COMMERCE
Entraves fiscales, p. ^4 . — Communicatious et transports, p. 54. — Situation des étrangers, p. o'j .— Prohibition, p. 5o. — Alimentation des villes, p. 06. — Corsaires et pirates, p. 06. — Ruine du commerce; p. 57.
Les articles qui traitent de la marrliandise ne nous offrent, dans les cahiers de 1588, qu'une pâle reproduction des doléances que nous avons étudiées aux premiers États de Blois. Si les plaintes des députés n'ont pas le mérite de l'imagination et de la nou- A'eauté, elles ont du moins pour la postérité l'avantage de constater une fois de plus, au seuil du xvii" siècle et à la veille de l'avènement de Henri IV, l'irrémédiable impuissance des Valois, incapables d'achever la moindre réforme.
Les entraves fiscales énergiquement critiquées en 1576 ont été réduites, mais non supprimées ; les plaintes ne viennent plus du tiers état, mais de la noblesse : les gentilshommes demandent indistinctement la répression des fraudes commises par les marchands ou par les péagers (N. lOlj. Le tiers état, dont nous avons plus d'une fois constaté le silence, ne songe pas aux péages, mais il réclame une abolition générale des droits établis sur les marchandises depuis l'avènement de Charles IX (T. 225).
L'état des routes ne provoque aucune plainte : il est à croire qu'elles avaient été améliorées, car les
OOMMERCK 35
députés s'occupent de multiplier les voilures publiques : le tiers état insiste de nouveau pour qu'il soit « permis à toute personne d'installer un service de coche » (T. 270 1. pendant que la noblesse signale la mauvaise organisation des relais de poste. Parmi les offices follement multipliés depuis ([uarante ans, figuraient les charges de maîtres de poste; il en résultait les plus singuliers abus : sur telle roule fréquentée, les voyageurs devaient changer de chevaux de lieue en lieue; sur telle autre, les postes étaient trop éloignées et manquaient de bons chevaux. Le cahier de la noblesse demandait qae les relais fussent régulièrement établis de quatre en quatre lieues et que le tarif fût réduit à quinze sols par cheval (N. 123).
Enfin, l'unité des poids et mesures était de nouveau l'objet des vœux du tiers état (T. 269).
Si la nation se souvenait des progrès dont elle voulait hâter l'accomplissement, elle n'avait pas non plus perdu de vue ses rancunes : les étrangers étaient pour elle la cause d'un constant effroi. Le tiers état laissait percer ses secrètes inquiétudes, en proposant de soumettre tout nouvel habitant d'une ville à une série de justifications en vue de connaître le culte et l'origine du nouveau venu , sa profession et les motifs qui l'avaient déterminé à changer de domicile (T. 271). La noblesse, de son côté, reprenait le vœu tant de fois exprimé d'interdire aux étrangers toute ferme d'impôts en France (N. Ho).
Nous avons vu poindre aux premiers États de Blois le régime protecteur. C'est la noblesse qui se charge en 1588 de défendre ce système : la prohibition des étoffes à l'entrée du royaume, la prohibition des soies et laines non ouvrées à la sortie, telle est la forme
SOUS laquelle on propose de protéger l'industrie natio' nale (N. 109).
Le cahier de la noblesse montre quelle singulière idée on se faisait de la liberté nécessaire au commerce. Les fréquentes disettes qui frappaient certaines provinces et qui étaient dues à l'insuffisance des voies de communication préoccupaient vivement les députés; c'est à la crainte des famines (jue nous devons attribuer le régime exceptionnel auquel étaient soumis les blés et la viande (N. 119). C'est à la même terreur que doit se rattacher l'origine d'un singulier privilège dont jouissait depuis un temps immémorial la ville de Marseille. La noblesse demandait qu'il fût confirmé en des termes qui valent la peine d'être cités : « Pour ce que la ville de Marseille est située en pays si infertile, qu'elle n'a moyen avoir blés, sinon des provinces circonvoisines, ce qui la rend souvent en extrême nécessité et presque à la faim, à l'occasion de quoi se sont faits par le passé plusieurs émotions et soulèvements de peuple pressé par la faute et nécessité de vivres; plaise à Votre Majesté confirmer à ladite ville le privilège très ancien qu'elle a, et duquel elle a toujours joui, de faire mener dans le port de la ville les navires, barques et autres vaisseaux qui passeront par ces mers et iceux faire conduire et vendre dans ladite ville les blés y étant, au plus haut prix (jui aura cours en icelle », sans que de ce fait aucuns dommages-intérêts puissent être obtenus contre la ville de Marseille (N. 137). Voilà par quels moyens on trouvait tout naturel d'approvisionner une ville.
Il faut reconnaître que le nombre des corsaires qui infestaient la Méditerranée rendait très précaire le commerce maritime dans les parages de Marseille. La pir;ileri(' s'(''l;iil développée depuis qut^lques années