et 17 novembre 1845, il en demanda la suppression. Le conseil municipal de Lyon, le 12 novembre 1854, appuya le projet. Le conseil des bospices par contre, jusqu'en 1845, fit une opposition formelle à cette translation : cependant, en 1850, il fut forcé d'en reconnaître la nécessité et même l'urgence. Comme les frais d'établissement de la nouvelle Madeleine étaient à la cbarge de la ville et que le cimetière de la Guillotière à ce moment était à peine suffisant pour les besoins de la population, cette mesure ne put être réalisée qu'après l'acquisition du domaine de Combe-Blanche.
(( En 1864, la ville donna aux bospices un terrain d'une superficie de 24.040 mètrea carrés joignant le nouveau cimetière établi à Combe-Blanche. Les premières inhumations y furent faites le 1'' janvier 1866 et le même jour l'on ferma l'ancien cimetière de laMadeleine. »
Nous avons dit qu'en installant, en 1695, un cimetière hors les murs, une chapelle était destinée à desservir le cimetière. Cet oratoire, sous le vocable Sainte-Madeleine, fondé au xiv" siècle, avait servi de succursale à la paroisse Saint-Michel d'Ainay. Un prêtre y était attaché, vivait des offrandes des fidèles et payait à l'Hôtel- Dieu une modeste redevance. La chapelle fut fermée par la tourmente révolutionnaire et plus tard transformée en habitations privées. Le 15 juillet 1823, elle fut rachetée parles recteurs de l'Hôtel- Dieu. <( Chacun pensa, dit CoUombet, qu'elle serait rendue à sa destination première, mais de mesquins intérêts l'emportèrent sur la foi : les locations subsistent et subsisteront en dépit des justes réclamations ou des convenances les plus impérieuses. »