J)E L’EMBAUMEMENT CHEZ LES ANCIENS ÉGYPTIENS
Puisque l’ignorance où nous sommes de la langue de cette grande nation nous met dans l’impossibilité de savoir, par nous-mêmes, les causes et les procédés de la conservation des cadavres, suivons les récits des auteurs anciens , efforçons-nous de retrouver, non par l’imagination, mais par les faits positifs, par l’étude des conditions extérieures invariables, les différentes données de la question des embaumements chez les Egyptiens.
D’abord, si nous faisons abstraction de tout ce que le perfectionnement successif des arts , le luxe, l’amour des distinctions a pu ajouter à la conservation simple, nous arrivons avec Rouelle à cette conclusion, que le travail des embaumements sc réduisait à deux parties esseu-
tiellcs : la première, de dessécher les corps, c’est-à-dire de leur enlever les liquides et les graisses qu’ils contenaient; la seconde, de défendre les corps ainsi desséchés, de l’humidité extérieure et du contact de l’air. Nous avons vu déjà tout le secours qu’ils liraient de leur climat pour remplir la première condition : une description détaillée nous fera connaître ce que leur industrie savait y joindre. Quant à la seconde, la nature de leurs souterrains leur venait encore puissamment en aide.
Ces vastes cavités, dit Pelletan , à l’abri des inondations du Nil, ont sans doute fourni d’abord les matériaux des monuments de Thèbes, et les architectes du temps creusaient ainsi les tombeaux des familles en élevant leurs palais. Toute leur surface, depuis l’entrée jusqu’aux replis les plus profonds de ces cavités ténébreuses , est couverte de sépultures et de peintures à fresque ; chaque sujet encadré forme autant de petits tableaux qui se touchent, et dont les personnages n’ont pas plus de deux ou trois pouces de li-auteur; en sorte que toute l’étendue de ces doubles murs, dont le développement est incalculable, a été l’objet d’un travail minutieux. Les sculptures sont en bas-
reliefs cl couvertes de teintes égales , mais vives et très-bien conservées. Les points du rocher qui ne se prêtaient point au travail ont été couverts d’un enduit parfaitement solide, et si durable qu’on n’y observe encore d’autres dégradations que celles qui ont résulté des efforts de quelques voyageurs pour en emporter des fragments. La perspective manque toujours dans ces tableaux ; les corps sont de face et les visages de profil; mais le dessin est pur et les proportions justes; on n’y trouve rien qui décèle l’ignorance de l’artiste; ce qui suppose chez les Égyptiens , sinon une grande perfection dans les arts, du moins une grande popularité dans leur pratique. Les sujets de ces tableaux sont des scènes domestiques; ils se terminent ordinairement par un convoi funèbre, d’où l’on peut conclure qu’elles sont relatives à la vie de l’homme enfermé dans chaque niche latérale. La température des caveaux est de 20°.
11 nous a paru convenable de préciser ainsi les conditions de dessèchement et de conseryatipn ultérieure, avant de présenter les descriptions cpii nous ont transmis d’une manière plus ou moins exacte la part des hommes dans cette opération. Hérodote, Diodore
de Sicile et Porphyre, qui ont écrit avec le plus de detail sur les funérailles des égyptiens, vont nous fournir les premiers renseignements.
Hérodote. Le deuil et les funérailles se font de cette manière : quand il meurt un homme de considération, toutes les femmes de sa maison (i oi/cctcs ) se couvrent de bouc la tête et même le visage; elles laissent le mort à la maison, se ceignent par le milieu du corps, se découvrent le sein, se frappent la poitrine et parcourent la ville, accompagnées de leurs parentes. D’un autre côté, les hommes se ceignent aussi et se. frappent la poitrine : après cette cérémonie, on porte le corps à l’endroit où on l’a embaumé.
Voici, d’après Diodore de Sicile (livre Ier, lom. icr, p. 102, § xcit) , les cérémonies de la sépulture chez les Egyptiens : » Les parents fixent le jour des obsèques, afin que les juges, les parents et les amis du mort aient à s’y trouver, et ils le déterminent, en disant qu’il doit passer le lac; arrivent ensuite les juges au nombre de plus de quarante ; ils se placent et forment un demi-cercle au-delà du lac. On approche de ses bords un bateau que tien-
lient prêt ceux qui sont chargés de celle cérémonie et sur lequel est un naulonnier que les Égyptiens nomment en leur langue cliaron. Aussi dit-on qu’Orphée ayant remarqué cet usage dans son voyage en Egypte, en prit occasion d’imaginer la fable des enfers, en imitant une partie de ces cérémonies, et en y ajoutant d’autres de son invention. Avant que de placer sur le bateau le cercueil où est le corps du mort, la loi permet à un chacun de l’accuser. Si l’on prouve qu’il a mal vécu, les juges le condamnent et il est exclus du lieu de sa sépulture. S’il paraît qu’il a été accusé injustement, on punit sévèrement l’accusateur. S’il ne se présente personne pour l’accuser, ou si celui qui l’a fait est reconnu pour un calomniateur, les parents ôtent les marques de leur douleur, et font l’éloge du mort, sans parler de sa naissance , comme cela se pratique en Grèce, parce qu’ils pensent que les Égyptiens sont tous également nobles. Ils s’étendent sur la manière dont il a été élevé et instruit depuis son enfance, sur sa piété, sur sa justice, sa tempérance et ses autres vertus depuis qu’il est parvenu à 1 âge viril, et ils prient les dieux des enfers de l’admettre dans la demeure des
gens pieux. Le peuple applaudit et glorifie le mort, cjui doit passer toute l’éternité dans les enfers avec les bienheureux. Si quelqu’un a un monument destiné à sa sépulture, on y dépose son corps; s’il n’en a point, on construit dans sa maison une chambre, et l’on pose sa bière droite contre la partie du mur la plus solide. On place dans leurs maisons ceux auxquels on n’a pas accordé la sépulture, soit à cause des crimes dont on les a accusés, soit à cause des dettes qu’ils avaient contractées , et il arrive quelquefois dans la suite qu'on leur donne une sépulture honorable , parce que leurs petits-enfants devenant riches, paient leurs dettes ou les font absoudre. » — Orphée communiqua aux Grecs ces usages des Égyptiens, appliqués aux enfers. Homère, marchant sur ses traces, en orna sa poésie : « Mercure , dit-il, sa baguette à la main, convoquait les âmes des poursuivants. » Et peu après : « Elles traversèrent l’océan, passèrent près de Leucadc , entrèrent par la porte du Soleil (Iléliopoüs) dans le pays des Songes, et bientôt ('lies arrivèrent dans la prairie d’Asphodèle, où habitent les âmes qui sont les images des morts. »
Mais reprenons le récit d’Hérodote : 11 y a en
Jigyptc certaines personnes que la loi a chargées des embaumements, et qui en font profession.
Quand on leur apporte un corps, ils montrent aux porteurs des modèles de morts en bois. Le plus recherché représente, à ce qu’ils disent, celui dont je me fais scrupule de dire le nom; ils en font voir un second, qui est inférieur au prem icr et qui ne coûte pas si cher; ils en montrent encore un troisième qui est au plus bas prix. I ls demandent ensuite suivant lequel de ces trois modèles on souhaite que le mort soit embaumé. Après qu’on est convenu du prix, les parents se retirent : les embaumeurs travaillent chez eux, et voici comment ils procèdent à l’embaumement le plus précieux. — D’abord ils tirent la cervelle par les narines, en partie avec un ferrement recourbé, en partie par le moyen des drogues qu’ils introduisent dans la tète ; ils font ensuite une incision dans le flanc avec une pierre d’Ethiopie tranchante.
Le corps étant étendu par terre, le scribe trace sur le flanc gauche tout ce qu’on doit couper. Celui qui doit faire l’incision coupe, avec une pierre cl’Elhiopie, autant de chair que l'ordonne la loi. Cela fait, il s’enfuit de toutes scs
forces, et les assistants le poursuivent à coups de pierres, en le chargeant d’imprécations, comme s’ils voulaient détourner sur lui ce crime. Ils regardent , en effet, comme odieux quiconque fait violence à un corps de même nature que le leur, quiconque le blesse, en un mot, quiconque lui fait quelque mal. » ( Diodore, liv. 1 ‘ 1 , t. 1er, p. 102.)
Ils tirent par cette ouverture les intestins, les nettoyent et les passent au vin de palmier, les mettent dans un coffre, et entre autres choses qu’on fait pour le mort, on prend le coffre, on atteste le soleil, et l’un des embaumeurs lui adresse pour le mort ces paroles qu’Euphantus a traduites de sa langue maternelle : « Soleil, souverain maître, et vous tous, dieux, qui avez donné la vie aux hommes, recevez-moi et permettez que j’habite avec les dieux éternels. J’ai persisté, tout le temps que j’ai vécu, dans le culte des dieux que je tiens de mes pères ; j’ai toujours honoré ceux qui ont engendré ce corps ; je n’ai tué personne, je n’ai point enlevé de dépôt; je n’ai fait aucun autre mal. Si j’ai commis quelqu’autre faute en ma vie, soit en mangeant, soit en buvant, ce n’a point été pour moi, mais pour ces choses. L’cmbaumcuv
montrait, on achevant ces mots, U* coffre où étaient les intestins, et jetait ensuite le col’fre dans le fleuve. Quant au reste du corps, lorsqu’il était pur, on l'embaumait.» ( Porphyr. , De abslinentiâ ab csû animalium , livre 17, § 10, p. 029.)
Ensuite ils remplissent le ventre de myrrhe pure broyée, de canelle et d’autres parfums, l’encens excepté; puis ils le recousent. Lorsque cela est fini, ils salent le corps en le couvrant de natrum pendant soixante-dix jours. (Natrum, dans l’intention d’enlever et sécher les parties huileuses , lymphatiques et graisseuses ; mais ce devait être la première opération, car si on eût commencé à remplir le corps de myrrhe et d’aromates avant de le saler, le natrum agissant sur les matières balsamiques et formant avec leurs huiles une matière savonneuse très-soluble et facile à être emportée par les lotions, aurait détruit la plus grande partie de ces aromates. D’ailleurs Diodore ne parle pas du natrum. )
il n’est pas permis de les laisser séjourner plus long-temps dans le sel. Les soixante-dix jours écoulés , ils lavent le corps et l’enveloppeut entièrement de bandes de toile de coton,
enduites de gomme arabique, commi, dont les Egyptiens se servent ordinairement comme do colle. Les parents retirent ensuite le corps, ils font faire en bois lin étui de forme humaine ; ils y renferment le mort, et le mettent dans une salle destinée à cet usage ; ils le placent droit contre la muraille. Telle est la manière la plus magnifique d’embaumer les morts. — Ceux qui veulent éviter la dépense choisissent cette autre sorte : on remplit des seringues d’une liqueur onctueuse qu’on a tirée du cèdre; on en injecte le ventre du mort sans y faire aucune incision, et sans en tirer les intestins: quand on a introduit cette liqueur par le fondement on le bouche, pour empêcher la liqueur injectée de sortir; ensuite on sale le corps pendant le temps prescrit. Le dernier jour on fait sortir du corps la liqueur injectée; elle a tant de force quelle dissout le ventricule et les entrailles , et les entraîne avec elle. Le natrum consume les chairs, et il ne reste du corps que la peau et les os. Cette opération finie, ils rendent le corps sans y faire autre chose.
La troisième espèce d’embaumement n’est que polir les plus pauvres. On injecte le corps
avec la liqueur nommée sum/îf'd ,• ou mot le corps dans le natrum pendant soixante - dix jours, et on le rend ensuite à ceux qui l’ont apporté. Quant aux femmes de qualité , lorsqu’elles sont mortes, on ne les remet pas surle-champ aux embaumeurs, non plus que celles qui sont belles et qui ont été en grande considération, mais seulement trois ou quatre jours après leur mort. On prend cette précaution de crainte que les embaumeurs n’abusent des corps qu’on leur confie.
On raconte qu’on en prit un sur le fait, avec une femme morte récemment, et cela, sur l’accusation d’un de scs camarades,
Les récits qui précèdent ont été l’objet d’une foule de commentaires, de discussions et de recherches. On s’est étonné qu’Hérodote eût omis le dessèchement; mais il arrivait naturellement pendant le temps consacré à la préparation. — Les uns ont voulu que le corps entier fût premièrement salé et ensuite pénétré de matières résineuses et balsamiques qui, s’incorporant avec les chairs, les préservaient de la putréfraction ; les autres ont prétendu que les corps, après avoir été salés, étaient desséchés, et que ce n’était qu’après
( So )
celte dessiccation qu’on leur appliquait les matières résineuses et balsamiques. 11 suffit de la simple inspection des momies pour rejeter la première opinion. Quelle union, en effet, ces dernières matières auraient-elles pu contracter avec les fluides des tissus? et comment concevoir dès lors que des corps remplis souvent* d’une sérosité corrompue aient résisté à l’action intestine de causes si actives de décomposition?
M. Rouelle a pensé que le natrum était un alcali fixe, qui agissait à la manière de la chaux, en dépouillant les cadavres des liqueurs lymphatiques et de la graisse, et en ne laissant que les parties fibreuses et solides. Aussi, d’après cette manière de comprendre le procédé /
des Egyptiens, est-il amené à relever une erreur qui s’est glissée dans le récit d’IIérodote, au sujet de la première classe d’embaumement. Il y est dit qu’on emplissait le ventre du cadavre, de myrrhe, de canclle et d’autres parfums, excepté l'encens, et qu’ensuite on le mettait dans le natrum ; après quoi on le lavait. Mais à quoi auraient servi ces matières résineuses avec lesquelles l’alcali du natrum aurait bientôt formé une matière savonneuse, que les lotions auraient emportée, au moins en grande partie?
( yl )
11 est bien plus raisonnable de penser que les matières balsamiques et résineuses n’étaient appliquées aux cadavres qu’après qu’on les avait retirées du natrmn.
Le même auteur signale encore une inexactitude dans ce qu’Hérodote nous a appris sur les bandages des momies. Très-peu de momies, dit-il , sont enveloppées selon la description d’Hérodote, c'est-à-dire que les bandes de toile ne sont pas collées ensemble avec de la gomme seule, appliquées immédiatement sur le corps simplement desséché, sans aucune matière résineuse. Un pareil embaumement est des moins précieux, pendant quTIérodote le décrit comme le plus riche ou le plus cher.
La momie que l’on conserve dans le cabinet de Sainte-Geneviève et les deux qui sont dans celui des Célcstins peuvent jeter de nouvelles lumières sur cet endroit d’IIérodole et confirmer mes conjectures. Lies momies ont deux espèces de bandages; le corps et les membres sont chacun séparément enveloppés avec des bandes de toile , enduites de résine ou de bitume, et elles sont si bien unies ensemble qu’elles ne font qu’une masse; c’est sans doute ce qui a fait croire à quelques auteurs que
cette épaisseur n était que des chairs embaumées. Il y a d’autres bandes de toile sans matière bitumineuse qui enveloppent tout le corps ; les deux bras étaient croisés sur l'estomac, et les deux jambes collées ensemble. Ces momies sont emmaillottées par ces nouvelles bandes, ou , si l’on veut , par ce dernier bandage, de même qu’on emmaillotte les enfants; ces bandes sont jaunâtres, particulièrement celles de la momie du cabinet de Sainte-Geneviève, et elles sont absolument sans matière résineuse. .On peut donc facilement conclure que ces bandes ont pu être simplement enduites de gomme. Il paraît qu’Hérodote a oublié de décrire l’usage du premier bandage, employé pour soutenir les matières résineuses à la surface du corps , et qu’ayant peut-être vu , chez les embaumeurs ou autre part, quelques corps emmailloltés comme les enfants , il n’aura décrit que le deuxième bandage.
Si on examine avec attention la momie du cabinet de Sainte-Geneviève et celle du cabinet des Célestins, on verra que le deuxième bandage est également une suite de l’embaumement ordinaire ou plus recherché; car la
momie des Gélestins, dont on a enlevé le premier bandage, sans doute pour voir l’embaumement, a les bandes du premier bandage d’une toile grosse et très-claire; au contraire, les bandes de celle de Sainte-Geneviève sont beaucoup plus fines, pendant que les matières des embaumements de ces deux momies sont les mêmes. 11 me paraît que les momies sont rarement parvenues à nous avec le second bandage, et je suis persuadé que la conservation de ceux des momies du cabinet deSainte-Geneviève et des Gélestins n’est due qu’à leur caisse ou aux soins singuliers de ceux qui les ont envoyées.
Enfin Kouelle a analysé la matière des embaumements, et le résultat de l’analyse faite sur six momies lui a donné pour deux , le succin, pour les quatre autres, le bitume de Judée ou le pisasphaltum , mélange où se trouve le bitume de Judée. — Rouelle n’a rencontré de traces certaines de myrrhe dans aucune momie. Voici la conclusion qu’il tire des faits : « Nos expériences nous fournissent donc trois embaumements différents par leur madère. Le premier, avec le bitume de Judée; le second, avec le mélange du bitume it la liqueur de
cèdre ou le cvdria , et le troisième, avec ce mélange auquel on a joint des matières résineuses et très-aromatiques.»
Nous nous bornons à ces réflexions sur les procédés décrits par les anciens et donnes par eux comme les seuls pratiqués en Egypte. — Nous allons citer quelques passages du mémoire si remarquable de M. Houyer, par lesquels on pourra juger facilement qu’ils n’ont pas eu connaissance de plusieurs méthodes en lisage chez ce peuple. Toutefois, il est bon de donner ici quelques explications qui jettent line nouvelle lumière sur les sources que nous avons reproduites; elles sont extraites la plupart du mémoire du comte de Caylus.
L’exhibition des modèles de la part des embaumeurs avait rapport à la richesse du travail demandé et à la dépense de l'embaumement choisi. — Le premier modèle, quTIérodote se faisait scrupule de nommer, était probablement la figure de quelque divinité (Isis). — Hérodote ne parle point du prix, et il se peut que Diodore ait rapporté ses évaluations sans en être trop bien instruit. Selon son récit, le premier coûtait un talent (environ /|5oo fr. de notre monnaie); le second, 20 mines (i5oofi\);
le troisième, peu de chose (vague). — Diodorc continue en ces termes : La fonction d’ensevelir est une profession particulière, qui a été apprise, comme les autres, dès l’enfance. Ceux qui l’exercent vont porter chez les parents un état de ce qu’on peut dépenser, cl leur demandent à quoi ils jugent à propos tic s’en tenir. Etant convenus, ils prennent le corps et le donnent aux officiers qui doivent le préparer.
Dans la tête qui a été envoyée à M. de Caylus, le crâne était réellement percé par les narines, et le fond de l’orbite ouvert du côté droit. - — Quant aux parfums, l’exception de l’encens ne se pratiquait apparemment que par respect pour la divinité. 11 n’a vu sur aucune momie rien qui pût marquer la moindre couture; aussi n’était-elle pas nécessaire. L’extrême sécheresse de la peau et la solidité quelle acquérait par le bitume rendaient cette opération inutile.
Les Egyptiens employaient leur natrum comme nous employons la chaux, pour préparer les cuirs et les tanner. — Kommi , gomme arabique du Sénégal.
A l’égard des bandages , il y en avait de plusieurs façons, soit par la qualité des toiles,
soit par la façon do los arranger, plus simple ou plus compliquée : il so trouvait quelquefois jusqu’à mille aunes de ces bandes étroites sur la même momie.
Diodore , après avoir parlé de ceux qui font l’incision, ajoute : Ceux qui salent viennent ensuite ; ce sont des officiers très-respectés dans l’Egypte; ils ont commerce avec les prêtres, et l’entrée des lieux sacrés leur est ouverte, comme à des personnes qui sont elles-mêmes sacrées. Ils s’assemblent autour du mort qu’on vient d’ouvrir, et l’un d’eux introduit, par l’incision, sa main dans le corps, et en tire tous les viscères , excepté le cœur et les reins. Un autre, poursuit-il , les lave avec du vin de palmier et des liqueurs odoriférantes; ils oignent ensuite le corps pendant plus de trente jours avec de la gomme de cèdre, de la myrrhe, du cinnamome et d’autres parfums, qui nonseulement contribuent à le conserver dans son entier pendant très-long-temps , mais qui lui font encore répandre une odeur très-suave. Ils rendent alors aux parents le corps revenu en sa première forme , de telle sorte que les poils même des sourcils et des paupières sont démêlés, et que le mort conserve l’air de son
visage el le poi l cle sa personne. Plusieurs Égyptiens, ayant gardé, par ce moyen, toute leur race dans des cabinets faits exprès, trouvent une consolation qu’on ne peut exprimer à voir leurs ancêtres dans la même figure et avec la même physionomie que s’ils étaient encore vivants.
A l’égard de ceux qui ont été pris par un crocodile ou qui se sont noyés dans le fleuve, auprès de quelque ville qu’ils soient jetés, ceux de la ville sont obligés de les embaumer, de les ajuster de la manière la plus magnifique et de les déposer dans les tombeaux sacrés. Il n’est permis à aucun, soit de leurs parents, soit de leurs amis, d’y toucher; les seuls prêtres du Fsil les embaument, comme des corps qui ont quelque chose au- dessus de l’humanité ( Hérodote) . Ces tombeaux sacrés sont-ils ceux du dieu Apis? Y avait-il des lieux sacrés pour la sépulture , différents des puits et des pyramides?...
Les dépenses et les soins pour l’embaumement des princes devaient être immenses, ainsi qu’on peut le conjecturer par le fait suivant. — Une portion de momie que l’on conserve dans le cabinet de Sainte-Geneviève mé-
( SK )
ri Le Ions les éloges que l’on peut donnera une chose de ce genre. C’est le pied, la jambe et la cuisse d’un enfant de deux à trois ans. Le soin avec lequel on a travaillé cet embaumement a été senti par ceux qui en ont fait présent à ce cabinet ; car ils ont écrit sur la boîte qui renferme cette précieuse opération de l’art Momie du vêtit prince de Memphis, (lotte dénomination n’a sans doute aucun autre fondement que la nature du travail et la différence sensible qui se remarque entre cette momie et les autres. La superficie de la chair est noire, et si lisse qu’on peut la comparer à un beau vernis de la Chine ; les chairs n’ont pas ioutà-fait conservé leur mollesse; mais on distingue toutes les épaisseurs ci tout le potelé qu’on voit dans les enfants , aussi bien que toutes les articulations et tous les petits plis des doigts, Les ongles sont parfaitement conservés et bien enchâssés; ils n’ont ni couleur ni dorure; ils paraîtraient avoir été dorés. Les bandelettes ne semblent pas avoir été imbues des mêmes bitumes que pour les autres momies. La couleur quelles ont acquise par des matières balsamiques, desséchées, comme on le peut croire, participe de celle de la cannelle,
quoique l’odeur, qui est agréable, n’ait aucun rapport avec cet aromate.
Les bandelettes sont fines , déliées , proportionnées à la grandeur du corps qu’elles recouvrent; elles sont arrangées avec un soin extrême et répétées un très-grand nombre de fois. D’ailleurs l’os de la cuisse, dont il y a plus de quatre doigts de découvert, a souffert très-peu d’altération dans sa couleur; l’air seul aurait suffi pour lui donner celle qu’on y remarque. Rouelle, avec lequel M. de Caylus a visité cette momie, a remarqué, en perçant avec une épingle le dessous de ce petit pied, que la peau était comme un parchemin tendu et vide dessous. Tout cela prouve une préparation plus chère et plus recherchée, destinée pour les princes. On peut ajouter à cette conjecture, que les caisses de pierre de touche ou de basalte, dont l’ouvrage a constamment beaucoup coûté, à cause de la dureté,' caisses si rares qu’on en compte à peine trois ou quatre, pourraient bien n’avoir été faites que pour des princes, et encore des plus éminents.
Nous n’avons pas hésité à faire rentrer dans ce travail les observations qui précèdent, parce quelles nous ont paru nécessaires pour rec-
tifier ou compléter les faits avancés par Hérodote, Diodore de Sicile, Plutarque, Porphyre et plusieurs autres. Mais l’ensemble de ces matériaux avait besoin de nouvelles lumières, de recherches sur les lieux. La commission scientifique d’Égypte en sentit le besoin : aussi plusieurs de ses membres s’appliquèrent-ils à étudier par eux- mêmes les pyramides et les souterrains, et l’un d’eux , M. Rouyer, dans son mémoire sur les embaumements égyptiens, nous en trace une histoire à peu près complète. Voici les détails les plus intéressants :
L’art des embaumements est totalement inconnu aujourd’hui dans les lieux où il a pris naissance, et il reste enseveli dans le plus profond oubli, depuis que l’Egypte, qui fut longtemps le séjour des sciences et de tous les arts, a été envahie et successivement ravagée par des peuples barbares, qui ont anéanti toutes ses institutions politiques et religieuses.
Les historiens auxquels nous sommes redevables de tout ce mie l’on sait aujourd’hui des merveilles anciennes de 1 Egypte , et qui ont écrit dans un temps où les Égyptiens conservaient encore quelques-uns de leurs usages, pouvaient seuls nous transmettre le secret in-
génieux des embaumements; mais leurs récits nous prouvent qu’ils n’en avaient eux-mêmes qu’une connaissance imparfaite.
Tous les auteurs anciens s’accordent à dire que les Égyptiens faisaient usage de divers aromates pour embaumer les morts ; qu’ils employaient pour les riches la myrrhe ( résine d’une espèce de mimosa) , l’aloès (suc extractorésineux de Yaloc per foliota), la cannelle (écorce du laurus cinnamomum ) , et le cassia lignea (écorce du (auras cassia ) ; et pour les pauvres, le ccclria (résine liquide du pinus ccd rus), le bitume ( bitumen judaiewn, provenant de la Mer- Morte ) , et le nalrtim ( mélange de carbonate , de sulfate et de muriate de soude ).
Quoique les récits d’Hérodote et de Diodore de Sicile sur les embaumements ne soient pas très-complets, et que quelques détails paraissent inexacts et peu vraisemblables, comme plusieurs savants français l’ont observé , pourtant, en plaçant dans un ordre convenable ce qu’Hérodote rapporte sur cet objet, on reconnaît bientôt qu’il a décrit en quelques lignes presque toute la théorie des embaumements. Les embaumeurs égyptiens savaient distinguer des autres viscères le foie , la rate et les reins,
auxquels ils ne devaient pas loucher ; ils avaient trouvé le moyen de retirer la cervelle de l’intérieur du crâne sans le détruire; ils connaissaient l’action des alcalis sur la matière animale, puisque le temps que les corps devaient rester en contact avec ces substances était strictement limité; ils n’ignoraient pas la propriété qu’ont les baumes et les résines d’éloigner des cadavres les larves des insectes et les mites; ils avaient aussi reconnu la nécessité d’envelopper les corps desséchés et embaumés, afin de les préserver de l’humidité, qui se serait. opposée à leur conservation. Ces peuples étaient parvenus à établir des règles invariables et une méthode certaine pour procéder aux embaumements. On remarque, en effet , que le travail de ceux qui étaient chargés d’embaumer les morts consistait en deux principales opérations bien raisonnées : la première, de soustraire de l’intérieur des cadavres tout ce qui pouvait devenir une cause de corruption pendant le temps destiné à les dessécher; la seconde, d’éloigner de ces corps tout ce qui aurait pu par la suite en causer la destruction.
Les résines odorantes et le bitume non-seulement préservaient de la corruption, mais
encore éloignaient les vers et les nécrophores qui dévorent les cadavres. — Les embaumeurs, après avoir lavé les cadavres avec cette liqueur vineuse et balsamique qu’Hérodote et Diodore appellent vin de palmier, et les avoir remplis de résines odorantes ou de bitumes, les plaçaient dans des étuves, où, à l’aide d’une chaleur convenable, ces substances résineuses s’unissaient intimement aux corps, et ceux-ci arrivaient en peu de temps à cet état de dessiccation parfaite dans lequel on les trouve aujourd’hui. Celte opération , dont aucun historien n’a parlé, était sans doute la principale et la plus importante de l’embaumement.
Les Arabes ont saccagé les grottes les plus apparentes et les pyramides. Aussi, pour trouver des momies, faut-il pénétrer dans le sein des montagnes et descendre dans ces vastes et profondes excavations où l’on n’arrive que par de longs canaux, dont quelques-uns sont encombrés. Là , dans des chambres ou des espèces de puits carrés taillés dans le roc, on trouve des milliers de momies entassées les unes sur les autres, qui paraissent avoir été arrangées avec une certaine symétrie , quoique plusieurs se trouvent aujourd’hui déplacées cl brisées.
Auprès do ccs puits profonds qui servaient de sépulture commune à plusieurs familles , on rencontre aussi d’autres chambres moins grandes et quelques cavités étroites, en forme de niche, qui étaient destinées à contenir une seule momie ou deux au plus. Les grottes de la Thébaïde renferment un grand nombre de momies mieux conservées que celles qu’on trouve dans les caveaux et les puits de Saqqârah. C’est surtout auprès des ruines de Thèbes , dans l’intérieur de la montagne qui s’étend depuis l’entrée de la vallée des tombeaux des rois jusqu’à Medynet-Abou , que j’ai vu beaucoup de momies entières et bien conservées.
Il me serait impossible d’estimer le nombre prodigieux de celles que j’ai trouvées éparses et entassées dans les chambres sépulcrales et dans la multitude des caveaux qui sont dans l’intérieur de cette montagne. J’en ai développé et examiné un grand nombre, autant pour m’assurer de leur état et pour reconnaître leur préparation, que dans l’espérance d’y trouver des idoles, des papyrus et d’autres objets curieux que la plupart de ces momies renferment sous leur enveloppe. — «Te n’ai point rem ir-
que qu’il y eût, comme le dit Maillet , des caveaux spécialement destinés à la sépulture des hommes , des femmes et des enfants ; mais j’ai été surpris de trouver peu de momies d’enfants dans les tombeaux que j'ai visités. Ces cadavres embaumés, parmi lesquels on rencontre un nombre à peu près égal d’hommes et de femmes, et qui, au premier aspect, paraissent se ressembler et avoir été préparés de la même manière , dilFèrent cependant par les diverses substances qui ont été employées à leur embaumement, ou par l’arrangement ou par la qualité des toiles qui leur servent d’enveloppe.
Le comte de Caylus et le célèbre chimiste Rouelle ont prétendu que toutes les toiles qui enveloppaient les momies étaient de coton ; j’en ai trouvé un grand nombre qui étaient enveloppées avec des bandes de toile de lin , d’un tissu beaucoup plus fin que celui des toiles de coton que l’on trouve ordinairement autour des momies préparées avec moins de soin. Les momies d’oiseaux, particulièrement celles des ibis, sont aussi enveloppées avec des bandes de toile de lin. En examinant en détail et avec attention quelques-unes des momies
qui se trouvent dans les tombeaux, j’en ai reconnu de deux classes principales : celles auxquelles on a fait , sur le côté gauche , au-dessus de l’aine, une incision de deux pouces et demi environ, qui pénètre jusque dans la cavité du bas-ventre; et celles qui n’ont point d’ouverture sur le côté gauche ni sur aucune autre partie du corps. Dans l’une et dans l’autre classe , on trouve plusieurs momies qui ont les parois du nez déchirées et l’os ethmoïde entièrement brisé; mais quelques-unes de la dernière classe ont les cornets du nez intacts et l’os élhmoïde entier ; ce qui pourrait faire croire que quelquefois les embaumeurs ne touchaient pas au cerveau. L’ouverture qui se trouve sur le côté de plusieurs momies se faisait sans doute dans tous les embaumements recherchés, non-seulement pour retirer les intestins , qu’on ne trouve dans aucun de ces cadavres desséchés , mais encore pour mieux nettoyer la cavité du bas-ventre et pour la remplir d’une plus grande quantité de substances aromatiques et résineuses, dont le volume contribuait à conserver les corps, en même temps que l’odeur forte des résines en écartait les insectes et les vers. Cette ouverture ne m’a point
paru recousue, comme le dit Hérodote; le bords avaient seulement été rapprochés, et se maintenaient ainsi par la dessiccation.
i°. Parmi les momies qui ont une incision sur le côté gauche, je distingue celles qui ont été desséchées par le moyen des substances tanno-balsamiqucs, et celles qui ont été salées. Les momies qui ont été desséchées à l’aide de substances balsamiques et astringentes sont remplies comme d’an mélange de résines aromatiques, et les autres d’asphalte ou bitume pur.
Les momies remplies de résine aromatique sont d’une couleur olivâtre; la peau est sèche, flexible, semblable à un cuir tanné ; elle est un peu retirée sur elle-même, et ne paraît former qu’un seul corps avec les fibres et les os; les traits du visage sont reconnaissables, et semblent être les mêmes que dans l’état de vie; le ventre et la poitrine sont remplis d’un mélange de résines friables, en partie solubles dans l’esprit-de-vin : ces résines n’ont aucune odeur particulière capable de les faire reconnaître; mais, jetées sur des charbons ardents, elles répandent une fumée épaisse et une odeur fortement aromatique. Ces momies sont très-sè-
ches, faciles à développer cl à rompre; elles conservent encore tontes leurs dents, leur scheveux et les poils des sourcils. Quelques-unes ont été dorées sur toute la surface du corps , d’autres ne sont dorées que sur le visage, sur les parties naturelles , sur les mains et sur les pieds. Ces dorures sont communes à un assez grand nombre de momies, pour m’empêcher de partager l’opinion de quelques voyageurs, qui ont pensé quelles décoraient seulement le corps des princes ou des personnes d’un rang très-distingué.
Ces momies, qui ont été préparées avec beaucoup de soin, sont inaltérables tant qu’on les conserve dans un lieu sec; mais, développées et exposées à l’air, elles attirent promptement l’humidité, et au bout de quelques jours elles répandent une odeur désagréable.
Les momies remplies de bitume pur ont une couleur noirâtre; la peau est dure, luisante, comme si elle avait été couverte d’un vernis ; les traits du visage ne sont point altérés; le ventre, la poitrine et la tête sont remplis d’une substance résineuse, noire, dure, ayant peu d’odeur. Cette matière, que j’ai retirée de l’intérieur de plusieurs momies, m’a présenté les mêmes
caractères physiques et a donne à l’analyse chimique les mêmes résultats que le bitume de Judée qui se trouve dans le commerce. Ces sortes de momies, qu’on rencontre assez communément dans tous les caveaux , sont sèches, pesantes, sans odeur, difficiles à développer et à rompre. Presque toutes ont le visage, les parties naturelles, les mains et les pieds dorés; elles paraissent avoir été préparées avec beaucoup de soin; elles sont très-peu susceptibles de s’altérer et n’attirent point l’humidité de l’air. Les momies ayant une incision sur le côté gauche, et qui ont été salées, sont également remplies, les unes de substances résineuses et les autres d’asphalte. Ces deux sortes diffèrent peu des précédentes : la peau a aussi une couleur noirâtre, mais elle est dure, lisse et tendue comme du parchemin; il se trouve un vide au-dessous, elle n’est point collée sur les os; les résines et le bitume qui ont été injectés dans le ventre et dans la poitrine sont moins friables et ne conservent aucune odeur; les traits du visage sont un peu altérés ; on ne trouve que très-peu de cheveux, qui tombent lorsqu’on les touche. Ces deux sortes de momies se trouvent en très-grand nombre dans tous les ea-
( ,or» )
voaux : lorsqu’elles sont développées, si on les expose à l’air, elles en absorbent l’humidité, et elles se couvrent d’une légère efflorescence saline que j’ai reconnue pour être du sulfate de soude.
2°. Parmi les momies qui n’ont point d’incision sur le côté gauche, ni sur aucune autre partie du corps, et dont on a retiré les intestins parle fondement, j’en distingue aussi deux sortes : celles qui ont été salées, ensuite remplies de cette matière bitumineuse moins pure que les naturalistes et les historiens appellent pisasphalte , et celles qui ont été seulement salées.
Les injections avec le cëdria ou le surmaïa pour dissoudre les intestins, selon Hérodote, ne pouvaient atteindre ce but; il est beaucoup plus naturel de croire que ces injections étaient composées d’une solution de natrum rendue caustique, qui dissolvait les viscères; et qu’après avoir fait sortir les matières contenues dans les intestins, les embaumeurs remplissaient le ventre de cédria ou d’une autre résine liquide qui se desséchait avec le corps.
Les momies salées qui sont remplies de pisasphalte ne conservent plus aucun trait re-
connaissable: non-seulement toutes les cavités du corps ont été remplies de ce bitume, mais la surface en est aussi couverte. Cette matière a tellement pénétré la peau, les muscles et les os, qu’elle ne forme avec eux qu’une seule et meme masse.
En examinant ces momies, on est porté à croire que la matière bitumineuse a été injectée très -chaude, et que les cadavres ont été plongés dans une chaudière contenant ce bitume en liquéfaction. Ces sortes de momies , les plus communes et les plus nombreuses de toutes celles qu’on rencontre dans les caveaux, sont noires, dures, pesantes, d’une odeur pénétrante et désagréable; elles sont très-difficiles à rompre; elles n’ont plus ni cheveux ni sourcils, on n’y trouve aucune dorure. Quelquesunes seulement ont la paume des mains, la plante des pieds , les ongles des doigts et des orteils teints en rouge, de cette même couleur dont les naturels de l’Égypte se teignent encore aujourd’hui la paume des mains et la plante des pieds (le henné, la.ws.onia inermis). La matière bitumineuse que j’en ai retirée est grasse au toucher, moins noire et moins cassante que l’asphalte; elle la;ssc à tout ce qu’elle louche
une odeur forte ol pénétrante; clic ne se dissout qu’imparfaitement dans l’alcool; jetée sur des charbons ardents , elle répand une fumée épaisse et une odeur désagréable ; distillée, elle donne une huile abondante, grasse, d’une couleur brime et d’une odeur fétide. Ce sont ces espèces de momies que les Arabes et les habitants des lieux voisins de la plaine de Saqqârah vendaient autrefois aux Européens, et qui étaient envoyées dans le commerce pour l’usage de la médecine et de la peinture, ou comme objet d’antiquité; on les choisissait parmi celles qui étaient remplies de bitume de Judée, puisque c’est à cette matière, qui avait long-temps séjourné dans les cadavres, qu’on attribuait autrefois des propriétés médicinales si merveilleuses; cette substance, qui était nommée baume de momie , a été ensuite très- recherchée pour la peinture : c’est pour cela que l’on n’a connu d’abord en France que l’espèce de momie qui renfermait du bitume. Elles sont trèspeu susceptibles de s’altérer; exposées à l’humidité, elles se couvrent d’une légère efllorescence saline à base de soude. Les momies qui n’ont été que salées et desséchées sont généralement plus mal conservées que celles dans
lesquelles ou trouve des résines et du bitume.
Ou remarque plusieurs variétés dans cette dernière sorte de momies ; mais il paraît qu’elles proviennent du peu de soin et de la négligence que les embaumeurs mettaient dans leur préparation. Les unes, encore entières, ont la peau sèche, blanche, lisse et tendue comme du parchemin ; elles sont légères , sans odeur et faciles à rompre; les autres ont la peau également blanche, mais un peu souple; ayant été. moins desséchées, elles ont passé à l’état de gras. On trouve encore dans ces momies des morceaux de cette matière grasse, jaunâtre, que les naturalistes ont appelée adipo-cire. Les traits du visage sont entièrement détruits, les sourcils et les cheveux sont tombés : les os se détachent de leurs ligaments sans aucun effort , ils sont blancs et aussi netsque ceux des squelettes préparéspour l’étude de l’ostéologie; les toiles qui les enveloppent se déchirent et tombent en lambeaux lorsqu’on les touche. Ces sortes de momies, qu’on trouve ordinairement dans des caveaux particuliers, contiennent une assez grande quantité de substance saline, que j’ai reconnue pour être presqu’en totalité du sulfate de soude. Les diverses espèces de momies dont
je vit;ns de parler sont eniniaillottées avec un art qu’il serait difficile d’imiter. De nombreuses bandes de toile, de plusieurs mètres de long, composent leur enveloppe; elles sont appliquées les unes sur les autres, au nombre de quinze ou vingt d’épaisseur, et font ainsi plusieurs circonvolutions, d’abord autour de chaque membre, ensuite autour du corps entier; elles sont serrées et entrelacées avec tant d’adresse et si à propos , qu’il paraît qu’on a cherché, par ce moyen, à rendre à ces cadavres, considérablement diminués par la dessiccation, leur première forme et leur grosseur naturelle.
On trouve toutes les momies enveloppées à peu près de la même manière; il n’y a de différence que dans le nombre des bandes qui les entourent ci dans la qualité des toiles, dont le tissu est plus ou moins fin, selon que l’embaumement était plus ou moins jorécieux. Le corps embaumé est d’abord couvert d’une chemise étroite , lacée sur le dos et serrée sous la gorge; sur quelques-uns, au lieu d’une chemise, on ne trouve qu’une large bande qui enveloppe tout le corps. La tête est couverte d’un morceau de toile carrée, d’un tissu très-
( «oti )
trouvé un papyrus volumineux, qui se voitgravé dans l’ouvrage ( V oy . les planches 61 , 62, 63, 64 et 65 du 2me volume des planches d’antiquités, et la description des Hypogées de la ville de Thèbes). — Ce papyrus était roulé sur lui-même, et avait été placé entre les cuisses de la momie , immédiatement après les premières bandes de toile; cette momie d’homme, dont le tronc avait été brisé, ne m’a point paru avoir été embaumée d’une manière très-rechercliée : elle était enveloppée d’une toile assez commune, et avait été remplie d’asphalte; elle n’avait de doré que les ongles des orteils.
Presque toutes les momies qui se trouvent dans ces chambres souterraines, où l’on peut encore pénétrer, sont ainsi enveloppées de bandes de toile avec un masque peint sur le visage. 11 est rare d’en trouver qui soient enfermées dans leurs caisses, dont il ne reste plus aujourd’hui que quelques débris. Ces caisses, qui 11c servaient sans doute que pour les riches et pour les personnes de haute distinction, étaient doubles ; celle dans laquelle on déposait les momies était faite d’une espèce de carton composé de plusieurs morceaux de toile collés les uns sur les autres; celle caisse était
ensuite enfermé© dans une seconde, construite en bois de sycomore ou de cèdre. »
Il résulte, si nous ne nous abusons, du rapprochement de tant d’observations faites avec soin, une conséquence à laquelle ne nous auraient pas conduits les plus longs raisonnements : les embaumements simples ont pu être pratiqués chez les Egyptiens dès les premiers temps de leur civilisation, sans une connaissance bien exacte clés lois de conservation des matières animales, et avant que les autres arts fussent très-avancés. Une description de la plaine des momies par M. de Maillet donnera à cette opinion, déjà si solidement assise, la valeur d’une vérité démontrée.
«Vis-à-vis ce bourg de Manof, en tirant vers l’ouest, est située la plaine des momies, joignant par son nord aux pyramides méridionales, qui sont une suite du cimetière que les habitants de Memphis avaient de ce côté-là; plaine fameuse par le grand nombre des momies qu’on a tirées dans ces derniers temps des caveaux souterrains quelle contient sous ses sables, et par le nombre encore plus grand de ces corps embaumés quelle renferme. Cette
plaine est ronde et plate, et peut avoir quatre grandes lieues de largeur ou de diamètre; en sorte qu’on peut assurer quelle a plus de douze lieues de tour. Son fond est un rocher trèsplat , qui autrefois a été couvert par les eaux de la mer, et qui se trouve caché aujourd’hui sous cinq à six pieds de sable. C’est dans ce rocher que ceux qui n’avaient pas le moyen de faire bâtir des pyramides pour enfermer leurs corps après leur mort et s’assurer par là un repos dont nous savons que les anciens Égyptiens faisaient un si grand cas , trouvaient un art moins onéreux de se faire des asiles, qu’ils se persuadaient pouvoir être à l’abri de la fureur et de l’impiété des hommes, et devoir assurer le retour de leurs âmes dans ces memes corps, au cas que leurs tombeaux ne fussent pas violés. Dans cette vue, ils choisissaient d’abord un endroit de cette plaine, d’où il fallait commencer par lever sept à huit pieds de sable mouvant. Après avoir vidé un espace circonscrit, et l’avoir parfaitement nettoyé , on commençait à creuser le rocher par un trou d’un pied et demi ou tout au plus de deux pieds de diamètre ; et lorsqu’on était parvenu
à la profondeur d’environ cinq à six pieds, on travaillait à élargir le trou et à pratiquer une chambre dans la pierre. C’était par ce trou qu’on descendait les corps qui devaient être déposés dans ces tombeaux; après quoi, on refermait l’ouverture par une pierre si juste quelle ne laissait aucun jour, ni vide par où le sable pût s’insinuer.
» Dans ces chambres creusées dans le roc, et d’une étendue assez considérable, on avait ménagé plusieurs niches dans lesquelles étaient placés les corps des maîtres de la famille à laquelle ces sépultures étaient destinées. Ces niches ne sont point pratiquées en longueur , mais en hauteur. Ainsi les corps y étaient debout dans les caisses où on les avait enfermés, et d’où, dans ces derniers temps, on en a tiré un si grand nombre. Ces caisses sont de bois de sycomore, qui ne se corrompt jamais, et ne sont composées que de deux pièces. La première, dans laquelle le corps se trouve renfermé, est très-profonde , et creusée avec beaucoup de travail; la seconde sert de couverture , et est parfaitement juste au cercueil. On a trouvé quelques-unes de ces caisses avec des yeux de verre, par où, sans les ouvrir,
on pouvait voir le corps de la momie cjui y était renfermée. On en a rencontré d’autres qui étaient doubles, c’est-à-dire où une caisse se trouvait renfermée dans une autre; ce qui fait juger que la première contenait sans doute leJ corps de quelque personne de distinction. Pourtant il est très-rare qu’on ail eu jamais le corps propre d’une belle caisse, parce que les Arabes qui les découvrent ne manquent jamais de mettre en pièces ces sortes de corps , dans l’espérance d’y trouver quelque petite idole d’or, ce qui, en effet, leur arrive assez souvent Ils remettent ensuite à leur place le corps d’une caisse commune, où se trouvent rarement des idoles de quelque valeur. Il y a quelque temps que le maître de Sacara , village voisin de la plaine des momies, lit travailler à l’ouverture de quelques-unes de ces sépultures souterraines, et comme il est fort de mes amis, il me communiqua diverses curiosités , grand nombre de momies, de figures de bois et d’inscriptions en caractères hiéroglyphiques et inconnus, qu’on y avait trouvées.
» Dans une de ces chambres on trouva , par exemple, la caisse et la momie d’une femme au-devant de laquelle était une figure de bois
représentant lin jeune garçon à genoux, portant un doigt sur sa bouche et tenant de l’autre main une espèce de réchaud posé sur sa tète cl dans lequel il y avait sans doute du parfum. Ce jeune homme portait sur l’cstouiac quelques caractères hiéroglyphiques; on le mit en pièces pour voir s’il n’y aurait point de l’or renfermé dans cette figure. On trouva dans la momie, que l’on ouvrit par la même raison, un petit vase de la longueur d’un pied rempli de ce même baume dont on se servait pour préserver les corps de la corruption. Je fis rompre une autre momie de femme, dont le sieur Bagarry m’avait fait présent. L’ouverture s’en fit dans la maison des Pères capucins de cette ville ; et on eut l’imprudence de couper les bandelettes avec des ciseaux; ces bandes, trèslongues et d’une largeur assez considérable , étaient non -seulement chargées d’un bout à l’autre de figures hiéroglyphiques; on découvrait encore au-dessous certains caractères inconnus, tracés de droite à gauche et formant des espèces de vers. En effet, on remarquait la même terminaison’ en plusieurs petites lignes qui se suivaient. Ils contenaient sans doute l’éloge de cette personne, écrit dans la langue
qui de son temps était en usage en Fgypte. Quoi qu’il en soit, ces bandes mises en pièces furent pillées sur-le-champ par quelques marchands, qui étaient présents avec moi à l’ouverture que je fis faire de celte momie; il ne m’en resta qu’une très-petite partie, que j’ai depuis envoyée en France : aucun savant n’en a pu rien déchiffrer. Celte momie tenait la main droite appliquée sur son estomac, et sous cette main on trouva des cordes d’instrument parfaitement conservées : de là je jugeai que c’était le corps d’une personne qui avait coutume de jouer de quelque instrument, ou qui du moins avait été adonnée à la musique. Je suis persuadé que si l’on examinait de même avec soin chaque momie , on y rencontrerait également quelque signe de cette nature.
» J’ai fait une autre observation , qui ne me semble ni moins utile ni moins curieuse : c’est que dans ces momies tous les visages sont différents; les uns marquent plus de jeunesse, les autr es plus d beauté. Ceux qui ont vu des momies entières savent quelles ont toutes un masque doré, composé de plusieurs doubles de toile de soie qui font un espèce de carton fort solide. J’ai jugé de cette diversité que les mas-
ques ou cartons chargés de caractères hiéroglyphiques, qui marquent sans doute l’âge, les actions, les mœurs et la condition de la personne, la représentaient de même au naturel, soit que dès son vivant on eût eu soin de tirer ce modèle, soit que l’on ne l’eût pris seulement qu’après la mort en appliquant ces toiles sur son visage, à peu près comme on tire encore aujourd’hui la ressemblance d’un homme mort du plâtre ou de la cire. Par là. non-seulement on conservait les corps d’une famille entière, mais en descendant dans ces lieux souterrains, oû ils étaient déposés, on pouvait se représenter en un instant tous ses ancêtres depuis un millier d’années, tels à peu près qu’ils étaient de leur vivant. Ilien n’était plus capable de rappeler vivement le souvenir de leurs vertus, de conserver leur mémoire et leur amour dans le cœur de leur postérité.
» Non contents de conserver parcesmoycnsle souvenir de leurs princes et de leurs parents, les Égyptiens déposaient encore leur figure en marbre auprès de leur momie. J’ai une preuve certaine de ce que j’avance dans une antique des plus curieuses dont j’ai fait l’acquisition dans ce pays. C’est une figure en trois pièces, rc-
présentant une femme. La tête et les pieds sont de pierre de touche noire; le corps est en gaine et fait de marbre vert aniique rayé de blanc. Ces trois pièces réunies forment une figure haute de cinq pieds cinq pouces. Elle est fort entière et d’une beauté achevée. Le prêtre qui me la vendit à grand peine et assez cher me jura sur l’Évangile que cette figure avait été trouvée dans une pyramide, il y a sept à huit cents ans.
» On trouve dans quelques-unes de ces chambres dont je parle plusieurs niches, les unes grandes, les autres petites; souvent aussi l’on passe d’une chambre dans une autre, d’une seconde dans une troisième, et quelquefois même dans une quatrième; mais il ne faut pas s’imaginer que les corps déposés dans ces sombres appartements fussent tous enfermés dans des caisses et placés dans des niches. La plupart étaient simplement embaumés et emmaillottés, comme chacun sait; après quoi, on se contentait de les arranger ainsi sans façon les uns auprès des autres-; quelques-uns même étaient déposés dans ces tombeaux sans être embaumés, ou l’étaient si légèrement qu’il n’en reste aujourd’hui que les os parmi les linges
qui les enveloppaient et qui se trouvent à moitié pourris. C’est de là qu’on voil dans quelques-unes de ces chambres des las d’os mêlés de ces sortes de linges , qu’on y a laissés, après en avoir enlevé les corps, qui s’étaient conservés entiers, pour leur faire traverser la mer. 11 est probable que chaque famille un peu considérable avait peur elle seule une de ces sépultures; que les niches étaient destinées à recevoir les corps des chefs de la famille, et que ceux des domestiques et des esclaves y étaient placés simplement parterre, après avoir élé embaumés, ou même sans l’avoir été. C’était là aussi sans doute ce qui se pratiquait à l’égard des chefs mêmes de famille, dans les maisons les moins distinguées. On a même découvert, depuis peu, dans cette plaine des Momies, une manière jusqu’ici inconnue d’ensevelir les corps. A l’extrémité de cette vaste campagne et vers les montagnes qui la bornent au couchant, on a trouvé des lits de charbon, sur lesquels sont couchés des corps emmaiîloUés seulement de quelques langes et couverts d’une natte sur laquelle régnent des sables de sept à huit pieds de hauteur. Cependant on doit observer que ces corps, quoiqu’ils ne fussent point einhau-
mes, ou ne le fussent que légèrement , de même que ceux qu’on avait négligé de renfermer dans des caisses, n’en étaient pas moins à l’abri de la corruption. »
Lorsque je considère avec quelle facilité les Égyptiens pouvaient conserver leurs morts , j’ai peine à comprendre ce passage, d’un auteur d’ailleurs si ingénieux : « Une industrie si composée ne se présente pas tout d’abord au génie des peuples. Comme tous lespcuples du monde, celui-ci n’a pu se livrer aux arts proprement dits qu’après avoir assuré sa subsistance par la culture. Reprenez tous ces arts, rangez-les dans l’ordre où ils ont dû naître, et cherchez l’époque précise où ils sont nés en effet : vous ne la trouverez pas. L’histoire est muette sur ce point; et quelque téméraire qu’il soit de suppléer à son silence, il est visible, néanmoins, que l’art d’embaumer les corps, très-ancien pour nous, était très-nouveau pour l’Egypte, et peut-être postérieur à tous les autres. » Je ne prétends pas que cette manière de rebâtir , l’histoire avec des vues à priori et des conjectures soit de beaucoup moins positive que la méthode des historiens, qui la font souvent avec des mensonges avérés; mais ni l’une ni
l'autre, assurément, n’ont une grande valeur.
Les faits nombreux que nous avons accumulés dans ce chapitre nous paraissent plus propres à préciser toutes les questions relatives aux embaumements que des discussions longues et des raisonnements à perte de vue. Par eux il reste prouvé que des corps placés au sein de la terre, recouverts seulement de quelques pieds de sable, se sont conservés pendant des siècles; que d’auires, à peine embaumés, ont été retrouvés intacts : que devient, après cela, la nécessité d’arts avancés et d’une industrie perfectionnée, quand, d’autre part, nous voyons des peuples parvenus à un haut degré de civilisation, avec une masse immense de connaissances de toute espèce, mais dans d’autres conditions géologiques et atmosphériques, ne nous transmettre, quoique plus rapprochés de nous, qu’un peu de poussière dans les sépultures les plus somptueuses?
Le coup d’œil que nous jetons sur l’ensemble des faits qui nous sont soumis nous mène à des conclusions toutes différentes de celles qui précèdent, et nous disons : i° de tous les arts, celui des embaumements a dû se présenter le plus facilement à l’esprit des Guanchcs, des
Égyptiens et cle tous les peuples placés dans des conditions géologiques et atmosphériques analogues; 2° pour aucun, la nature n’offrait des enseignements plus positifs et un secours plus efficace; 3° les Égyptiens ont pu embaumer, dès les premiers temps de leur civilisation, avant qu’aucun art fût très-avancé : quatre ou cinq espèces de leurs momies en offrent des milliers de preuves; 4° les arts de confectionner et de tendre des tissus, de fondre, de façonner, de colorer le verre et les métaux; l’art si délicat de graver les pierres fines, l’art de travailler le bois, de le peindre, de le décorer, de lui donner tout l’éclat de l’or, des vernis , des émaux ; l’art de préparer les parfums et de faire pénétrer jusque dans les chairs les poudres, les essences et les résines odorantes, tous ces arts sont venus, selon leur rang de développement , compliquer et perfectionner l’art de faire des momies , si simple à son début; 5U transporté dans les pays où les conditions extérieures étaient différentes, cet art a été sans efficacité , et n’a presque jamais atteint son but; nous en aurons des preuves dans le chapitre qui suit.
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