FRÈRKS DU SACRÉ-CŒUR
se ruiner et ruiner Tinstitut; il démissionna le 20 août 1841 et eut pour successeur le frère Poly carpe.
Aujourd'hui, par suite de la brutale expulsion des communautés, les frères du Sacré- Cœur se sont vus obligés de se réfugier à l'étranger ou de subir une sécularisation à laquelle ils n'étaient point préparés. Leur collège florissant de Lyon fut dispersé et les bâtiments vendus. L'œuvre pouiiant ne devait point périr : des pères de famille, anciens élèves de la maison, ont reconstitué l'établissement sous le nom de pensionnat Saint- Louis ; ils ont loué les bâtiments et les élèves sont revenus nombreux dans les classes un instant désertées. La chapelle a repris son aspect d'autrefois, et rien ne paraît changé.
Elle s'ouvre au milieu des édifices du pensionnat, cours des Chartreux n° 1. Quoique d'aspect modeste, elle est suffisamment vaste pour contenir la nombreuse assistance des élèves et de leurs parents. L'autel, par une singularité peu commune, est de fonte peint en blanc avec ornements dorés, il est décoré, sur le devant, des cœurs de Jésus et Marie dorés sur fond bleu ; au retable brillent de petites croix. Derrière l'autel, tout au fond, se trouve une statue du Sacré-Cœur dans une niche du style grec. Sur la paroi du fond sont peintes deux fresques exécutées par F. Péreyron en 1892; l'une représente Jésus bénissant les enfants, l'autre, Jésus au milieu des docteurs. Dans le chœur, à droite et à gauche, s'ouvrent deux petites niches contenant des statues de bois peint; l'une représente saint Joseph portant l'Enfant Jésus, l'autre, vis-à-vis, la Vierge Immaculée. La nef, plafonnée, est peinte d'ornements divers, qui ont malheureusement souff'ert. Au-dessus du chœur, on a représenté dans la voûte le Saint-Esprit au milieu d'une gloire. Les murs de la nef sont également décorés d'ornements avec des gerbes d'épis. Entre chaque ouverture on a placé, comme dans le chœur, sous un arceau, les statues, à droite, de saint Louis de Gonzague, saint François-Xavier et saint Ignace ; à gauche, de saint Stanislas portant l'Enfant Jésus et de saint François de Sales.
La chapelle est éclairée par des baies dont plusieurs sont ornées de vitraux; œuvre très remarquable, exécutée en 1900 par notre collaborateur, M. L. Bégule ; ils représentent : 1^ saint Pothin et saint Irénée les vaillants fondateurs de l'église de Lyon ; 2° saint Épipode et saint Alexandre, jeunes étudiants martyrisés pour leur foi ; 3° sainte Blandine, la mère des chrétiens, menant au martyre et au ciel le jeune Ponticus. La difficulté des temps a fait renvoyer à une époque plus favorable le vitrail projeté et esquissé représentant Attale, colonne de l'église et Vettius Epagathus, avocat des chrétiens, modèles et protecteurs des anciens élèves. Dans la chapelle, il se trouve également quatre panneaux représentant les quatre évangélistes, don des élèves en 1894-95. Au fond, s'élève la tribune où se trouvaient autrefois les orgues, en dessous de laquelle on a placé trois verrières portant les monogrammes de la Vierge Marie et de saint Joseph, enfin un cœur dans un champ de fleurs et d'épis. Entre ces vitraux on a placé les statues de saint Roch et de saint Antoine de Padoue.
RELIGIEUSES DE JÉSUS-MARIE
La grande Révolution avait, on le sait, produit un bouleversement complet aussi bien dans Tordre religieux que dans Tordre politique. Le doute et l'impiété s'étaient glissés peu à peu dans Tesprit du peuple privé pendant plusieurs années d'éducation religieuse. Aussi, dès que le calme fut rétabli, vit-on des personnes de dévouement s'occuper à remédier à cet état d'esprit, en cherchant à assurer à la société où elles vivaient le bienfait d'une instruction chrétienne. C'est dans ce but de régénération sociale que se formèrent diverses associations, et particulièrement celle qui, dans la suite, prit le nom de Congrégation de Jésus et de Marie. Quelques détails sur la personne qui devait jouer un rôle important dans la fondation de cet institut ne seront pas ici sans intérêt : ils permettront de remonter à l'origine de la congrégation et d'en suivre les premiers développen^ents.
M"" Claudine Thévenet naquit à Lyon, le 30 mars 1774, d'une famille riche et honorable de négociants en soieries. Ses parents furent cruellement éprouvés dans les désordres révolutionnaires : on sait, en effet, que Lyon révolté contre les excès de la Convention, fut entouré d'une armée de 60.000 Jacobins, et qu'après un siège héroïque, il fallut céder au nombre. Maîtres de la ville, les révolutionnaires se vengèrent en pratiquant les fusillades en nombre, dont furent victimes deux frères de Claudine Thévenet. Celle-ci, loin de concevoir pour la populace un ressentiment certes bien justifié, ne songea qu'à soulager les misères physiques et surtout morales des pauvres qui Tdntouraient ; elle se prit à les instruire et à leur apprendre à supporter les peines, bien mieux à les ennoblir par la pensée de Dieu et du devoir. Des amies de Claudine Thévenet suivirent son exemple, et toutes s'efforcèrent de soulager les misères qu'elles rencontraient. De temps à à autre elles se réunissaient pour se concerter sur les moyens à prendre pour mieux atteindre le but proposé. Les principales collaboratrices de l'œuvre étaient, en plus de- M"*^ Thévenet, Catherine Laporte, Clotilde Revel, Victoire Ramié et Pauline-Marie Jaricot, future fondatrice de la Propagation de la foi. Elles s'étaient mises sous la direction du prêtre zélé dont il a été question plus haut, l'abbé Coindre, qui, de son côté, poursuivait le même but social et chrétien. Toutefois, il comprit vite que pour mener à bien une telle entreprise et lui faire produire des fruits abondants, il était nécessaire de se réunir, au lieu de travailler isolément comme on l'avait fait jusque-là. Sur sa proposition, on décida de fonder une petite maison ou providence oii on recueillerait quelques enfants, pour les instruire religieusement et leur apprendre un métier. Des cellules furent louées dans l'ancien cloître des Chartreux ; on reçvit quelques enfants et on établit un atelier de fleurs artificielles, destiné à occuper les heures libres, et à subvenir aux frais d'entretien. Les fondatrices de l'œuvre ne pouvaient malheureusement pas s'en occuper d'une manière assidue ; elles appartenaient encore à leur famille et devaient se soumettre à certaines exi-
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gences sociales de leur position. Aussi l'œuvre naissante fut-elle confiée aux sœurs Saint- Joseph chargées de s'occuper de plus près des enfants.
L'Association des Sacrés-Cœurs, c'était le nom donné par M. Coindre à la petite société des âmes d'élite, continuait toujours à exister en dehors de la Providence. Le nombre pourtant des zélatrices diminua; les unes contrariées par leur famille dans leur noble -dessein, avaient dû j renoncer; les autres quittèrent r(t*uvre pour s'engager dans des voies différentes. Le prêtre comprit que pour maintenir l'œuvre et la consolider, il était nécessaire de lui donner une autre forme et une nouvelle direction.
Dans une des réunions, il proposa à ses dirigées de se réunir en communauté, et leur traça les grandes lignes de la règle qu'elles devraient observer. M"" Thévenel, installée comme directrice, vit se grouper autour d'elle des bonnes volontés, des dévouements; voici les noms de ses premières compagnes, maintenant ses filles ; ce sont : M"'"" Ramie, Laporte, Dioque, Chippier, Jubeau, Planut, Ferrand et Chardon. Dans la même réunion, on décida de commencer un ouvroir où l'on recueillerait de pauvres ouvrières, auxquelles on donnerait une éducation chrétienne. A cet effet, on loua un appartement au lieu dit : les Pierres- Plantées, non loin du faubourg de la Croix-Rousse. Les débuts furent modestes : l'ouvroir se composait seulement d'une ouvrière en soierie et d'une orpheline, suivie peu après, il est vrai, de plusieurs autres. Rientôt de pieuses ouvrières, désireuses de se vouer à Dieu tout en continuant leur industrie, se présentèrent spontanément; et plusieurs dans la suite se firent religieuses. M"'' Thévenet visitait souvent la petite communauté, «ans pouvoir s'y fixer définitivement, en raison des difficultés suscitées par sa famille : ce ne fut que quelque temps après qu'elle put quitter les siens pour se retirer définitivement.
Petit à petit le nombre des orphelines augmentait et on se trouva à l'étroit : le travail des métiers dépassait le résultat prévu et les commandes abondaient. Pour ces raisons, il parut opportun d'échanger l'humble logis, premier berceau de l'œuvre, contre une maison plus vaste et plus convenable. Une propriété située sur la place de Fourvière et appartenant au père de Pauline Jaricot était en vente ; par l'intermédiaire de cette dernière, le domaine fut vendu à la communauté de Jésus-Marie. Cette maison se nommait l'Angélique, parce qu'elle avait appartenu autrefois à M. Nicolas de L'Ange, magistrat distingué et 'homme de lettres éminent. Le nouveau local s'adaptait d'une façon parfaite à l'usage auquel on le destinait : en plus de la maison assez vaste et soigneusement conservée de nos jours, il comprenait un vignoble d'une grande étendue, la vaste salle d'ombrage, qui existe encore aujourd'hui. La position offrait un coup d'œil incomparable sur la ville et les environs.
Donc, dans le courant de 1820, la communauté de Jésus-Marie quitta définitivement la maison des Pierres-Plantées, qui l'avait abritée pendant deux ans, pour venir se fixer à l'Angélique. Le nombre des enfants augmentant sans cesse, il fallut, dès l'année suivante, pourvoira une organisation plus complète. Les bâtiments furent exhaussés, et on construisit une annexe, séparée des autres maisons, qu'on nomma Providence ; là habitèrent les orphelines, occupées surtout à la couture et à la fabrication des étoffes, et à qui on donnait une instruction élémentaire. Dans un local séparé, se trouvait le pensionnat où
ron recevait les jeunes filles de familles aisées qui recevaient une instruction conforme à leur position sociale : le pensionnat était pour la communauté une source de revenus et on espérait faire des recrues parmi les jeunes filles qui s'y trouvaient.
Cependant la communauté, bien que n'ayant pas encore reçu l'autorisation et l'institution canoniques, continuait à se développer. En 1822, elle comprenait une cinquantaine de sujets, en plus des orphelines et des pensionnaires; elle put dès lors songer à installer de nouveaux établissements. Des dames qui dirigeaient un pensionnat de jeunes filles à Belleville, demandèrent l'aide des sœurs de Jésus-Marie. Deux d'entre elles, envoyées à Belleville, apportèrent au pensionnat une sève nouvelle; toutefois, en 1829, elles durent se retirer devant des autres religieuses appelées dans la même localité pour s'occuper de l'éducation de la jeunesse.
En 1823, un nouvel établissement fut fondé à Monistrol à la suite de circonstances qu'on va rappeler. M. l'abbé Goindre avait été nommé Supérieur des Missions du diocèse de Saint-Flour qui comprenait aussi le département de la Haute-Loire ; ses nouvelles occupations ne l'empêchèrent pourtant point de s'intéresser à la Congrégation dont il avait dirigé les débuts : il demanda à l'autorité ecclésiastique la permission d'établir dans le diocèse les Dames de Jésus-Marie. La demande fut favorablement accueillie, et en 1822, cinq religieuses partirent de Fourvière pour fonder l'établissement de Monistrol. L'année suivante, profitant de la bonne impression produite par ces dames, l'abbé Coindre écrivit à Mgr l'évêque de Saint-Flour pour lui demander l'autorisation d'ériger les dames en Congrégation régulière ; et, dans ce but, adressait au prélat un exemplaire du règlement. La réponse ne se fît pas attendre : elle accordait toutes les permissions nécessaires : M. Coindre était nommé Supérieur de la Congrégation et autorisé à recevoir les vœux des sœurs. La bonne nouvelle fut vite communiquée à la maison de Lyon, et quelques jours après, M"'' Thévenet et ses compagnes se mettaient en route pour Monistrol. A la suite d'une retraite, elles prononcèrent les vœux et revêtirent le costume religieux. Cette institution canonique donnée aux constitutions de la Congrégation fut au thentiquement approuvée, en 1848, par Mgr de Pins, administrateur du diocèse de Lyon.
Cependant l'établissement de Monistrol prospérait et devenait important : Mgr de Donald, alors évêque du Puy, témoin du bien accompli par les religieuses, les invita à venir s'établir dans la ville épiscopale. Les sœurs déférèrent au désir du prélat et dans le courant de 1823, prirent possession de la superbe résidence préparée par l'évêque protecteur. Celui-ci estimait avec raison qu'elles seraient à même de faire plus de bien, et que leur pensionnat prendrait plus d'importance, s'il était placé dans une ville populeuse. Le nombre des pensionnaires devint, en 1834, si considérable que le vaste local occupé jusqu'alors, fut insuffisant. Avec l'assentiment de Mgr de Donald, qui s'intéressait sérieusement à cette œuvre d'éducation de la jeunesse, une propriété fut achetée avec un vaste enclos qui permettait toutes les constructions nécessaires.
A l'exemple de la maison du Puy, celle de Lyon voyait augmenter le nombre des pensionnaires et des orphelines, A une certaine époque, il y eut même trois pensionnats distincts, et la maison de Fourvières acquit une réelle réputation pour l'éducation soignée
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([u'on y donnait. En plus des langues étrangères, on y cultivait le dessin, la peinture et la musique. L'orphelinat possédait, de son côté, une juste renommée pour la fabrication des étoffes de soie, et les commandes y affluaient. Les ressources, fruits de la prospérité, permirent l'érection d'une nouvelle chapelle, celle qui existe aujourd'hui.
Quelques années plus tard, on construisit dans l'enclos un vaste bâtiment destiné aux orphelines, appelé, pour ce motif, la Providence : on sépara ainsi complètement celles-ci des pensionnaires.
La petite communauté ne jouit pas toujours de la vie calme qu'on serait tenté de croire ; il survint divers événements qui mirent en péril non seulement son développement, mais son existence même. On a vu le rôle important joué par l'abbé Coindre dans la fondation et la prospérité de la Société de Jésus-Marie, ainsi que le résultat de ses démarches auprès de l'évèque de Saint-Flour. Ce prêtre vénérable avait été nommé vicaire général de Blois, puis directeur du Grand Séminaire. Epuisé par des travaux excessifs, il ne remplit pas longtemps ses nouvelles fonctions et fut emporté par une fièvre pernicieuse. Les religieuses des Sacrés-Cœurs comprirent l'étendue de la perte qu'elles venaient d'éprouver : leurs constitutions étaient à peine ébauchées et le règlement loin d'être définitif. Qui donc allait continuer l'œuvre commencée ? Mgr de Donald, qui s'était tant intéressé à l'œuvre, la prit sous sa protection et, durant le temps qu'il occupa le siège archiépiscopal de Lyon, il ne cessa de donner à la Congrégation des témoignages de sa sollicitude. Par ailleurs, M. l'abbé Rey, aiimônier de la maison, continua l'œuvre entreprise, et lorsqu'il s'éloigna pour fonder à OuUins une œuvre similaire de jeunes gens, il emporta les regrets unanimes de l'institut.
Une nouvelle cause de trouble et d'alarme pour la société fut la situation politique qui survint à cette époque. Si l'institut n'eut pas à souffrir de la révolution toute pacifique de 1830, il éprouva, en revanche, les etîets de l'émeute de 1834. Les troupes régulières pénétrèrent dans l'enclos, s'établirent dans le monastère et de là délogèrent facilement les insurgés campés sur la place de Fourvière. La maison fut occupée pendant trois semaines, parce qu'on craignait un retour offensif des émeutiers. De plus, les autorités militaires appréciant Fourvière comme point stratégique éminent, songeaient à y établir des fortifications et à convertir la place en forteresse redoutable, par sa position qui dominait la ville. Les offres pécuniaires, fort avantageuses d'ailleurs, faites à la communauté et aux propriétaires voisins, furent refusées, et le projet abandonné. On comprend facilement l'émoi que ce projet avait soulevé dans la communauté, qui déjà s'occupait de chercher un autre asile en cas d'expropriation.
Un événement d'un autre ordre alarma également la petite société et en particulier celle qui en avait la direction. Des personnes appartenant à la communauté conçurent le projet de réunir leur congrégation à celle des religieuses du Sacré-Cœur dans le but, sans doute, de consolider l'une et l'autre. C'était, pour la première, perdre l'autonomie et s'éloigner du but qu'elle s'était assignée dès l'origine. Aussi M™" Thévenet eut-elle assez de bons sens et d'énergie pour refuser cette proposition qui eût été la mort de la congrégation. L'incident fit comprendre les désagréments résultant de la simibtude des noms ; c'est pourquoi on
Histoire des Églises et Chapelles de Lyon, II. 1''
résolut de changer de vocable, et depuis 1842, la couimunauté, dite, jusque-là, des Sacrés- Cœurs de Jésus et de Marie, fut uniquement désignée sous le nom de Congrégation de Jésus-Marie. Quelques années plus tard, en 1837, mourut M'"" Thévçhet, en religion mère saint Ignace; elle avait fondé la société et l'avait dirigée avec une intelligence remarquable. M"^ Victoire Ramié fut élue pour lui succéder ; on a vu plus haut qu'elle avait été une des premières à s'unir à la fondati ice.
L'année 1841 marque une époque glorieuse dans l'histoire de Tinstitut. C'était l'époque ou d'intrépides missionnaires commençaient l'évangélisation des Indes. Mgr Borghi, évêque d'Agra, avait envoyé une circulaire dans laquelle il faisait aux religieuses de France un pressant appel pour aller seconder les efforts des missionnaires. Les sœurs de Jésus- Marie s'empressèrent d'y répondre, d'autant plus que le but de la Congrégation correspondait parfaitement au désir exprimé dans la lettre : l'éducation chrétienne de la jeunesse. Abandonnant leur famille, leur pays, la maison où elles avaient longtemps vécu, six religieuses partirent pour ces contrées lointaines. Leur correspondance avec la maison-mère de Lyon fait connaître les privations qu'elles eurent à endurer pendant un voyage qui dura dix mois. Elles se jugèrent amplement récompensées de toutes leurs peines par le bien qu'elles procurèrent autour d'elles par la suite : après quatre mois d'existence, le pensionnat qu'elles fondèrent comptait déjà une trentaine d'élèves, et depuis lors, il n'a cessé de s'accroître : c'est dire qu'il n'a pas peu contribué à la propagation de la religion dans ces pays éloignés. Quelques années après, un nouvel établissement était fondé dans les montagnes des Vosges, à Kemiremont ; et le pensionuat qui j fut établi ne tarda pas à acquérir une juste célébrité.
L'installation de ces divers établissements affirma la vitalité de la congrégation, toujours prête à envoyer ses membres oîi on les demandait. Peu de communautés ont, comme elle, un caractère apostolique et se sont répandues dans autant de diverses contrées : n'est-ce pas là un de ses plus beaux titres de gloire? Ce n'est pas seulement aux Indes orientales qu'on retrouve les religieuses de Jésus-Marie : les unes s'établirent au Canada et aux Etals-Unis , d'autres foulèrent le sol de l'Espagne, d'autres se sont rendues en Suisse et en Angleterre, toutes pour semer, chez les pauvres comme chez les riches, le bienfait de l'éducation chrétienne.
Il est temps de dire quelques mots de la chapelle dont la façade se dresse vis-à-vis la basilique de Fourvière. Une chapelle provisoire avait été élevée en 1822, mais, trop exiguë, elle n'eut qu'une durée éphémère. C'est en 1832 que la première pierre de la chapelle actuelle fut solennellement posée. La Providence semblait avoir réuni à l'avance, dans l'enclos même, une partie des matériaux nécessaires à la construction de son temple. Déjà, en préparant les fondations des bâtiments antérieurs, on avait trouvé des débris de murs, des amas de pierres ; et maintenant les nouvelles fouilles mettaient à découvert de vraies richesses en ce genre : tout indiquait qu'on était en présence de constructions romaines. On trouva des citernes, des restes d'aqueducs, un souterrain qui s'étend sous l'une des salles d'arbres; bien plus, en continuant les fouilles on découvrit une salle recouverte de marbres ; plusieurs pièces mises à jour étaient parfaitement conservées, elles ont
LA COMPASSION
servi à former le maître-autel. La voûte de la chapelle était commencée lorsque l'émeute de 1834 vint suspendre le travail, qui, pourlanl, fut repris peu après et terminé en deux ans.
La chapelle est sans apparence extérieure. A l'intérieur, elle se compose d'un vaisseau de style roman, à une seule nef, éclairé de quatre fenêtres. L'autel est en marbre de couleurs, simple et sans sculpture, il est surmonté d'une statue très ordinaire du Sacré- Cœur. De chaque côté, à la naissance de la nef, sont deux autels, érigés en 1887, dédiés à la sainte Vierge et à saint Joseph. Dans le chœur se trouvent trois peintures qui représentent les monogrammes réunis de Jésus et de Marie, symbole de la congrégation ; l'Agonie de Notre-Seigneur, enfin les Pèlerins d'P]mmaûs. Dans la nef, deux autres peintures représentant Jésus bénissant les enfants, et la Présentation de Marie au temple; toutes ces peintures sont l'œuvre de quelques sœurs ; si ces toiles ne sont pas d'une habileté artistique exceptionnelle, elles constituent du moins un témoignage de l'activité intellectuelle et de la bonne volonté développées dans la communauté.
Aujourd'hui la chapelle n'entend plus l'office, que récitaient autrefois les religieuses, maintenant exilées en Suisse ; la prière n'y a pourtant point cessé, car les sœurs ont laissé leur vaste établissement à un pensionnat prospère, dont les élèves continuent à fréquenter la chapelle.
LA COMPASSION
La naissance du refuge de la Compassion date de 1825, et eut pour berceau l'hospice de l'Antiquaille, où les malheureuses filles victimes de la séduction étaient amenées pour être soignées. Les sœurs hospitalières renconti^aient fréquemment parmi ces infortunées des jeunes filles plus malheureuses que coupables. M. Dupuis, frère du côté maternel de M. Latfay, aumônier de l'Antiquaille, prêtre ardent, plein de zèle et de dévouement fut l'instrument dont la Providence se servit pour jeter les fondemeuts de l'œuvre naissante. Cet ecclésiastique était chapelain de la Primatiale et consacrait les instants que les fonctions de son ministère lui laissaient libres à venir exhorter et instruire ces pauvres filles. C'était souvent peine perdue, et pour toucher ces cœurs endurcis, il fallut, en 1825, une scène tragique qu'un mémoire du temps raconte ainsi : « Depuis huit jours la parole de M. Dupuis retentissait sans trouver une âme qui voulût la recevoir, lorsque dans son zèle et sa douleur, celui qui n'avait pu briser ces cœurs endurcis, se prit à briser la croix qu'il tenait en main et dont la rédemption était inutile à ces pécheresses qui la repoussaient et voulaient l'enfer. A cette vue, celle qui était à la tête de toutes par ses scandales, saisit les morceaux épars de la croix, chercha à les réunir et s'écria que Dieu n'aura point souffert en vain ; son exemple fut suivi par plusieurs de ses compagnes qui généreusement se convertirent. »
Il fallut trouver un asile convenable : la charité de M. Diipuis ne se rebuta devant aucun obstacle ; il fît une quête, et réunit la modeste somme de vingt-cinq francs. Plein de foi et de reconnaissance, il se rendit à Fourvière et les déposa aux pieds de la Vierge, refuge des pécheurs. Peu de temps après, celle-ci fît trouver à son serviteur une petite maison à Saint-Irénée ; elle fut louée, et le 14 septembre 1825, on en prit possession. Six jeunes filles y entrèrent et furent confiées à la direction de M''^ A'idot et d'une compagne dont on ignore le nom. On mit l'établissement sous le nom et la protection de
Chapelle des religieuses de la Compassion, quartier des Minimes.
sainte Pélagie. Le pauvre ménage fut organisé par les dons de la charité chrétienne ; on monta des métiers à tisser la soie, et la vie des repenties se partagea entre le travail et la prière. Le nombre augmenta, en peu de jours, jusqu'à douze ; mais aussi la discorde souffla parmi elles le trouble, au point que le découragement entra dans l'âme des deux directrices qui déclarèrent à M. Dupuis qu'elles ne pouvaient continuer l'œuvre. Le digne fondateur ne perdit pas courage ; il supporta les peines avec patience et malgré les désapprobations et critiques des administrateurs de l'hospice, de l'aumônier M. Laffay et même de plusieurs personnes de la communauté qui jugeaient l'entreprise téméraire, il demanda et obtint de l'administration deux sœurs capables de former ces nouvelles pénitentes au tra-
LA COMPASSION
vail el aux pratiques de la vie chrétienne. Les deux directrices se retirèrent, l'une d'elles entra à l'hospice et se consacra au service des malades. Des personnes considérables de la ville prirent grand intérêt à l'œuvre naissante, et les négociants eux-mêmes firent des avances pour faciliter le travail.
Les deux religieuses se mirent à l'œuvre ; par une charité infatigable, une grande bonté jointe à une prudente fermeté, elles gagnèrent l'esprit de leurs filles, rétablirent l'ordre et la paix; elles eurent pourtant bien des peines à endurer : souvent l'étofFe tissée était mal faite ou gâtée, et les sœurs passaient quelcpiefois la nuit à réparer les fautes des pénitentes. En principe le travail devait fournir à la subsistance et à l'entretien delà maison Sainte-Pélagie, mais de fait il était impossible que les ressources du travail de ces jeunes personnes peu accoutumées à une vie régulière, fussent suffisantes. Aussi M. Dupuis et les religieuses, ainsi que plusieurs frères de l'Antiquaille, dévoués à l'œuvre, se firent-ils un devoir d'employer à la quête les jours de repos que le règlement accorde chaque mois. On voyait le digne fondateur, comme un autre saint François Régis, porter à sa famille adoptive, avec la parole de Dieu, tout ce qu'il pouvait trouver dans ses quêtes. Il n'ignorait pas que la pauvreté se faisait sentir à Sainte-Pélagie dans toute sa rigueur, puisque parfois, après le souper du soir, il ne restait pas un morceau de pain pour le déjeuner du lendemain. De plus, les jeunes filles étaient vêtues fort pauvrement: une jupe d'une façon et une taille d'une autre, un tablier de toile bleue, enfin un bonnet d'indienne composaient le costume.
Tant de travaux et de fatigues épuisèrent les forces du saint prêtre, qui tomba gravement malade. Il profita des moments où la souffrance lui laissait plus de liberté d'esprit pour prier M. LafFay de se charger du soin spirituel et du temporel de ces pauvres filles. Celui-ci, malgré ses répugnances, n'osa refuser cette dernière consolation à son frère, il lui promit défaire tout ce qu'il désirait pour la providence, et le digne malade, débarrassé de ce cruel souci, fit avec la plus grande édification le sacrifice de sa vie tout entière consacrée au bien. Huit jours s'étaient à peine écoulés lorsqu'il rendit le dernier soupir. Sa protection se fit pourtant sentir à plusieurs reprises sur la communauté. Voici, par exemple, comment dans une circonstance, le défunt encouragea sœur Bernard ; celleci employée au service des malades était une des plus dévouées à l'œuvre naissante, on l'a regardée jusqu'à sa mort comme la mère et la supérieure de la nouvelle providence quoiqu'elle habitât ordinairement à l'hospice. Un jour, entrant dans sa chambre, elle vit le digne prêtre à genoux sur un prie-Dieu. La sœur éprouva un moment de terreur, mais le défunt se tournant vers elle lui dit : « Ma sœur, ne vous découragez jamais. »
M. LafFay, plein de zèle et de dévouement pour l'œuvre de Dieu, ne se bornait pas au soin des âmes; il voulut aussi, à l'exemple de Notre-Seigneur, contribuer, autant qu'il était en son pouvoir, à procurer les choses nécessaires à l'entretien du corps; dans ce but, il quêtait, mais était reçu parfois avec mépris et brutalité. De plus, chaque matin et tour à tour, les frères de l'hospice portaient à la providence Sainte-Pélagie un peu de vin et de pain, fruit de leurs quêtes, et cette générosité aidait à la nouvelle maison à
subsister. Celle-ci toutefois était mal située, exposée aux cris et au tapage des malfaiteurs ; de plus, le local exigu ne pouvait contenir plus de treize pénitentes ; il fallut donc se pourvoir d'un autre logement. L'oeuvre comptait six ou huit mois d'existence, lorsqu'on loua une maison à Saint-Just, rue de Trion ; les pénitentes y furent transférées à la fin de février ou au début de mars 1826.
Le séjour dans ce nouveau local fut de dix-huit mois ou deux ans, et pendant ce temps, le nombre des jeunes pensionnaires monta à cpiarante. C'est alorsque M. Latfay fit connaître à MM. de Verna, de Varax, de Nolhac, et de Sainte-Marie, administrateurs de l'hospice de l'Antiquaille, les progrès de l'œuvre et la nécessité d'un logement plus vaste. Ces messieurs édifiés de la conduite des pénitentes, se firent les premiers bienfaiteurs de celte belle œuvre. Ils accueillirent favorablement la proposition de M. Laffay et arrêtèrent dans l'assemblée administrative de 1828, qu'on louerait une maison au Chemin-Neuf, qu'on y ouvrirai! deux ateliers de tissage et un de lingerie; une chapelle, un réfectoire, des dortoirs, une cuisine; le tout coûtait 3.800 francs. A cette époque une dame charitable fit un don de 1.200 francs qui servit à l'achat d'un petit clos, séparant la maison de l'hospice ; ce jardin devint une agréable promenade pour les pénitentes. Tout étant disposé, les jeunes filles furent transportées dans le nouvel établissement, qui prit le titre de Providence de l'Antiquaille ; le nombre s'accrut de jour en jour; l'administration de l'hospice voulut bien se charger de fournir ce qui était nécessaire à l'entretien temporel de la providence, à la condition que l'on déposât, à la fin de chaque mois, le produit du travail des pénitentes dans la caisse de l'hospice, condition qui fut acceptée mais qui imposa bien des sacrifices aux jeunes personnes ainsi qu'aux sœurs chargées du gouvernement de la providence, car lorsque la recette n'égalait pas la dépense, on s'attendait à des reproches. Pour le linge et les vêtements, il fallait chaque semaine donner à l'hospice la note de ce qu'on déposait, afin de recevoir autant d'objets qu'on en rendait. Quant à hi nourriture, on recevait le pain et les autres choses nécessaires à la vie, en quantité proportionnée au nombre des personnes, mais si limitée que souvent cela ne suffisait pas au besoin de chacune. La charité des S(Eurs savait y suppléer en s'im posant des sacrifices et des privations.
L'œuvre était définitivement fondée; depuis celte époque elle s'est accrue de telle façon
M"" Bruyset de Sainte-Marie, bienfaitrice de la Compassion.
LA. COMPASSION
qu'aujourd'hui elle compte vingl-deux religieuses de chœur suivant la règle du tiers ordre de Saint- François ; Irente-trois soeurs converses; trente-sept dites sœurs pénitentes, c'est-àdire provenant de vocations rencontrées parmi les pénitentes. Ce personnel dévoué dirige un nombreux bataillon composé de quarante-deux préservées et de soixante-quatre pénitentes.
A l'ancienne chapelle iulérieure et provisoire, a succédé un bel édifice construit tout récemment par M. Bagneux, architecte. Ce n'était point chose facile que de procurer l'accord parfait de l'architecture avec les nécessités de l'œuvre. Il y a à la Compassion bien des sections nécessaires : religieuses de chœur, converses, sœurs de la pénitence, enfants orphelines et enfants enfermées. L'architecte, s'inspirant des règlements et guidé par les conseils autorisés des supérieurs, a réussi à conciher ces exigences.
La chapelle de la Compassion présente la forme d'un rectangle fort allongé, mais alors que dans les églises ordinaires l'autel se trouve au fond de la nef, ici il est placé au milieu et dans le sens même de la longueur, en sorte que la chapelle est environ trois fois plus large que profonde.
Cette disposition a permis de faire, de chaque côté de la porte d'entrée, laquelle
s'ouvre vis-à-vis l'autel, deux immenses salles qui occuperaient dans une église la place des petites nefs et où se mettent les différentes sections de la communauté. Ainsi, il n'est personne qui ne puisse voir l'autel à travers cependant la grille en usage dans les communautés cloîtrées.
L'aiitel majeur est dominé par un groupe en pierre placé dans une niche et représentant le Christ en croix entouré de la Vierge, de sainte Madeleine et de saint Jean. Le chœur est petit et hémisphérique ; on y a placé de chaque côté les statues du Sacré-Cœur et de saint
Intérieur de la chapelle de la Compassion.
Antoine de Padoue. Dans l'unique nef, se trouve à droite l'autel de la sainte Vierge et à gauche celui dédié à saint Joseph. Huit baies vitrées donnent une abondante lumière et font ressortir l'ornementaLion simple et de bon goût. Le chemin de la Croix est placé le long du mur, de chaque côté de l'autel principal.
Au fond de la chapelle, s'ouvrent, comme il a été dit, les deux chœurs des religieuses et des filles repenties, séparés par un couloir conduisant directement à la porte de sortie. Ceschœurs sont vastes; celui des religieuses possède la statue peinte de Notre-Dame de Compassion, et celle de sainte Elisabeth, reine de Hongrie et patronne du tiers ordre de Saint-François auquel sont affiliées les religieuses; deux reliquaires complètent l'ornementation. Le chœur des Madeleines ou repentantes est orné de la statue de saint François d'Assise. ^
RELIGIEUSES DE LA SAINTE-FAMILLE
Parmi les communautés que vit éclore le xix^ siècle dans notre diocèse, il en est une qui par la variété de ses emplois contraste singulièrement avec la vie des anciens ordres religieux où la rigidité du but ne permettait qu'une adaptation très relative aux besoins successifs de la société dans laquelle ils vivaient. Les sœurs de la Sainte-Famille sont à la foi institutrices dans les pensionnats ou dans les simples écoles de hameaux ; elles sont hospitalières par le soin des malades ; un certain nombre d'entre elles sont chargées du service de la lingerie, de la cuisine, et de l'infirmerie dans les séminaires et collèges, toutes savent se plier à l'emploi qui leur est confié. Leur fondateur est un prêtre lyonnais fort intelligent et dont on va retracer la biographie.
L'abbé Pousset naquit à Cordelles, petite commune des bords de la Loire à quinze kilomètres de Roanne; c'était en 1794, en pleine Terreur. Il fit ses premières études au petit séminaire de Saint-.lodard et vint compléter son éducation philosophique au séminaire de Verrières. Vers la fin de 1814, il entrait au grand séminaire de Lyon. Ordonné prêtre en 1817, il occupa successivement divers postes dans les séminaires de Verrières et d'Alix ; enfin en 1823, malgré son jeune âge, il fut nommé à la cure de Saint-Rruno à Lyon.
Il apporta dans ce nouveau poste l'esprit à la fois clairvoyant et religieux qui l'avait fait remarquer ailleurs. Il commença par visiter les principaux habitants de la paroisse pour recueillir des renseignements capables d'éclairer sa conduite et ses relations vis-à-vis des familles. Ce fut au cours de ces visites qu'il conçut l'idée de fonder une communauté douée d'attributions spéciales. Il avait aperçu sur sa paroisse un grand nombre d'ateliers de jeunes ouvrières qui, sans vivre en communauté accomplissaient ensemble des exercices de piété et suivaient certaine règle dans leur manière de vivre. M''^^ Descombes et Piégay, directrices d'un de ces ateliers, heureuses de voir le curé de Saint-Rruno s'intéresser à l'œuvre, vinrent le prier de se mettre à leur tête et de les diriger en leur
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donnant le règlement qu'il jugerait bon pour leur sanctification, tout en leur permettant de continuer leurs divers travaux. M. Pousset accéda à leur demande, leur donna quelques règles, qui, dans son esprit, ne devaient être que provisoires et pour un temps d'essai. Il leur proposa de retracer dans leur vie, partagée entre le travail manuel et les exercices religieux, quelques-unes des vertus delà sainte famille de Nazareth. M. Pousset, craignant de nuire à l'ensemble de son ministère de curé, ne voulut pas tout d'abord se charger de la direction spéciale de la maison Descombes et Piégay, qui, sans être une communauté, en imitait presque la régularité et en exigeait les soins. Ce n'est qu'à la suite d'une neuvaine à Notre-Dame de Fourvière, faite à son insu, par ces demoiselles, sur le conseil d'un bon prêtre, que M. Pousset consentit à entreprendre cette œuvre. Telle est l'origine historique du nom porté dans la suite par la communauté.
Quelques mois plus tard, l'abbé Pousset rédigea un nouveau projet de règlement établissant une sorte de noviciat pour cette nouvelle-née qui tiendrait le milieu entre la vie religieuse et l'existence purement séculière ; et dès lors, sept des pieuses ouvrières furent regardées comme novices. De ce moment, 1825, date à vrai dire la communauté. A Noël de la même année, eut lieu, pour la première fois, la cérémonie des vœux, et celle de la vêture, car, jusqne-là, on n'avait pas encore adopté d'habit particulier. Malgré les critiques
et les plaisanteries dont elle fut accueillie tout d'abord, la congrégation naissante se développa promptement et acquit une réputation méritée. Beaucoup d'ouvrières ne tardèrent pas à imiter leurs compagnes et demandèrent à leur tour d'entrer au noviciat. La petite communauté occupait le bâtiment connu à l'époque sous le nom de maison Bourdin : elle dut bientôt chercher ailleurs un édifice plus en rapport avec son accroissement. L'abbé Pousset, qui vedlait aux moindres détails, en procura un, situé en face de l'église paroissiale, et dès lors tout sembla modestement prospérer.
Mais l'année 1830, qui fut signalée à Lyon par des désordres graves et sanglants, faillit amener la dispersion et la disparition de la petite société. Si, plus privilégiée que d'autres communautés, celle de la Sainte-Famille put sortir intacte de l'épreuve, elle le dut précisément à sa nouveauté et au peu d'importance qu'elle avait encore aux yeux des hommes, dont beaucoup ignoraient son existence. Le calme succéda bientôt à la tempête, et, quelques
Histoire des Églises et Chapelles de Lyon, II.
Couvent de la Sainte-Famille.
années après, la pelite communauté se trouvait de nouveau dans un état florissant.
Pourtant, une chose lui manquait encore. Elle existait de fait depuis 1825, époque où les premiers vœux furent prononcés ; mais elle ne jouissait pas encore de ce qu'on appelle l'érection canonique, c'est-à-dire qu'elle n'avait ni autorisation, ni approbation des supérieurs hiérarchiques. En 1832, l'abbé Pousset, au cours d'une grave maladie, eut la pensée de solliciter cette érection auprès de Mgr de Pins, administrateur apostolique de Lyon ; sa crainte était grande de laisser sa communauté sans une autorisation régulière propre à assurer son existence. En conséquence la demande d'érection ainsi qu'un abrégé de la règle furent soumis au conseil archiépiscopal. La règle fut admise le 29 novembre 1832 ; Mgr de Pins donnait sa pleine approbation à la Sainte-Famille de Lyon et l'érigeait en congrégation diocésaine.
Cette société jouissait alors d'un plein développement, au point que Mgr de Forbin-Janson,.évêque de Nancy, présidant une cérémonie solennelle de profession, comptait devant
lui vingt-trois nouvelles religieuses ; ajoutons que cet accroissement n'a cessé d'augmenter. Par suite des événements sociaux et politiques comme aussi pour satisfaire aux besoins des milieux oii se trouvaient les sœurs de la Sainte-Famille, celles-ci durent accepter des œuvres nouvelles non prévues dans le règlement primitif. Aussi, dans le cours des années, la première règle a-t-elle subi diverses transformations ; si bien qu'il parut bon au fondateur de la refondre et de la soumettre de nouveau à l'approbation de Mgr de Bonald, archevêque de Lyon : telle est la raison d'être de la nouvelle approbation canonique donnée en 1852.
Dans l'intervalle, en 1840, M. Pousset avait été chargé, par le prélat, du soin de diriger, comme supérieur général, toutes les maisons de la Sainte-Famille, alors au nombre de quatorze, sans compter diverses autres œuvres soutenues par l'institut, telles, par exemple, que les providences, fondées dans les petites villes du diocèse, où des enfants appartenant à des familles pauvres recevaient une éducation chrétienne et apprenaient un métier. Les désordres qui suivirent l'établissement de la république de 1848 devinrent funestes à la congrégation. On en était venu à persuader aux ouvriers que les providences où leurs pi'opres enfants étaient accueillis par charité étaient nuisibles à leur salaire et qu'il fallait les supprimer. Aussi, aux jours d'émeute, vit-on des troupes d'hommes et d'enfants se ruer sur les providences, saccager les maisons, briser et brûler les métiers, seule ressource de ces asiles. La Sainte-Famille traversa de ce chef une crise terrible, et si elle ne succomba point, elle le dut au dévouement et au zèle de M. Pousset, dont l'énergie ranima les courages abattus, remit la règle en vigueur et procura à sa congrégation de nouvelles ressources.
Cette épreuve surmontée, il y eut recrudescence de vie dans la société. On vit se fon-
M. le chanoine Pousset, fondateur de la congrégation de la Sainte-Famille.
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der de nouveaux établissements ; nombre de fabriques et d'usines demandèrent des sœurs de la Sainte-Famille pour diriger et surveiller leurs ouvrières : ces ateliers devenaient, pour ainsi dire, autant de succursales de la congrégation, puisque la règle de la maisonmère y était appliquée, avec toutefois les modifications nécessaires. D'autre part, de petites communautés privées demandaient à se réunir à la congrégation. En voici un exemple entre plusieurs. M^^" Sanlaville, qui appartenait à une des familles les plus honorables de Beaujeu, avait réuni autour d'elle quelques orphelines auxquelles elle s'efforçait de communiquer les sentiments généreux qui l'animaient. Pour donner plus de consistance à son œuvre, elle s'adressa au fondateur de la Sainte-Famille et lui manifesta le désir d'entrer dans la congrégation avec sa petite troupe ; sa demande fut agréée, et plus tard, sous le nom de sœur Saint-Vincent de Paul, elle dirigea, en qualité de supérieure, la communauté où elle avait fait profession.
L'année 1856 marque une date importante dans l'histoire de l'institut. Par décret impérial rendu au palais de Saint-Cloud et portant la date du 17 novembre, la Sainte-Famille devint congrégation autorisée et acquit désormais une existence officielle. L'année suivante, la maison-mère quitta la demeure, trop étroite, qu'elle occupait aux Chartreux et vint s'établir dans une propriété, sur la colline dominant la presqu'île Perrache. Le nouveau local présentait une situation plus commode et des conditions plus hygiéniques. Aussi le noviciat et surtout le pensionnat purent-ils s'y développer largement. M. Pousset qui avait contribué à la fondation de nombreuses maisons de la Sainte-Famille n'avait pas voulu que son pays natal en fût privé. Dès les premières années de la société, il prit soin d'établir à Gordelles un essaim de la congrégation, dirigé, plus tard, par le propre frère de M. Pousset, en qualité d'aumônier. Dans cette paroisse les sœurs fondèrent une école de filles et un orphelinat d'où sortirent de nombreuses vocations religieuses. L'institut, dès lors en pleine maturité, étendait son champ au delà du diocèse : en 1883, l'année même de la mort du fondateur, la Sainte-Famille établit une communauté à Notre-Dame de Rochefort au diocèse de Nîmes, et deux ans plus tard, elle pouvait compter plus de quarante établissements répandus dans les grandes villes comme dans les modestes villages. Sans doute, les lois néfastes dirigées contre les congrégations enseignantes ont apporté le trouble et ont fermé bien des maisons, mais déjà il s'est constitué de nouvelles œuvres, les religieuses se sont munies de brevets hospitaliers et, somme toute, le bien se fera à nouveau, quoique sous une autre forme.
Le bâtiment occupé par les sœurs de la Sainte-Famille, 10, avenue Vailloud, quartier Saint-Irénée, fut construit par le docteur Millet qui y fonda un institut hydrothérapique. L'antiquaire lyonnais bien connu, M. François Morel, a bien voulu nous communiquer une curieuse estampe, gravée à l'occasion de la pose de la première pierre. On y apprend que l'institutde M. Millet ayant fait de mauvaises affaires, son immeuble fut acheté par les religieuses de la Sainte-Famille qui y installèrent leur maison-mère. Elles agrandirent l'édifice, et réparèrent magnifiquement la chapelle. Celle-ci occupe le centre du bâtiment; elle est située au premier étage et on y accède par un large escalier. Dans le chœur semicirculaire se trouvent deux statues du Sacré-Cœur et Notre-Dame des Sept-Douleurs.
L'autel de pierre est décoré d'un bas-relief représentant deux colombes se désaltérant dans le calice divin. La nef est de style roman, on y a placé deux autels dédiés à la Vierge et à saint Joseph. De plus, contre le mur de gauche se trouve une statue de Notre-Dame de Lourdes, et, au-dessus delà porte d'entrée, une peinture représentant la Sainte-Famille. La chapelle est largement éclairée par des vitraux rappelant le motif de la Sainte-Famille sous ses trois phases : la naissance de Jésus, son adolescence, la mort de saint Joseph. Il reste à signaler près de la porte d'entrée une niche creusée dans la muraille et fermée par une plaque sur laquelle on lit : « Ici repose le cœur de notre vénéré père et fondateur Pierre Pousset, ancien curé de Saint-Bruno, chanoine d'honneur de la Primatiale, décédé en notre maison-mère, le 22 mai 1883, à l'âge de 89 ans.