‹ Histoire des églises et chapelles de LyonChapitre 40 sur 174 · SŒURS SAINT-CHARLES · texte numérisé non relu

SŒURS SAINT-CHARLES

Le xvii" siècle ne fut pas seulement une époque de bel apparat catholique, mais aussi l'âg^e de la réforme des lois et de l'éducation des pauvres et des enfants. Combien, parmi les justes admirateurs de Louis XIV, ignorent jusqu'aux noms de Le NobleLz, du Père Eudes Mézeray, de Bourdoise, du bienheureux Grignon de Montfort, de Lantages et de tant d'autres. Et pourtant des institutions comme celles des demoiselles de l'Instruction de Paris et du Puj, des sœurs de la Sagesse, des sœurs des Petites écoles, des Doctrinaires ont puissamment ajouté aux titres de cette glorieuse période de notre histoire. Les Messieurs de Saint-Charles, fondés par Démia, et à leur heure, rivaux en zèle et en succès des Eudistes de Grignon de Montfort, prennent rang parmi ces œuvres trop ignorées. Il importe de rappeler ici brièvement la vie et les mérites de Démia, fondateur des Filles de la Doctrine chrétienne, dites aujourd'hui sœurs Saint-Charles, et du séminaire du même nom.

Charles Démia naquit à Bourg-en-Bresse, le 3 octobre 1636. Son père exerça d'abord la profession de pharmacien. Son intelligence des affaires et sa parfaite probité lui valurent la charge de secrétaire du marquis de Thiange, gouverneur de la Bresse. Quelques années plus tard, le maréchal de La Mothe-Houdancourt, vice-roi de Catalogne, l'attacha à sa personne; il ne jouit pas longtemps de ce bénéfice, car il mourut d'une pleurésie, à l'âge de 48 ans, laissant deux fils en bas âge, Charles et Joseph Démia. Leur mère mourut peu de temps après. La Providence, qui voulait accoutumer Charles à l'espint de sacrifice, lui enleva son frère Joseph deux ans après. Il le consola de la mort de ses parents, en substituant à leur place l une de ses tantes, Jacquema Démia, personne recommandable par sa piété et sa prudence; elle se chargea de son éducation.

La charité de Charles pour les pauvres, qui devait être la caractéristique de sa vie, se manifesta dès sa plus tendre enfance. On le vit tout jeune quitter en hiver sa chemisette pour la donner à un petit malheureux qui implorait sa compassion.

Charles Démia fit ses premières études au collège des Jésuites de Bourg et prit le grade de docteur en droit canon. A l'âge de dix-hviit ans, il fit un voyagea Lyon et y fut tonsuré le 31 mars 1654; le 8 septembre 1660, il entra au séminaire Saint-Sulpice à Paris pour se préparer à la vie sacerdotale. Il eut le bonheur d'avoir pour directeur le célèbre Tronson, qui, à l'imitation de M. Olier, s'efforçait d'inspirer à ses élèves une haute idée de la fonction de catéchiste. De ces catéchismes naquit l'idée de former des personnes chargées de seconder les prêtres dans cet apostolat de la jeunesse. Ce fut l'origine des Dames de l'Instruction de Paris et du Puy, des sœurs Saint-Joseph, Saint-Charles et des Frères des Écoles chrétiennes.

En s'efforçant de se rendre capable de travailler un jour à la sanctification des autres, M. Démiane négligeaitpointson propre avancement spirituel; après une sérieuse préparation.

il reçut les saints ordres, le 14 mars 1663. Avant de revenir à Bourg, il donna de petites missions en Poitou et en Touraine. Arrivé dans sa ville natale, il se fit agréger en qualité de prêtre habitué à l'église collégiale Notre-Dame. Son exactitude à remplir les fonctions ecclésiastiques lui attira la haine des prêtres peu réguliers. Pour être plus utile au prochain et afin d'éviter de nouveaux froissements entre collègues, il se retira dans sa maison, où il établit des conférences cléricales dont le but était l'instruction et la sanctification du clergé.

Durant son séjour à Bourg, M. Démia allait faire le catéchisme aux enfants les dimanches et les fêtes dans les paroisses environnant la ville, et propageait la dévotion envers la Sainte Vierge en distribuant des médailles qu'il avait fait graver. Il n'oubliait

pas les pauvres, visitait les hôpitaux, les prisons et les j^auvres honteux. Il devint bientôt le père de tous les infortunés de Bourg. Gomme cette ville était trop petite pour satisfaire un zèle aussi actif que le sien, Ljon lui parut être le lieu où Dieu voulait l'appliquer au salut des âmes.

L'archevêque de Lyon, Camille de Neuville, avait fondé le séminaire Saint- Irénée, pour la réforme de son clergé et de son diocèse, et en avait confié la direction à M. Hurtevent, prêtre de Saint-Sulpice. M. Démia alla offrir ses services au digne supérieur, afin de travailler sous ses ordres, et de s'occuper spécialement des enfants délaissés. M. Hurtevent comprit de suite quel trésor il possédait dans M. Démia. Il le présenta à Antoine de Neu-

Charles Démia, fondateur du Séminaire Saint-Charles ville, abbé de Saint-Just et vicairC général, et des sœurs Saint-Charles de Lyon. t -i ti

afin que, par son crédit, il eût libre accès auprès des personnes les plus recommandables de la ville. Par les soins d'Antoine de Neuville, l'archevêque de Lyon nomma M. Démia archiprêtre de la Bresse ; celui-ci, qui n'attendait que l'occasion d'exercer son zèle, s'acquitta de sa charge avec une activité et une ardeur qui justifièrent pleinement le choix du prélat. L'office de promoteur était venu à vaquer par la mort de M. Sève, chanoine de Saint-Nizier, M. Démia, sur les instances de M. Hurtevent, accepta encore cette charge qu'il remplit à la satisfaction de tous.

Son amour pour les pauvres lui fit établir un conseil et un bureau de prêt gratuit. Mgr de Neuville céda volontiers une chambre de son palais pour la réunion des personnes dévouées à ces institutions charitables. La première réunion eut lieu le 7 janvier 1678.

Pour suffire à toutes les charges que ses supérieurs ecclésiastiques lui avaient imposées, il se fit un règlement journalier qu'il observa ponctuellement. Tous les jours, soir

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