‹ Histoire des églises et chapelles de LyonChapitre 150 sur 174 · SAINT-GEORGES · texte numérisé non relu

SAINT-GEORGES

Avant d'aborder la notice de la commanderie Saint-Georges de Lyon, il importe de rappeler en quelques lignes l'histoire de l'ordre des chevaliers Saint-Jean de Jérusalem dits aussi chevaliers de Rhodes et de Malte. Vers 1040, des marchands italiens bâtirent à Jéru-

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Comn.aii lci'ii' Saiiit-Gcorg'cs au xvi' siècle. JjL'slitiilion de M. R. Lenail.)

salem une chapelle et un hôpital dédié à saint Jean-Baptiste. Pour le desservir, Gérard de Provence fonda une congrégation de frères sous le vocable du Précurseur. Raymond du Puy, successeur de Gérard, donna une règle aux Hospitaliers, et aux trois vœux de religion ajouta celui de recevoir les pèlerins ; enfin ordonna aux frères de porter une croix sur leurs habits et leurs manteaux. La règle fut approuvée par le pape Calixte II, en 1120, et par d'autres souverains pontifes. Comme les revenus de l'hôpital de Jérusalem surpassaient ce qui était nécessaire pour l'entretien des pauvres et des malades, Raymond du Puy en employa le surplus à la guerre contre les infidèles et il offrit ses Hospitaliers au roi de Jérusalem pour combattre les Musulmans. Il partagea ses frères en trois classes : les nobles, destinés à la profession des armes, les prêtres pour le service divin, les frèresservants destinés aussi à la profession des armes. Ces dispositions furent approuvées en 1130, par le pape Innocent II, qui ordonna aux chevaliers de porler pour étendard de guerre une croix blanche sur fond rouge.

« Le 18 mai 1291, Ptolémaïde, dernier rempart des chrétiens, était emporté d'assaut ; le royaume de Jérusalem n'était plus. Jean de Villiers, alors grand maître de l'ordre, emmena ses Hospitaliers à Chypre où Henri de Lusignan les accueillit. Après dix-huit ans de séjour dans cette île. Foulque de Villaret, successeur de Jean de Villiers, jeta les yeux sur Rhodes occupée alors par les Sarrazins. L'empereur Andronique, lui accorda l'investiture de cette île pour lui et son ordre, dans le cas où il pourrait s'en rendre maître. Le 15 août 1309, l'île tomba au pouvoir des chevaliers. En 1480, elle fut assiégée par Mahomet II et en 1522 par Soliman ; l'héroïque valeur du grand-maîlre Villiers de risle-Adam, restée légendaire, ne put empêcher que le 24 décembre 1532 Rhodes tombât au pouvoir des Turcs. »

Villiers de l'Isle-Adam passa quelques années à Viterbe, puis obtint de Charles-Quint l'île de Malte où il installa ses chevaliers, d'où leur nom de Malte. Le 26 octobre 1530, Soliman II vint les assiéger. Le grand maître Jean de La Valette-Parisot fit des prodiges de valeur. Le successeur de La Valette fut del Monte, qui concourut à la fameuse victoire de Lépante. L'ordre des chevaliers de Malte vécut en France jusqu'en 17()0, il disparut en 1798, quand Bonaparte fit la conquête de l'île de Malte.

Les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem ou de Malte avaient des établissements dans tous les pays d'Europe. On ne sait pas l'endroit précis où ils vinrent s'établir à Lyon en 1209. Innocent IV, durant le concile de Lyon, les chargea de la police de la ville; en 1311, ils héritèrent des biens des Templiers supprimés et, à la suite d'un échange avec le duc de Savoie, s'établirent en 1315 près de l'église Saint-Georges.

Quelques mots d'abord sur le quartier qui porte ce nom : (( En 547, le roi Childebert ayant rapporté d'Espagne des reliques de sainte Eulalie, il les donna à Sacerdos, évêque de Lyon. Trois ans après, celui-ci fit construire, sur la rive droite de la Saône, et au pied du coteau de Saint-Just, un monastère de religieuses et une petite église qu'il dédia à sainte Eulalie; il y déposa les reliques de l'illustre martyre. En 732, ce couvent fut ruiné par les Sarrazins. Leidrade, archevêque de Lyon, releva l'église qu'il plaça, en 802, sous le patronage de saint Georges. C'est dans ce monastère à moitié détruit et près

SAINT-GEOHGKS

L'église Saint-Georges, vue du colé de l'abside.

de cette église reconstrtiile que vinrenL habiter les chevaliers de Malle. On Uansforma complètement cet établissement incommode. Plus laixl, en 1492, Humbert de Beauvoir fit restaurer l'église Saint-Georges et construire l'hôtel de la Commanderie sur la porte de laquelle on plaça l'inscription gothique suivante : « C'est l'entrée de la maison de M. saiul Jcan-Bapliste et du bon chevalier M. saint Georges, laquelle maison a été faite

et accomplie par messire Humbert de Beauvoir, chevalier de Tordre du dil saint Jean-Baplisle de Jérusalem et commandeur de céans. Faict le premier jour d'octobre 1498.

L'église peiite et basse n'avait rien de remarquable, si ce n'est une chapelle appartenant à la famille de Lange, et qui contenait les tombeaux de Nicolas 1" et de Nicolas II de Lanee et de leurs épouses d'Amanzé, de Bellièvre, enfin de Louise Grollier.' L'ancien cimetière de la paroisse Saint-Georges joignait l'église au nord jusqu'à la naissance du chœur ; le mur qui l'entourait, après avoir longé les maisons au uoi'd de la place, contournait pour venir se relier à l'angle de la façade de l'église. En 1822, on voyait encore en face de la maison actuelle de la cure, un morceau de ce mur qui joignait l'église, ainsi qu'une porte d'entrée du cimetière. La place Saint- Georges a été établie, au commencement du xix" siècle, sur l'emplacement de ce cimetière. Au sud de l'église se trouvait la commanderie baignant dans la Saône, flanquée de deux grosses tours encore debout il y a une cinquantaine d'années, et qui avait une poterne sur la rivière. On y voyait plusieurs cours intérieures. D'un côté de la commanderie, se trouvait la maison curiale, de l'autre l'hôtel de la recette générale, où résidaient certains dignitaires, comme le receveur et le secrétaire.

Porche de l'église Sainl-Georees.

saint-gf:oiu;i;s

Tout cral)oi'd la commaiiclerie ne fui pas très iiiiporLaiile, elle relevait delà « langue », c'est-à-dire du pays d'Auvergne ; elle devint ensuite grand bailliage. Elle avait un prieurcuré, prêtre conventuel de l'ordre, un vicaire et quatre chapelains. Elle possédait aussi sous sa dépendance l'hôpital Saint-Laurent-hors-les-murs depuis 1304, la chapelle Saint- Roch-hors-les-murs depuis 1629, et l'emplacement du monastère.

Pendant la Révolution, la Commanderie devint propriété nationale; elle fut vendue en 1807. L'église rendue au culte en 1803, est redevenue paroissiale. En 1806, M. Gourdiat, curé de Saint-Georges, acheta les boiseries qui ornaient la salle capitulaire de l'abbaye de rile-Barbe. L'ancienne église, sans caractère architectural, est aujourd'hui remplacée par une véritable basilique gothique, œuvre de l'archilecte P. Bossan qui l'appelait son péché de jeunesse, lorsqu'il se prit à renoncer au gothique pour pratiquer le style palermilano-byzantin employé à Ars et à Fourvière. Le nom de AL Franchet, qui fut dans beaucoup d'autres constructions l'interprète ou le continuateur de la pensée de ce maîire, doit lui être encore ici associé.

La façade de Saint-Georges est très ornée, elle est dominée par une statue de la Vierge Mère entre deux anges dans l'attitude du respect. Au bas, la porte d'entrée est accompagnée, à ffauche et à droite, des statues de saint Pierre et <le saint Jean, et dans le tympan supérieur on a placé un saint Georges à cheval terrassant le dragon. Toutes ces sculptures sont l'œuvre de l'artiste lyonnais Dufraisne.

Le maître-autel est de pierre blanche et orné, au-devant, d'un bas-relief représentant la mise au tombeau de Notre-Seigneur. La chapelle de droite est consacrée au Sacré-Ga'ur, l'autel de pierre sculptée est décoré d'un bas-relief

Sculptures il un coulV-ssiiinnal ù Sainl-Georges.

un

cœur enveloppé d'une gloire d'or soutenue par deux anges. Tout à côté se trouve la chapelle du transept, dédiée à sainte Galherine ; sur le devant de l'autel, l'artiste a représenté Jésus-Enfant tenant sa croix et entouré de deux anges portant les instruments de la passion.

Dans la petite nef de droite on a placé une statue de saint Antoine de Padoue, et plus loin, un groupe de Notre-Dame de Pitié, enfin à l'extrémité, contre le mur de façade, un bas-relief sculpté représentant une personne guérie de son infirmité dans l'église Saint-(jeorges.

La chapelle de gauche est dédiée à saint Joseph ; l'autel de pierre est orné, sur le devant, d'un bas-relief : la mort du saint patriarche. La chapelle du transept est sous le

vocable de la Sainte Vierge ; à l'autel sont sculptés les symboles des litanies mariales ; contre le mur, et fort baut, se trouve la statue de la Mère de Dieu. Vers le milieu de la nef de gauche on a placé un petit édicule qui renferme le cœur de M. Servant, avec cette inscription : « Ici repose le cœur de M. Jean-Marie Servant, successivement vicaire et curé de Saint-Georges pendant 55 ans, chanoine d'honneur de la Primatiale, chevalier de la légion d'honneur. Cette paroisse lui doit la construction et rornementation de sa belle église... ; il y est mort le 6 octobre 1886, dans sa 84*" année. »

Le chœur est éclairé par deux rangées de vitraux. Ceux du haut représentent, de gauche à droite: Moïse, Aaron, Daniel, Judas Macchabée, le Christ, saint Georges, deux

évêques, saint Vincent de Paul et une sainte. Dans la rangée du bas on remarque : Abraham, Melchisédech, David, Esther, saint Jean- Ba plis te, sainte Eulalie, saint Pierre, saint Jean évangéliste, saint Louis, roi de France, et saint Dominique. Dans la grande nef se trouvent cinq verrières sans sujet.

Dans la chapelle du Sacré-Cœur le vitrail représente le Sacré-Cœur accompagné de la Mère de Dieu, sainte Madeleine, saint Jean et saint François d'Assise. La chapelle de la Sainte Vierge est éclairée par une verrière représentant en haut la Sainte Trinité, et en bas la Vierge Marie avec les saintes Catherine, Angèle et Thérèse. Dans la chapelle Saint- Joseph, le vitrail offre l'image du saint patriarche portant l'Enfant-Jésus, entre saint Pioch et un évêque. Dans la chapelle de la Vierge, le vitrail rappelle la Présentation de Jésus au temple. Enfin, dans les basses nefs, près de la sortie, se voient deux verrières : l'Adoration des mages et la Sainte-Famille.

La chaire est de pierre, avec cuve ornée des statues de saint Pierre et des quatre évangélistes portant leurs symboles.

L'église Saint-Georges possède quelques œuvres d'art sur lesquelles il importe d'attirer l'attention. Les voici comme elles se présentent au visiteur.

Dans le transept de gauche, un tableau sans valeur représente saint Georges terrassant le dragon. Dans la chapelle voisine, un artiste moderne a sculpté un retable en bois doré, imitation de l'époque gothique. A côté se voit une descente du Saint-Espril , peinture du xvii'' siècle. Dans le transept de droite, il existe une autre peinture représentant le roi saint Louis dans l'attitude de la prière, et tout à côté d'elle, une toile moderne de l'Annonciation. A la sacristie, on a placé deux tableaux, l'un représente Jésus donnant

Sculptures d'un confessionnal à Saint-Georges.

SœUHS DE HON-SECOURS

à saint Pierre le pouvoir des clés; ce tableau a été attribué bien à tort à Poussin, c'est une œuvre du xvii'' siècle. Le second, de la môme époque, est plus intéressant : la Vierge de douleur tient sur ses genonx le Christ descendu de la croix. Citons enfui un confessionnal provenant, dit-on, de l'Ile-Barbe, avec de ravissantes sculptures sur bois.

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