‹ Histoire des églises réformées du pays de GrexChapitre 5 sur 26 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Le traité de Lyon marque pour l'histoire religieuse du pays de Gex le commencement d'une époque nouvelle. Jusqu'alors, ainsi que nous Tavons vu, depuis rétablissement de la réforme, les croyances évangéliques , d'abord protégées par les Bernois, puis garanties par des traités solennels, avaient régné seules dans la contrée. Quoique la violence de la guerre eût inter- Tompu parfois Texercice du culte, quoique les paisibles habitanis du bailliage eussent eu ^ déplorer les déprédations et les cruaiiiés d'une soldatesque ennemie excitée par le fanatisme re-^ ligieax, l'ancien ordre de choses s'était rétabli graduellement sous l'administration genevoise, et le retour des émigrés, la réorganisation des paroisses, la restauration du culte avaient

rendu à la province de Gex son caractère exclosivemenl pro^ testant.

Mais depuis la réunion du pays à la France, un changement complet s'opère dans sa situation religieuse. L^édit de Nantes y est mis en vigueur, et avec lui la foi romaine y pénètre. Une population catholique, étrangère, guidée par des prêtres habiles et intrigants, commence à s'établir dans le bailliage; peu à peu , ceux qui la dirigent , soutenus par l'autorité royale , demandent et obtiennent que cette minorité partage tous les droits et les privilèges des anciens habitants; bientôt, leur audace s 'accroissant avec leurs triomphes, ils ne dissimuleront plus leur dessein de convertir ou d'anéantir la population réformée; ils travailleront à étreindre le protestantisme dans un réseau inextricable de lois et de décrets oppressifs , et , après une lutte longue et désespérée, parviendront enfin à Tétoufier. G est ce combat de près d'un siècle , combat fatal à la réforme , mais qui cependant est loin de manquer pour nous de leçons et d'enseignements utiles, dont nous avons maintenant à retracer les détails et à suivre les phases diverses.

La consternation fut grande à Genève lorsqu'on y apprit le résultat du traité de Lyon, puisque sa conséquence immédiate était d'enlever k la république la jouissance d'un pays qu'elle possédait depuis plus de dix années déjà, et de la frustrer dans Tespoir bien légitime de s'en voir assurer définitivement la souveraineté. Néanmoins, sans perdre courage, et suivant toujours les conseils de Lesdiguières , les Genevois recommencèrent à solliciter Henri lY d'accomplir les promesses qu'il leur avait faites tant de fois; Jacob Ânjorrant fut député à la cour, et joignit ses instances à celles de François de Ghapeaurouge, dont la présence à Lyon lors de la conclusion du traité n'avait pu réussir à faire respecter les droits de son gouvernement. Henri lui-même était confus de son manque de fidélité aux engagements qu'il avait contractés envers Genève; aussi pendant longtemps chercba-t-il à fuir les députés de la république , qu'il

ne voulait pas éconduire d'une manière trop brusque , et aux-i quels il lui répugnait d'autre part de répéter encore des promesses qu'il n'avait pas l'intention de tenir. Plusieurs , mois s'écoulèrent avant que cette lutte entre la reconnaissance des services rendus et Tambition d'agrandir ses Etals eût permis au mouarque de s'arrêter à un parti définitif.

Les Genevois profitèrent de ses hésitations pour le fatiguer de nouveau de leurs demandes et de leurs instances; ils prièrent le synode national des Eglises réformées de France , assemblé àGei^eau, de plaider chaudement leur cause auprès de lui^; ils réussirent même à obtenir des commissaires qui avaient reçu Tordre de prendre solennellement possession du bailliage au nom du roi, un délai dans Texéculion de cette formalité. Ce fut seulement en juillet 1601 qu'ils durent renoncer à tout espoir de succès, en recevant des lettres de Henri IV, qui leur faisaient con* naître sa décision irrévocable de réunir le pays de Gex k la France. Le langage affectueux du prince, en informant les Genevois de cette résolution, cherchait k adoucir ce qu'elle devait avoir d'amer pour eux. < Le dit Balliage > , leur disait-il , « ne «vous apportera pas moins de commodité, estant entre nos a mains , que s'il seroit es vostres , ainsy que vous cognoitrez «par effect. » Genève comprit qu'elle devait se contenter de ces pompeuses protestations d'amitié , et accepter en silence la loi de son puissant voisin. Victime de la plus criante des injustices, dépouillée du territoire qu'elle avait conquis après tant de luttes, privée de toute garantie relativement aux sommes qu'elle avait dépensées pendant la guerre et qui ne lui furent

* D'après la demande du Conseil, la Compagnie des Pasteurs écrivit au Synode assemblé à Gergeau, en lui demandant d'insister auprès du roi <r sur t le peu de faveur et de droict que nous trouvons en cour en nos affaires « et mesmement qu'on nous veut oster la terre de Gex mesmes sans faire < semblant de nous payer des dettes que nous avons fait en Allemagne et « ailleurs pour soustenir la guerre du Roy. Que nous sommes maintenant ( accablez et la ville ruinée si Dieu ny pourvoit, s {Reg. de laComp. des Past.^ i3 avril 1601.)

jamais rendues, elle paya cher l'honneur d*avorr combattu en qualité d'alliée du Roi très-chrétien*.

La réintroduction du culte romain dans le pays de Gex fut le premier acte par lequel son nouveau maître signala son pouvoir. Visant h obtenir dans son royaume l'unité politique , il désirait, pour réaliser ce but, y introduire aussi jusqu'à un certain point l'uniformité religieuse; aussi, quelques mois seulement après être entré en possession du bailliage, pour l'assimiler pleinement au reste de la France, il manifesta son intention de lé placer sous le régime de l'édit de Nantes, en vigueur dans les autres provinces depuis l'année 1598. Cet édit étant beaucoup moins favorable aux habitants que les lois auxquelles ils avaient été soumis jusqu'alors, ils envoyèrent une dépntation au roi pour lui adresser la demande que leurs Eglises fussent conservées dans l'état où elles se trouvaient lors de la réunion do pays de Gex h la couronne. En réponse à cette requête, Henri prit l'engagement de laisser aux protestants le libre exercice de leur religion ; mais il exigea que la liberté de conscience fût proclamée dans le bailliage, conformément aux prescriptions de l'édit, d'après lesquelles l'exercice du catholicisme derait être rétabli dans toutes les provinces du royaume'. Aussi le baron de Lux, lieutenant général, commandant de la Bourgogne, après

' On peut lire un intéressaat résumé des faits relatifs à la possession du pays de Gex par les Genevois, et aux engagements de Henri IV envers eux, dans l'Histoire de la Restauration de la Républ. de Genève, par M.Albert Rilliet, Genève, 1849.

■ <r Le Roy conservera les habitans du pays de Gex en la liberté de leurs n consciences et exerd^se de leur religion comme les autres subiects de son ji Royaume. 7> (Réponse au § 65 du cahier des plaintes et remontrances faites au Roy par les Réformés, repondu et arrêté au Conseil d'Etat le 18

septembre 1601.) — « Le Roy entend que TEdit fait pour le gênerai de

tt son royaume sur l'exercice de la R. P. R. soit observé es pays escbangez « comme es autres de son obéissance. » (Rép. aux cahiers de la noblesse de Rugey et de Valromey, le 29 novembre 1601.) Voir Baux, Hist. de la féiinion à la France des pays de Bresse, etc., pièces justif.

avoir pris possession du baillis^e au nom du roi , y proclama par ses ordres la liberté de conscience.

Bientôt après, la messe fut rétablie dans quelques localités du pays, gr&ce aux sollicitations d'un prélat dont les travaux oui exercé une grande influence sur l'histoire religieuse de notre contrée , et qui en particulier dirigea de nombreuses attaques contre les Eglises réformées de Gex; nous voulons parler du célèbre ]^ranfois de Sales. Ce n'est point ici le lieu d'entreprendre une appréciation complète du caractère de cet homme remarquable, dont l'activité missionnaire, les qualités et les ta* lents ont été justement admirés , et dont TEglise romaine a récompensé les services en l'inscrivant au nombre de ses saints ; seulement, nous tenons à le dire dès l'abord, si notre sujet nous amène à montrer en lui un redoutable adversaire de la réforme, et à blâmer quelques-uns des moyens qu'il se crut autorisé à mettre en usage pour la combattre, nous sommes prêts k reconnaitre la sincérité de ses convictions, son zèle infatigable pour la propagation de ses croyances , et son dévouement sans bornes k la cause qu'il servait. Issu d'une famille noble de Savoie, François de Sales avait été porté de bonne heure par son imagination vive et ardente à embrasser l'état ecclésiastique. La conversion du Qiablais et du bailliage de Ternier signala ses premiers pas dans cette carrière. Malheureusement , ses succès, au lieu d'être uniquement obtenus par son éloquence, furent dus aussi pour une part notable à Tappui des régiments de Charles-Emmanuel; malgré l'esprit de charité, de douceur et de persuasion qui, au dire de ses biographes, distinguait l'apôtre du Chablais, il ne dédaignait pas non plus l'emploi de la contrainte, lorsqu'il la jugeait nécessaire pour briser plus facilement les résistances des populations dont il blessait les convictions religieuses. Nous sommes donc autorisés k croire que la conversion du pays de Gex , dont François de Sales avait le dessein de s'occuper après celle du Chablais, aurait été exécutée delà même manière que celle de cette dernière province, si

la guerre entre la France et la Savoie, an sujet da marquisat de Saluées, n'y eût mis obstacle.

Après la paix de Lyon , le pays de Gex ayant passé sous la domination de Henri lY, et la liberté de conscience y ayant été proclamée , un grand nombre de prêtres romains en profitèrent pour rentrer dans le bailliage; François de Sales, en qua-* lité de coadjuteur de Tévèque d'Annecy, dont il était en outre successeur désigné, entreprit aussitôt des démarches pour ob-» tenir du baron de Lux le rétablissement de la messe dans la ville de Gex et dans les deux villages d'Âsserens et de Farges; ces demandes lui furent accordées. Mais il ne s'en tint pas 1^ : grâce à ses conseils , une sérieuse atteinte ne tarda pas k être portée aux droits des protestants. Par une illégalité que rien ne pouvait justifier, le baron de Lux fit enlever aux réformés de Gex Téglise de Saint-Pierre, qui leur servait de temple, pour la donner à un petit nombre de catholiques, vraisemblablement établis dans cette ville depuis Tépoque de la domination ducale. Les habitants de Farges furent victimes d'une spoliation semblable'* Le nombre des personnes de la communion romaine en faveur desquelles fut commise cette double injustice ne pouvait aucunement servira Texcuser; ces personnes ne constituaient, comparativement à la population protestante , qu'une fraction presque nulle , puisque soixante ans plus tard , comme nous le verrons , malgré leur accroissement dans le pays , et l'esprit ardent de prosélytisme des évéques et du clergé, les catholiques romains formaient k peine un vingtième de la somme totale des habitants. Des paroisses entières se virent donc dépouiller de leurs temples pour que cinq ou six personnes de la communion opposée * pussent accomplir sans peine leurs de-

* Nous ne pensons pas que le culte réformé fut célébré à Asserens, village de peu d'importance, qui devait se rattacher, sous le rappoit spirituel, à la paroisse de Collonges ou à celle de Farges.

' Loridey Estât de Taffaire pendante aux Conseils du Roi entre les habitans 4u bailliage de Gex, etc.; p. 9.

voirs religieux ; taudis que rien n'eût été plus facile que d'accorder des chapelles à ce petit nombre de catholiques et de laisser les deux cultes subsister l'un à côté de l'autre en bonne harmonie.

Informés de ces événements, les Bernois, qui veillaient toujours sur leur ancienne province , et qui ne l'avaient pas vue sans peine passer sous la domination française , se hâtèrent de protester contre cette infraction aux traités ; les autres cantons évangéliques se joignirent à eux pour adresser des plaintes au roi contre le rétablissement du culte romain dans le bailliage. Mais ces démarches n'eurent pas de succès : l'ambassadeur de France, tout en assurant les Bernois que Sa Majesté n'avait nullement eu l'intention de troubler ni de contraindre ses nouveaux sujets relativement à leur foi, leur donna en même temps à entendre que de nombreuses instances lui avaient été faites de dwers endroits pour obtenir le rétablissement de la messe dans le pays de Gex, et qu'elle avait dû y céder, a Nous estimons, » écrivit aussi le roi aux cantons, « que ceulx des deux religions < dudit bailliage se comporteront si doucement les uns avec « les autres que ceste liberté n'apportera aucune altération au « gouvernement d'iceluy *. » Les canionsévangéliques ne pouvaient espérer faire révoquer une mesure diclée de concert par l'intérêt du roi et par celui du clergé romain; ils durent se borner à la protestation qu'ils avaient présentée.

Cependant l'esprit entreprenant de François de Sales n'était pas satisfait du premier succès qu'il venait d'obtenir. C'était peu pour lui d'avoir rétabli le culte romain dans trois villages; comme il le disait lui-même, il ri! aspirait à rien moins qu'au ^ottt; aussi se détermina-t-il bientôt à se rendre à Paris pour y

* Lettre de M. de Sillery, ambassadeur de France, du 11/21 décembre 1601 , en réponse aux plaintes des Seigneurs de Berne contre la réintroduction du culte romain dans le pays de Gex. (Arch, Bern., Frankreich- Buch D. ) — Voir, Pièces justificatives , n* Il , la lettre de Henri IV' aux can-» tons.

demander au roi raulorisalioQ d'ecilreprendre une mission générale dans le pays de Gex. L'évéque d'Annecy donna son approbation à celle démarche , qui revêtit ainsi un caractère officiel.

En traversant la France, le prélat s'arrêta à Dijon, où il désirait avoir une entrevue avec le baron de Lux , qu'il connaissait comme entièrement dévoué h la cause du catholicisme; la conduite récente de ce seigneur dans le pays de Gex avait effectivement pu lui en fournir la preuve. Le baron chargea Fran* çois de lettres de recommandation pour les personnes qui avaient le plus grand crédit à la cour, et écrivit même au roi en sa faveur. — Arrivé à Paris, le futur évêque fui présenté ^ Henri lY par le nonce du pape; le monarque laccueillit avec affabilité, mais quand François lui eut exposé le motif de sa venue, il le renvoya à son secrétaire d'Etat Villeroy, qui fui chargé d'examiner cette affaire. Ce ministre chercha à détourner le coadju* leur du projet qu'il avait conçu en lui représentant que son exécution rallumerait les vieilles animosités religieuses à peine assoupies, et l'engagea à en renvoyer l'aGComplissement à une époque plus propice. Mais François sut combattre avec habileté toutes les objections de Yilleroy ; il l'assura qu'il ne prétendait point user de contrainte à l'égaril des habitants du paysdeGex, mais simplement achever de les soumettre aux édits qui régissaient le reste de la France. Ces édits ordonnant le rétablissement de la religion catholique dans les lieux d'où elle avait été bannie , et cette religion ayant régné autrefois dans le bailliage de Gex, il était tout naturel, au dire du coadjuteur, que le roi permît l'envoi de missionnaires dans ce pays, et y favorisât la renaissance d'une foi qu'il avait lui-même embrassée*.

Malgré la force apparente de celte argumentation, François ne put obtenir aussitôt qu'il l'aurait voulu l'autorisation de commencer son œuvre de prosélytisme dans le pays de Gex.

* Marsoilier, Vie de saint François de Sales, t. I, p. 394. Paris, 1711.

MaiS) en venant ï Paris , il n^avait pas i'intenlion de se borner k cette demande, et, sans perdre de temps, il résolut de tenter un conp hardi contre les réformés du bailliage : c'était de chercher à les déposséder de tous ceux de leurs biens qui» avant la réformation , avaient appartenu a FEglise , et de les faire adjuger an clergé romain. Une tactique semblable, employée naguère par lui auprès du duc de Savoie contre les réformés du Chablais, avait été couronnée d'une complète réussite, et François jugea bon de la renouveler. Pour arriver h son but, il fit valoir avec beaucoup d'adresse une disposition de Tédit de Nantes, qui ordonnait effectivement la restitution des biens d'Eglise dans chaque province; et, appliquant cet article au pays de Gex, il demanda ^ être remis en possession de tous les temples du bailliage, par la raison qu'ils avaient servi, avant 1536 , à la célébration du culte catholique ; il réclama en outre tous les bénéfices ecclésiastiques sécularisés au moment de la réformation, bénéfices dont les revenus avaient été partiellement appliqués par les protestants h l'entretien de leurs pasteurs, diacres et maîtres d'école.

Ces réclamations de François de Sales étaient contraires h toute justice , et le raisonnement sur lequel il les fondait aussi peu concluant que celui dont il s'était servi auprès de Yilleroy ; c'est ce qu'un examen impartial de la question pouvait facilement démontrer. En effet, d'une part, le pays de Gex ayant été réuni à la France postérieurement à la promulgation de l'édit de Nantes, cet édit n'y était pas nécessairement exécutoire comme dans les autres provinces ; et, de l'autre, la conservation de tous les droits, privilèges et immunités dont les habitants du bailliage avaient joui sous les gouvernements précédents leur ayant été expressément réservée par le traité de Lyon, le désir du roi de faire observer l'édit de Nantes dans le pays de Gex ne pouvait abroger les dispositions de ce traité. Forts de leur droit , les réformés réclamèrent contre les étranges prétentions de François de Sales; ils furent appuyés par les Bernois, qui

se trouvaient aussi en cause dans ce débal, comme ayant été les premiers auteurs du changement de destination des biens d'Eglise. Leurs raisons furent reconnues valables, et le roi en sentit la force ; aussi promit-il aux Bernois que les possessions ecclésiastiques aliénées par eux ne seraient point enlevées à leurs propriétaires , sans que la valeur en fut restituée à ceuxci^. Il décréta de plus, par une ordonnance en date du 28 mars 1602, a que les Ministres, Diacres, Maistres d'escolle et (( autres, prendroient, comme ils avoient fait parle passé, leurs « pensions et entretenemens sur les fruits et revenus des Be- «r nefices dudit païs, jusques à ce que Sa Majesté eust pourveu a d'autre fond pour le payement desdites pensions et entretene-

< mens, et laisser après libres aux ecclésiastiques les biens qui c leur appartenoient. »

Craignant que cette ordonnance n'irritât François de Sales et le clergé romain, le roi crut devoir y joindre deux autres décisions beaucoup moins équitables envers les protestants. Par la première, il décrétait que « les Eglises et lieux sacrez, esquels «cTexercice de la dite Religion catholique. Apostolique et Roumaine, avoit esté restably, demeureroient libres ausdits Ec^ ecclésiastiques, pour y faire le service Divin, comme estant à « cela expressément destinez, d La seconde ordonnait que a les (( Cymetieres , attendu leur grandeur et capacité, pour oster € toute occasion de confusion , seroient divisez et séparez à ce communs frais , entre les Catholiques et ceux de la Religion «P. Réformée*.» Ainsi, la première de ces mesures sanction-

* Sa Majesté « promet qiie ceulx auxquels les dicts Seigneurs de Berne

< ont Tendu les biens des Ecclésiastiques du Bailliage de Gex pendant qu'ils « le possedoyent n'en pourront estre dépossédez qu'en payant le prix qui

< aura esté paie auxdits Seigneurs par les premiers acquéreurs , et dont ils € feront apparoir par bons et vallables contracts. i> (Articles envoyéaà Messieurs de Berne par M. l'ambassadeur de Vie, 11 juin 1602.) — Arch,Bem., Frankreich-Buch F.

• Loride , Estât de l'affaire pendante, etc. — Moyens des habitants du bailliage de Gex, etc.

naii la spoliation des temples usurpés par les catholiques TanDée précédenle, et la seconde plaçait sur un pied d'égalité complète deux fractions de la population entre lesquelles existait une immense disproportion numérique '•

Malgré ses dispositions injustes à l'égard des réformés, l'arrêt royal avait pour eux l'immense avantage de les maintenir dans l'état où ils se trouvaient alors, de leur conserver la jouissance des biens ecclésiastiques jusqu'à ce que des fonds équivalents pussent leur être accordés en échange, et de leur assurer les ressources dont ils avaient besoin pour entretenir toujours un nombre sufiQsant de pasteurs. Il semblait de plus leur offrir une solide garantie contre le retour de vexations semblables à celles qu'ils avaient précédemment éprouvées. Cependant il fut loin d'en être ainsi, et une nouvelle ordonnance du roi, rendue à la requête des réformés, le 24 août 1602, en confirmation de celle du 28 mars , semble déjà prouver que ce dernier décret n'avait nullement suffi pour arrêter les menées de François de Sales et du clergé romain.

La situation du roi, qui se trouvait placé entre les deux partis, était alors assez difficile. Recevant tantôt les sollicitations de l'un, tantôt les réclamations de l'autre , Henri lY cherchait autant que possible à conserver entre eux la balance égale ; et si, d'une part , il désirait consolider son pouvoir en faisant des concessions aux catholiques, de l'autre, il n'avait pas l'intention d'opprimer ses anciens coreligionnaires. Un fait de détail qui nous a été conservé pourra faire juger des ménagements minutieux qu'employait parfois le prince pour éviter de froisser les uns ou les autres.

£n 1604, les habitants de Gex, désirant se construire un temple k la place de l'église que leur avait enlevée le baron de Lux, demandèrent an roi la remise de cinq années de tailles,

* Le !«' juin 1604, le roi ordonna « que le cimetière de Gex seroit séparé c et la moitié d'icdui laissée aux habitants de la Religion Prétendue Ré" c formée. >

afin de pouvoir subvenir aux frais de la construction projetée; ce lempte , auquel ils se proposaient de joindre une horloge, devait être élevé sur ia place de l'ancienne église des Carmes, démolie douze ans auparavant. Le roi rejeta ce projet comme contraire k l'édit de Nantes, qui défendait l'érection d'un temple protestant sur l'emplacement d'un ancien sanctuaire catholique; il n'accorda pas non plus l'exemption demandée. Cependant, loin de niellre obstacle à la construction du temple, il fit estimer avec soin sur les lieux les frais qu'elle nécessiterait, afin d'y pourvoir * •

Nous avons laissé François de Sales à Paris , où il était occupé à poursuivre ses négociations relativement au pays de Gex. Après avoir échoué dans ses efforts pour faire décréter la restitution des temples et des biens d'Eglise, il parvint enfin à obtenir du roi Tautorisation d'entreprendre une mission dans le bailliage, et les lettres patentes en furent envoyées au parlement de Dijon pour y être enregistrées. Mais au moment où François se préparait à faire usage de la permission qu'il venait de recevoir, la nouvelle de la mort de Claude de Granier, évéque d'Annecy , dont il était le successeur désigné , le rappela en Savoie; et lorsqu'il eut pris possession du siège épiscopal, les nombreuses occupations auxquelles il fut astreint par sa nouvelle dignité, le forcèrent k différer pour quelque temps l'exécution de ses projets.

11 s'empressa cependant de leur donner suite aussitôt que cela lui fut possible, et se rendit dans le pays de Gex dès le mois d'août 1603 pour y faire sa première entreprise de missions. A son arrivée dans le bailliage, le prélat fut rejoint par le baron de Lux et par le duc de Bellegarde, gouverneur de la province, accourus pour lui prêter main-forte dans le cas où il rencontrerait une opposition violente de la part des populations

* Lettres patentes du Roi , du 9 mars 4604, autorisant la construction d'un temple à Gex. — Loride, Estât de l'affaire pendante, etc. — Baux, Hist. de la réunion à la France des provinces de Bresse, etc;

auxquelles il se {^réparait à imposer le joug de Rome. Ainsi escorté, François parcourut le bailliage, et commença h prêcher en divers lieux, de même que plusieurs prêtres qui l'avaient accompagné.

On a beaucoup exagéré le succès de ces prédications de Tévêque d'Annecy; il est certain, au contraire, qu'elles en eurent fort peu* Le bailliage de Gex était réformé depuis un temps assez considérable pour que ses habitants se fussent attachés de cœur à la religion protestante; sespastenrs étaient assez nom* breux et assez disséminés dans le pays pour avoir pu répandre chez toute la population la connaissance des vérités évangéliques; ses habitants avaient un contact immédiat et fréquent avec Genève , où la réforme subsistait encore dans sa ferveur primitive; enfin, les garanties que les édits de Henri lY accor* daieot aux protestants étaient pour eux un motif légitime de sécurité. Cet ensemble de circonstances formait autant de causes tendant k entraver les efforts de l'esprit de prosélytisme. Les tentatives du prélat furent donc à peu près nulles auprès des habitants du pays de Gex, relativement aux conversions.

En revanche , François réussit à obtenir certains succès extérieurs qui étaient pour lui d'une grande importance, et qui lui en promettaient de plus étendus pour l'avenir. Il travailla avant tout à diviser le bailliage en un certain nombre de paroisses catholiques, dans lesquelles furent établis des curés; il introduisit aussi dans la contrée des carmes et des capucins chargés de parcourir les villages en qualité de missionnaires pour y prêcher^; les prédications populaires du second de ces ordres re-

* La présence des carmes et des capucins dans le pays de Gex nous est attestée dès cette époque, bien que la fondation de monastères pour ces deux ordres religieux n'ait eu lieu que plus tard. Le couvent des capucins de Gex fut fondé en 1624, et celui des carmes seulement quelques années après. — Les registres du Conseil de Genève nous rapportent qu'en 1618 l'ambassadeur de France en Suisse s'étant plaint à la Seigneurie de ce qu'elle faisait accompagner par la ville les capucins de Gex et de Saint-Julien quand ils y venaient, il fut arrêté, le 20 juin, « de permettre auxdits capucins d'aller

ligieux avaienl élé employées avec assez de succès pour aider à la conversion des paysans du Ghablais, et François espérait sans doute qu'elles n'auraient pas moins d'efficacité dans le pays de Gex. Une circonstance qu'il n'est pas inutile de signaler facilita beaucoup à Tévêque la réalisation de ces différentes mesures: pendant son voyage en France, il avait réussi à y collecter des sommes considérables pour le rétablissement du culte et des églises catholiques dans le diocèse de Genève \ et ces ressources pécuniaires, en lui permettant d'entretenir d'une manière permanente des prêtres romains au milieu d'une population réformée, lui fournissaient un précieux moyen d'influence, dont il sut habilement profiter.

Mais la mesure que François avait le plus à cœur de pou* voir effectuer était le recouvrement des biens ecclésiastiques. Quoique sa tentative de l'année précédente n'eAt pas été cou* ronnée de succès , il n'avait cessé depuis celte époque de multiplier ses instances pour arriver à son but; enfin, après de nombreuses sollicitations auprès du parlement de Dijon , il réussit à obtenir de ce corps un arrêt l'autorisant à recouvrer une partie des bénéfices qu'il convoitait. Dès qu'il eut reçu ce décret» François se mit en devoir de le faire exécuter, et racheta plusieurs biens d'Eglise en en payant la valeur à leurs propriétaires. L'acquisition de ces biens était regardée par lui comme une mesure indispensable pour le succès de son œuvre , et afin que leur rachat put continuer à avoir lieu pendant son absence, il établit dans le bailliage un économe ou chargé d'affaires, dont les fonctions devaient spécialement consister à poursuivre la restitution des bénéfices. Un prêtre, nommé Glande Jacquier, qu'il

t librement dans les rues sans être accompagnés de personne, en se coosic gnant pourtant vers M. le syndic de la Garde, leur défendant de dogmatiser, c d*aller dans les maisons des particuliers et de mendier, leur permettant seu- « lement d'entrer dans les boutiques. »

* Brassard, Hist. polit., civile et relig. du pays de Gex.

avail placé comme coré à Crex, fat désigné par lui pour remplir cette charge * .

Tels furent les principaux résultats de la mission de François de Sales dans le pays de Gex. Il est presque superflu d'ajouter que le prélat put accomplir son œuvre dans la contrée sans y voir Tordre troublé une seule fois , et sans avoir besoin de ré^ clamer Tassistance du gouverneur ou du commandant pour contenir des populations qui n'avaient jamais eu l'idée d'une résistance matérielle^.

Dans les années qui suivirent , plusieurs possessions ecclésiastiques furent rachetées par les soins de l'économe; et l'on vit bientôt s'abattre sur la contrée une multitude de prêtres, tant séculiers que réguliers, dont chacun réclamait une dîme, une chapelle ou un bénéfice , et avait quelque ancien titre à présenter pour faire valoir ses prétentions. L'ardeur déployée par tous ces soi-disant propriétaires légitimes pour recouvrer leurs terres et kurs redevances fut telle qu'ils s'emparèrent de plu-* sieors fonds sans songer à dédommager de leur perte ceux qui en étaient les détenteurs. Les réformés virent avec autant d'indignation que de surprise ces usurpations inouïes et les misé*rables prétextes que l'on osait mettre en avant pour les justifier ; ils réclamèrent avec force et persistance contre les eoccès des catholiques. Leurs plaintes furent sans doute écoutées; car, sf deux reprises différentes, en 1606 et en 1608, ils obtinrent

* Marsollier, Vie de saint François de Sales, 1. 1, p. 496. — Brassard, Hist. polit., civ. et relig. du pays de Gei, p. 376.

* Quelques auteurs catholiques prétendent que les sadcès de François de Sales eicitèrent chez les protestants de la contrée une irritation telle qu'une tentatlTe d'empoisonnement fut dirigée contre ses jours ; ils ajoutent que l'efficacité d'un antidote administré à propos,jointe à celle d'un vœu adressé par le saint à la Vierge, le préservèrent de la mort. On nous permettra de révoquer en doute rauthenticité de ce fait, que nul document contemporain ne vient confirmer, et que M. l'abbé de Baudry, dans sa Relation des travaux de l'apôtre du Chablais, ne rapporte qu'avec hésitation.

' Brassard, Hist. du pays de Gex, p. 376 et suiv.

du Conseil d'Ëlat du roi U confirmation de rarrêt de 1602', qui conservait aux protestants la jouissance des biens d'Eglise, jusqu'à ce que des fonds équivalents leur eussent été accordés en compensation. Il est à supposer que, dès lors, le rachat des bénéfices dut s'exécuter d'une manière plus régulière.

François de Sales avait cependant atteint son but. En plaçant entre les mains des ecclésiastiques romains des propriétés considérables , il leur assurait dans le pays l'influence que procure toujours la richesse; il les mettait en état d'entreprendre et de poursuivre sans bruit, mais d'une manière continue, la conversion des habitants de la contrée ; il leur donnait en&n la facilité d'établir sur leurs domaines des ouvriers et des fermiers catholiques, venus du dehors, et de créer ainsi, au milieu de l'ancienne population réformée, une population nouvelle, toute dévouée à Rome, et répandue dans la plupart des villages du pays.

Les conséquences de cet état de choses ne tardèrent pas !i se faire sentir ; l'évéque, dans plusieurs visites diocésaines destinées à assurer la consolidation de son oeuvre , contribua sans doute à hâter l'époque de leur développement^ Au bout de peu d'années s'était constitué dans le pays de Gex un parti systématiquement hostile aux réformés, cherchant à empiéter sur leurs droits, h restreindre leurs privilèges, et dont l'audace et les prétentions étendues formaient un singulier contraste avec sa faiblesse numérique. On le vit bientôt entreprendre de nouvelles tentatives pour faire décréter la restitution au culte romain d'une partie des temples du bailliage. En 1 609, quelques catholiques, habitants des villages de Sessy, de Peron et deChalex, demandèrent que les temples et les cimetières de ces trois paroisses leur fussent rendus , conformément à l'édit de Nantes.

* Arrêt du Conseil d'Etat, sur requête des ministres du pays de Gex, 19 décembre 1606. — Nouvel arrêt du Conseil d'Etal, 24 (ou 29) mars

• François de Sales se rendit dans le pays de Gex en 1605, 1607 (?), 1609 et 1611.

Ils obiiorenl effectivement le 5 février un arrêt au Conseil, pot^ tant que « Texercice de la Religion Catholique , Apostolique c et Romaine seroit restabli ausdits villages, et que les Eglises < et Cymetieres en dependans, leur seroient rendus, conforme-^ € ment il l'article 3 de TEdict de Nantes; et ce faisant seroient c baillez par les Juges et officiers des lieux à ceux de la Reli- € gioii P. Réformée, des lieux commodes, suivant TEdicl, pour c faire rExercice de leur Religion, et enterrer leurs morts '.u Le baron de Lux, comme lieutenants-général, fut chargé de faire exécuter ces dispositions. A cette nouvelle, François de Sales se rendit à Gex pour assister ii la remise solennelle des cimetières et des trois temples entre les mains de son clergé.

Genève suivait avec douleur ces progrès du catholicisme si près de ses frontières et dans un pays auquel l'unissaient les liens d'une fraternité religieuse. Ses magistrats adressèrent au lieutenant-général des représentations énergiques, et lui deman*' dèreot formellement que la messe ne fAt pas introduite dans le village de Chalex , sur lequel la république possédait des droits de souveraineté très-étendus^. Les anciens syndics Savion et Anjorrant furent envoyés à Gex à deux reprises différentes pour appuyer ces réclamations. Voyant l'insistance que mettait Ge« nève à cette affaire, le baron de Lux lui accorda satisfaction et ne donna pas suite au projet d'établissement du catholicisme à Chalex'.

Ce léger succès obtenu par la cause de la réforme ne devait pourtant pas être de longue durée. Deux ans plus lard , en 1611 , k la suite de nouvelles démarches du parti papiste, le duc de Bellegarde , gouverneur delà province, introduisit la messe h Chalex et à Divonne. Genève protesta derechef contre

*■ Loride, Estât de T affaire pendante aux Conseils du Roy, etc. — Une copie coUationnée de cet arrêt existe aux archives de Berne , Frankreich Buch^.

* Les deux tiers de ce village lui appartenaient.

' Reg. du Cons. de Genève, 6, 8 et 13 septembre 1609.

la violation de ses droits de souveraineté relativement an premier de ces villages , et députa au duc les seigneurs Lect et de la Maisonoeuve pour l'engager à révoquer les mesures qu'il avait prises sans informations suffisantes. Mais Henri IV venait d'expirer, et la réaction catholique était alors excessivement forte il la cour de France ; la Seigneurie de Genève, ne pouvant plus faire parvenir ses réclamations jusqu'à l'autorité supérieure, n'obtint pas justice, et les réponses arrogantes du duc de Bellegarde aux demandes qu'elle lui avait adressées la forcèrent an silence '.

Ainsi , les dix années qui venaient de s'écouler depuis le traité de Lyon jusqu'à la mort de Henri IV avaient opéré un bien grand changement dans la situation religieuse des habitants du bailliage, et tandis que les réformés s'étaient trouvés en butte à de nombreuses injustices, ils avaient pu voir Tinfluence du parti clérical prendre un développement toujours croissant, bien propre k leur inspirer de légitimes alarmes. Cependant, si, durant cette période, les protestants du bailliage commencèrent à entrevoir pour l'avenir des jours difficiles, leurs Eglises subirent d'autre part une heureuse transformation, qui, en modifiant leur constitution extérieure, leur donna des forces nouvelles pour soutenir la lutte qui se préparait.

Depuis le traité de 1564, la classe deGex, séparée du corps ecclésiastique de Berne , était restée entièrement indépendante, et, même sous la domination de Genève, elle avait conservé une existence tout à fait distincte de la Compagnie des pasteurs de celte ville. Mais à la suite du traité de Lyon, l'organisation presbytérienne des Eglises réformées de France fut introduite dans le bailliage. En octobre 1603, un arrêté du synode national de Gap incorpora la classe de Gex au corps ecclésiastique de la province de Bourgogne , et cette décision fut confirmée par

* Voir Pièces Justificatives , n^ III, les lettres du duc de Bellegarde à la Seigneurie de Genève.

le synode natioiial de la Rochelle en nitrs 1607 ^ La province reDfennait alors trois coiloqoes, ceoi de Lyon, de Cbftlon-sor- Saône et de Dijon ; TadjonctioB des Ej^ises do pays de Gei porta à quatre le nombre des colloques dont la réunion formait le synode provincial de Bourgogne. En même temps , conforfliéoient it la discipline établie cbes les réformés français , un consistoire , composé de pasteurs et d'anciens , fut reconstitué dans chaque paroisse. Les consistoires fondés autrefois par les Bernois avaient sans doute été complètement désorganisés pendant la longue période de troubles et de guerres que le pays avait dû traverser quelques années auparavant ; on ne retrouve plus aucune trace de leur exbtence depuis les premiers temps de la domination savoyarde. — Dès que la réunion des Eglises de Gex à edies de la province de Bourgc^e eut été effectnéOt les habitants du bailliage forent appelés , comme tous les autres réformés de France , h contribuer aux frais nécessités par la convocation des synodes et des colloques. Cette décision, prise en 1603 par le synode naUonal de Gap^ fut ratifiée en 1612 par les commissaires royaux envoyés dans le pays de Gex pour y décréter l'établissement définitif de l'édit de Nantes',

Pendant les quelques années du règne de Henri lY qui suivirent rétablissement de cette organisation nouvelle , plusieurs colloques furent tenus 4ans le bailliage. Un synode provincial s'assembla même le 2 juillet 1607 dans la ville de Gex; les

* Actes mscr. des synodes nationaux des £f lises réfoimées de France. (Bihlioth. impér, de Paris.)

* c Les Eglises du baillage de Gez auront part en la distribution des deniers deTottroj du Roy jusqu'au prodiain synode national, et cependant les pasteurs accoustumeront peu à peu le peuple k quelque contribution pour les frais de l'Eglise. » (Actes du syn. nal. de Gap, Faits particuliers, § 14.) — « Permettons aux ministres de la réforme de lever sur leurs paroisses les 500 livres requises pour les frais de leurs assemblées et synodes, à condition que Fétat de cet impôt sera remis au juge royal de Gex, pour icelui garder, et dont il enverra copie à Sa Majesté. » (Ordonn. des commissaires royaux, du 16 janvier 1642.) Voy. Brossardy Hist. du pajs de Gex, P . 385.

Eglises (le Boni|[ogiie, de Lyonnais, de Forez, de Maçonnais, de Gex et de Bresse y fnrenc représentées. La session du synode dura plusieurs jours, et» en se séparant, rassemblée dé^ puta h Genève sept de ses membres , trois ministres et quatre anciens^ pour y remercier la Compagnie des pastenrs d'une lettre que ce corps lui avait adressée, et dans laquelle il l'assurait de son affeotioii fraternelle. La Compagnie fut convoquée pour recevoir les dépotés français, et tint avec eux une conférence sur divers points d'administration ecclésiastique, ainsi que sur certaines mesures disciplinaires au sujet desquelles le synode désirait se concerter avec le clergé genevois. Les députés français insistèrent en particulier , d'après les règlements de leur discipline, pour que les ressortissants de Genève n'allassent pas par« ticiper aux sacrements dans le pays de Gex sans être pourvus d'une attestation de leurs pasteurs, et réciproquement pour que les paroissiens des Eglises de Gex ne fussent pas admis sans attestation h faire baptiser leurs enfants ou b se présenter h la sainte Cène sur le territoire de la république ^

La mort de Henri IV aggrava beaucoup la situation des réformés du bailliage ; elle leur enleva le dernier espoir qu'ils pouvaient encore fonder sur la protection de l'autorité royale pour le maintien de leurs droits , et l'avènement de Louis XIII, en consacrant une alliance de plus en plus intime entre le pouvoir civil et le clergé romain, (ut pour les protestants le commencement d'une ère de contraicrte et de vexations. François de Sales était trop habile pour ne pas se hâter de tirer tout le parti possible d'un ensemble de circonstances si favorable h la réalisation de ses projets. Les événements qui se passèrent dans le pays de Gex durant les années 1611 et 1612 vont nous montrer comment le prélat sut user de son inlluence pour enlever aux protestants leurs temples, et pour les déposséder de ceux des biens ecclésiastiques dont ils jouissaient encore.

* Reg. de la Comp. des Pasteurs de Genève, 26 et 30juiu{v. st.), et U ficcembre 1607.

Les réTormés de France, réonis en assemblée générale à «Saumar en 1611, ayant demandé au roi ie règlemenl de toutes les diflkaltés relatives k Tédit de Nantes dans les lienx où il. n'a* vait pas encore été exécuté» obtinrent que deux commissaires, l'an catholique, l'autre réformé ' , seraient nommés dans chaque province pour y faire mettre Tédit en vigueur. En conséquence de cette décision, VHIarnoul de Jaucourt, gentilhomme proteslaot, et Le Masvier, conseiller et mattre des requêtes, commissaires pour la province de Bourgogne, se rendirent dans le pays de Gex vers la fin de Tannée 1611 ; on les y reçut sans opposi* tioo, et ils y tranchèrent toutes les questions en litige par rétablissement définitif de l'édit de Nantes, qui jusqu'aloh n'avait reçu qn^une exécution partielle. Quelques-unes des dispositions qu'ils firent mettre en vigueur étaient désavantageuses aux réformés, entre autres celte qui prescrivait & ces derniers de so*lenoiser les fêtes de FEglise catholique, et leur défendait de travailler ces joors-ià à boutique ouverte^ ni jnéliguemenij ni auûs champs^ ni dam les motkms fermées .^ à aucun métier dont k bruit put être entendu dans les rues et par les voisins *•

Cependant les commissaires s'appliquèrent à remplir leur mandat de la manière la plus équitable et la plus impartiale, et cherchèrent soigneusement h .éviter tout ce qui pouvait devenir une source de divisions entre les habitants des deux cultes. Une ordonnance et un règlement, rendus par eux le 12 décembre 1611, stipulèrent que Vobservation de l'édit de Nantes ne porterait aucun préjudice aux traités, arrêts et règlements précédemment obtenus par les réformés; et qu'en particulier l'article troisième, relatif ît ]a dépossession des temples, cimetières et pensions, ne serait exécutoire que lorsque le roi aurait pourvu les réformés de fonds équivalents aux biens qui leur seraient enlevés '. Ce point ayant été expressément réservé , les com*

* Ce dernier devait être choisi par ses coreligionnaires. — Benoist, Hist. ^eréditdeNames,t. II,p. 62.

* Art. 20 de l'édit de Nantes.

* Loride, Estât de l'affaire pendante aux Conseils du Roy, etc., p. 10.

missaires firent publier l'édit dans le bailliage ; les officiera royaux jurèrent de veiller fidèlement k son. exécution, et les protestants l'acceptèrent sans murmurer.

Mais il n'en fut pas de même de Tévéque et des catholiques du pays; ils réclamèrent Texécution littérale de Tédit» qu'ils savaient être tout au détriment des réformés, et François de Sales demanda b être remis en possession « de toutes les églises, cimetières, maisons presby tériales, revenus et domaines ecclésias* tiques. » Les protestants élevèrent de justes plaintes coiitre ces prétentions exorbitantes, et les commissaires, trouvant qu'il n'y avait pas lieu de changer leur position , leur donnèrent gain de cause par une ordonnance en date du 19 décembre^.

Toutes les difficultés paraissaient terminées par cette dernière décision ; aussi , après avoir rendu dans le bailliage quelques arrêts de police , Le Masvier et Villarnoul présentèrant-ils aa Conseil du roi un rapport sur la manière dont ils avaient aceom* pli leur mandat dans le pays de Gex. Mais François de Sales avait déjà eu le temps d'influencer en sa faveur, soit la reine régente, soit les membres du Conseil ; et, le 15 juin 1612, au mépris de l'ordonnance des commissaires, un arrêt royal, jugeant en dernier ressort la contestation déjà terminée entre les habitants des deux cultes, vint prescrire Texécution littérale et immédiate de l'édit. En vertu de cet arrêt, tous les bénéfices ecclésiastiques devaient êlre restitués au clergé romain , ainsi que les églises, tant celles qui étaient ruinées, que celles dont les réformés avaient conservé l'usage pour l'exercice de leur culte ; tous les cimetières devaient aussi êlre partagés par por^ lions égales entre les habitants des deux communions. .Cette dernière mesure, déjà prescrite en 1602, n'avait pas été exécutée, à cause de son inutilité, dans plusieurs paroisses ou ne se

* Publiée dans Tauditoire de Gex le 16 janvier 1612. — Brossardy Hist. pol., civ. et rel. du pays de Gex, p. 382. — Les archives de Berne renfierraent des copies authentiques, des ordonnances des commissaires Le Masvier /et Villarnoul.

troovaieol pohit de catholiques. Pour dédommager les protestants de la perte immense que leur faisait éprouver la spoliation ioalteodue dont ils étaient victimes , le roi leur promettait un doo annuel de 3,600 livres , b prendre sur les deniers d'oclroiy fonds de 15,000 éeus consacré par l'Etat h l'entretien des académies et des ministres réformés du royaume '.

Deux Donveaux commissaires, Bénigne Milletot^ conseiller au parlement de EHjon, et Pierre de Brosses, seigneur de Tournay, lieutenant civil et criminel au bailliage de Gex, furent chargés de présider & Texécution de l'arrêt. François de Sales se rendit âGei pour assister à leurs opérations, et pour reprendre luimême ces temples et ces bénéfices, dont son audacieuse persévérance avait enfin réussi k déposséder toute une population qui en était propriétaire depuis près de quatre-vingts ans. Le Conseil de Gex protesta auprès des députés royaux contre tout ce qui allait 86 passer; les pasteurs et les fidèles imitèrent son exemple. Mais leurs plaintes furent inutiles; les instructions des commissaires étaient formelles, et d'ailleurs la présence de l'évéquene permettait que difficilement k ces derniers de prêter l'oreille aux réclamations des protestants. Le seul adoucisse* ment qu'ils crurent pouvoir apporter b une mesure qui frappait les anciens habitants du bailliage d'une manière si douloureuse, fol l'offre de leur conserver la jouissance de six temples pendant l'espace d'un an, en attendant qu'ils se fussent construit de nouveaux lieux de culte; mais les réformés, révoltés à juste litre des conclusions de l'arrêt royal et de la partialité du gouvernement, refusèrent d'accepter cette offre. L'arrêt fut alors exécuté selon sa teneur. Le 16 juillet et les jours suivants, de Brosses et Milietot entreprirent une visite générale des paroisses dn bailliage; ils firent dans chaque localité la remise solennelle de l'église et des bénéfices entre les mains de François de Sales

* n est à remarquer que les deniers d'octroi n'étaient pas en réalité un ^ Éait aux réformés, mais une simple compensation des* dîmes que ceux-ci étaient astreints à payer à FEtat.

et des membres de son clergé , et procédèrent aussi au partage des crmetfères ' .

Les protestants ne pouvaient se soumetire à la spoliatiou de leurs temples et des pensions de leurs ministres sans épuiser tous les moyens de réclamation légale contre des actes qui por« taient à leurs droits et k leur liberté religieuse une atteinte aussi grave ; ils rédigèrent une requête au Conseil du roi pour interjeter appel de tout ce qui venait d'avoir lieu. Toutefois, ils comprenaient eux-mêmes que, vu la force du parli papiste, ils se flatteraient en vain d'obtenir rentière restitution de leurs biens d'Eglise, ou un dédommagement pécuniaire équivalent. Sentant la nécessité de modérer beaucoup leurs prétentions, les réformés du bailliage bornèrent leur requête aux points sui^ vants : Ils demandèrent que les églises et les cimetières des paroisses entièrement protestantes leur fussent laissés en tonte propriété ; que dans les paroisses où il y avait des catholiques^ on permit aux réformés de se bâtir des temples, en leur remboursant les réparations faites par eux aux anciennes églises; que le nombre de leurs pasteurs ne fût pas diminué ; qu'ils reçussent tous un traitement égal sur la somme de 1,800 écus^; et enfin, que cette somme ne fAt pas prise sur les deniers d'octroi, auxquels avaient droit tous les réformés de France, mais donnée par le roi pour être uniquement affectée aux protestants du pays de Gex.

Un gentilhomme du bailliage, Pierre Chevalier, seigneur de Fernex, se chargea de présenter au Conseil ces demandes, qui furent aussi appuyées par les députés généraux des Eglises da royaume. Mais Tinfaligable François de Sales veillait toujours auprès des autorités supérieures pour empêcher, de la part des réformés, toute démarche qui eût pu nuire au succès de son

^ M. Edouard Mallet a eu l'obligeance de nous communiquer une copie du procès- verbal des opérations des commissaires de Brosses et Milletot, coUationnée par lui-même sur Toriginal déposé aux archives de Dijon.

• Soit 5,400 livres.

œuvre; et au moment où fut présentée la requête des habitants du bailliage , il usa comme auparavant de son crédit \k la cour pour préTenir Marie de Médicis contre les réclamations qu'elle coutenait; aussi la mission de Chevalier fut-elle ^ peu près în«fructueuse. Le 23 décembre 1612, en présence du jeune roi el de la reine régente, le Conseil royal rendit , a»ec h consente'^ ment de l'Mque, un arrêt en réponse à la requête des protestants. Cet arrêt leur conservait pour Tannée courante les trois quarts des revenus des biens ecclésiastiques, et donnait le der* nier quart seulement au clergé romain ; mais du reste, tout en accordant quelques concessions insignifiantes, il se bornait à confirmer l'arrêt précédent ^. Voici le résumé de ses dispositions principales :

Tontes les églises étaient laissées aux catholiques, à la charge par eux de rembourser les grosses réparations que les réformés y avaient faites: les deniers en procédant seraient employés par ceux-ci à Fachapt de temples pour Vexercice de leur religion. Le partage des cimetières était approuvé, comme conforme à la ieure de l'édit de Nantes. Les pasteurs , conservés en même nonnbre que par le passé, seraient rétribués également sur la somme de 1,200 écus (et non de 1,800, comme Pavaient demandé leâ réformés); mais, quant à cette somme, malgré les pressantes instances des protestants el des députés généraux, le roi refusait complètement de l'accorder, et entendait qu'elle fût prise sur les deniers d'octroi. II résultait de I2i que les ministres (lu bailliage ne pouvaient recevoir leur salaire qu'au détriment des autres pasteurs du royaume, combinaison habilement con* çue dans le but de semer des germes de division entre les réformés; et, en outre, que la couronne, qui avait dépouillé les protestants de tous leurs biens d'Eglise, ne leur rendait en échange aucun dédommagement.

Cependant le roi, pour conserver les apparences de la justice,

' On peut Toir aux archives de Genève {Pièces Aiftor., »<> 2484) une copie textuelle de r arrêt du 23 décembre.

et paraître lëmoigoer aux réfbrméà quelque intérêt, leur faisait des concessions illusoires. Il accordait magnifiquement aux pasleurs la jouissance de ce quiU possédaient dans le bailliage en la êouveraineié de Genève. Relativement b la construction des temples» il permettait aux habitants de prendre dans les communes le bois nécessaire pour la charpente, et leur cédait aussi les matériaux des couvents abattus ; mais le pays de Gex s'é« tendant au pied d'une montagne boisée, le don des charpentes avait peu de valeur pour les réformés; et quant aux couvents, ceux qui jadis avaient existé dans le bailliage, sécularisés au moment de la réformation , devaient être on démolis depuis longtemps déjà, ou consacrés à d'autres usages.

En résultat définitif, les arrêts du 15 juin et du 23 décembre étaient une violation manifeste des édits antérieurs; ils dépouillaient les protestants de la manière la plus illégale et la plus inique, et rendaient même leur sort tout à fait précaire. Les 3,600 livres que le roi consentait h leur assigner étaient en effet une compensation vraiment dérisoire, si Ton songe que cette somme devait suffire à Tentrelien de douze pasteurs, et qu'il fallait encore prélever sur elle les frais du culte et les dépenses nécessaires pour Tentrelien des temples et des cures. Ces arrêts étaient de plus une source féconde de contestations et de procès entre les habitants des deux communions, relativement il l'indemnité que les catholiques devaient payer aux protestants pour les réparations faites par ceux-ci aux anciennes églises.

Mais une conséquence plus fâcheuse encore était, comme notîs l'avons déjà remarqué, le germe de divisions introduit entre les habitants du pays de Gex et les autres réformés du royaume : Tarrét de décembre frustrait ceux-ci d'une somme de 3,600 livres pour la donner aux premiers, qui, au fond, n'y avaient aucun droit, puisque leur réunion à la France était postérieure à Tédit de Nantes. L'année 1613 vit déjà naître des démêlés entre les uns et les autres, à foccasion de leurs inté-

réis pécuniaires. Les liabilaols de la ville de Gex ayant de^» mandé au syuode provincial de Bourgogne , dont iU relevaient, quelques secours en argent pour la consiruciioQ d'un collège, le synode leur accorda 60 livres. Mécontents de celle somme, qu'ils trouvaient trop faible» ils en appelèrent au Conseil du roi, qui saisit avec empressement celle occasion de fomenter la dis* corde entre les réformés , et adjugea aux plaignants 250 livres* Ce fait était excessivement fâcheux, comme le remarque l*his* lorien Benoist S soit pour l'exemple, qui engageait les mécooleois à en appeler au Conseil royal des décisions des synodes, soit pour la conséquence, qui soumettait à l'arbitraire de ce Con* seil la distribution des fonds particuliers des réformés, ce qui était contraire aux stipulations de l'édit de Nantes. Ânssi le synode national, rassemblé àTonneins en 1614, censura viveineot la conduite des proleslanls de Gex et leur ordonna d'obéir h leur synode provincial '. — Le synode de Tonneins saisit celte occasion pour réitérer au roi la demande de vouloir bien faire don aux réformés du pays de Gex des 3,600 livres qu'ils recevaient annuellement en compensation de la perte de leurs biens d'Ëglise, a6n que celte somme ne fût plus à la charge des autres réformés du royaume ; mais celte démarche demeura sans aucun résultat ^.

Pendant que François de Sales voyait, grâce à la protection de la cour, ses projets sur le bailliage réussir d'une manière si complète, il nouait une autre intrigue, dirigée principalement

* Hist. de redit de Nantes, t. II, p. 136.

' c La Compagnie a jugé la dite ville (de Gex) grandement censurable pour s*estre pomweue par telle Yoye contre le règlement et union des Eglises, et lui est enjoinct de ne cercher autre moyen d*establir son Collège que celuy qui dépend desdits reglemens ayant recours à la province de Bourgongne laquelle est anthorisée en rordonnance qu'elle avoit faite des soixante livres SQsmentionnez et afifectez audit collège , et en cas que ladite ville n'obéisse, sera procédé contre elles par toutes censures ecclésiastiques. » (Actes du Syn. nat. de Tonneins, Estât des Acad. et Collèges, § 12.)

" Actes du Synode national de Tonneins, du 2 mai 1614; Faits Gêné* «»«»,S17.

tronlre Genève, mais qui attaquait aussi d'une manière indirecte les réformés du pays de Gex. II s'agissait des biens ecclésiasliqucs assez nombreux que la république possédait dans le bailliage. Ces biens , anciennes terres du prieuré de Sl-Vietor et du chapitre deSt-Pierre, appartenaient ii Genève depuis la Réformation. Berne, la Savoie et la France, qui avaient possédé successivement le territoire limitrophe, les avaient reconnus sa propriété; Henri III en 1589 et Henri IV en 1392 lui en avaient même garanti la souveraineté pleine et entière^ Mais François de Sales , que nous avons vu consacrer tant de temps et d'efforts à poursuivre la restitution des bénéfices ecclésiastiques des réformés du pays de Gex , ne convoitait pas moins avidement les biens qui appartenaient aux Genevois ; il désirait s'en emparer, d'abord pour les remettre entre les mains de son clergé, leur ancien propriétaire , qui retrouverait en eux une source importante de revenus ; et ensuite, parce que la possession de ces terres devait lui assurer dans le pays de Gex une influence tout k fait propre ii hâter Texécution de ses plans pour la conversion de cette contrée. Dès son premier voyage à Paris en 1602, il avait sollicité très-instamment le roi de lui accorder ces biens, dont il se disait le propriétaire légitime; heureusement, les deux députés genevois qui se trouvaient alors à la cour^ de Chapeaurouge et Anjorrant , établirent d'une manière victorieuse les droits de la république, et forcèrent le prélat à se désister de ses prétentions. Lui ayant parlé aii diverses fois,]^ dit le registre du Conseil de Genève , « d'un ton un peu haut < et menaçant, comme à un homme qui iravailloit à nous faire

^ Les biens ecclésiasliques da pays de Gex appartenant à Genève en toute souveraineté en vertu de la reconnaissance qu'en avaient faite Henri III, le 19 avril 1589, et Henri IV, le 20 octobre 1592, se divisaient en deux catégories : lo Biens dépendant du Chapitre, situés près des villages de Moins, Magny, Prévessin, Saint-Genis, Meyrin, Vernier, Feigère, Logra, Peron, Saint-Jean-de-Gonville, Baysena, Fenière, Thoîry, Sergy, Gregny et Escorens. — 2° Biens dépendant de Saint-Victùr, situés près des villages de Valavran, Colovrex, Russin, Saint-Jean-de-Gonville et quelques autres lieux.

côier DOS biens, ils le firent filer on peu plus doux. Et enfin le c(Roy reconnoissanl la justice de nos plaintes et ayant appris c que le dit de Sales s'étoil servi dans ses sermons de certaines compressions qui scntoient la faction du Maréchal de Biron, «il fui enfin renvoyé avec sa courte bonté, après l'avoir fait c attendre pendant huit mois, sans lui donner d'autre réponse a si non qu'il se retirât et que le Roy n'avoit pas besoin de ses « remontrances ^»

Malgré cet échec, François ne se tint pas pour battu ; et, en 1612, lors de la mise k exécution de Tédit de Nantes dans le pays de Gex , jugeant l'occasion favorable pour renouveler sa tentative , il demanda aux commissaires de Brosses et Milletot de lui prêter main-forte pour s'emparer des terres en litige. Ces fonctionnaires, ne pouvant prendre sur eux une pareille responsabilité, le renvoyèrent au Conseil du roi, auquel François présenta une requête'; ses conclusions furent communiquées au représentant de la république k Paris, le syndic Anjorranl, qui refusa d'en prendre connaissance et d'entrer en cause avec l'évéqucLe gouvernement deGenève, averti du péril, réclama aussitôt auprès de la reine-mère et des ministres avec toute la force que lui donnait l'évidence de ses droits ^ Ses plaintes furent écoutées. elFrançois de Sales, voyant qu'il lui serait inutile de chercher à plaider plus longtemps, cessa ses poursuites^.

' GatUi&r, Ëxtr. des Beg. du Conseil de Genève, 11 septembre 1602.

* Les archives de Genève (n^ 2483) renferment une copie de cette pièce. ' Voir Pièces Justificatives, n® IV, les réclamations du Conseil de Genève.

* Les biens ecclésiastiques appartenant à Genève, soit sur son propre territoire, soit dans le pays de Gex, furent pour elle une source d'interminables vexations. Les entreprises de François de Sales furent souvent renouvelées par les évêques ses successeurs, ainsi que par les chanoines du chapitre d'Annecy; en outre, plusieurs prêtres réclamèrent individuellement des bénéfices dont ils étaient restés titulaires. Ainsi, Jean du Piau^ se disant prieur de Saint- Jean-hors les murs de Genève , causa beaucoup d'inquiétudes à la république par les difficultés qu'il lui suscita pendant plus de vingt-cinq ans; ainsi, en 1627, le prêtre de la Berchère, aumônier du duc de la Ro-

Avec l'aoQée 1612 se terminent d'une manière à peu près complète les longs efforts de Tévéque d'Annecy pour amener dans le pays de Gex le triomphe de son plan de restauration du catholicisme. Ce triomphe ^ il l'avait obtenu par l'arrêt do 23 décembre. La restitution des églises et le recouvrement des biens ecclésiastiques étaient le but qu'il lui importait avant tout de poursuivre; une fois qu'il Peut atteint, son activité et sod ardeur pour la conversion du bailliage se ralentirent beaucoup. Il pensait probablement avoir achevé ia partie essentielle de son œuvre, et se persuadait peut-être que les protestants appauvris rentreraient peu k peu d'eux-mêmes dans le giron de l'Eglise, en sorte que leur retour à la foi romaine ne serait plus qu'une affaire de temps et de patience; mais si telles furent les prévisions de François ^ les faits se chargèrent pleinement de les démentir.

Le 30 novembre 1613, le prélat ordonna aux prêtres du bailliage, qui célébraient habituellement la messe dans les égli^ ses de Gex, Farges, Sessy, Peron, Chalex et Divonne, de la rétablir aussi à Thoiry et h Saconnex, a eu attendant que par «le nombre des convertis les autres églises fussent ouvertes^» Durant les neuf années qui s'écoulèrent depuis ce moment jusqu'k la mort de l'évéque, les curés du pays de Gex profitèrent sans doute des avantages de leur position pour chercher a augmenter dans la contrée le nombre des partisans deRonoe; mais François ne nous parait pas avoir pris de part directe à cette œuvre ; tout au moins, pendant cette période, n'avons-nous trouvé d'autre trace de son activité relativement k cette partie de son diocèse que la rédaction d'un mémoire composé par lui

chefoucauld , revendiqua les revenus de la chapelle de Feigères (bien que cette chapelle eût été détruite depuis fort longtemps, ainsi que le prieuré de Saint-Jean); ainsi encore, en 1655, le curé de Saconnex éleva des prétentions sur la dîme de Pregny. Toutes ces difficultés ne cessèrent définitivement que depuis le traité d'échange entre Genève et la France en 1749. ^ C, A. (k Sales, Histoire de la vie et desfaicis du bienheureux François de Sales, évesque et piinee de Genève, p. 438. Lyon, 1634.

eo 1621 sur le rétablissement des cures du pays de Gex el sur PéUU de leurs re^ntis*. Il est assez bizarre de voir on bomme si souvent loué pour son complet détachement des biens du monde, attacher une telle importance à des considérations pure* ment financières , et n'accorder en revanche qu*une place trèsaccessoire ^ ce qui am'ait dû être pour lui Tessentiely à l'œuvre de ia conversion des âmes dont il se disait le pasteur. Cette réflexion ne nous est nullement inspirée par le désir de jetef ooe insinuation malveillante sur le caractère de l'évéque d'Annecy; nous l'avons dit, nous sommes les premiers k rendre ju»* liée aux qualités éminentes qui brillèrent en lui; mais il est im* possible, à notre avis, d'étudier de près sa conduite k Tégard des protestants du Gbablais et du pajs de Gex sans être péniblement frappé de l'alliage humain qui dépara trop souvent chez François de Sales ses vertus , son zèle et le pieux désir qu'il avait formé dès sa jeunesse de consacrer sa vie au service de son divin Maître.

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