LES DÉPUTÉS SONT CONGÉDIÉS
un caractère de joyeuse confiance était à jamais évanouie. Loin de chercher dans l'énorme amas des doléances une occasion de travailler en commun et avec une louable rivalité au bien du royaume, un sentiment de jalousie inquiète s'efforçait de découvrir les moyens de jouer pièce à ceux que chaque ordre avait en particulière aversion. Au lieu d'aimer le peuple et de servir la nation, les députés ne cessaient d'attaquer leurs adversaires. Au travers de ces démêlés, on semblait oublier absolument que l'union des ordres avait seule fait par moments la force des États Généraux. Emporté par l'ardeur du combat, on négligeait la véritable lutte, la seule qu'il fût digne des députés de poursuivre, celle qui aurait mis aux mains des États le pouvoir chancelant que se disputaient, autour d'un roi à peine majeur, une reine sans intelligence, des conseillers sans chefs et des courtisans'se détestant entre eux. A cette époque, plus aisément peut-être qu'à aucune autre, les députés, s'ils avaient eu une conception plus nette de leur pouvoir, plus de dévouement et moins de préjugés, auraient pu fonder en France cette constitution idéale que Fénelon, un siècle plus tard, déclarait être la vieille forme de notre gouvernement national. Qui oserait nier que la révolution accomplie au commencement du dix-septième siècle n'eût pas coûté moins de douleurs à la France que celle de 1789?
iflp