Suily, CEconomies royales^ chap. cxn, chap. clxxxvu
3. Voir le Règlement de la taille en plus de vingt- trois articles. Advis au Roy..., p. 67.
dans la classe des contribuables tous ceux que le vanité en avait fait sortir sous prétexte de privilège nobiliaire *. La naissance demeura la seule cause d'exemption admise. Cette mesure, en dépouillantous ceux qui avaient acheté ou usurpé la noblesse depuis trente ans, fit rentrer dans la classe des imposables plus de quarante mille personnes ^. Si ron réfléchit à la fortune personnelle de ceux qu'on atteignait ainsi, on comprend quel dut être TefFet des adjonctions : aussi peut-on affirmer que les deux édits de 1598 et de 1600 firent jouir les paysans d'un dégrèvement plus considérable que si tout d'un coup Henri IV eût réduit la taille d'un quart.
Après la taille, nul impôt n'était plus impopulaire en France que les gabelles. Souvent nous en avons vu la preuve, mais jamais cette taxe n'avait été perçue à l'aide de moyens plus durs et plus inintelligents que sous Henri IH. On retrouvait alors tous les excès qui avaient provoqué après Louis XI une si énergique réaction. Le sel n'était point l'objet d'un simple monopole, ainsi que certaines matières qui de nos jours sont fabriquées et vendues par l'État. Comme il constituait une denrée indispensable, les traitants avaient pris le parti d'imposer à chaque habitant l'achat d'une quantité de sel qu'ils se chargeaient de
1. Le titre de l'édit de janvier 1598, en le rattachant à rassemblée des notables, prouve combien ce document appartient à notre sujet.
Edict du roy contenant règlement sur les exemptions et affranchissement de la taille, au soulagement du pauvre peuple, d'après Cadvis des Notables de Rouen. Voir plus bas, p. 165.
2. Voir le calcul ingénieux que fait M. Poirson, t. 111, p. 127. Il se fonde sur l'exemple de la Normandie, où deux mille roturiers s'étaient fait classer en une seule année (sous Henri III) parmi les privilégiés. Legrain, Décade, t. VII, p. 361, in-folio. — Méjeeray> Grande histoire^ t. III, . 27.
déterminer eux-mêmes : non seulement ils en attribuaient au consommateur au delà de ses besoins, mais ils le faisaient payer un prix excessif, lui interdisant de le donner ou de le revendre. Tant de mesures arbitraires provoquaient une perpétuelle inquisition et les contraventions étaient punies de peines terribles *.
Le concert de malédictions qui s'élevait autour des gabelles attira l'attention de Sully; celui-ci s'en expliqua ouvertement avec le roi '. Henri IV forma le dessein d'acheter tous les marais salants du Poitou et de la Bretagne afin de vendre le sel comme une marchandise ordinaire *. Le peuple eût payé le sel quatre fois moins cher et le profit du roi fût demeuré le même. En attendant la réalisation de ce projet, Sully adoucit, autant qu'il était en lui, les abus de la perception : une répartition plus équitable, la sévérité de la répression dirigée contre les faux sauniers plutôt que contre les paysans *, telle fut la double réforme que la mort de Henri IV ne permit pas de compléter par la suppression radicale des gabelles.
Les aides, qui étaient moins impopulaires que les tailles ou la gabelle, avaient vu le sol pour livre s'ajouter aux anciennes taxes indirectes. Cet impôt n'avait pas donné le produit qu'espéraient en tirer les notables, et il avait excité le mécontentement général. Aussi, en 1602, Sully prit-il le parti de le faire dispa-
1. Sully, (Economies royales^ chap. cl. — Poirson, t. III, p. 129.