‹ Histoire des embaumements et de la préparation des pièces d'anatomie normale, d'anatomie pathologique et d'histoire naturelle, suivie de procédés nouveaux (volume 2)Chapitre 18 sur 24 · UO · texte numérisé non relu

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ordinaires qui l’accompagnent nous font douter du fait même.

Ainsi , au dire de Gabriel Clauder, on voyait, du temps de saint Augustin, le corps d’Alexandre avec celui de Ptolémée; leur tombeau a été visité pendant plusieurs siècles, et l’on a pu remarquer la peau conservée avec les membres. Mais, ajoute-t-on, tous les corps ne ressemblent pas à celui d’Alexandre -le- Grand , qui était pendant sa vie, au rapport de Plutarque et de Quinle-Gurce, d’une composition si rare et si admirable, que sa peau, sa bouche et toute sa personne rendaient une odeur très-agréable et parfumaient ses habits. Onditqueson cadavre, par la négligence de ses amis et de ses capitaines, resta plusieurs jours sans être embaumé , et que cependant, lorsqu’on vint à le visiter, il fut trouvé sain , sans aucune tache , et meme ayant le teint aussi frais et aussi vermeil que s’il eut été vivant , quoiqu’il fût mort d’une fièvre continue : c’est au point que les Égyptiens et les Chaldéens, qui avaient charge de l’embaumer à leur façon , n’osèrent d’abord en approcher, croyant qu’il n’était pas mort.

De telles merveilles ne sont pas assez en harmonie avec la marche rigoureuse que nous

avons suivie jusqu’ici pour que nous pensions sérieusement à les mettre en discussion; nous nous bornerons à reproduire le dire de chacun, jusqu’aux temps modernes, où les faits bien constatés offriront une ample matière aux réflexions.

Le peuple juif, qui témoigna, comme les autres, son respect pour les morts, n’admit jamais comme usage le soin d’embaumer les corps. Ainsi, Abraham achète le champ où Sara est inhumée; Joseph fait embaumer magnifiquement le corps de son père ; Moïse emporte seulement les ossements de Joseph; David loue les peuples de Galaad d’avoir enterré avec pompe Saül et ses enfants, etc. Dans la plupart de ces exemples, il n’est fait aucune mention d’embaumement; pourtant le corps de Jésus-Christ fut embaumé. Voici la méthode à peu près ; chaque sexe prenait soin de ses morts ; on fermait d’abord la bouche et les yeux de la personne expirée, ensuite on la rasait, on la lavait et on la frottait de parfums; on la liait avec des bandes pour l’ensevelir dans plusieurs draps de toile ou de laine très - fines , et enfin on la mettait dans le sépulcre. Cornélius Jansénius pense que la myrrhe et l’aloès qu’on y employait

avaient la vertu de résister puissamment à la pourriture. Il est inutile de dire que cette opinion est sans fondement ; que la grande quantité d’aromates qui se consommaient était plutôt pour la pompe que pour conserver long-temps le sujet. Ils ne prenaient aucun soin du dessèchement des corps ; ils ne les débarrassaient pas de leurs entrailles, et, malgré toutes ces drogues odoriférantes, dit avec raison Pénicher, la pourriture devait bientôts’y développer, comme il parut au corps de Lazare quand il ressuscita.

Les Perses ne se proposaient probablement non plus, dans leurs embaumements, qu’une conservation très-limitée ; le passage que nous en avons cité au premier chapitre en oll’re la preuve. En outre, cette coutume ne présente chez eux aucun caractère de généralité. Cyrus , roi des Perses, dit à scs enfants : « Quand j’aurai cessé de vivre, ne mettez mon corps ni dans l’or, ni dans l’argent, ni en aucun autre cercueil, mais rendez-le incontinent à la terre; car que peut-il avoir de plus heureux et de plus désirable que de retourner à celle qui produit et qui entretient les plus excellentes choses? » On voit que Cyrus , dans la défense qu’il fait de prendre soin de son corps, ne parle point de

l'embaumement, qui, de tous les moyens, aurait été le plus efficace pour l’empêcher de rendre scs éléments à la mère commune. Les Grecs et les Romains, chez qui nous avons signalé quelques exemples d’embaumements, les pratiquaient d’une manière grossière et imparfaite. L’examen de leur méthode serait ici sans intérêt.

Pour retrouver quelques traces de cct art , il faut venir jusqu’à de Rils, Ruysch , Swammerdam , Clauderus , etc. On nous vante seulement leurs étonnants succès, sans nous donner les moyens d’étudier leurs méthodes. Ce que nous en savons suffit seulement pour nous faire douter, comme nous l’avons vu, de la perfection de leurs procédés. De B ils , dont nous n’avons pas encore parlé, avait un cabinet qui faisait l’admiration des visiteurs; mais il ne disait pas son secret, et même, dans les salles où il conservait ses pièces anatomiques, il répandait une odeur de substances aromatiques pour tromper les observateurs. Clauderus, qui se douta de la supercherie, appliqua son doigt mouillé sur l’un des cadavres, et , l’ayant porté à sa bouche, il reconnut la saveur des sels. 11 partit de ce fait pour tenter de nombreuses rc-

cherches , et parvint à former différents composés dont on exagéra sans doute la puissance conservatrice : nous en verrons plus loin l’analyse.

De Rasière , écuyer, sieur Désenclosses , publia , en 1727, une description d’un cabinet dans lequel il conservait une centaine, de sujets ; l’extrait suivant de sa brochure présente plusieurs descriptions de sujets savamment préparés; elle est précédée d’une gravure qui représente le cabinet dont elle donne l’explication.

Extrait de la description du cabinet anatomique de M. de Rasièke, écuyer , sieur Désenclosses ,

Ce cabinet est de 80 pieds de long sur 16 de large; les vitres en sont doubles et exposées au midi, bien plafonné et planchéyé; ce qui le rend très-propre à y conserver cette quantité de pièces curieuses qui y sont renfermées, et qui sont au nombre de plus de 100, travaillées différemment, et arrangées de manière que les hommes parfaits sont placés dans les loges in-

férieures , ot les enfants dans les supérieures. Toutes les pièces en chair sont renfermées dans des caisses vitrées, et les squelettes, dans des niches couvertes d’un rideau. Le tout tellement disposé que les squelettes et les pièces en chair sont rangés alternativement. On y voit encore des carcasses d’hommes parfaits arrangées de manière que la tête qui se trouve située sur les gros os, paraît sous les vertèbres qui lui servent de couronne, avec les côtes suspendues au-dessus. Cet ordre , joint à quantité de peintures et de dorures qui embellissent les caisses et les bords des corniches, fait un très-bel effet à la vue. Le côté qui regarde le midi renferme un grand nombre de bouteilles de toutes grandeurs, où sont contenues des matières tirées des animaux, des végétaux et des minéraux. — Le milieu du cabinet est occupé par quantité de pièces considérables. On y voit d’abord une grande caisse vitrée qui renferme toutes les parties intérieures de l’homme, et des fœtus de tout âge. Suit un microscope qui fait voir la circulation du sang dans les animaux. Puis paraît un squelette de cheval, monté de son cavalier, aussi en squelette, et qui tient une faux en main. — Machine du vide. — Table

anatomique sur laquelle est un cadavre, et devant un anatomiste en cire qui dissèque.

Parmi les pièces du cabinet dont parle M. de Rasière , les plus remarquables sont : Dans la première caisse vitrée s la préparation du corps de Gotard, qui offre très-distincts les 456 muscles; deuxième caisse : préparation partielle des yeux et de la langue, de la tête, du corps, des bras et des jambes ; troisième caisse : préparation des muscles, artères, veines et nerfs du côté droit, et le squelette du côté gauche ; la cinquième caisse est une préparation complète : on n’a fait qu’ôter la peau et la graisse, en soulevant et distinguant toutes les parties. On y observe, i° l’aorte ascendante, qui porte le sang à toutes les parties supérieures ; a0 les artères carotides, qui le fournissent à la tête ; 5° les artères temporales ; 4° l’artère radiale (pouls); 5° l’artère crurale à la cuisse , et une infinité d’autres jusqu’aux rameaux les plus délicats. Les veines sont remplies d’une liqueur noire , ce qui les fait paraître d’une couleur gros-bleu ; 6° on voit encore la préparation des veines du bras; 70 des veines jugulaires; 8° des veines du pied; 90 la veine cave ascendante. Huitième caisses: pièce qui ressemble tout-à-fait à une de

ces momies ou corps embaumés, qu’on trouve encore aujourd’hui en Égypte. Toutes les chairs sont recouvertes de la peau , à travers laquelle on distingue fort bien les veines et les artères remplies de cire colorée et figée. Les cheveux , la barbe et tous les poils du corps aussi bien que les ongles y sont encore attachés. La onzième caisse vitrée renferme le corps du nommé Nicolas Lcfort , âgé de quatre-vingttrois ans, natif de Douai en Flandre. Celte pièce est d’un goût# particulier , tout y est en situation ; les muscles extérieurs en sont dégraissés, et l’on y a conservé toutes les artères, veines et nerfs qui se distribuent et se ramifient sur les muscles , dans la graisse et à la peau, ce qui rend cette pièce aussi curieuse qu’elle est difficile à travailler. — Douzième caisse. — Préparation des nerfs.

Mais l’auteur ne dit pas un mot de la manière dont ces pièces ont été préparées. Cherchons si nous trouverons dans les écrits du temps la description de procédés capables de produire de tels résultats.

Pénicher, en son chapitre 5 (de l’embaumement selon les modernes), fait connaître la composition et les propriétés du baume. « 11

est composé, «lit-il , de différentes mixtures, tant liquides que solides, propres à empêcher la pourriture, soit par la vertu aromatique des soufres et des sels volatils des médicaments qui entrent dans sa composition, soit par une amertume considérable, qui consiste en des particules très- pénétrantes dont la propriété est de consumer et d’atténuer les matières crues qui disposent et précipitent le cadavre à la corruption ; soit par les remèdes ayant quantité de particules qui dissipent et absorbent toutes les humidités putréfiantes , soit par leur viscosité qui agglutine les parties qui se fermenteraient et se raréfieraient trop facilement ; soit enfin par leur astriction, qui, fixant ces mêmes parties, empêche la résolution du tout. » Il est facile de juger, par les explications qui précèdent, que les embaumeurs eux-mêmes ne se faisaient pas une idée bien nette des succès qu’ils obtenaient, toutefois s’ils les obtenaient. La nomenclature qu’on va lire justifiera le doute que nous exprimons. Les poudres qui faisaient la base du baume sont faites de toutes les parties des plantes qui remplissent les indications énoncées si confusément. — Telles étaient les racines d 'angélique, d 'impératoire, de

galangdt d’acortis, de car Une, de caryophillata, de gentiane , d 'enula campana, de valériane , d'iris de Florence, de flambe, d ccalamm aromaticus, de gingembre, de pyrètre, de cypérus, de dictàme ; le bois de roses, le sassafras, le gayac, le genièvre, le buis, les écorces de citrons , d'oranges, de cannelle } le cassia lignea. , le tan, la noix muscade, le macis, le gérofle , les cubèbes , le spicanard, la coloquinte, les baies de laurier genièvre et de myrte, les noix de galle, de cyprès ; les semences d’anis, de cumin, de fenouil, de coriandre, de cardamome ; le poivre long, blanc et noir; les feuilles de rluie , de thym, d'absinthe, de sabine, de marrube, d 'armoise, de laurier, de menthe, de myrte , de calamente, de baume , de mélisse, de marjolaine, de romarin, de sauge, de sariette, de serpolet , de pouliot, d'origan , d'hyssope, de népéta, de basilic, de scordium, les fleurs de safran, de roses pâles et rouges, de stccchas, de centaurée , de mélilot, de camomille, de cham dœrys, de chamœpilys, de romarin, d'hypéricum, de keyri, d'anet, de lavande 3 etc.

Plusieurs gommes et résines font partie de la matière du baume ; telles sont la résine, la poix de Bourgogne , la poix navale, la gomme élémi , Yassa fætida, Y alors, la myrrhe, le gaibanum, 17/-

eacia, la tacamahaca , le benjoin, le styrax calamite, le styrax tiquidc, la térébenthine, \c camp lire, le cédria, toutes les espèces de baume, le bois d’aloès, le tartre, les cendres gravelées, la civette, le castor, le nuise, Y ambre, gris, le labdanum , le bitume de Judée ou Yasphaltum , le pisasphaltum, la chaux éteinte , le plâtre, le soufre, le sel commun, le sel gemme, le salpêtre, l’ alun, \esuccin, etc. L’article des drogues composées n’est pas moins étendu : ce sont des teintures de musc, d'ambre gris, de civette, de benjoin, de styrax, d’aloès, de myrrhe, des huiles distillées ou essences des plantes que nous avons nommées. L’esprit-devin distillé avec la myrrhe, l’aloès et l’ambre est excellent pour la conservation des fœtus.

Le sel de Clauderus a joui encore d’une grande réputation ; voici comment on le compose : Faites dissoudre dans une cucurbite une livre de sel commun avec une livre d’esprit de vitriol , appliquez un chapiteau , les jointures étant bien luttées, distillez le tout au feu de sable par degrés, vous tirerez un esprit trèsexcellent pour servir de lotion ; dans le fond de la cucurbite vous trouverez une tête morte que vous dissoudrez selon l’art , et vous aurez, après l’évaporation, ce sel dont l’auteur fait tant

d’estime. — - On pourrait encore ajouter ici la saumure qui est décrite dans les collections de Charles de Maëts (chap. 100 et 19/j, et celle du chap. 20 du livre intitulé Chcmia rationalisa et aussi celle de Blanchard ; ils veulent qu’après qu’un corps aura été vidé et nettoyé de ses ordures, il soit placé dans un cercueil de plomb pour y être macéré dans une suffisante quantité d’huile claire de térébenthine , et qu’après quelques jours de macération, il soit lavé avec de l’esprit-de-vin pour en ôter l’odeur ; qu’il soit arrosé d’une forte teinture de myrrhe et d’aloès, qu’ils appellent balsamum mortuorum , et qu’il soit enfin desséché au soleil.

Je ne rapporterai pas ici les discussions sans fin sur les différentes espèces de sels que les uns vantaient pour les embaumements , tandis que les autres les considéraient comme nuisibles à la conservation des cadavres. Je m’abstiendrai aussi de parler de la chaux, à laquelle on attribue pourtant des merveilles : ainsi c’est elle qui conserva le corps d ’Afra ; et en l’année i52Ô, sous le pontificat d’Adrien VI, le corps de saint Thomas, apôtre, fut pareillement trouvé vers le golfe de Coromandel , en-

duit et couvert d’un ciment fait de chaux et d’urine, ayant les os d’une grande blancheur, et à côté de lui, le fer de sa lance, une partie du bâton qui lui avait servi pendant ses voyages, et un vase de la terre qui avait été arrosée de son sang. — Malgré ces exemples si remarquables, s’ils étaient vrais, les auteurs qui les rapportent ne donnent aucune importance aux procédés auxquels nous les devons ; ils se plaignent même, des vues sordides de ceux qui, pour augmenter la masse des matières, n’hésitent pas à y mêler du plâtre , des cendres , etc. Yoici la description de quelques-unes de macédoines composées avec les substances que nous avons énumérées.

1°. Pin balsamique.

% Bon vin ronge, 8 pintes.

Gérofle, roses, écorces de citron, coloquinte, ââ 2 onces.

Styrax, benjoin, aï» 1 once.

Réduire en poudre grossière les drogues susdites; macérer pendant quelques heures dans le vin que l’on fera un peu bouillir ensuite.

Usages - Lotion des parties intérieures du cadavre; désinfection de la chambre pendant l’opération.

u”. Eau-de-vie composée.

% Feuilles d’absinthe, grande centaurée, rhue, sauge , marjolaine, armoise, thym, âa 4 poignées. Coloquinte, 2 onces.

Styrax calamite, benjoin, âa 5 onces.

Poivre, gingembre, âa 2 drachmes.

Macérer au bain marie 24 heures dans quinze pintes d’excellente eau-de-vie, avec autant de vinaigre distillé.

5°. Vinaigre pour laver la tête, la poitrine, le ventre, et pour injections.

% Poivre blanc, noir, gingembre, âa 4 livre. Coloquinte, 5 onces.

Absinthe, centaurée, hypericum, âa 4 once».

Macérer réduits en poudre grossière dans 4o pintes de vinaigre rosat ; puis passer pour l’usage.

4". A aire.

% Absinthe , 5 ou (i poignées.

Pommes de coloquinte, 5o.

Alun, sel commun, âa 1 livre.

Vinaigre très-fort, 14 pintes.

Faire jeter quelques bouillons au tout, et ajouter deux pintes d’eau-de-vie : meilleur que le précédent.

L’embaumeur doit avoir plusieurs grosses éponges; quatre livres environ deloupes pour

essuyer le sang el embrasser les poudres ; coton pour la bouche, le nez et les oreilles; grosse brosse pour frotter extérieurement 1g corps avec le liniment. L’artiste aura en outre deux aunes de toile cirée qu’il pourra préparer lui-même d’après une des formules qui suivent :

i°. Toile cirée.

% Cire neuve, 12 livres.

Styrax liquide , huile de térébenthine , âa 1 livre.

Fondre et mélanger le tout à feu lent, puis tremper la toile pour l’imbiber des deux côtés.

2°. Autre.

% Cire jaune, 25 livres.

Térébenthine, colophane, résine, âa 5 livres.

Poix navale, 2 livres

Vert-de-gris, 1 livre.

Encens, styrax liquide, âa 2 livres.

Huile de spica, 1 liv.te-4-.

Le tout fondu et mêlé avec 2 livres de suif de mouton ; 011 y plongera la toile.

5°. Autre.

% Cire neuve, 4 livres.

Résine de pin, térébenthine, âa 8 livres.

Gomme arabique, 8 onces.

Le tout fondu , on y trempera la toile.

4". Antre.

% Térébenthine, 5 livres.

Cire, i5 livres.

Mêler avec q. s. d’huile pour faire un céral.

i°. Mixtion pour tremper les toiles , la chemise , la coiffure et

tes bandes.

% Cire neuve, 20 livres.

Térébenthine de Venise, gomme èlémi, au 2 livres. Poudre d’iris de Florence, 4 livres.

Styrax calamite, benjoin, da G onces.

Myrrhe, aloès, da 3 onces.

Baume du Pérou, huile d’absinthe, q. s.

Fondre la cire et la gomme, ajouter le baume et ensuite les aromates en poudre pour l’usage.

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