MARGUERITE
L'archiduchesse Marguerite, sœur de Philippe le Beau et fille de Maximilien, supérieure à l'un et à l'autre, fut l'une des femmes les plus distinguées du XVI® siècle. Gatinara disait d'elle qu'elle avait un courage, non de femme, mais d'homme. A une sensibilité profonde, à la mélancolie née du malheur, elle joignait un sens ferme et droit, un jugement calme et sûr. Diplomate patient et habile, elle prit une part active aux deux traités de Cambray, à celui de Madrid (1), à l'élection de Tempereur Charles-Quint, dont elle avait été comme la mère adoptive. Sa correspondance montre en elle l'intelligence des hautes questions politiques, même des opérations militaires. Poëte, amie des poètes, des artistes et des historiens, elle l'était surtout de ses peuples auxquels elle consacra sa vie. Elle releva de ses ruines notre pays, qu'elle appelait avec une tendresse toute féminine mon pauvre comté de Bourgogne. Pour y parvenir, ses moyens de gouvernement furent surtout la fermeté de ses tribunaux, le maintien vigilant de la neutralité avec la France, la ligue héréditaire avec la Suisse et le partage de l'autorité politique entre le gouverneur militaire et la cour souveraine de Dole.
Pour elle la douleur commença avec la vie (2^. Elevée dans une cour étrangère, fiancée à deux ans, répudiée à
(1) Du moins par Nicolas Perrenot.
(2) Laserna Santander, dans son Mémoire sur la bibliothèque de Bourgogne, fo 42, cite ces vers toucliants de Marguerite :
Me fauldra-t-il toujours ainsi languir, Me fauldra-t-il enfin ainsi morir 7 Nul n'ara-t-il de mon mal cognoisstnce '> Trop a duré, car c^est dès mon enfance.
treize, remariée et veuve à dix-huit, après avoir failli monter sur les trônes de France, d'Espagne et d'Angleterre, elle avait épousé Philibert le Beau, duc de Savoye, et l'avait perdu au bout de deux ans de mariage (1).
Elle eut cet honneur particulier que les Franc-Comtois la désirèrent et la choisirent pour souveraine. Elle est le premier auteur de la fortune des Gatinara, des Lallemand, des Marmier, des Perrenot, qui eux-mêmes amenèrent sur la scène politique du XVI® siècle celte pépinière de ministres, d'ambassadeurs, d'hommes d'Etat, dont les talents portèrent si haut, en ce siècle de la renaissance, le nom de la Franche-Comté.
Maximilien, dans ses calculs intéressés et avides, ne s'était décidé qu'avec la plus grande peine à céder à sa fille la jouissance viagère des Pays-Bas, du comté de Bourgogne et du Charolois. Pour l'amener lentement à cette cession, il fallut la persévérante habileté de Gatinara, qui en écrivit la minute de sa propre main (2).
Session du il avril 1509. — Dole (3).
L'assemblée du 17 avril 1509, la première du règne de Marguerite, est remarquable non-seulement parce qu'elle
(1) Voy. M. HuART, Etude sur Gatinara, Discours de rentrée à la cour de Besançon.
(2) « Rien de plus animé et de plus curieux, a dit un historien après avoir parcouru toutes les lettres de cette négociation difficile, que la « eorres[)ondanco dans laquelle Gatinara raconte les pourparlers de fl l'empereur, les allers et les venues, les délais interminables imagi- « ncs par ce prince fantasque et irrésolu. • Leolay, Notice sur Gatinara, dans les Mémoires de l'académie de Lille, Î8â7^ p. 186.
(3) Lettre de Gatinara^ datée de Genève 24 avril 1509. (Négociât, diplom.y p. 247 et s.) — Âd interessendum martis post dominicam de Qua^ simodo proxime venturam in congregalione trium Statuum Burgundie Dole, protit scripto mttndavit Margarita, œmitissa dicti oomilntus. {Délib. du chap. de Besançon, 27 mars 1509 (n. s.)
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y fut reconnue et jurée souveraine de la province, mais encore parce que cette journée fut la première origine de la scission, devenue plus tard si violente, entre Gatinara, président de Bourgogne, et le maréchal de Vergy.
Le président, dans cette assemblée, fut l'un des commissaires nommés par la princesse pour prêter serment en son nom, et recevoir celui de ses nouveaux sujets.
Gatinara est trop connu dans Thlstoire par la hauteur de son caractère, son inflexible énergie et la part considérable qu'il a prise, comme président, chancelier de l'empire et cardinal, aux événements des trente premières années du XVI® siècle, pour qu'il soit nécessaire d'en retracer le portrait.
C'est lui qui, au nom de l'archiduchesse, porta la parole devant les Etats de 1509. Dans sa harangue, le passage le plus remarqué fut celui où il dit que la princesse n'était pas seulement dame souveraine du comté de Bourgogne, mais qu'elle était dame de justice ; que sa volonté était que désormais la justice, ce premier besoin des peuples, fût dans toute sa plénitude, administrée au pauvre, au faible comme au puissant, sans port, dissimulation ni faveur (1).
Ce langage énergiquement accentué, ce programme nouveau dont l'exécution était confié à des mains si vigoureuses, cette affirmation de la loi érigée en règle comme un niveau sous lequel devait se courber toute puissance, frappa le maréchal d'une vive commotion. Il était déjà très offensé de n'avoir été, dans le choix des commissaires, désigné ni par l'empereur ni par la princesse (2). C'est
(1) « Me semble, Madame, que pour acquérir bon bruict en ceste yostre première entrée, et que chascun cognoisse par effect ce qu'avons preschié aux Etats et au siégie (parlement), que tous estes dame de justice, et que tous voulez icelle (Lettre citée de Gatinara.)
(2) c A rassemblée des Estats luy eult tant de nobles gens que je tf ne les sauroie nommer, et luy fut monsieui' le mareschal, lequel se « trova un peu marry de ce qu'il n*estoit nommé au povoir, ou de vostre f costé ou de l'empereur. • (Lettre citée de Gatinara.)
devant tous les seigneurs du pays que se tenait ce langage plein de hardiesse ; car on eût dit qu'à cette assemblée le maréchal, prévoyant quelque grand événement, avait amené la noblesse toute entière (1).
Il sentit vivement le coup qui lui était porté, c'était un homme déjà sur le retour de Tàge, vieilli dans le métier des armes, enflé au plus haut point de sa naissance, \ie son pouvoir et de l'appui de l'empereur. Maximilien avait demandé à sa fille, en lui cédant le comté de Bourgogne, de maintenir le maréchal dans sa haute position (S) ; luimême, précédemment, avait eu assez de crédit près de Philippe le Beau, pour faire nommer l'un de ses deux fils, archevêque de Besançon, quoiqu'il n'eût que quatorze ans. Ambitieux, vindicatif, ennemi dangereux, Guillaume de Vergy croyait que tout devait plier devant son autorité, et surtout affichait un dédain profond pour le parlement, composé des lettrés de la bourgeoisie.
Un incident, pendant la tenue même des Etats, vint brusquement engager la lutte entre les deux adversaires. Le maréchal détenait alors dans ses prisons Philippe de Chassey, trésorier de Dole, et plus tard receveur général de Bourgogne. Ce dolois était un proche parent de la veuve du chancelier Carondelet. Suspectant l'impartialité du maréchal, il en avait récusé la juridiction et fait appel au parlement. Mais Vergy n'y avait eu aucun égard. La détention du trésorier continuait dans les prisons du maréchal ; même sa captivité était tellement dure, son cachot tellement humide, qu'il y avait, selon le bruit commun, perdu les ongles des pieds et les cheveux de la tête (3).
Gatinara qui, le 19 avril, jour de son installation au par-
(1) Voir la noto 2, page 249.
(2) Lkqlat, Correspond. /, 260, 261, 262.
(3) V Par le mauvais traictemeut qtt*il a heu, il ha desjà perdu les ongles des pieds et les cheveux de la teste. (Lettre de Gatinara déjà citée.)
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lementy avait, comme président, tenu le même lanj^age que devant les Etats, sur la nécessité d'une justice respectée et obéie, ne voulut pas, en présence des résistances du maréchal, commencer par un coup d'éclat ; il le fit prier doucement de relâcher le prisonnier^ qui serait conduit dans les prisons de Poligny ou de Dole ; mais Vergy se montra intraitable (1); et, pour agir avec prudence, il ne resta à Gatarina d'autre moyen que de mander secrètement cet incident à la princesse, afin qu'elle écrivit elle-même et donnât ses ordres au maréchal, c Et ainsy faisant, lui disait-il, tout le monde louera Dieu, et sera crainte pour Tad venir de non attenter telle violence, i»
Dans la lettre fort intéressante, à laquelle j'emprunte ces détails, Gatinara, qui venait de quitter Dole pour se diriger vers Turin, ajoute : t Samedi dernier, vinrent disner c à Nozeroy avec madame la princesse (d'Orange), qui nous c feit très bonne chiére pour l'honneur de vous, et se dist ir vostre très-humble servante, et se montra très-joyeulse c de ce que ce pays est entre vos mains, que rien plus, c et mesme de ce que vous avez mis la justice du Parle- « ment en treyn (2). i>
En face d'un pays livré à l'anarchie et aux guerres privées des seigneurs (3), Gatinara venait, soit devant les Etats, soit devant le Parlement lui-même, d'inaugurer d'une main vigoureuse le règne de la justice ; mais cette énergie, quoique tempérée par tant de sagesse, devait un jour lui coûter cher.
(1) « Je donnaj la charge à mon vice-président et à monsieur de « Rye de parler au dit monsieur le mareschal, et le trouvèrent bien t difficile. » (Ibid,)
(2) Ibid,
(3) c Nous trouTasmes au dit comté tout plein de bandes dressées « entre les nobles ; et pour ce que je ne povoye demeurer plus longue- € ment, je dressai quelque manière d*amytié, tellement que j*ay mis « touts les gros différants en arbitragie, et depeschié tout plein des afc fiures en justice, i {Ifnd,)
Session du 12 août 1509. — Salins (1).
Cette assemblée des trois Etats à laquelle ne parut point Gatinara, alors au camp de Fempereur en Italie, fut convoquée par le maréchal Guillaume de Vergy (2). Le subside eut probablement pour cause le paiement des troupes que, de ses pays de Bourgogne et de Flandre, Marguerite venait d'envoyer à son père. On ignore le montant de ce subside ; ce qu'on sait, c'est qu'il était demandé par l'empereur (3).
Session du 14 janvier 1510. — Salins, (i)
La vigueur déployée par Gatinara, à son début dans la carrière de la présidence, fut complètement approuvée par Marguerite. L'éminent magistrat, immédiatement appelé par l'empereur en France et en Espagne pour toutes les affaires difficiles, grandissait chaque jour dans la confiance de la princesse et de son père. Pour donner plus de force au Parlement, et éclairer la délibération des Etats, elle voulut que tous les membres de la cour en fissent partie (5). En même temps, de concert avec Maximilien, elle partageait le gouvernement politique du pays entre les parlementaires et le maréchal chargés de pourvoir ensemble à toutes les affaires concernant le bien public du Comté (6). Telle est l'ori-
(i et 2) Délib, du ehap, de Besançon, 8 août 1509, mentionnant que, le 12 du même mois, les Etats doivent s'assembler le vendredi suivant à Salins, proui mandavit dominus marescalctu.
(3) Retour des députés du chapitre le 17 août ; ils parlent, sans autre explication, iam de pecuniis per imperatorem peiitis quam de re$* ponsione sibi fada per ires Status. (Délib. du 17 août 1509.)
(4) Délibérai, du chap. méirop, de Besançon, 12 ei 26 janvier 1510. — Archives de la maison de Chalon, tom. II de l'inventaire, L. 7.
(5) Dk Courbouzon, Hisi. manusc. du Parlemeni.
(6) c Mander à ceulx de vostre parlement de Dole et autres vos of-
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gine de ce gouvernement particulier à notre Bourgogne, gouvernement qui a eu de grands jour^ et produit de grandes choses, mais sujet, par sa nature même, à de dangereuses divisions entre des pouvoirs devenus rivaux, divisions qui, avec les prétentions et Faigreur du maréchal, ne devaient pas tarder à éclater.
• Il y eut, cette année, deux assemblées des Etats, toutes deux à Salins, dans la grande salle des frères mineurs.
La première fut convoquée par Guillaume de Vergy et fixée au 14 janvier. Les commissaires de l'empereur y parurent, et demandèrent en son nom un don gratuit de 23,000 fr., une seconde somme de 15,000 fr. et deux cents hommes d'armes à entretenir, pendant quatre mois, aux frais du pays (1).
Des demandes si exhorbitantes ne pouvaient manquer de soulever de vives résistances ; mais on était en face des représentants de l'empereur, et un refus absolu était difficile. Les Etats accordèrent quelque chose, s'excusèrent pour le surplus, et envoyèrent des députés à l'empereur et à Marguerite sa fille pour expliquer et justifier leur conduite.
Session du 20 novembre iSiO. — Dole (2).
De nouvelles demandes non moins indiscrètes de l'em-
« ficîers ou dit conté, de communiquer au marischal et mettre en avant « toutes dépesches, qui concerneront le bien du dit conté, pour, comme « marischal du pajs, les assister et pourreoir par ensemble. (Lettre de MaximilieH à Margveritef 23 avril iôiO, Lsgla.t, Carresp, l, 260.)
(1) Délibérât, du chapitre de Besançon^ séanu du 26 janvier iôiO^ n. «.
(2) iôiO, i8 novembre. Délibérât, municip. de Dole. La yille donne à mess. Tenant aux Etats deux' poinsons de Tin blanc et rouge. Déjà, ce jour, étaient arrivés à Dole la princeese d'Orange, le maréchal de Vcrgy, les ambassadeurs (de Fempereur). Ibid.
254 ÉTàTS GÉNÉRAUX
pereur, mais nécessitées par les mêmes besoins (1), provoquèrent à la fin de Tannée 1510, une seconde réunion des Etats. Ils furent, à la demande de Maximilien, convoqués à Dole par Mai^erite, et elle en écrivit à la princesse d'Orange^ la priant de lui venir en aide, en assistant sans y manquer aux Etats qui, le 20 novembre, allaient se rassembler, et d'y appuyer les volontés de son père, afin de lui« épai^er un nouvel affront (2). Philiberte de Luxembourg fut exacte au rendez-vous ; et, au jour indiqué, elle se trouva à l'assemblée avec le maréchal de Bourgogne et les ambassadeurs de Maximilien (3). Les trois Etats accordèrent un subside à l'empereur, mais le montant n'en est pas connu (4).
(1) Au mois de juillet 1510, il écrivait à sa fille : c Nous sommes bienen arrière d'argent, et en avons à présent grande faulte. > (Corresp. Lbolay II I p. 29Q), U dit ailleurs qu'il attend aide de plusieurs côtés. (Md.'p. 383.)
(2) Je trouve dans les archives de la maison de Ghalon.tom. II. L.7, la lettre suivante de rarchiduchesse à la princesse d'Orange, sous la date du 30 septembre 15i0 :
i Ma cousine, pour aulcune matière concernant le bien et honneur « do nostre seigneur et père, et la thuition de nos pays et subjects, j*ay i par son ordonnanu ad visé de rassembler les Estats du dit pays en i nostre ville de Dole au XX^ jour de novembre prochain. Auquel liea et i jour j'enverray aulcungs bons personnaiges pour, avec les deppatés «c de mon dit seigneur et père, dire et desclarcr les causes d*icelle a»- « semblée. Sy vous pouvez vous y trouver, et, sur ce que lors sera dit et « remonstré, vous employer tellement et induire ceulx qu il appartiendra « que mon dit seigneur et père ayt cause vous en savoir gray, et vous « me ferez plésir. À tant, ma cousine, Nostre Seigneur soit garde de « vous. Ëscript à Bruxelles ce dernier jour de septembre 1510.
c Votre bonne cousine, c Margubbits •
MABNa.
(3) Voy, noie l^dela pag. précéd.
(4) Ut satisfkri possit receptori impasiU novitsime per très Status Bwgundie imperatori concessi. (Délib. du chapitre de Besançony 5 mars 151 1, n. s.).
sous MARGUERITE. 255
Il eût été naturel que ce prince, après avoir donné à sa fille le gouvernement du Comté, lui laissât la libre disposition du don gratuit. Mais son avidité l'emportait toujours, et non content de dépouiller sa fille de cette branche des revenus publics, il la rendait, contre son gré, l'instrument de ses humiliantes requêtes.
Session dû 23 novembre i5i2 (1).
Heureux du repos qu'avait procuré au pays le traité de neutralité de 1508 avec la France, les Etats n'aspiraient qu'à en obtenir la continuation. Ils en firent la demande à Marguerite qui, à St-Jean-de-Losne par ses députés, négocia et conclut cette prolongation (2). Mais on avait besoin du concours de l'empereur dont la ratification promise devait être donnée dans un court délai. Il était dangereux de la différer, mais plus difficile de l'obtenir sans la payer à un homme comme Maximilien. Il fallut deux députations successives, jointes aux prières réitérées de l'archiduchesse. Quelque pressant que fût l'intérêt d'un pays gouverné par sa fdle, l'empereur ne rougit pas de faire attendre quatre mois son consentement, et de ne l'octroyer que moyennant un subside pour sa guerre contre les Gueldrois (3).
C'est en cette année qu'il tenta d'unir la Franche-Comté à l'empire d'Allemagne, en créant le cercle de Bourgogne. Mais ce ne fut qu'un simple projet. On s'est en effet demandé s'il avait, sur ce grave sujet, consulté les principales provinces, et obtenu leur consentement (4). Ce que je puis
(1) Lettre de Marguerite à Maximilien, meutionnant la requêto des Etats du Comté. Lbglat, Corresp. II, p. 59.
(2) Yoy. BUT ce traité beaucoup de pièces à la lettre B 289 de la chambre des comptes, Préfect. de Besançon,
(3) Leglay, II, p. 105.
(4) M. Oachard, Mémoires de l'Académie royale de Be/^ftçue, i867, p. 57 i.
dire, c'est que je n'en trouve aucune trace dans les archives des Etats. Ce projet n'y est pas même indiqué.
Session du iS décembre i5i3. — Salins (4).
Maximilien qui, par la cupidité et l'abandon des troupes Suisses, venait d'échouer dans sa grande campagne contre la France, obligea sa fille à convoquer les Etats du Comté pour leur demander, en son propre nom, un subside. Il n'eut égard ni aux prières de Marguerite, ni aux malheurs d'un pays traversé et complètement dévasté par les troupes Suisses, quand elles marchèrent sur Dijon ou en revinrent après le siège. Il lui fallait de l'argent. La somme votée, dont nous ignorons le chiffre, dut être très-faible. La correspondance de Marguerite avec son père nous montre la contrainte qu'elle subissait, et son embarras mortel, placée entre le besoigneux empereur et ses sujets épuisés, c Je € tiens, lui écrivait-elle, que n'ignorez pas la povreté du pays c et le mauvais traictement que les Suyches leur ont fait au c passer et repasser. Au moyen de quoy, ils eussent eu <L plus besoin de repos que de travail. Neantmeng en rien c ne vous vouldroie désobéir ni desplaire, quoi qu'il en doise € advenir (2).
Maximilien s'endurcissait aux affronts. Quelques mois après, les Etats des Pays-Bas lui refusaient absolument toute subvention, sur le motif que Charles-Quint, dont il était le maimbourg, allait sortir de tutelle, et que les subsides à voter lui appartiendraient désormais (3).
Quant à Marguerite, avec son désintéressement si généreux et si noble, elle pouvait alors dire à vérité à son père :
(i) Sur la convocation de cette assemblée voyez la lettre de Morgue^ rite, novembre 1513. Lsoiat, Corretp. Il, 216 et s. (2)/6id., p. 217.
(3) Ihid.j p. 234.
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c Je VOUS ai servi vous et le roy, mon neveur, et y ai jus- « ques icy employé tout mon vaillant (1). ^
Session de février i5i4. — Salins^ puis Nozeroy (2).
Le comté de Bourgogne était compris dans le traité de paix de Dijon, mais les Comtois avaient enfreint la neutratralité; l'inconstance des Suisses, toujours prêts à se laisser gagner, et l'arrivée du bailly de Dijon à Zurich laissaient craindre, avec un revirement des ligues, de redoutables dangers. On dépêcha donc à la diète Simon de Rye et Antoine de Salives, tous deux conseillers au parlement de Dole. Ils trouvèrent les Suisses furieux contre la France qui ne leur payait pas les 400,000 écus promis par le traité. Ils entendirent les cris des otages renfermés dans un étroit cachot. Auparavant, on les laissait aller librement par la ville. € Maintenant, écrivaient les députés Franc-Comtois, ils € sont en un paillé, liés contre une tendue de bois, d'une c chaîne de fer par le milieu du corps, ont des fers aux « pieds et aux mains, et ne font que pleurer, comme « nous avons entendu (3). d Le représentant de l'empereur demandait formellement à la diète quel secours effectif on pouvait attendre des cantons en cas d'invasion du Comté par les Français. Les deux ambassadeurs Comtois sollicitaient avec instance une alliance défensive. Ils s'exprimèrent d'abord en français, les Suisses ne les entendaient pas. Ils se mirent à parler latin, mais la plupart de leurs auditeurs ne les comprenait guère mieux. Enfin l'ambassadeur impérial s'expliqua en thiois. Les Suisses renvoyèrent la
(i) Ibid., p. 219.
(2) Voyez ci-après la lettre de Gatinara, 12 février 1Ôi4. {Négoc. diphm. Leglat, I, 660).
{d) Lettre de Simon de Rye et dP Antoine de Salives à Marguerite, Vi/lenexd, îi décembre 15(3.
jréponse à l'assemblée suivante, et les députés quittèrent la diète. Jean de Rochefort, bailly de Dijon, en revenant, prit son chemin par le Comté ; mais, comme il passait sous les murs jde Châtillon-sous-Maiche, dans les montagnes du Doubs, le capitaine, espèce de voleur titré, le fit arrêter, puis le retint en prison et le soumit à une rançon de 4,000 écus.
En attendant la réponse des Suisses, les Comtois essayèi;^nt de renouer directement la neutralité avec la France. D'après les ordres de Marguerite, les Etats furent convoqués à Salins, pour le 5 février 1514, par la princesse d'Orange. Mais Philiberte se trouva indisposée, et les Etats, par déférence pour elle, se transportèrent, malgré la saison, au splendide château de Nozcroy, où elle les reçut ; Gatinara, qui était présent avec le maréchal de Vergy, raconta ainsi à Marguerite, en revenant à Dole, les incidents de cette journée :
c Madame, en ensuyvant les lettres communes qu'il vous f pleust escripre à madame la princesse (d'Orange), à monc sieur le mareschal (de Vergy) et à moy, icelle dame c princesse, puys qu'elle cust veu vos dites lettres, m'es- « cripvit que je me deusse treuver au lieu de Salins, le V® « de ce moys, où seroit monsieur le mareschal, ensemble c les députés des trois Estats, et qu'elle s'y trouveroit, s'il « estoit possible, pour adviser sur le contenu en vos dites f lettres, et y fère le mieux pour le bien du pays. Et, c combien que l'assemblée se trovist, ce dit jour, au dit c lieu de Salins, néanlmoins icelle dame princesse, pour c estre mal disposée d'une grosse rumc et doleur de dentz, « ne se trouva, ains s'envoya excuser, et envoya aulcun « de sa part pour y estre, priant la compaignie de vouloir « adviser et pourveoir le tout nonobstant son absence, et c qu'elle auroit agréable tout ce que seroit advisé. Touttef- € foys nous dépeschasmes toutes choses, tellement que, c seulement hier au soir, fusmes de retour en ceste viUe.
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c Pour résolution ha esté conclud au dit Nozeroy d'en^ « voyer devers messeigneurs de Bourbon et de la Tréc mouille, M. de Rye (Simon), maistre Antoine Salives et € le trésorier de Salins, tant pour leur présenter vos lettres, c savoir leur intention touchant la neutralité, que pour c poursuyr la main-levée de vos terres et seigneuries de € Charolois, Chastelchinon^ Chaulcin et la Perrière. Jean € Botechou s'en va devers l'empereur afin que Sa Majesté c soit plus encline à mettre le pays en paix, i»
Les députés s'acquittèrent de leur mission; mais elle était difficile, et ils n'obtinrent qu*avec beaucoup de peine le maintien de la neutralité.
Session du 16 janvier i5i5. — Salins (1).
Le don gratuit voté à l'empereur par cette assemblée fut de 40,000 francs ; les Etats accordèrent en même temps 3,000 francs à la princesse Marguerite, et 1 ,000 à l'archir duc.
Ce subside, le dernier que Maximilien reçut des Etats de Franche-Comté, ne lui était nullement dû, car il n'avait plus aucune autorité dans la province. Mais on ignorait alors que, dix jours auparavant, Charles-Quint avait été émancipé, et que la mainbournie ou tutelle de l'empereur était arrivée à son terme. Le projet même en avait été celé à Marguerite, si tendrement attachée à son neveu, et elle en fut profondément blessée (2).
La guerre était, à cette époque, violemment allumée entre le maréchal et Gatinara ; et, selon l'expression de ce dernier, il y avait deux chefs au pays, l'un représentant
(1) Archives des Etats, L. 146. p. I et s. ~ L. 147. — Délibération du chapitre métrop, de Besançon, séance du 10 janvier 1515 (n. s.).
(2) « On m*a fait ceste honte de me Favoir celé. Mém. justif, de Mar^ guérite à Charles-Quintj 20 août 1515. Van den Bergh, II, 124.
du droit, de Tordre et de la justice qu'il maintenait avec son inflexible rigueur, l'autre, Thomme de la violence, plus animé que jamais contre les parlementaires, et faisant par* tager à la noblesse ses passions ardentes. Comme dans ses ressentiments il ne reculait devant aucun moyen, il avait accusé le Parlement et son chef de trahir la princesse par de secrètes intelligences avec la France, et une femme, du nom de Didier, alors dans les prisons du maréchal, s'était, à son instigation, chargée de faire cette révélation calomnieuse, qu'elle démentit plus tard.
Les Etats demeuraient étrangers à ces passions inspirées par la haine, quoique des ordonnances, publiées par Gatinara en 1515, au nom de Marguerite, vinssent les surexciter encore (3). Deux des ordres, le clergé et les villes, soutenaient le président comme le protecteur des droits de tous : aussi, dans la liste des récompenses pécuniaires dé- • cernées par l'assemblée, Gatinara fut-il inscrit avec honneur pour ses services rendus celte année même au pays ; distinction d'autant plus amère au maréchal, son ennemi, que lui-même ne fut pas mentionné au recès (4).
Les Etats de Flandre, à raison de l'émancipation prochaine de l'archiduc, avaient refusé tout subside.
Ceux de Franche-Comté, en accordant les 40,000 fr., firent entendre aux commissaires de l'empereur d'assez
(3) « Je trouve, dans un inventaire des papiers laisses par le cardinal de Granvelle en 1586 à Madrid, cette mention: Papiers concernant les ordonnances que madame Marguerite fit publier en 1515, quand Gatinara était président. (M. Gacharo, 1862, p. 31). Nous verrons que les Etats de 1517 en ordonnèrent la révision.
(4) • 300 fr. est-il dit, au président Mercurin de Gatinaire pour veiaiges « pour le bien public, tant vers l'empereur que madame, — A messire « Symon de Rye pour veiaiges vers Mess, des ligues au lieu de Zurich^ et « plusieurs autres pour les affaires du pays, et pour un aultre vers le due « de Bourbon et le seigneur de la TrémoUle. » {Papiers des Etott, L. 146).
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dures paroles, leur déclarant que la Franche-Comté était un pays libre, de tout temps exempt de servitude, d'ailleurs épuisé par le nombre d'hommes qu'il avait fournis à sa Majesté (1).
Tels furent les derniers adieux, d'ailleurs mérités, des Etats de Bourgogne à Maximilien.
En ce temps, Marguerite, sa fille, toujours dans les Pays- Bas, était abreuvée d'ennuis et pensait à abdiquer le gouvernement. Elle s'était sacrifiée pour l'archiduc son neveu, à qui elle avait servi de mère, et, comme nous venons de le dire, on lui avait fait l'injure de lui celer les préparatifs de son émancipation. Elle était soigneusement tenue à l'écart de toutes les grandes affaires (2). Forte de sa conscience, de son dévouement et de ses services, elle n'accepta point en silence cette humiliante disgrâce; et dans un mémoire simple et digne, mais plein de force, elle rappela ce qu'elle avait fait pour Charles-Quint, à qui elle avait sacrifié repos et fortune, sans en recueillir rien que des pertes, et une défiance imméritée, c Si, dil-elle en terminant, il vous f plaist de croire légiérement ce qu'on dit de moi, et me c souffrir traiter comme je vois le commencement, aymeroie € trop mieux de pourvoir à mes petites affaires, et me re- € tirer gracieusement, comme déjà l'ay fait supplier à c l'empereur par mon secrétaire Marnix (3). i^
A ce mémoire lu, selon l'intention de la princesse, à l'ar-
(1) Maximilien raconte lui-même dans une lettre du 17 février 1514 (n. s.) le mécontentement profond des Etats. Ayant appris, dit-il, que Tarchiduchesse faisoit assembler les Etats du comté de Bourgogne, il y avait envoyé des commis et députés pour demander de sa ])art 32,000 florins d*or. Sur quoy il auroit Q^të remonstré par les dits Etats que le dit Conté avoit esté de tout temps exempt de toute servitude^ quU estoit d^ ailleurs épuisé par les hommes quil avoit fournis déjà à l'empereur, f/nventaire de la maison de Chalon, Tom VI. Papiers de guerre),
(2) « L'on tasche vous donner soupeçon sur moy pour me retirer de votre bonne grâce et confidence. » (Mém. justif. cité plus haut, p. 124).
(3) Ibid. p. 127.
chiduc lui-même, en présence de ChièvreSy son précepteur, et de ses conseillers, il fut répondu par le chancelier de Saint-Py, que c madame estoit deschargée de toutes choses, c avec autres belles et bonnes paroles et promesses (1). > Ce langage officiel ne changea rien à la situation de Marguerite, non plus que les recommandations de l'empereur, qui, pénétré de la supériorité de sa fille et de l'injustice qui lui était faite, pressa en termes affectueux l'archiduc de se confier à elle dans ses grands et arduez affaires (2). Elle continua à s'apercevoir, après plusieurs mois, qu'elle était toujours l'objet des mêmes défiances (3), et qu'une influence ennemie régnait contre elle à la cour de Flandre. C'était celle de Guillaume de Croy, seigneur de Chièvres, favori tout-puissant, homme de haute capacité, mais vénal, maître de toutes les faveurs, et qui ne supportait aucune puissance rivale de la sienne. Marguerite, révoltée de cette ingratitude, prit le parti de quitter les Pays-Bas et de se retirer dans le Comté de Bourgogne, le plus ancien héritage de sa famille, où elle trouverait, dans l'affection des habitants qu'elle aimait beaucoup elle-même, un gouvernement facile et le repos d'âme que ne lui offrait plus la cour des Pays-Bas (4).
(1) Ibid.
(2) « Nous ae faisons aucune doubte, en portant rhonneur et amour « que debvez à nostre très chière et très amée fille, votre tante, que « YOUB ne luy communiquiez vos plus grands et arduez affaires, et que fl ne prendrez et userez de son advîz et bon conseil... Vous estes tout € son cœur, espoir et héritier. » (Lettre de Èlaximilien à Charles d'Antriche, 18 janvier 1516. Van den Bero, II, p. 134.)
(3) « On ne m*en a gaires plus avant parlé ny montré jusques à icj « aucun povoir ni instructions en manière quelconque... On ne déaire i pas que j*ay beaucoup à parler... Ne seroye contraindre les gens à c plus m'advei'tyr qui ne leur plaist. » (Lettre de Marguerite à Maximilienf 21 décembre 1515.. Leglay, II, 314).
(4) Cette résolution, jusqu'à présent inconnue, nous est rovélce dans un manuscrit de Jules Chifiet. Il y mentionne la lettre de nomination
sous MAMfUERITE. 263
Session du ii novembre iSiT. — Dole (1).
La résolution que prit Tarchiduc d'aller en personne gouverner l'Espagne, où l'appelaient de graves intérêts, changea complètement celle de Marguerite. Au lieu d'abdiquer le gouvernement des Pays-Bas, elle le conserva et continua jusqu'à sa mort à les habiter, n'y trouvant plus le favori tout puissant dont le pouvoir avait annulé le sien ni les embarras qu'il lui suscitait. Désormais le jeune prince avait besoin d'elle dans l'administration de celte partie importante de ses Etats, et l'avait priée d'en conserver le gouvernement (2).
Cette résolution étant arrêtée, elle nomma Philibert de Chalon, âgé seulement de quinze ans, gouverneur de la Franche-Comté, dignité qui n'avait pas été remplie, depuis la mort de son père (1502). C'était en réalité, par une combinaison habile, annuler l'autorité politique du vieux maréchal de Vcrgy, désormais borné à ses fonctions d'homme de guerre, et mettre la direction des affaires entre des.mains sûres et habiles, celles de la princesse d'Orange, mère de Philibert, son amie, femme expérimentée, d'un cœur viril et qui possédait toute sa confiance.
de Philibert de Chalon, prince d'Orange, comme gouverneur du comté de Bourgogne en 1517. Marguerite y déclare que, Tâge de pupillarité de Bon neveu (Charles-Quint) étant expiré, elle avait eu le dessein de sa retirer en son Comté de Bourgogne, (iour y résider au soulagement de ses sujets; mais que le départ de son neveu pour TEspagne (il y arriva au mois d*aouti517) la retient aux Pays-Bas, où il l'a priée de demeurer. Pourquoy elle nomme lieutenant-général et trouvcrneur du Comté Philibert de Chalon, à cause des services rendus par ses ayeux à la maison de Bourgogne, et de ceux de sa mère Philiberte de Luxembourg. [Beeès manusc, des Etats^ de Jules Cbiflet, abbé de Balerne, à la Biblioth. de Besançon,)
(1) Papiers des Etats ^ L. 147. — Délibérations municip, de Dole^ ÎO octobre et 3 novembre Î517 — 5 janvier i5i8 (n. s.).
(2) Voy. la dernière nota de la page précédente.
S64 ÉTATS eiMÉRAUX
Le maréchal sentit le coup qui lui était porté, et probablement il l'attribua aui conseils secrets de Gatinara, contre lequel on voit alors redoubler toutes les violences de la noblesse. Elles se déchaînèrent en pleine liberté aux Etats rassemblés à Dole le 11 novembre 1517, et présidés par Philibert de Chalon (1).
Après une lutte si longue et soutenue avec son indomptable énergie, le président de Bourgogne avait compris que contre tant d'adversaires acharnés contre lui il ne pouvait la prolonger sans exposer le pays à une révolution. Dès les premiers mois de l'année 1517, il avait cherché à vendre sa charge, résolution peu digne, il est vrai, de ce grand homme, mais motivée, probablement, par la ruine de sa fortune et les exigences absolues de son honorable pauvreté. Sa dignité, la première de la magistrature, ne l'avait point enrichi, ses biens avaient été saisis par ses créanciers, sa maison de Ghevigny allait être vendue par décret et sa vaisselle mise aux enchères à la requête du président de Malines.
Gatinara n'assista point à la réunion des Etats, où il eut, par sa présence, provoqué d'inutiles fureurs. Décidé à abandonner la Franche-Comté pour n'y plus revenir, il s'était enfermé pour un temps, en face de Dieu et de sa conscience, dans la chartreuse de Bruxelles.
Les Etats, se souvenant qu aucun subside depuis trois années n'avait été demandé par leur souveraine, lui octroyèrent 60,000 francs. Malgré l'absence de Gatinara, il y eût des scènes tumultueuses contre lui ; il fut traité par les nobles comme un ennemi public, les ordonnances qu'il avait fait souscrire à Marguerite comme des mesures d'ini-
(1) La Délib. de Dole du 20 octobre, annonce que le ])rince, nommé gouverneur du pays, assistera à rassemblée ; et celle du 3 novembre que le3 habitants iront an-devant de lui, les plus apparents devant monter à cheval.
sous MARGUERITE. S65
quité et de despotisme surprises à la bonne foi de la princesse. Les Etats nommèrent des commissaires pour les réviser; de ce nombre fut Nicolas Perrenot, depuis si célèbre, qui parait alors pour la première fois sur la scène politique (1). Puis on choisit deux députés, Claude de la Baume, abbé de Sl-Claude, et Simon de Rye, chevalier d'honneur au Parlement, avec mission de se rendre immédiatement à Bruxelles pour obtenir de la princesse la prompte destitution de l'auteur de tous ces troubles.
L'irritation si vivement excitée contre Gatinara et qui dominait dans la noblesse avait-elle, quoique dans un degré inégal, gagné les deux autres ordres ? Ce que je remarque, c'est que cette fois, le président absent et vaincu n'est plus nommé sur la liste des récompenses, où il avait été si souvent inscrit, et où figure en tête le nom du maréchal, son rival allier et triomphant (2).
L'arrivée des députés à Bruxelles embarrassa beaucoup la princesse. Elle aimait son président de Bourgogne, et tenait en haute estime sa capacité, son grand caractère et ses longs services. En même temps, il lui était impossible de ne pas prendre en considération sérieuse l'implacable haine du maréchal et des nobles, arrivée au dernier degré de la fureur. Elle balança longtemps, et voulant éviter à Gatinara l'injure d'une destitution, elle le supplia à réitérées fois, par lettres et par députés, de se démettre. Il fut inébranlable et elle le frappa de destitution (3).
Une tradition accréditée et répétée encore avec admiration de nos jours, veut qu'après la clôture des Etats, le
(1) M® Nicolas Perrenot a vaqué dix jours à Dole a veoir les ordonnances avec d'autres députés. (Papiers dts EtatSy L. 147, p. 25.)
(2) On lit dans le tableau des récompenses de l'aiinée 1517 : au prince d'Orange, lieutenant général, i,000.~ Au maréchal de Bourgogne, !i,000 /r. — A M. l'abbé de Si-Claude et à M. de Bge (envoyés en ambassade à Bruxelles) 1,500 fr. {Ibid. L. 147.)
(3) Le 6 avril 1518.
président, quittant la chartreuse de Bruxelles, soit revenu en Franche-Comté, que dans une séance solennelle du parlement où il parut avec tous les insignes de sa dignité, il ait fait faire un appel des causes, puis annoncé publiquement qu'il allait passer quinze jours à Dole, temps pendant lequel ses ennemis avaient pleine liberté de l'accuser, elle ajoute, qu'après ces fières paroles descendant de son siège et quittant son vêtement de magistrature il était allé prendre place au dernier rang de l'auditoire ; que les quinze jours étant écoulés, sans qu'aucun accusateur osât paraître, il avait quitté la ville et se dirigeant vers le Piémont, traversé celle d'Ornans ; que là, un de ses chevaux se trouvant hors d'état de continuer sa route, Nicolas Perreaol, de cette ville, lui avait donné le sien en l'accompagnant jusqu'à la frontière dans cette dangereuse retraite.
Cette tradition, d'accord avec le caractère de Gatinara, est empreinte d'une sorte de grandeur et de majesté, qui l'a fait accueillir sans défiance ; Dunod, Courbouzon l'ont répétée. Il faut dire que ni Lampinet, ni Dunod n'ont su que Gatinara avait été destitué par Marguerite, et cependant de cette circonstance si complètement démontrée, résulte contre la vérité de cette histoire une difficulté invincible.
En effet, ou cette scène du parlement aurait précédé la destitution du président, ou elle l'aurait suivie, et dans les deux cas le récit ne peut se soutenir.
Si elle l'a précédée, comment Marguerite aurait-elle déposé de ses fonctions un homme qui déjà s'en serait volontairement démis ?
Si ce drame parlementaire est postérieur à la destitution, comment Gatinara destitue aurait-il pu remonter sur son siège de président, faire appel des causes comme un magistrat en titre et abdiquer si fièrement une dignité qu'il ne possédait plus ?
Magistrat, je rejette avec peine au rang des fables un
sous MARGUERITE. S67
des plus grands épisodes de la vie de Gatinara et de la magistrature franc-comtoise. Mais la vérité doit l'emporter sur tout autre sentiment. Ce qui peut-être a trompé Lampinet, premier auteur de cette fiction historique, c'est qu'un fait analogue s'est passé, vingt ans après, aux Etats de 1538, alors que dans une séance solennelle, dont nous possédons le texte et les détails (1), le président Marmier, accusé de concussion, défia publiquement et réduisit au silence ses accusateurs. Cette scène que Lampinet n'a pas connue, il l'a omise dans la vie de Marmier, et transportée dans celle de Gatinara. Au surplus ce qu'il dit de la suspension du premier, de son voyage sur les pas de l'empereur, de sa mort en Afrique où il l'aurait courageusement suivi, est un récit de pure imagination, contredit, je le prouverai (2), parles titres les plus authentiques, et l'historien du parlement s'est amusé aux dépens de ses lecteurs.
Session du mois d'octobre i5i8. — Nozeroy (3).
La disgrâce de Gatinara n'avait été qu'apparente, et les filats, entraînés par le maréchal, s'y étaient trompés. Moins d'un an après leur orageuse assemblée, Marguerite avait regagné toute la confiance de Charles-Quint (4), et Gatinara, replacé au faîte de la faveur, devenait, à la demande de la princesse (5), chancelier de l'empire. On voit combien
(1) Le recès de la session de Tannce 1533 a été publié par la Société d'Emulation du Jura daas ses Mémoires^ 1873.
(2) Dans le troisième volume de mon Essai sur Vhistoirt de la Franche-Comté,
(3) Délibér. du chapitre de Besançon, 6 octobre 1518.
(4) M. Leglay en donne la preuve éclatante dans un acte du 24 juillet, émané de Cbarles-Quint. (Notice sur Gatinara, p. 441.)
(5) Elle le félicite au mois d'octobre 1518 de sa nomination, « que nous et autres qui ont procuré vous y pourveoir y aurons honneur... » Legl\y, Notice sur Gatinara dans les Mémoires de VAcad. de Lille, 1847, p. 21).
le crédit du maréchal se trouvait ébranlé. Il avait cessé d'être le redoutable et puissant gouverneur de sa province. La direction des affaires n'était plus désormais au château de Champlitte qu'il habitait, mais à celui de Nozeroy, séjour de la princesse d'Orange, véritable gouvernante du pays sous le nom de son fils Philibert de Chalon, à qui son âge de seize ans ne permettait pas encore de remplir les hautes fonctions dont l'avait investi Marguerite.
Le maréchal put comprendre, même avant de mourir, que son règne était fini : deux ans après l'assemblée de 1517 où il avait semblé régler en maître les destinées du Comté de Bourgoj^ne, il descendait dans la tombe ; et, malgré ses espérances et les promesses de l'empereur, sa dignité ne passait point à son fils.
Au moment même où Gatinara était élevé à celle de chancelier, les Etats se réunissaient à Nozeroy, sous la présidence du jeune prince d'Orange. Il s'agissait d'aviser promptement aux excès et aux violences du comte de Furstcmberg, ami et protégé de l'empereur Maximilien, contre Ulric de Wurtemberg, son ennemi. C'était une guerre de succession, d'attaques, de surprises, reste des âges barbares, qui troublait tout le pays (1).
Session du commencement de novembre i523 au château de
Nozeroy (2).
•La défection du connétable de Bourbon, sa conjuration longtemps dissimulée, puis son attaque armée contre la France envahie de trois côtés à la fois par l'empereur,
(1) Un chanoine du chapitre de Besançon parle de la réunion des Etats qui a eu lieu à Nozeroy où il était présent, coram domino principe Auraice, Burgundit gubernatore, pro negocio comilis de Furslemherg el iuper perturbationibus et excessibus per ipsum comnissis, (Séance du chapitre du 16 octobre 1518.)
(2) PapUrs des Etats, L. 147, p. 26.
sous MARGUERITE. S69
TAngleterre et lui, avaient mis le royaume dans le plus grand danger. Bourbon devait y entrer par la Champagne; et, malheureusement, dans cette aggression, il avait pris son chemin parla Franche-Comté, il la traversa tout entière, et, Besançon excepté, nombre de grands seigneurs l'accueillirent avec sympathie. Arrivé à Lure, il y forma une « belle compagnie de Bourguignons, » qui devaient rejoindre avec lui, dans l'invasion de la Champagne, les lansquenets du comte de Furstemberg.
Si ce grand projet échoua, il pouvait être considéré, de la part des Bourguignons, comme une grave atteinte à la neutralité. Le roi de France irrité s'apprêtait à leur en faire payer cher la violation; et malgré l'approche de l'hiver, on pouvait croire à une invasion française aussi prochaine que redoutable.
C'est dans ces circonstances pressantes que les trois Etats du Comté se réunirent au château de Nozeroy chez la princesse d'Orange, dont le fils, illustre gouverneur du pays, était alors en Espagne. L'avis des députés et de la princesse fut que les ligues Suisses, par leur intervention immédiate, pouvaient seules conjurer un orage si menaçant et qu il fallait leur envoyer, sans tarder, des ambassadeurs. Ils partirent en effet, et expliquèrent à la diète rassemblée à Lucerne, que le pays n'avait point favorisé l'entreprise de Bourbon, que défense avait été faite aux habitants, sous peine de confiscation de corps et de biens, de lui fournir vivres et assistance, et que Furstemberg, en particulier, avait fait d'utiles efforts pour changer la direction des lansquenets, et leur faire prendre un autre passage que celui de la Franche-Comté (4).
Les ligues Suisses crurent à ce récit ; et disposées à défendre au besoin le Comté par les armes, elles écrivirent au roi de France une lettre presque menaçante, en même
(1) Voy. infra la note 1 de la page 272, § I.
temps que, de Lucerne, elles adressaient à la princesse d'Orange ces assurances amicales :
c À nostre très gracieuse voisine et amie madame la princesse c d'Orange, c Madame, noua nous recommandons i vous. Nous avons reçu les lettres que vous nous avez ascriptes , vous et les députés des trois Estats, et entendu bien au long ce que vos ambassadeurs nous ont dit selon le contenu des instructions à eux baillées, par lesquelles et ce que nous a esté dit avons veu et entendu que le roy avoit esté mal informé des charges que l'on avoit donné à vous et aux habitans du Conté. Et à ceste cause, et que nous voulons et entendons et en suivant la ligne héréditaire de garder les habitants du dit Conté de toutes forces et violences que l'on vouldroit leur faire, nous escripvons bien amplement au roy ad ce que son bon plaisir soit ne vouloir permettre ne souffrir de envahir ne adommager par hostilité de guerre ou aultrement les habitans du dit Conté, et en suivant le contenu en la neutralité faite et passée entre lui et madame Marguerite, comtesse de Bourgongne, car s'il permetloit et souffroit faire le contraire, ne le pourrions souffrir ni tolérer, mais en suivant le contenu en la ligne héréditaire, serions tenus deffendre le dit pays, comme plus amplement pourrez veoir et entendre nostre vouloir par le double des lettres que pour ceste cause nous envoyons au roy. Madame, nous vous prions que, pour vostre part, vous feistcs entretenir par les habitans du dit Conté la dite neutralité, et que si aulcung des habitans y faisoienl le contraire, qu'il soit puny et corrigé à l'exemple. Car si l'on faisoit le contraire, nous ne le pourrions ayder, et pour ce que plus amplement l'avons dit à vos ambassadeurs. Madame, nous prions Dieu le créateur qu'il vous donne vie bonne et longue. A Lucerne, à nostre générale congrégation du XII novembre l'an XXIII.
Les tout vos bons et humbles serviteurs.
Les ambassadeurs des Lighes (1).
(1) Bihliothèq, nalionale. Recueil méthodiq.y tome 42., f° 25.
sous MARGUERITE. 271
Nous allons voir combien cette assurance de protection affirmée dans la lettre des cantons au roi de France, avait été payée cher par les Etats du Comté. Mais elle arrêta l'entreprise de roi, et la neutralité fut maintenue. Il était urgent d'obtenir la ratification de l'empereur, et son secrétaire Franc-Comtois, Jean Lallemand, alors en grande faveur près de lui, à qui ils en écrivirent pressamment, se hâta de l'expédier.
Session du 3 janvier i524 (n. s.). — -Artois (4).
Pour obtenir des ligues Suisses une résolution aussi insolite que celle d'une intervention armée contre la France, il avait fallu de grandes promesses. Car je ne sais si l'on en trouverait un second exemple dans notre histoire. Comme il s'agissait de sauver le pays du danger le plus redoutable, les députés envoyés par les Etats avaient été autorisés à ne ménager rien soit prés des cantons, soit près des particuliers les plus influents. Aussi de grands engagements avaient été pris ; et, pour les remplir, il fallut réunir immédiatement les Etats. C'est ce qui explique cette session du 3 janvier 1524, tenue à Arbois, que deux mois seulement séparent de la précédente.
Les Etats n'hésitèrent pas à approuver ce qui avait été fait en Suisse, et, après avoir octroyé 50,000 fr. à Marguerite, leur souveraine, ils votèrent 46,000 fr. pour les frais de la ligue défensive que leurs ambassadeurs venaient de conclure, et cela sans compter les dons individuels dont quelques-uns, fort onéreux, avait été promis aux particuli(3rs, et devaient leur être payés sans délai (2).
(1) Papiers des Etats, L, 146, p. 36 et s, et L, 147. — Délibération du ehap. de Besançon, du 27 décembre 1523, où est annoncée rassemblée d'Ârbois pour le 3 janvier suivant.
(2) Les premiers des titres qui viennent d*être cités mentionnant 8,300 fr, ordonnés à estre promptement payer à aulcungs particuliers de Mess, des Lighes.
Ainsi, ce que Ton a ignoré jusqu'à présent, le désastreux passage de Bourbon, de ce grand coupable, à travers le Comté de Bourgogne, coûta au pays cent mille francs, ce qui équivaudrait à deux millions de la monnaie de nos jours.
Dans leur défense écrite contre les accusations du roi de France, les Etats avaient soutenu qu'ils n'avaient rien négligé pour empêcher la traversée de Bourbon sur leur territoire; je trouve en effet, dans la liste des récompenses, une somme de 4,000 fr. allouée au comte Félix de Verdenberg pour avoir diverti Varmée des lansquenets vetUllant passer par le Comté, et les avoir fait aller par autre lieu (1).
(1) Comme les sessions des Etats sous le règne de Marguerite sont presque complètement inconnues, notamment celles des années 1523 et 1524, je copierai ici le tableau des récompenses accordées par la dernière de ces assemblées :
2,i00 fr, à Nicolas de WaUville, prévôt de VéglUe de Berne;
SfiOO fr. à la princesse d Orange ;
ifiOO fr. au président d Orange;
100 fr. à mess. Jehan Lallèmand, secrétaire de l'empereur, ayant hâté la dépêche de l'empereur pour la neutralité;
1,000 fr. au comte Félix de Verdenherg pour.., {voyez suprà dans le texte).,. A Jacques Botechoux, maire de Gray^ voyage à St. Jean de Jjosne pour la neutralité :
1,000 fr. aux Bercins de Besançon à eux accordés par advis et délibéra' tion de madame la princesse (d'Orange) et aultres bons personnaiges pour pacifier auleung différend que le comte de Furstemberg avoit contre euLc^ pour raison de la succession de messire Pierre Sixsolst jadis chanoine de Besançon, pour lequel différend le dit comte prétendoit mener guerre ; qui eût grandement causé dommage et division au pays. {Papiers des Etats. L. 14Ô, p. 47).
Jusqu'au règne de Cliarle^-Quint, on trouvera toijgourt dans notre Bourgogne des traces de ces guerres privées.
sous MARGUERITE. 273
Session du 22 juilUet i526. — Dole (1).
Lorsque, au mois de juin 1526, Charles-Quint envoya en ambassade à la cour de François I«^, Lannoy, vice-roi de Naples, et Alarçon, général de Tinfanterie espagnole, pour sommer le roi d'accomplir le traité de Madrid, en mettant l'empereur en possession du duché de Bourgogne, ou en reprenant ses fers en Espagne, le roi de France, pour toute réponse, se contenta de faire paraître devant eux les députés de cette province. Ceux-ci déclarèrent qu'ils ne pouvaient obéir au roi, qui avait excédé ses pouvoirs en aliénant cette partie de ces états. A la nouvelle de ce refus concerté entre le roi et les députés du duché, Charles-Quint s'emporta, traitant publiquement le roi de prince sans foi et sans honneur. Puis il commanda à Lannoy, en lui donnant un corps d'armée espagnol, de marcher immédiatement sur le duché, et de s'en emparer par la force.
Lannoy obéit sans retard, et quittant Cognac (2), se dirigea tout d'abord sur Auxonne, frontière des deux Bourgognes. Presque aucun historien n'a connu ce fait de guerre, pleinement d'accord cependant avec les archives de nos Etats. La ville assiégée se défendit avec courage, et, à l'aide d'une noblesse nombreuse qui s'était enfermée dans ses murs, repoussa tous les assauts de l'ennemi. Il fut même décidé que l'on profiterait de l'obscurité d'une nuit pour faire une sortie vigoureuse sur le camp de Lannoy et s'en
(1) Papiers des Etats, L. 147. — Dêlib, municip. de Dole, ci-après citée, du 17 juiUet 1526.
(2) n écrivait de ce lieu à rempereur le 25 mai 1525 : < Quant à « Bourgogne, je n*y vois apparence, et en ay tant de regret que € j'en sens tout ce qu'un bon serviteur doit sentir. Et plust à Dieu que € je nem*en fusse jamais meslé.et qu'il eust plut àV. M. de m'en avoir € desporté, comme plusieurs fois vous le suppliai à Tolède. » (Négoc, « diplom., II, 663).
emparer. Ce dessein fit bruit dans la ville, et une servante, née en Franche-Comté, nommé Hildeberge, résolut de sauver l'armée et le général de l'empereur. Sous le prétexte d'aller au dehors cueillir des simples, elle sortit de la ville et pénétra jusqu'au camp espagnol. Lannoy, averti à temps, se retira, et son arrière-garde seule subit une vigoureuse attaque. Obligé de battre en retraite, l'armée entra en Franche-Comté et s'établit dans les campagnes voisines de Dole. A Auxonne, une émeute populaire se porta avec violence sur la maison des maîtres d'Hildeberge, qu'on supposait complices de la trahison de leur servante, la démolit, et, sans l'intervention courageuse du maire de la ville et des échevins, ils eussent été massacrés.
L'alarme fut grande à Dole par la crainte d'une agression subite de la France (1), et comme les troupes espagnoles, cantonnées aux environs, refusaient d'en sortir, les Etats furent sans retard, et sur la convocation du gouverneur Philibert de Chalon, réunis à Arbois (2). L'assemblée ordonna un grand emprunt immédiatement jeté sur les villes. Les archives des Etats nous font connaître la part de contribution de Salins, d' Arbois, de Poligny, de Châtean- Chalon, de Lons-le-Saunier (3). La ville de Dole s'excusa sur
(1) 3juiUet 152d, mesures de précaution ordonnées aux Dolois par ]e gouverneur ; il a écrit de ûdre guet et garde jour et nuit ; on Yints lartiUerie. {Délib, munidp. de ce jour,)
(2) t Pour ce que M. le prince (d*Orange) a envoyé lettres à Mes-
• sieurs (du conseil de Dole), d'envoyer aulcungs de la vUIe à Tsaff semblée qui se faict au lieu d' Arbois le Xll* de ce mois de juillet, f a esté ordonné que M. lo Maire ira à la dite assemblée. On y fera « toute remontrance pour la décharge de la viUe. i {Délib, tmmieip. de c Do/e, 17 juillet 1526.)
(3) fl Aux habitans de Salins 200 fr. pour remboursement du prest « par eux faict pour faire déloger de ce pays les gens de guerre Espa-
• gnols y venus aprôs le traité de Madrid, — Aux habitans de PoUgny» « Arbois , Lons-le-Saunier , Château-Cbalon^ pour la même
• 400 fr., etc. » (Papiers des Etats, L.147.)
sous MARGUERITE. 275
ce qu'elle avait porté le faix principal de l'armée espagnole à sa retraite.
On montre encore à Auxonne la place où était la maison démolie des maîtres d'IIildeberge (1).
Session du iô février 1528 (n. s.). — Salins (2).
Une somme de 41,000 francs fut accordée à Tarchiduchesse Marguerite par cette assemblée, à laquelle assista la princesse d'Orange, représentant Philibert de Chalon, son fils, gouverneur du pays, qui dans ce temps portait si haut le nom de sa famille par l'admirable défense de Naples. Ce subside fut voté pour plusieurs grands frais soubsteniis à la prolongation de la neutralité et au reboutement des Luthériens, voulant entrer dans le Comté de Bourgogne (3).
Un compte de cette princesse nous apprend que, la veille, pour se rendre à cette assemblée, elle quittait de bonne heure son château de Nozeroy. Elle y trouva réunis les seigneurs des trois Etats, que le même document nous fait connaître en partie. C'était Claude de la Baume, alors évêque de Genève et plus tard archevêque de Besançon, l'abbé de Luxeuil, l'archidiacre d'Arras, l'abbé du Mont-Sainte-Marie, l'ofiicial de Besançon, et autres gens d'église ; dans les rangs de la noblesse, M. le grandmaître Gorrevod, maréchal de Bourgogne, mort en Espagne l'année suivante, M. d'Autrey, M. d'Ugny, M. de Courlaoux, M. de Vertamboz, M. d'An-
(1) Elle a été remplacée par celle qui appartient aujourd'hui à Thospice Saiate-Ânne, près du bâtiment de la Renaissance. (Communie, de M, Pichardf ancien maire d'Auxorme.)
(2) Papiers des Etais. L, 146. — Il août 1528 (v. s.) Malines. Lettre de non préjudice par Marguerite pour le don gratuit de 41,000 fr. accordés par les Etats de Bourgogne assemblés à Salins. (Inventaire de la maison de Chalon, tom. VI. Papiers de guerre, p. 60, V^, Q. 82.)
(3) Papiers des Etats, L. 146.
cier, dont le nom fit tant de bruit plus tard dans le comté de Bourgogne, Guillaume dePoupet, abbé de Baume, H. de Saint-Horry, avec d'autres nobles du comté de Boui^ogne et grand nombre de députés des villes (4).
Session du 16 mars i529. — Salins (2).
C'est Marguerite qui convoqua cette assemblée des deux Etats. Ses commissaires étaient Pierre de la Baume, abbé de St-Oyan-de-Joux et évêque de Genève, Hugues Mannier, seigneur de Gatey, président de Bourgogne, Claude de Ray, et le seigneur de Cornaillon, écuyer tranchant de la princesse.
Les Turcs menaçaient la Hongrie, et, pour lui porter secours, les Etats de 4529 accordèrent à Ferdinand, roi des Romains, un subside de 20,000 écus d'or.
Cette session fut la dernière du règne de Marguerite ; elle mourut l'année suivante, aimée et bénie de ses peuples, au bonheur desquels elle avait consacré sa vie. A cinquante
(1) Archives de la maison de Chaton, E. 1289. Voici la liste des récompenses :
A M. Nicolas Perrenoi, pour sollicitation de la prorogation de la neutralité, SOOfr.
Au comte Horrique, chevalier d'honneur de madame Marguerite, afin d^avoir les affaires du pays pour recommandées, 800 fr,
A Philippe Vaulchier^ greffier du Parlement, voyage en Espagne, 400 fr,
A Mathieu Seratte, secrétaire de Vempereur, pour avoir esté avec un messager de Lueerne porter des lettres au roi de France pour la ratification de la neutralité, fiOfr.
A Mess. Martin Benoit, procureur général, pour un voyage à Paris avec le messager de NeufchasteU pour le fait de la dernière prolongation de la nttitralité, iO fr. (Papiers des Etats, L, 147, p. 56.)
(2) Archives de la maison de Chalon, Papiers de guerre n^ 80, — Papiers des Etats, L. 147. — 1532. Lettre de Ferdinand, roi des RomaiDS, sur ce subside, dans les récès de J. Chiflet, tom. I»"*, p. 161. — Papiers des EtatSy 0. 144.
sous MARGUERITE. S77
ans, elle avait pris la résolution de la finir au couvent des Annonciades qu'elle avait fondé près de Bruges. Dans ses derniers jours, à Malines, où elle se sentit souffrante, l'une de ses suivantes lui ayant présenté de l'eau dans un bol de cristal, le laissa tomber en le reprenant des mains de la princesse. Un éclat du verre, qui entra dans l'une de ses mules, la blessa au pied. La plaie devint gangreneuse ; il fallut une amputation à laquelle elle se soumit avec courage. Pour lui en épargner les douleurs, les médecins lui donnèrent une telle dose d'opium qu'elle ne se réveilla plus. L'une de ses dernières pensées avait été pour le comté de Bourgogne qu'elle avait tant aimé. Par un dernier codicile, écrit trois jours avant samort, elle supplia l'empereur, son neveu, de s'en désaisir jamais, pour non abolir le nom de la maison de Bourgogne, Elle fut inhumée à Brou, ce magnifique mausolée, le plus beau de l'Europe, qu'elle avait élevé à la mémoire de Philibert de Savoie, et qui ne coûta pas, valeur actuelle, moins de vingt-deux millions (1).
Nous verrons par le règne qui va suivre, combien Gharles- Quint se montra fidèle aux sages conseils de sa tante. Adoptant les mêmes règles de gouvernement, il maintint avec la plus grande vigilance la ligue héréditaire avec la Suisse, la neutralité avec la France, abolit définitivement les guerres privées, surtout témoigna aux Etats du Comté la plus grande déférence. Il leur fit cet honneur que les lettres de convocation aux assemblées, adressées individuellement à chacun des membres, devaient être signées de sa main. Enfin il posa ce grand principe, devenu le complément des libertés du pays, que le don gratuit serait employé dans son seul intérêt à la défense de son territoire, à la fortification de ses villes.
Ces instructions, il les laissa à son fils, en les consignant par écrit dans un mémoire célèbre, monument de son ex-
(1) Lbouly, Notiu sur Marguerite, p. 463.