CHAPITRE V
LA PLATIÈRE. — SAINT-PIERRE ET SAINT-SATURNIN. GARMES-DÉCHAUSSÉS. — PAROISSE DU BON-PASTEUR NOTRE-DAME DE LA RETRAITE AU CÉNACLE. — LA CITÉ-RAMBAUD. ŒUVRE DES SOLDATS A LA PART-DIEU.
I le lecteur veut bien continuer à nous suivre dans notre promenade historique et archéologique à travers les monuments religieux anciens ou modernes de la cité lyonnaise, il sera émerveillé de la fécondité de l'Église, soit dans les œuvres d'art, soit dans la vitalité qu'elle déploie pour le bien spirituel de ses enfants. Elle sait s'accommoder aux exigences de tous les temps ; elle a fait éclore des communautés cloîtrées douées de règles rigides comme les religieux de la Platière, les Carmes- Déchaussés, les Bénédictines de Saint-Pierre ; mais, à notre époque, elle accueille les conceptions plus modernes de l'apostolat comme la Cité-Rambaud ou l'œuvre des Soldats.
NOTRE-DAME DE LA PLATIÉRE
La maison portant le no 7 de la place de La Platière, récemment restaurée, aménagée pour un immeuble de rapport, après avoir abrité pendant de longues années l'hôtel de l'Écu de France, occupe l'emplacement de l'ancienne église Notre-Dame de La Platière. Les historiens lyonnais font remonter les origines de ce sanctuaire à une assez haute antiquité. Il aurait été fondé au v'' siècle, par saint Eucher, pour servir de recluserie, sous le vocable de Notre-Dame-des-Bois ou Sainte-Mari e-aux-Bois. Il se trouvait alors en dehors -de la ville, étagée sur la colline de Fourvière; plus tard, la ville s'étant étendue, il prit le
nom de La Platière à cause de sa situation sur une pelile place entourée d'arbres, Platea. Ce lieu est nettement déterminé dans une charte de J092: Dans le faubourg de Lyon, sur la rive gauche de la Saône du côté de l'orient. » Plusieurs annalistes ont assuré que l'édifice primitif avait été reconstruit au commencement du ix^ siècle par Leidrat. Cet insigne bienfaiteur de l'église de Lyon, dans sa lettre adressée à Gharlemagne, mentionne comme ayant été réédifîées par ses soins les églises Saint-Nizier et Sainte-Marie. Mais aucune preuve ne vient étayer l'identification de cette dernière avec Notre-Dame de La Platière.
Les annales de La Platière restent encore obscures pendant près de deux siècles, jusqu'à l'époque où Gébuin (saint Jubin), archevêque de Lyon de 1077 à 1082, faisait don de l'église et de ses dépendances aux chanoines réguliers de Saint-Ruf. Cet ordre avait pris naissance dans le Comtat-Venaissin. <( Mais, dit Nicolas Chorier, le nom de Saint-Ruf qui est son titre, n'est pas celuy de son instituteur, ni un choix qu'il ail fait. Amalde, Odilon, Ponce et Durand, prestres de l'Eglise d'Avignon, ayant résolu entre eux de mener une vie plus retirée, demandèrent, en 1039, à Benoît, leur évêque, deux églises dont il pouvoit disposer. C'étoient celles de Saint-Just et de Saint-Ruf dans son diocèse et auprès de la Durance. \\ les leur accorda, et comme ils se logèrent aux environs de celle-cy, le nom leur en fut donné ; ils furent appelez et ceux qui vinrent après eux les chanoines de Saint- Ruf. Cet ordre s'est répandu en beaucoup de lieux ; sa règle est celle de saint Augustin
et tous les membres reconnaissent l'abbaye de Valence pour leur chef R donna trois
papes à la chrétienté : Anaslase IV, Adrien W et Jules IL » [Ilisf. générale de Drniphinë.)
A la suite d'un différend suscité par les moines de l'Ile-Barbe, qui avaient prolesté contre l'introduction à Lyon des chanoines de Saint-Ruf, l'archevêque Hugues ratifia, par une charte du 22 juin 1092, la donation à ces religieux, par Gébuin son prédécesseur, de l'église Notre-Dame de La Platière et de ses dépendances, savoir : les églises Saint-André de Gorcy, Saint-Marcel, Notre-Dame de La Roisse avec les chapelles de Girieu et de Montluel et l'église Saint-Julien de Condeyssiat. Par sa bulle du 19 septembre 1095, le pape Urbain II leur confirme encore Ecclesiam sancle Marie infra Liigdunensem. Plusieurs de ses successeurs contribuèrent à affermir les chanoines de La Platière dans leurs possessions. Adrien IV, le 7 janvier 1 159, confirme la donation faite par Etienne, sire de Villars, de la part qui lui appartenait du port du Rhône, à Lyon, aux chanoines de La Platière ; Lucius III, le 7 novembre 1184, confirme la concession faite, par l'archevêque de Lyon, aux chanoines de La Platière d'un four, d'une place qui s'étendait de leur maison à la Saône et de leur part du port du Rhône ; enfin, le pape Innocent III, le 6 mai 1206, confirme toutes les possessions de l'ordre de Saint-Ruf.
Il est probable que le petit sanctuaire, plusieurs fois i*emanié, fut reconstruit sur de bien plus vastes proportions, peu après la prise de possession par les chanoines de Saint- Ruf, c'est-à-dire au commencement du xii^ siècle. Le grand plan scénographique de Lyon, exécuté vers le milieu duxvi*^ siècle, celui de Simon Maupin, en 1625, nous ont conservé la représentation de l'église de La Platière. C'était un édifice de dimensions moyennes, à une seule nef. Le clocher élevé au-dessus du chœur est à deux étages surmontés d'une flèche
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quadrangiilaire, flanquée aux angles de quatre cornes; il offre une grande simililude avec celui d'Ainay, construit à la même époque; mais, si Ton admet l'exactitude des documents indiqués, il est plus élégant, la tour est moins massive, la flèche plus élancée.
(Restitution de M. Hoyatien Lenail.)
Le sanctuaire se termine par une petite abside à pans coupés, éclairée de trois fenêtres à plein cintre.
L'année 1245 fut célèbre dans les fastes de La Platière. Le pape Innocent IV, qui avait été chanoine de Lyon, vint chercher dans cette ville un refuge contre les persécutions de
l'empereur Frédéric II. C'est de là qu'il écrivit à tous les prélats, à tous les souverains de la chrétienté pour les inviter au concile qu'il se proposait de tenir à Lyon. Cette assemblée s'ouvrit le 28 juin 1245, dans l'église Saint-Jean, et compte comme le treizième concile général. Outre le pape et les cardinaux, il réunit les patriarches de Constantinople, d'Antioche et d'Aquilée, cent quarante archevêques et évêques, Baudouin empereur de Constantinoj)le, Bérenger comte de Provence, Raymond comte de Toulouse ; d'autres princes et prélats s'y firent représenter par des ambassadeurs. L'empereur Frédéric II y fut excommunié et déposé. Pendant ce concile, disent quelques historiens, les cardinaux parurent pour la première fois avec l'habit de pourpre; Innocent IV voulant leur rappeler ainsi, qu'ils devaient être toujours prêts à verser leur sang pour l'Église. Le concile s'occupa encore des incursions des Tartares, de la Croisade^ de réformes dans l'administration de la justice et, raconte un pieux annaliste, qui a conservé l'anonyme, « l'on y traita de bien des choses de très grande importance, et après plusieurs beaux décrets qu'on y fit, l'on y arrêta, qu'en reconnoissance des faveurs qu'on y avoit reçu par l'entremise de la Très Sainte Vierge, et pour s'attirer toujours davantage sa protection particulière, on ajoûteroit dans toute l'Eglise, pour une plus grande solemnilé, une Octave à la fête de la Nativité, qui s'y célébroit déjà depuis longtemps. Et comme l'église de La Plattière étoitla seule dans cette ville consacrée à la Sainte Vierge, même dès les premiers siècles, et à la Nativité, elle eut l'honneur d'être choisie pour être la première ou se célèbreroit cette Octave, ce qui se fit pendant huit jours avec toute la piété et la magnificence digne du sujet, et de cette grande assemblée. La tendre dévotion qu'ont toujours eu les Lyonnais envers cette bonne Mère, leur a aussi toujours fait regarder cette première solemnité comme une règle et un décret de ce concile pour les années suivantes ; car, d'année en année, sans avoir jamais discontinué jusqu'à nous, cette Octave s'est célébrée dans cette même église, avec une telle pompe, dévotion et concours de toute la ville, qu'on peut assurer en vérité qu'il n'est pas d'église dans le monde où la Nativité de la très Sainte Vierge soit mieux célébrée. Voilà l'origine de cette dévotion, et comme cette solemnité a commencée. Voici comme elle est devenue Confrérie de Nôtre-Dame de Lorette : Sur la fin de ce même siècle, (?) c'est-à-dire en l'année 1291, la sacrée maison de la Sainte Vierge, où se sont opérez de si grands mystères, et où elle avoit pris naissance, ayant été détachée de ses fondemens, et transportée miraculeusement par les anges, de la ville de Nazareth, sur la petite montagne de Tersacte, en Dalmatie, proche de la mer Adriatique, où elle resta trois ans et trois mois ; et de cet endroit à l'autre côté de la mer en Italie, au milieu d'un bois appartenant à une Dame nommée Lorette, dont cette Sainte maison a retenu le nom ; et puis quelques mois après encore en deux autres lieux fort peu éloignez les uns des autres, au diocèse de Recanaty, et sur les terres du domaine du pape : elle attira d'abord par cet événement et ces cliangemens si prodigieux, la curiosité, le concours et la dévotion de toutes les provinces voisines ; et les merveilles et les miracles que Dieu y opéroit par l'intercession de la très Sainte Vierge, firent tant de bruit que, les siècles suivans, non seulement le commun des fidèles y accouroit de toutes les parties de la Chrétienté ; mais les empereurs, les rois, les princes et princesses, les personnes les
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plus distinguées par leur rang et par leurs vertus, les papes mêmes y venoient en personne, avec des présens inestimables, rendre à cette Reine des hommes et des anges leurs plus humbles soumissions et leurs vœux. Cette Dévotion alla si loin que Ton bâtissoit des églises, des chapelles et des oratoires prescpie par tout, sous le nom de Notre-Dame de Lorette. Ce qui fit prendre le dessein aux Lyonnais de témoigner aussi à la Sainte Vierge, d'une manière plus particulière, leur zèle pour sa sainte maison, en érigeant dans l'église de la Plattière, où ils honoroient déjà si solemnellement son berceau, une chapelle à l'honneur de Notre-Dame de Lorette, où ils pussent se présenter, comme à Lorette même, pour lui rendre leurs respects et leurs vœux, l'y invoquer et l'y visiter, participant ainsi, autant qu'il était en eux, au bonheur de ceux qui y alloient en dévotion. » [La Dévotion ou la Confrérie établie dans V église de La Platière^ Lyon, 1736.)
Il est vraisemblable que les cérémonies mémorables qui se déroulèrent dans l'église de La Platière à l'occasion de l'institution de la fête de l'Octave donnèrent lieu à la création de la confrérie de la Nativité. Quant à l'adjonction du vocable de Lorette, n'est-il pas un peu aventureux de le faire remonter à 1295? 11 est incontestable que bien avant cette époque il existait à Lorette un sanctuaire dédié à la Nativité, qui était un lieu très fréquenté de pèlerinage. Mais on sait aujourd'hui que la tradition du transport par les anges de la maison de Nazareth, d'abord en Dalmatie, en 1291, et en Italie, en 1295, ne repose que sur une pieuse légende. Elle a pris naissance à la fin du xv*^ siècle, grâce aux écrits d'un certain Pierre di Giorgi Tolomei, de Teramo, dit Terameno, attaché à l'église de Lorette de 1430 à 1473. Animé d'un zèle immodéré, Terameno voulait donner, à l'aide d'un fait surnaturel, une plus grande renommée au sanctuaire auquel il avait consacré son existence. La légende a été authentiquée par des actes pontificaux qui lui ont assuré une longue, quoique superficielle célébrité. Il n'en reste pas moins certain que la confrérie de la Nativité, établie dans l'église de La Platière, honorée d'une bulle du pape Innocent XI, du 4 janvier 1687, est une des plus anciennes de Lyon. Elle s'est perpétuée jusqu'à nos jours, ayant été rétablie en l'église Saint-Louis, lors du Concordat, par un induit du cardinal Caprara, légat en France du pape Pie VII, daté du 28 août 1804. Une ordonnance du cardinal de Bonald, du 10 février 1863, transforma le vocable de Saint-Louis en celui de Notre-Dame Saint-Vincent, en souvenir des deux paroisses disparues Notre- Dame de La Platière et Saint- Vincent.
L'octave de la Nativité, depuis le jour où il fut inauguré dans notre petite basilique n'a pas cessé d'être célébré avec une pompe toute particulière au milieu de l'empressement des fidèles. Messire Millet, que nous retrouverons plus loin, raconte ainsi, en termes naïfs, les cérémonies d'une de ces fêtes commémoratives : « L'an mil six cent trente quattre etlehuictiesme jourdumoys de septembre, la feste de la Nativité Nostre Dame,., le Chappittre des révérendz pères capucins se tenant au couvant du petit Forest appellée par les dis pères maison de noviciat, situé à la montée de la Coste Saint-Sebastien,., le révérend père Gardien de la ditte maison, appelé Rev. père Cyrille, estant deuement adverty de l'ancienne dévotion, laquelle sexerce dans leglise de céans soubs l'intersession de la glorieuze vierge Marie, appellé la Confrérie de Nostre Dame de Lorreytte, cest addressé à
Histoire des Églises et Chapelles de Lyon, II. .
révérend pére Humbert Loujs Diipuget, religieux profes de lordre de St Riif, soubs la règle de saint Augustin et prieur du prieuré convantuel de céans, en luy remonttrant que, pandant ceste sainte Octave, leur maison estoit fournye des plus fameux prédicateurs de tous leurs ordres. . . Ce considéré, Ion a treuvé à propos de choysir... huict des plus zélés au service de la ditte Vierge pour faire la dicte fonction.. Le texte de Lecture à la ditte prédication a esté faict et deduict par le révérend père George de Langes, gardien de Moullin, sur lescellance et admiration du saint Chandellier d'or pur et fm, duquel traicte Zacharie le prophète en son cap. iv... — Apprès a suivy, le landemain, ... le révérend pere Emanuel de La Richardy, gardien de Ryon, lequel a traictté... de l'une des septlamppes du dit chandellier appellée pacifica ; après, le reverand père Lhoreaux de Tyzy, gardien de Beaune, lequel a traicté de la seconde lampe, appelée srinifas ; appres, le revérand père Florentin de Saint-Germain, gardien de Mascon, lequel a traicté de la troyziesme lampe, appellée viia indeficiens\ appres, le révérand pere Aggatange de Saulieuf, gardien de Villefranche, lequel a traicté de la quattrième lampe appellée splendor ; appres, le reverand pere Jehan Anthoyne de Romand, gardien de Tornon, lequel ft traicté de la cinquiesme lampe appelle seminatrix graltie ; apprés, le reverand pere Jehan François de Collombier, discret de Cremyeu, lequel a traicté de la sixziesme lampe appellée expultrix malorum : appres, le reverand pere Davallon, gardien de Montbrison. . . lequel a traicté de la septiesme lampe, appellée evectrix sensuum carnalium ; et le tout aVec une si grande piété et dévotion, que cela a attiré presque tous les habitans de la ville dè Lyon : lesquels ont esté tous si satisfaict, qu'ilz ont souhaitté avec pation qu'il plut à la divine majesté faire naistre, touttes les années, semblables occasions, pour davantage faire paraistre les mérittes de la très immaculée Vierge Marie, contre loppinion fausse et herroné des herectiques calvinisttes : lesquels ont admiré les grandeurs des mérittes de la très saincte Vierge Marie contre leurs proppres sentimentz et oppinion, pour avoir esté auditeurs pandantz toutte la sainte Octave des susnommés prédicateurs. »
En 1665, la prédication de l'Octave fut confiée au père Guillaume Raynaud,des Frères Prêcheurs, qui réunit ses sermons en un curieux petit opuscule intitulé : Le livre du V erbe mis au iour dans la naissance de Marie mère de Dieu^ expliqué pendant VOctave de sa Nativité.
Lorsque Lyon, en 1562, tomba aux mains des Protestants, le prieuré et l'église de la Platière n'échappèrent pas au sort commun des établissements religieux. Une supplique, dont le texte nous a été conservé, adressée à « Messeigneurs les Présidens et Conseillers du roy, nostre sire et commissaires députes par icelluy pour la pacification des troubles » par Etienne de Rivoire, chanoine de Lyon et prieur de La Platière, renferme d'intéressantes indications sur le personnel, l'église, les chapelles, les ornements sacrés et sur tout le petit tènement du prieuré. Les religieux et prêtres séculiers attachés à l'église étaient au nombre de dix-huit. « L'église était fort antique, meublée pour le divin service, savoir de plusieurs beaux et riches ornements et parements d'autels, chapes, chasubles, tuniques de drap d'or, toiles d'argent, velours cramoisy, satin cramoisy, velours, tafetas fort riches, amicts, nappes, serviettes, plusieurs calices d'argent valant le tout plus de dix mille
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livres Encore le dit prieuré, outre les meubles nécessaires, était meublé de foin, paille,
bois, grandissime quantité de vin, blé, tant froment que seigle, avoine, orge, et plusieurs vaisseaux à tenir vin, et cuve et pressoir. » Le prieur, le sacristain et le curé, « avaient chacun une maison à part adjacente à l'église ». Au-devant du prieuré, a jointe la rue de La Platière y avait une belle chapelle dans le cimetière dédiée en l'honneur el sous le vocable de sainte Marie-Madeleine,... y avait une autre chapelle dédiée à saint Laurent, adjacente le corps de l'église du côté de vent. » Le cimetière clos de hautes murailles était au levant, sur la rue de la Lanterne, et près de la chapelle Saint-Maurice, « y avait une boutique où se tenait un notaire royal où il exerçait son état de laquelle le prieur prenait bon revenu ». Le clocher contenait six cloches. Les Huguenots « ont abattu les cloches du clocher et ycelles emportées. Ils ont rompu et emporté les grandes portes de l'église qui étaient en bois de noyer,... oui abattu la dite chapelle Saint-LaurenI, Sainte-Madeleine et boutiques adjacentes,... ont abattu les maisons des sacristain et curé, ayant mis en place publique les dites maisons ». D'après l'énoncé du chiffre de dix mille livres, somme considérable pour l'époque, le prieuré devait être somptueusement pourvu d'orfèvrerie et d'ornements sacei^dotaux.
Les justes revendications du prieur restèrent sans effet. Trenle-six ans plus tard, l'office divin n'avait pas encore repris son cours régulier dans l'église dévastée de La Platière. Les paroissiens portèrent leurs doléances devant l'abbé général de l'ordre de Saint-Ruf, Guillaume Manuel. Celui-ci procéda de sa personne à une enquête et à une visite, qui eurent lieu le 28 mai 1598. Sur le grand autel de l'église, on trouva une custode d'argent, que le sacristain dit « avoir par emprunt, n'en sachant au prieur aucune autre ». 11 déclare » un seul calice et patène d'estaing, 4 chasubles de diverses couleurs, une autre chasuble et deux tuniques noyres et une chape de satin rouge, un missel à l'usage de Saint-Ruf » et il assure <( ne plus rien savoir autre appartenant au prieur ». Le récit de la visite de l'église se poursuit ainsi : « Nous avons visité une chapelle sous le vocable de Notre-Dame-de-Gràce, estant proche et au-dessous du grand autel, lequel nous avons trouvé bien préparé de tapisseries, le devant d'iceluy sans aucuns ornements. — Item, avons visité une autre chapelle estant dans ladite église soubs le vocable de saint Laurent qu'on nous a dict et déclaré être la chapelle de la paroisse de La Platière : l'autel de laquelle avons trouvé tout découvert, sans aucun parements ni napes. — Item, avons visité une autre chapelle soubs le vocable de Notre-Dame-de-Laurette, laquelle avons trouvée bien préparée, tous les ornements de laquelle le sacristain nous a dit appartenir aux confrères d'icelle chapelle. Item, avons visité une autre chapelle intitulée Sainte- Anne que nous avons trouvée en même état que la susdite. »
On voit dans quel dénûment était réduit l'opulent prieuré ; les déprédations touchant les immeubles étaient à l'unisson. Il fallut de longues années pour en effacer les traces. Messire Millet nous racontera comment les rehgieux s'y employèrent avec une louable constance. Au cours du xvii'' siècle, l'église paraît avoir retrouvé son éclat. De Bonbourg écrit en 1675: « A la Platière il y a trois belles chapelles, la première est Nostre-Dame de Lorette, où il y a un très beau tableau peint par Albert Durer, qui repré-
sente la Nativité de la Vierge; la seconde qui appartient à M. Dupuy, toute peinte par Périé ; la troisième appartient aux maistres moliniers de soye, où il y a un tableau qui représente rAssomption de Nostre-Dame, peint par Adrien dWssié. » GIapasson,en 1741, complète ainsi la description de Féglise : « Elle est d'une construction fort ancienne, le sanctuaire a été embelli sur le dessein de Blanchet quia peint les cinq tableaux qui s'y voyent; la famille sainte en figures à demi-corps, dans une chapelle du côté de l'épître, est un bon ouvrage d'Alexandre Varotari, de Vérone. »
Le prieuré et ses dépendances immédiates s'étendaient sur un vaste emplacement, au nord de l'église. Le prieur Humbert-Louis du Paget avait fait construire, en 1633, de forts beaux immeubles rue Lanterne, démolis lors de l'élargissement de cette rue. Les ressources ne devaient point manquer aux chanoines de Saint-Ruf, qui tiraient de bons loyers de plusieurs maisons ; il y avait aussi de nombreuses fondations de messes, établies par d'importants personnages inhumés dans l'église et dans le cloître. La famille de Masso, dit M. Emm. Vingtrinier [Lyon de nos Pères) ^ avait fondé la chapelle du Saint-Esprit pour y établir la sépvdture de ses membres. Les chapelles de confréries et de corporations étaient richement dotées. Le 21 septembre 1637, le même Louis-Humbert du Puget concédait, moyennant 18 francs de rente annuelle, aux maîtres gantiers et parfumeurs « désirant conserver leur dévotion à sainte Anne, leur patronne, la chapelle ci-devant appelée Saint-Maurice, à présent vide, n'ayant que les murailles ». Par un autre accord du 2 novembre suivant, le prieur s'engage à faire lambrisser la chapelle et à édifier une arcade de pierre à l'entrée (nous avons vu plus haut que l'ex-chapelle Saint-Maurice était hors de l'église) ; de plus « il sera permis de faire mettre les armoiries d'iceux gantiers aux lambris et audit sieur prieur les siennes à la clef de l'arcade en entrant ». La redevance annuelle est alors fixée à 20 livres.
Les cures qui dépendaient autrefois d'un chapitre, d'une abbaye ou d'un prieuré, étaient généralement desservies par des prêtres séculiers aux gages des curés primitifs. Un de ces ecclésiastiques, Pierre Millet, qui remplit les fonctions de curé de La Platière, de 1629 à 1651, en qualité de vicaire perpétuel, nommé par le prieur, a laissé de très curieuses notes sur la vie intérieure du prieuré et de la paroisse pendant une vingtaine d'années. Rédigées sous la forme de journal ou d'éphémérides, écrites au jour le jour sur les registres paroissiaux de LaPlatière, conservés aux archives municipales de Lyon, elles mentionnent aussi les événements divers qui se passaient dans la ville. Ces notes ont été publiées, en 1888, par la Société des bibliophiles lyonnais ; imprimées à petit nombre, pour les seuls membres de cette compagnie, elles ont presque toute la saveur de l'inédit ; nous y avons puisé largement.
En 1635, le 6 juillet, « Il est arrivé un tourbillon de vens avec une pluy remplie de greslle si effroyable que la moindre ressambloit à un œuf de pigeon » ; le 15 septembre 1639, arrivée de Louis XIII; 5 octobre 1640, réjouissances pour la naissance du duc d'Anjou; 12 septembre 1642, supplice de Cinq-Mars et de Thou sur la place des Terreaux; 5 septembre 1646, pose de la première pierre de l'Hôtel de Ville de Lyon,
Revenons à La Platière: Le 6 juillet 1631, Germain Barro remplace comme sacristain
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Simon Barbier, décédé la veille, « aflHgé de la malladie contagieuse ». Le 6 juin 1635, noble Claude Gombet, capitaine au quartier de la Pêcherie « esmu de dévotion et pietté, a faict construire et œdiffier le tabernacle à ses frais et despanLz, lequel est posé sur le grand autel de céans... Le premier jour du moys daoust 1635, le couver de la lour du prieuré a esté mis à bas, lequel estait de lauteur presque de quarante pied de Uoj, tout de fer blanc ; mais la crainte que l'on a eu d'une ruine toLalle du dit couver, a faict que l'on la ressindé et diminué, pour plus grande sûreté, tant de la ditte cour que des deux «orps de logis ausquelz scert la ditte Lour de montée et dessantte : le tout au frais et despantz de... messeigneurs Humbert-Louys Dupuget, prieur dudit prieuré. L'an mil six cent quarante et un, le huictièrae jour du moys de may, veille de l'Assantion dé Notre Segnieur, Messire Humbert-Louys Dupuget, religieux de l'ordre de saint Ruft" et prieur du prieuré convantuel de Notre Dame de La Plattyere à Lyon, du dit ordre de saint RufF, a faict mettre et pozer les deux figures a dextre et senestre du crucifix placé sur lantrée et principalle porte du cœur de la ditte église : sçavoir celle de Notre Dame et celle du bien aymé saint Jehan l'Evangeliste et dissiple de Notre Sauveur ; lesquelles figures ont esté eslabourrée et construictte par M'' Anthoyne Perrier, très escellant sculpteur, lequel avait desja faict le susallégué crucifix. » Le 20 octobre 1G41, le même prieur Louis Dupuget bénit la nouvelle chapelle de Notre-Dame de Lorette « novellement construitte dans l'enclos de la nef de leglise, au lieu et place où estait l'entrée de la grande et principalle portte de laditte église, laquelle chapelle estoit dès longues années érigiée dans la ditte église, et pour aggrendir la nef et pour la commodité des assistants et parrochiens a esté trasporttée dans le lieu susallégué ». Le 3 juin J643, Claude Combet a fait encore présent d'un « eau-bénitier dargent avec lasperges aussi dargent, le tout pesant la quantitté de quattre mars et six onces dargent, revenant au prix et somme de deux cents et treize livres. » On relève, entre les actes de baptême du 12 et du 14 mai 1644, la notice suivante : « Premier* en l'année mil six cent quinze et le sixzième jour du moys dapuril, messire Louys [sic] a commencé à travailler ; et le dexzième du dit il a achevé ces eschaffaulx tant dedans ledit doucher que par dehors, ayant mis par dehors ledit doucher unsercle detine pesant quattre-vingt livres et avec icelluy ila prinsla carrure du sommet du doucher, qui est de deux pieds quattre pouces; et, le 15 dudit moys, il a pozé la pierre du sommet dudit doucher, laquelle peze 400 : 63 livres, avec un sertain affaneur appelé Claiidet Courceu ; et le 16 dudit moys il a pozé la croix, laquelle peze 155 livres; et le 21 dudit moys il a pozé le poullet, lequel contient en cavité deux posts etdemy, mezure de Lyon, et pour plomber laditte croix il a fallu quattre vingt huict livres de plomb; le tout pour la gloire de nostre créateur. » Le 15 novembre 1644, décès de Louis-Humbert Dupuget, prieur de LaPlatière « aagé de .59 et tant dannés, lequel a possédé le dit prieuré lespasse de 17 et tant dannés ». « L'an mil six cent quarante neuf et le vinte-quatrième jour dû moys de novembre, par grand accident et malleuheur, toute la veyzelle et argenterye de leglise de céans a esté voilée et desroubée dans la chambre du sieur sacristain, entre les huict et neuf heures du soir; sçavoir: une grande croix dargent, donée par feu M. le thresorier g'^^ de France Chomel, du prix de 50 escus ou env. ; une
aultre petitte croix donée par feu M. le prieur de ceans Humbert-Louys Dupuget, du prix de 60 livres ou env. ; un benestié dargent avec lasperges aussy dargent, doné par noble Claude Combet, capitaine du cartier de la Pescherye, du prix de 50 escus ; deux chandelliers dargent du prix de 50 escus les deux... ; un ansanssoir avec la navette et culier d'argent, du prix de 100 livres... ; une coronne dargent du poids de 40 liv. ou env. L'an 1650 le cinquième jour du niojs de janvier, entre six et sept heures du soir, le S'' Faure,. marchand chappellier résidant à la rue de la Lenterne,... m'estant venu appeler pour aller soupper avec M. Nesme bourgeois de Lyon ; par grâce specialle de la divine majesté, lorsque jay esté dessandu de ma chambre, une lenterne en main, à cause de loscurité de la nuict, nous avons treuvé à la porte, à la faveur de ma lenterne, le benestié avec lensenssoir dargent, sauf que lencien et lasperges dargent ny sont pas : le tout concassé et enveloppé dans un linge fort salle ; le bon Dieu nous fera la grâce de treuver le reste qui a esté desrobbé a leglise de ceans. » Le 25 mars 1650 eut lieu la bénédiction, par Guillaume de Riverie, prieur de « la chapelle soubs le vocable de Nostre Dame de Pitié construitte etbattye dans ceste église de Nostre Dame de la Plattyere, église parrochialle, aux frais et despandz de sieur Jehan-Mathieux Dupuis, italien de nation et a presant bourgeois de ceste ville de Lyon et capitaine lieutenant au cartier de la Pescherye. »
La paroisse de La Platière, à la fin duxviii^ siècle, était fort étendue ; elle comprenait le vaste espace circonscrit de nos jours par la place de La Platière au midi; la rue Lanterne, la rue Terme, la montée de la Grand' Côte, la grande rue de la Croix-Rousse à l'est; la rue du Nord et le passage de la Voûte, au nord; la rue de l'Enfance, la rue Tourette, la côte des Carmélites, la rue du Sergent-Blandan et la Saône, à l'ouest.
A la Révolution, l'église de La Platière fut une des premières fermées au culte. Le 1^"" octobre 1791, M. Pressavin, officier municipal, à la tête d'une escouade de gardes nationaux, envahit l'église, ordonna à toutes les personnes qui s'y trouvaient de se retirer, procéda à la fermeture et se fit remettre les clefs. Les biens du prieuré furent vendus comme propriété nationale, en trois lots. Le premier qui se composait de l'église, du clocher, des chapelles, des sacristies, du petit cimetière et de la moitié du cloître fut adjugé 75.600 livres ; le deuxième lot fut adjugé 34.000 livres et le troisième 58.400. Le Directoire du district décide, à la demande du trésorier des pauvres incurables de la ci-devant paroisse de La Platière, que l'adjudicataire du troisième lot retiendra 6.457 livres représentant la perte pour la non-jouissance des locaux occupés par l'Œuvre des pauvres; s'il les expulse, il sera tenu de verser cette somme au trésorier des pauvres (Charléty, Vente des biens nationaux ^ Lyon, 1906).
De l'église même, il ne subsiste plus rien. On lit à ce propos, dans la Revue du Lyonnais, livraison de février 1869 : « Les dernières traces de l'église de Notre-Dame de La Platière viennent de disparaître par suite de la démolition des restes de l'abside, que l'on pouvait encore apercevoir à l'angle des rues Lanterne et de La Platière ; les amateurs de vieux souvenirs, pendant que l'on mettait à bas ces antiques murailles de forme semi-circulaire, ont pu facilement observer les petites ouvertures à plein cintre rappelant le XI® siècle (?) et chargées d'éclairer l'abside. »
NOTRE-DAME DK LA PLATlÈRE 151
Du prieuré et des dépendances, on voit encore une assez jolie tourelle à pans coupés, située à l'angle nord-est de la grande cour d'entrée du n" 5 de la place de La Plalière. Si l'on pénètre à l'intérieur des bâtiments, par la maison portant le n" 4 du quai de la Pêcherie, après avoir traversé une cour et une immense salle, on arrive à une petite chapelle, signalée
Prieuré de La Platicre.
Clef de voûte de la cliapelle Notre-Dame-de-Pitié, aux armes de la famille Dupuis.
par Saint-Olive en 1868; ce n'est plus qu'un entrepôt à l'usage de MM. Loras. L'édicule mesure 3 m. 10, sur 3 m. 90; le sol primitif est sensiblement plus bas que celui actuel. Les murs conservent des traces de peintures. Les arêtes de la voûte surbaissée sont ornées de riches torsades en stuc dont les retombées se terminent par des consoles à volutes. La clef de voûte est formée par un écusson surmonté d'un casque à lambrequins et entouré
d'un encadrement conforme au moulurage des arêtes. Le blason, encore lisible, reproduit les armes de la famille Dupuis alias Pozzo : dor, au puils de gueules accosté de deua^ dragons de sinople, affrontés et regardant dans le puits. Cette chapelle n'est autre que celle fondée par Mathieu Dupuis, et dont Messire Millet a relaté la bénédiction, le 25 mars. 1650. Elle n'était pas dans l'église de La Platière, mais dans le lènement du prieuré, distante de 50 mètres environ du cloître et de l'église, dans la direction du nord-ouest. Jean-Mathieu Dupuis, seigneur de la Sarra, mourut à l'âge de 80 ans, et fut inhumé dans la chapelle Notre-Dame-de-Pitié qu'il avait fondée.
Non loin delà, dans une salle du rez-de-chaussée, on peut admirer une cheminée monumentale de pierre sculptée, qui paraît remonter à l'époque de Henri IV ou de Louis XIII; elle garde des traces de polychromie et de dorure. La partie supérieure repose sur des cariatides; les montants de la partie inférieure se composent de pilastres ornementés supportant des consoles de fort relief. Ce ne sont, hélas, que des vestiges relativement modernes ; de cet antique sanctuaire, il ne reste plus que le souvenir des gloires jiassées^ bien imparfaitement rappelées dans cette notice.
SAINT-PIERRE ET SAINT-SATURNIN
Des nombreux couvents qui existent dans notre ville, il en est peu qui puissent se flatter de remonter à un passé aussi lointain que l'abbaye Saint-Pierre. Après avoir passé en revue les diverses opinions émises 'sur l'antiquité du couvent, on signalera les transformations subies par le monastère au cours des temps et on verra à quelle époque il faut attribuer la construction du monument tel qu'il existe aujourd'hui.
Des hypothèses plus ou moins vraisemblables ont été émises sur l'origine de l'abbaye. Certaines légendes la font remonter aux temps apostoliques ; saint Paul, de passage à Lyon, aurait renversé un autel païen existant à cet emplacement, et aurait érigé un autel dédié à la Sainte Vierge; il aurait appris à des jeunes filles à honorer la Vierge qui avait enfanté, et les aurait rassemblées en ce lieu, d'où serait sorti plus tard le monastère des religieuses Saint-Pierre. Cette légende, faut-il le dire, est dénuée de fondement; en effet, aucun document historique n'indique que saint Paul ait été de passage à Lyon, ou y ait fait un séjour. On s'est appuyé sur un passage de ses épîtres pour affirmer qu'il était venu chez les Gaulois et, sans doute, à Vienne, avec son disciple Crescent; mais il s'agit plus probablement des Galates ou Gaulois d'Orient et quant à Crescent, sa légende est aujourd'hui abandonnée par les historiens.
Il reste à examiner deux autres opinions relatives à la date d'origine du monastère. Certains auteurs sont d'avis de placer cette fondation vers l'an 546, et l'attribuent à saint Sacerdos, évêque de Lyon. Ce prélat fît construire, vers 550, une église dédiée à saint Paul; or, disent-ils. il semble convenable qu'il ait déjà rendu cet honneur à saint
SAINT-PIERRE ET SAINT-SATURNIN
Pierre, comme chef des apôtres. Cette église Saint-Pierre serait celle existant dans le monastère de ce nom, et aurait été érigée vers 546. On avouera qu'un tel argument a peu de portée. D'autres historiens attribuent à saint Ennemond, évêque de Lyon, la fondation de l'église et de l'abbaye Saint-Pierre vers l'an 664. Ce qui infirme cette dernière opinion, c'est que, d'après les documents, saint Ennemond aurait seulement fait un don en faveur des religieuses de l'abbaye : celle-ci aurait ainsi existé auparavant.
On ne saurait donc, faute de documents suffisants, assigner une date précise à la fondation du monastère. Ce qui est certain, c'est qu'il est d'origine ancienne, puisqu'en 664, il comptait déjà une certaine période d'existence. Cette antiquité est, en outre, confirmée par plusieurs anciennes inscriptions découvertes dans l'enceinte de l'abbaye. Un second point non moins certain, c'est que le couvent fut, dès son origine, dédié à la Sainte Vierge, dont les filles qui y habitaient prirent le nom et l'habit. Cette assertion est justifiée par l'existence de peintures qu'on y voyait autrefois, et qui furent détruites, plus tard, par les protestants. Ces fresques décoraient le cloître et le dortoir; elles représentaient des religieuses vêtues d'une robe blanche et d'un voile bleu.
On ignore sous quelle règle vivaient les premières religieuses, mais, d'après les documents, on sait que, vers 665, elles prirent la règle et l'habit de saint Benoît, et furent ainsi une des premières congrégations de l'ordre bénédictin. Ces documents fournissent également plusieurs détails sur le costume des religieuses, leur vie intérieure, et les vertus pratiquées dans le monastère.
Une fois fixée, d'une manière approximative, la date de la fondation du monastère, il reste à étudier les diverses transformations qu'il eut à subir avant de devenir le monument imposant qu'on admire aujourd'hui. Lecouvent, dès son origine, fut habité par des dames de familles illustres, et favorisé de plusieurs fondations royales. Au viii*^ siècle, par exemple, on trouve une donation du roi Lothaire pour le rétablissement de l'abbaye en partie détruite par les Sarrasins : c'est ce qui explique que le couvent fut pendant longtemps un lieu de sépulture pour les grands personnages. Ceci paraît extraordinaire, mais les règles du couvent étaient très différentes de ce qu'elles furent dans la suite ; les seuls lieux réguliers du monastère étaient alors l'église, le chapitre et le réfectoire ; les religieuses semblent avoir été libres dans les autres parties de l'enclos, et chacune y faisait construire à sa guise une habitation où elle passait le temps non occupé parles exercices communs. Aussi l'abbaye fut-elle richement dotée par les dames qui y apportaient une partie de leur fortune et par des dotations royales. L'abbesse portait la crosse et insérait dans son titre : « par la grâce de Dieu ». Au xiv^ siècle, le monastère ne fut malheureusement pas exempt des désordres qui s'introduisirent alors dans les ordres religieux; plus tard il fut envahi et dévasté par les protestants.
D'après les renseignements certains d'une statistique de 1668, l'abbaye Saint-Pierre comptait alors 40 religieuses, 4 novices, 12 sœurs laïques ou converses; il s'y trouvait en outre 8 servantes et 4 valets pour les divers emplois subalternes.
Pour se rendre compte des changements survenus dans l'abbaye jusqu'à la construction du monument actuel, il semble nécessaire d'indiquer rapidement la disposition du quartier
Histoire des Églises et Chapelles de Lyon, II. 20
et du monastère, tel qu'il a existé. L'église n'a pas changé de place ; le clocher surmontait la façade actuelle : il ne fut démoli qu'au xviii^ siècle comme menaçant ruine. Au devant se trouvait un cimetière transformé ensuite en une place. A côté de l'église on voyait le logement del'abbesse, appelé hôtel abbatial; sur la même ligne, les maisons particulières, bâties par les religieuses, se prolongeaient jusqu'à la rue Pizay. Sur la rue du Plâtre se trouvaient les dortoirs et galeries. Une enceinte assez vaste s'étendait au nord, bordée d'un mur, et à l'intérieur de ce vaste périmètre les dépendances et jardins. L'ancienne muraille de la ville, avec ses tours et contreforts, longeait la face nord du monastère; les deux murailles n'étaient séparées que par une étroite ruelle. Aussi, lorsqu'en 1556, il fut question de démolir les anciennes fortifications et de combler les vieux fossés, à cause de l'accroissement de la population, une contestation s'éleva entre la ville et l'abbaye. Celleci en effet prétendait que l'espace compris actuellement entre le Rhône, la rue Lafont et la rue Puits-Gaillot relevait du couvent et qu'on ne pouvait rien y faire sans autorisation : l'abbesse craignait que des bâtiments y fussent construits qui auraient vue sur le monastère. Il y eut transaction; le Consulat s'engagea à ne laisser construire aucun édifice approchant les murailles du couvent et à transformer en place publique les fossés et l'emplacement occupés aujourd'hui par la place des Terreaux et l'hôtel de ville. Il surgit un nouveau différend, lorsque, en 1646, on empiéta sur le terrain pour la construction de l'hôtel de ville. Le monastère obtint en compensation de faire une nouvelle construction projetée depuis longtemps, avec façade sur la place des Terreaux, et de faire construire tels bâtiments et boutiques que bon semblerait; enfin la ville devait fournir une certaine somme pour faciliter la construction de la façade. L'architecte qui dressa les plans de cette colossale construction se nommait La Valfenière ; il avait présidé à la construction de nombreux monuments dans diverses villes. La première pierre du nouveau monastère fut posée en 1659; l'abbesse Anne d'Albert d'Ailly de Ghaulnes dirigea les travaux qui furent achevés, après sa mort, par sa sœur qui lui avait succédé dans cette charge. La construction d'un monument aussi important ayant vite épuisé les ressources du monastère, il devint nécessaire de recourir à un emprunt difficilement réalisé. C'est ce qui explique que les travaux traînèrent en longueur, par manque de ressources et défaut d'unité dans la direction : en sorte que, en 1686, le bâtiment n'était pas encore terminé. Le manque de ressources empêcha aussi de couronner le monastère par un dôme imposant, comme on en avait eu l'intention.
Quelques renseignements sur l'organisation intérieure du monastère permettront de voir à quel usage étaient destinées les diverses salles qu'on admire aujourd'hui. La salle principale qui, après la Révolution, a longtemps servi de Bourse, était le réfectoire; et celle située à l'est du grand escalier, la salle du chapitre. Au premier étage, du côté de la place des Terreaux et avançant sur la cour, se trouvait l'appartement de l'abbesse ; sous les cloîtres du premier étage s'ouvraient les cellules ou chambres des religieuses. Dans une pièce à l'angle nord-ouest était une chapelle dite du Saint-Sépulcre, parce que les religieuses défuntes y étaient exposées avant d'être portées à l'église. La salle de réunion des sociétés savantes était probablement la salle de communauté.
SAINT-PIERRE ET SAINT-SATURNIN
Saint-Pierre et Saiut-Saturn n (Restitution de M. H. I>enail).
Après avoir retracé l'histoire de l'abbaye et indiqué les diverses transformations subies par les bâtiments du monastère, il reste à parler de l'église proprement dile, ou plutôt des églises qui se sont succédée.
Une donation de 587 et celle du roi Lothaire de 864 déterminent sa position entre le Rhône et la Saône dans le faubourg de Lyon. L'archevêque Leidrat avait fait reconstruire l'église et le couvent, depuis les fondements, ainsi qu'il l'explique dans sa lettre à Charlemagne, vers l'an 807. Il ne doit rien en subsister, à l'exception peut-être des gros murs de la nef et du clocher.
Une lettre circulaire de Guichard, archevêque de Lyon, du 14 août 1173, adressée à tout le clergé, explique qu'il existe dans sa cité épiscopale, une noble église appartenant aux religieuses Saint-Pierre, laquelle menace ruine, à cause de son antiquité ; il ajoute que l'abbesse a entrepris, tant avec les ressources de la maison, qu'avec des secours étrangers, de la restaurer élégamment; que ses ressources sont insuffisantes pour achever un monument si important ; aussi fait-il appel à la confraternité des archiprêtres, prêtres et prieurs, les suppliant de bien accueillir les envoyés du monastère et d'engager leurs paroissiens à verser des aumônes pour cette œuvre. L'appel paraît avoir été entendu puisque le portail, le porche et une fenêtre qui subsiste encore sur le flanc latéral et éclaire la deuxième travée, présentent le caractère de l'architecture romane du xii*^ siècle : ce sont évidemment des ouvrages de la restauration de l'église à cette époque.
En outre, l'on peut apprécier les dispositions alors adoptées, en consultant le plan scénographique de Lyon au xvi^ siècle et celui de Simon Maupin daté de 1625, qui représentent l'édifice avant les modifications subies plus tard. L'église ne se composait alors que d'une seule nef précédée d'un porche surmonté d'une tour à trois étages et fermée par une abside à cinq pans moins élevée que la nef, et placée à l'endroit où commence à présent le sanctuaire. Le mur du fond de la nef, au-dessus de l'arcade où s'ouvrait le sanctuaire, était percé d'une rosace et de deux fenêtres. A une époque qu'on ne saurait préciser, on appliqua au flanc sud de la nef la chapelle de la Sainte Vierge qui forme actuellement la dernière chapelle à droite, sous le vocable du Sacré-Cœur. C'était une sorte de petite église ; son abside circulaire orientée comme celle de l'église principale et son petit clocheton sont fort bien indiqués dans les plans dont on a parlé. La chajielle était accompagnée de cinq autres, deux à droite et trois à gauche, savoir : Saint-Sauveur, Saint-André, Sainte-Agnès et Sainte-Catherine, lesquelles formèrent plus tard une sorte de bas côté par l'ouverture d'arcades entre elles.
L'église paraît avoir conservé ces anciennes dispositions jusqu'au xvii^ siècle, époque où le monastère fut reconstruit, comme on l'a dit, sur les plans de François de Royers de La Valfenière, né à Avignon vers 1575, mort le 22 mars 1667. La première pierre du nouveau monastère fut posée le 18 mars 1659. On dut exécuter quelques travaux pour accorder les deux édifices. Le chœur des religieuses fut maintenu, comme il paraît avoir été de toute antiquité, au-dessus de la porte d'entrée et des premières travées de l'église : c'est à cause de cette disposition que le grand escalier du xvii*^ siècle a été reporté vers l'angle sud-ouest, afin que du premier palier de la rampe, on pût arriver de plain-pied à cette tri-
SAINT-PIERRE ET SAINT-SATURNIN
bune par un passage voùlé et jeté sur une cour, lequel existe encore quoique transformé en habitation particulière. En 1678, l'abbesse Antoinette d'Albert d'Ailly de Ghaulnes fît ■exécuter, sur les dessins du peintre architecte Thomas Blanchet, une décoration du sanctuaire selon le goût de cette époque. Les sculpteurs Nicolas Bidau, Simon Lacroix et Emmanuel Vaigneux y furent employés. Blanchet lui-même exécuta, pour ces travaux, cinq tableaux qui lui furent payés chacun trente louis d'or.
L'abbesse Anne de Melun (1738-1772) fit entièrement accommoder l'église à la moderne, par l'architecte de Gérando ; on démolit la tribune formant chœur et on en construisit une autre derrière le sanctuaire. La nef fut décorée de nouveau, et l'on ouvrit latéralement de grandes fenêtres. Le rond-point du sanctuaire fut modifié une seconde fois. Un Saint Pierre AUX Liens, sculpté par Bidau, fut enlevé ainsi qu'un tableau de Blanchet représentant La Cène : le Saint-Pierre resta longtemps entreposé au bas du grand escalier et la Cène fut transportée à l'église de Décines ; on ignore ce que ces œuvres sont devenues,
Michel Perrache exécuta le nouveau maître-autel. Un tableau de forme ovale de Glande Spierre, donné par le maréchal de Villeroy, représentant aussi Saint Pierre aux Liens et composé, selon Mariette, « d'une grande manière et d'une fière exécution », couvrit la surface inférieure du sanctuaire, et au-dessus on éleva la grille du chœur, beau travail en fer doré. Les sacristies furent placées au-dessous du chœur supporté par des voûtes d'une grande hardiesse qui motivèrent les contreforts qu'on remarque encore latéralement au chevet de l'église. La démolition d'une partie de ces voûtes et la construction d'une nouvelle abside au fond des sacristies, ont permis d'agrandir l'église au xix*' siècle et de lui donner l'aspect qu'elle présente aujourd'hui.
L'orgue se trouvait près du chœur, au temps de l'abbesse de Ghaulnes. Anne de Melun en fit établir deux, un au fond de l'église et l'autre dans le chœur. Le clocher actuel remonte aux dernières années de l'administration de cette même abbesse : on lui persuada que l'ancien menaçait ruine et pourrait entraîner avec lui la chute de la façade ; on en démolit trois étages, et on construisit une œuvre vulgaire et disgracieuse qui coûta fort cher et où les anciennes cloches ne purent entrer qu'avec difficulté.
Rien ne rappelle plus à Saint-Pierre actuellement la mémoire de saint Ennemond qui lut inhumé dans cette église. Malgré un procès qui eut lieu entre les Dames de Saint- Pierre et le chapitre de Saint-Nizier, procès qui fut terminé, le 21 juillet 1486, par la vic-
La Visitation, groupe sculpté (église Saint-Pierre).
toire de ce dernier, il a été récemment démontré que la vérité historique était en faveur de Saint-Pierre.
On a déjà donné quelques renseignements sur les améliorations apportées au xviii'' siècle à l'église récemment reconstruite. Il ne sera pas sans intérêt d'ajouter ici quelques détails donnant une idée de la richesse exceptionnelle du monument. Tout d'abord la chapelle fut enrichie de décorations, d'après les dessins exécutés par l'architecte Thomas Blanchet. L'ensemble se composait de pilastres d'ordre ionique^ en marbres de couleur, couronnés par un entablement, au-dessus duquel étaient de petits anges alternés avec des cassolettes. Dans les espaces entre les pilastres furent placés des tableaux représentant les événements de la vie de saint Pierre. Au milieu un espace plus grand était destiné à recevoir une peinture représentant La Cène. Au-dessus de ce tableau était un enfoncement en forme de grotte, dans lequel on avait mis un Saint Pierre aux Liens. Cette statue commencée par les sculpteurs Lacroix et Vaigneux, fut achevée par le célèbre Bidau et coûta 600 livres. Ces aménagements entraînèrent l'exhaussement des murs, le bouchement des anciennes fenêtres et la construction à nouveau de la voûte, enlin la reconstruction du maître-autel qui n'avait pas encore subi de retouche sérieuse. Une magnificence exceptionnelle fut apportée à cette réédifîcation. L'autel fut formé de marbres de couleur, comme les pilastres; au milieu se trouvait un panneau rempli par un bas-relief en argent représentant U Adoration des pasteurs à la naissance du Christ., travail exécuté par Martin Villette, maître-orfèvre de Lyon. Le tabernacle était en bronze doré et orné de statuettes mobiles également en argent ; quatre figures représentaient des enfants, dont deux sur le devant et deux sur le fronton. Les côtés étaient décorés de deux têtes de chérubins ; la porte du tabernacle représentait l'Apparition de l'ange à saint Pierre, au sépulcre, après la résurrection : le tout exécuté en argent. Un orgue fut aussi placé dans une tribune construite spécialement à cet usage et dont on nesaitla position exacte. Devant le maîtreautel fut mise une balustrade, composée de douze pilastres et d'autant de panneaux dont deux représentaient des armoiries d'abbesses ; le sanctuaire fut aussi dallé en losange de pierre noire et blanche. En même temps l'orfèvre Michel-Paul Mouton fabriqua divers objets destinés au service du culte ; on citera particulièrement six burettes, une aiguière et un bénitier en argent ; divers chandeliers, une croix en argent de plus d'un mètre de hauteur. Cette argenterie était enrichie de figures et marquée aux armes du monastère, ou des abbesses qui avaient fait fabriquer ces objets.
Tous ces embellissements si riches, qui nécessitèrent des ressources considérables, furent l'œuvre exclusive de l'abbesse Antoinette d'Albert deChaulnes dont le nom a déjà été rappelé, et qui dirigea le monastère Saint-Pierre de 1672 à 1708. Elle possédait une grande fortune personnelle et avait le goût de l'ostentation : son train de maison se composait de nombre de domestiques et d'une écurie bien fournie. Cette particularité, qui paraîtrait ridicule aujourd'hui, rentrait dans les mœurs de l'époque.
Des transformations successives, opérées dans la suite, vinrent s'ajouter à celles déjà faites. Deux orgues furent établies, un dans le fond de l'église et l'autre à l'opposé, dans le chœur des religieuses. Afin d'agrandir l'église devenue trop petite pour ceux qui y
SAINT-PIERRE ET SAINT-SATLIHNIN
affluaient, une partie de la voûte fut démolis, et une nouvelle abside construite. Pendant l'invasion des protestants à Lyon, on avait enfermé les objets précieux dans une tribune et l'escalier y conduisant avait été muré. L'ouvrier qui avait fait le travail trahit le secret : ces objets d'une valeur inestimable furent mis au pillage et un grand nombre perdus sans retour.
L'église Saint-Pierre possédait, avant la Révolution, plusieurs tableaux de maître, qu'il sera d'autant plus utile de rappeler qu'on ignore ce qu'ils sont devenus. Au témoignage de Clapasson et de Debombourg, on remarquait, dans la chapelle des enfants du Plâtre, une peinture représentant La Sainte-Trinité^ par Blanchet le cadet, et dans celle des maîtres Futainiers une Nativité de la Vierge^ par Thomas Blanchet ; contre un pilier, du côté de l'évangile, au-dessous d'un autel, se trouvait un Saint Sébastien et un Saint Roch, d'un peintre inconnu, mais dont le travail était bon et dans la manière flamande ; enfin, d'après d'Rxpilly, on voyait, en 1766, à l'entrée de la nef. Saint Benoit donnant Vhahit à Sainte Scholastique et Saint Benoit distribuant des aumônes.
Parmi les huit tableaux qui se trouvent présentement à Saint-Pierre, et qui tous proviennent d'églises dévastées à la Révolution, quatre sont de Trémolières, un de Restout, un de Frontier, un de Cretet et un de La Fosse ; tous furent réservés, en 1797, pour le Muséum et l'Ecole de dessin, par les artistes Cogell et Jayet chargés de choisir, parmi les nombreuses toiles saisies dans les églises et couvents, celles qui
présentaient un intérêt artistique. Ces tableaux furent mis sous la surveillance de l'École centrale du département du Rhône, avec un très grand nombre d'autres, dont on possède la liste, et où figurent des Stella, des Blanchet, des Sarrabat, des Yanloo, et de nombreuses copies. On ignore l'époque où ces peintures furent données à Saint-Pierre. La description de l'église actuelle, qu'on va entreprendre ici, serait promptement achevée, si l'édifice ne contenait ces remarquables œuvres d'art, sur lesquelles nous insisterons particulièrement.
L'église actuelle se compose d'une nef orientée, précédée d'un porche et accompagnée de bas côtés sur une partie seulement de sa longueur. L'édifice étant entouré déniaisons ou de cours intérieures de tout côté, ses façades latérales n'offrent aucun intérêt, à l'exception
Chanoine Dérozier, curé de Saint-Pierre, puis de Saint-Nizier.
d'une fenêtre datant du xii*' siècle, d autres sont probablement masquées par les constructions parasites, qui en auront empêché la destruction. Le clocher est également enfoui dans les maisons du côté sud ; il n'offre aucun intérêt. Le portail, enserré dans des habitations particulières, contient la partie inférieure de l'ancien clocher dont on a démoli trois étages au xviii'^ siècle. Il est formé de deux larges contreforts encadrant la porte d'entrée au-dessus de laquelle s'élève une haute surface lisse construite en maçonnerie d'énormes pierres de taille percée d'une étroite fenêtre, et couronnée par un bandeau d'arcatures très simples. L'ensemble de cette bâtisse semble appartenir à une époque plus éloignée que celle de la porte qui doit être attribuée à la fin du xii'' siècle. Celle-ci se compose d'une arcade décorée de moulures, de pilastres, de colonnes et de chapiteaux d'un travail remarquable et d'une riche ornementation ; toutefois l'arcade à plein cintre a été un peu surbaissée par des tassements. Les vantaux de la poi'te datent de la fin du xviii'' siècle, et méritent l'attention par leur sculpture. Le porche occupe la base de l'ancien clocher dans lequel est ouverte la porte d'entrée ; il est voûté en ogive ; l'ouverture qui le sépare de la nef reproduit l'architecture de la porte d'entrée, sauf l'arc qui est enrichi de petites arcatures.
Pénétrons dans l'intérieur de l'église. Elle se compose d'une nef séparée des bas côtés par six arcades de chaque côté, dont les pieds-droits, décorés de pilastres ioniques, supportent un entablement servant de base à la grande voûte en berceau ornée d'arcs doubleaux peu saillants. Des baies, ménagées dans les pénétrations à la partie basse du berceau, éclairent la nef; elles sont décorées de clefs composées alternativement de têtes de chérubins et de consoles historiées. Trois arcades, de chaque côté en entrant, sont aveugles, les bas côtés ne commençant qu'à la quatrième ouverture.
Nous voici au chœur. Six colonnes d'ordre ionique, engagées contre les pieds-droits des piliers, accusent le sanctuaire qui est revêtu, en bas, d'une boiserie avec couronnement dans le fond en bois sculpté supportant un crucifix. Le chœur est orné de peintures importantes qui vont être décrites.
Sur la paroi de gauche, U Adoralion des mages^ signée en bas et au milieu : « Trémolières invenit et pinxit, 1736 ». Cette toile, qui vient probablement de l'église des Carmes- Déchaussés, est mentionnée dans l'inventaire descriptif de 1707 signalé plus haut. La Vierge et l'enfant Jésus portent leurs regards à gauche; derrière eux, se trouvent saint Joseph^ les mages, et divers personnages ; enfin dans le haut des anges et le bas d'un édifice.
A la paroi de droite, on a placé U Adoration des bergers^ tableau non signé ; il est pourtant de la même main que le précédent, et fut exécuté par Trémolières, pour l'église des Carmes Déchaussés. Il ne vaut pas le précédent, qui était fort estimé à l'époque où il fut exécuté. Ce tableau figure également dans l'inventaire des tableaux mis en réserve, en
Au fond du sanctuaire, sur la paroi de gauche : U Assomption^ toile signée en bas et au milieu: « Trémolières, 1736. » Dans le haut, la Vierge est soutenue par les Anges, tandis qu'au-dessous, les apôtres sont groupés autour du tombeau vide que recouvre un suaire. Au témoignage de Clapasson, il existait dans la chapelle du Confalon, avant la Révolution^
SAINT-PIERRE ET SAINT-SATURNIN
une Assomption de cet artiste, composition accompagnée de sept antres dnes à différents peintres, parmi lesquels figurait une Visitation de La Fosse. La toile dont nous nous occupons, est découpée par le haut, de la même forme que celle qui lui fait pendant, ce qui indique qu'elles proviennent toutes deux de la chapelle du Gonfalon. Elle figure dans
Église Saint-Pierre, chapiteaux du porche. Dessin de M. R. Lenail.
l'inventaire de 1797. Sur la paroi de droite est placée : La Visitation, peinture de Charles de La Fosse, qui figure dans l'inventaire de 1797. Le maître-autel, isolé, appartient au style usité au début du xix^ siècle. Dans le coffre se trouve JJ Ensevelissement de la Vierge, bas-relief en marbre, provenant de la chapelle des Pénitents du Gonfalon, et attribué à
Histoire des Églises et Chppelles de Lyon, II. 21
Bidau. Une balustrade en fer sépare le chœur de la nef ; elle fut exécutée par Jean Maliard, serrurier lyonnais, dont on conserve des dessins à la bibliothèque du musée d'art et d'industrie au palais du commerce.
Le chœur décrit, on va parcourir la grande nef", en commençant par le bas et à gauche. Au milieu de la première travée se trouve un bénitier formé d'un balustre décoré de guirlandes et d'un socle avec mascarons, la coupe est de marbre blanc ; c'est un travail du xvii^ siècle. En suivant la paroi de gauche, on trouve, dans la première travée, les fonts baptismaux du xvii" siècle, dont la cuve est en marbre de couleur. Au fond, en stuc, le baptême du Christ, entre deux grands palmiers sur fond or. La deuxième travée est ornée d'une toile : La, Circoncision, attribuée à Trémolières, par l'inventaire des tableaux mis en réserve en 1797. Saint Joseph présente l'enfant Jésus au grand-prêtre; au second plan, à droite, la sainte Vierge, ou une figure de femme dont on ne voit que le buste, et un autre personnage ; au premier plan, à gauche, un jeune homme tient un plateau, sur lequel se trouvent divers ustensiles; derrière lui, un personnage muni d'un flambeau ; enfin, dans le haut, volent des chérubins.
Dans la troisième travée, on admire : L' Exaltation de la Croix, signée au bas et au milieu: « Restent, 1748. » Ce tableau fut exécuté pour l'église Sainte-Croix de Lyon et figura à l'exposition de 1748; le livret l'annonci ainsi: « La vraie croiv et un grand nombre de chrétiens ayant été pris, l'an (316, parChosroës, roi des Perses, elle fut rendue, quatorze ans après, par Siroës, son fils, par un traité de paix qu'il fit avec Héraclius ; il lui rendit aussi tous les captifs chrétiens et entre autres Zacharie, patriarche de Jérusalem. C'est ce qui a donné lieu à la fête de l'Exaltation de la sainte Croix. » L'instrument de supplice est présenté à la foule; Héraclius ou Zacharie est agenouillé à droite ; tout à côté, des personnages tiennent un casque, une croix processionnelle et des flambeaux; au fond on voit le péristyle d'un temple. Ce tableau est également marqué dans l'inventaire descriptif de 1797. Au quatrième pilier est adossée la chaire en bois, sans caractère artistique et couronnée par une statue de saint Pierre. En reprenant au bas de l'église, adroite, on rencontre, dans la deuxième travée, un tableau remarquable : Les Disciples cVEmniaûs. Cette toile qui était presque carrée a été augmentée en haut et en bas, afin de pouvoir figurer en face de la Circoncision. Le coloris puissant est poussé au noir, sur lequel se détachent en clair les têtes et les extrémités. Le tableau est de Cretet; il est indiqué sous le titre inexact de : La Fraction du pain, par Clapasson, dans sa description de la chapelle du Confalon, avant la Révolution. Le Christ au milieu delà table, rompt le pain; les deux apôtres sont assis à l'angle gauche. Un vase riche se voit par devant; un serviteur ou une servante sort d'une porte à gauche et apporte un plat; au fond, à gauche se trouvent deux personnages, beaucoup plus petits, puis des édifices et des arbres éclairés par le soleil couchant.
La troisième travée contient : Moïse et le serpent d'airain, signé au bas et au milieu: « Frontier, 1743. » L'auteur s'était fixé à Lyon, et J.-J. de Boissieu fréquenta son atelier pendant quelque temps; il mourut à Lyon le 2 sejDtembre 1763. Le tableau est très expressif: Moïse et le serpent sont sur une éminence, et les malades au premier plan ; au
SAINT-PIKRIîE ET SAINT-SATl'RNIN
fond, H gauche, on voit les tentes des Juifs. Ce tableau, comme son pendant de la paroi de gauche, faisait partie, d'après Glapasson, de la décoration du chœur de l'église Sainte- Croix. Il figura à l'exposition de 1743, et fut réservé, en 1797, pour le musée et récole de dessin.
Au quatrième pilier, est adossé le banc d'œuvre, bon travail de la fin du xvni"^ siècle; il est composé d'un fronton avec deux pilastres corinthiens et corniche, accompagnés, dans le bas, de consoles enrichies d'ornements. A l'extrémité de la Le Cru-
basse nef de gauche cifiement de saint Pierre, toile moderne. Contre le deuxième pilier, adossé à la paroi de gauche une Mater dolorosa, peinture ancienne.
Contre la même paroi, audessous de la fenêtre éclairant la troisième travée du bas côté : La Visitation, bas-relief de marbre, provenant de la chapelle des pénitents du Confalon ; on l'attribue à Bidau. Sur le pilier de la chaire : La Vierge, V Enf ant Jésus, saint Joseph et saint Bruno, toile ancienne, anonyme ; Marie et l'Enfant Jésus sont sur un nuage, saint Joseph et saint Bruno au bas, à droite et à gauche.
Après avoir décrit la nef, il reste à dire quelques mots
des chapelles. Près de l'entrée latérale est placé un bénitier en marbre de couleur, style italien du xviii*^ siècle, dans l'écusson duquel on a peint, en utilisant les veines du
Saint-Pierre (façade projetée de la nomelle éj^lisi
marbre, La Fuite en Egypte. Ce morceau très intéressant, est à moitié effacé par le frottement des mains des fidèles ; il mériterait d'être transporté dans un emplacement présentant plus de sécurité. Au-dessous se voit : Saint Pierre, à mi-corps, toile ancienne. Dans la chapelle du Sacré-Cœur, située en haut de la petite nef de droite, Tautel est moderne, de marbre de couleur et de style indéterminé ; il porte des médaillons d'anges en bronze. Sur le tabernacle se trouve une statue du Sacré-Cœur, en marbre, œuvre de Dufraisne, sculpteur lyonnais.
La chapelle de la Sainte-Vierge est située au sommet de la petite nef de gauche. L'autel isolé, de style napolitain, est de stuc et marbres de couleur ; il appartint primitivement à l'église d'Ainay, puis fut cédé par M. Boué, curé de cette paroisse, à l'église Saint-Pierre. Dans le coffre est couché un Christ au tombeau, statue de marbre ; la table est supportée par deux cariatides. Sur le tabernacle, se trouve La Vierge et V Enfant Jésus, groupe de marbre.
A l'extrémité de la petite nef de droite se voit : Saint François de Sales au pied du Sacré- Cœur, toile moderne. Contre la paroi, en face de la première travée, La Fuite en Egypte, peinture ancienne ; enfin, vis-à-vis de la deuxième travée : Saint Jérôme dans le désert, tableau ancien.
Un décret ministériel ayant annoncé la désaffectation de Saint-Pierre, l'honorable curé M. Pangaud, a confié à M. Gaillard architecte, la construction, rue du Bât-d'Argent, d'une nouvelle église destinée à remplacer celle qui malheureusement disparaîtra. L'édifice est commencé depuis un an, il comprendra une crypte, une église supérieure, et pardessus, la cure et les écoles. L'église sera de style gothique.