LE PAPEGAI
AKdBKiTBMEKT, le moi popogat, papcgai on papegatdty dérivé de l'italien pappch
gdttOy servait à désigner le perroquet II n'y a rien de bien étonnant à voir figurer cet oiseau, but ordinaire dans les exercices de tir, comme enseigne de cabaret.
Mais à Genève, où l'on répétait volontiers avec Henri Estienne :
Le pape qui est à Romme Boit dn vin oomm' un antr' homme, Et Typocras aussi
On en fit une enseigne satirique, en changeant la figure et en coupant le mot de manière que l'on eût l'inscription : ou Pape Gai.
Les registres du Conseil de Genève à cette époque, c'est-à-dire au seizième siècle, font malicieusement observer que le Nonce du Pape demeure à Baden c dans une maison où autrefois a pendu l'enseigne du Benabd qui flèche attx poules > •
Les enseignes en rébus étaient trèsgoûtées pendant la dernière période du moyen-âge, nous en avons signalé quelques-unes ; il y en a un certain nombre comme I'Assiteakce : un A sur une anse ; I'Epicieb, un épi scié ; le Puissant Vin :
un puits dont on tire de Veau; la Vieille Science : une femme âgée qui scie Vanse d^un vascj et autres, qui ont été signalées tant de fois qu'il serait fastidieux d'en répéter la nomenclature.
L'enseigne du Vieux Pabchemin, assez singulière pour un cabaret, mais qui s'explique par sa proximité d'un palais de justice, était figurée par un vieillard ap-
payé Bur son b&ton, et cheminant avec peine sur la voie poudreuse.
Celle du Temps, indiquée par la périphrase : au Majtbe de tout ; celle du Tbhfs pebdu, représentant un nègre qui se frote de savon, et l'enseigne des Alli^, mot figuré par des A qu'enserre an lacs d'amour, sont beaucoup moins connues. L'enseigne Aux. Coktents, indiquant que l'on ne vend point à crédit, et celle du Cahok db Bobdeaitx, sont modernes.
N'oublions ni les Tbois Cents Homsa, enseigne d'un cabaret de Douai figurant trois femmes avec la légende : Aim Tbois
SANS HOHHES, DÎ leS ClNQ CeNTB DiABLEB,
enseigne peu galante représentant cinq célibataires ; ce sont des variantes du jea de mots relatif à la cathédrale de Tourna;, dont le moyen-Âge disait qu'elle avait cinq clochers et quatre sans cloches.
Les amateurs du genre qui se trouvaient au petit village de Caiante, d'oîi l'on voit Marbonne et Béziers, disaient aussi, du temps de Du Verdier, c'est lui qui nous l'apprend dans son Voyage de France, publié en 1685, que, de là, on voyait Garante deux villes.
Un sceau, datant de 170 environ, et qui a été plusieurs fois décrit, montre les mots SaifU-Germain ^Aaxerrois tracés en rébus par un singe qui, dans les airs, se serre le dos avec la main, ce qu'on Ut :
singe-air -main dos -serrait. Si pareille
image figura à cette époque sur quelque enseigne de cabaret, ce que nous ne saorions affirmer, la date des enseignes en rébus remonterait assez haut ; mais, nous le répétons, elles ne se multiplièrent qu'à partir du quinzième siècle.
Cette image nous rappelle l'enseigne moderne du SraoE en Baptiste.
Le moyen-^e connaissait ta gibelote.
L'enseigne da Connu, ou des Conhibb (c'est l'ancien nom du lapin) ét^t fréquente -, dès te huitième siècle, Paris eut son Lapin 'Qlxsc, puis son Làpin d'Ab- OBNT, mfùs rien n'émerveillait les badauds de l'époque autant que l'enseigne des Tbois Lapins. C'est que ces trois lapins, n'ayant entre eux tous que trois oreilles, en avaient néanmoins deux chacun, n est plus court de vous présenter un croquis de l'enseigne que de voua expliquer la solution du problème.
Des images analogues se voyaient un peu partout : au portail de la cathédrale
d'hôtelleries, d*auberges et de cabarets
de LyoD, une sculpture représente quatre lièvres disposés comme nos trois lapins ; ailleurs, nous avons vu des cerfs, mais nulle figure ne se prête mieux à cet agencement que celle de Messire Jean Le Blanc Lapin. Dès le milieu du treizième siècle, Yillard de Honnecourt avait figuré dans son Album une image de trois poissons établie sur le même principe-, il n'y avait qu'une tête, mais dessinée de telle sorte qu'elle servait en même temps à tous.
A la Mulatière, près de Lyon, on voyait naguère, on voit peut-être encore, l'enseigne du Lapin qui se bebiffe. Le timide animal, costumé en militaire français, tient tête à une meute ardente. Cette enseigne parait remonter aux guerres du premier empire, à cette époque où, dans le langage semi-facétieux, semi-sérieux, lapin et soldat étaient si souvent employés comme synonymes et où régnait l'expression vieux lapin, plus tard remplacée par celle de vietuv grognard.
Dans son Coq à VAne, Marot dit que :
Une étrille, nne fitnlz, nn vean, C'est à dire estbillb paui^vrau, En bon rébns de Picardie,
formaient, à la fin du quinzième siècle, l'enseigne de I'Etbille Fauveau, expression que les glossateurs modernes rendent par étrille-bœuf. Cette traduction nous inspire quelque scrupule. Le moyen-ftge donnait à la mule le nom de Fawoaiu ou
Fauveau. Cet animal servait de monture à Quille, la fourberie personnifiée, la mère de toute félonie, celle que maître Renard appelait sa sœur :
Ma goer germaine dame Ghille Ki a esté a raaîn concilie, Par deens sa mnle Fanvain.
Etriller Fauveau équivalait à user de ruse, d'astuce, à savoir mettre en œuvre toutes les t finesses romanisques > et autres, d'où il résulte que notre enseigne devait représenter l'image de l'un de ces individus pour qui c la fin justifie tous les moyens. >
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