DE LA NOUVELLE EDITION
Beaucoup d'additions ont été faites au texte de la l'"' édition; les collections de manuscrits que l'auteur a rassemblées aussi bien que les recherches des érudits ont permis de combler des lacunes et de donner une base plus solide à certains chapitres. Quelques-uns ont été entièrement remaniés, d'autres ajoutés, et il est peu de matières qui n'aient reçu d'utiles corrections.
Nous aurions voulu faire précéder cette édition de ha publication depuis longtemps promise des documents inédits relatifs aux Etats Généraux que nous nous sommes engagé à donner. Mais une telle anivre, pour être durable, ne doit pas être faite à la hâte. Dès 1874, sur la demande du Comité des travaux historiques, et à l'appel d'un savant dévoué à l'histoire de France qui occupait alors le ministère de l'instruction publique, les
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arcllivislos et les corrospoiulants du Comité vou- Itirciil bien onvovor h Paris les (htciiniciits ([ii'ils avaient rencontrés. A (;ette collection déjà considérable, l'exploration des dépôts d'archives nous permet d'ajouter cliacjue année des pièces inconnues et précieuses; mais pour réunir un ensemble dipne d'une publication complète, il faut (pie le public savant se fasse le collaborateur de celui qui est chargé de l'édition. Il est donc bon qu'il apprenne où en sont les préparatifs de l'œuvre à accomplir.
M. de Stadlor avait formé une collection de copies de pièces la plupart extraites du Trésor des Chartes, relatives aux États assemblés sous Philippe le Bel. Ce volume, h' premier de la collection, est à moitii' imprimé et paraîtra dans quelques mois.
Les documents se rapportant aux Etats d'Orléans seront tout aussitôt mis sous presse. De loiiles nos assemblées, celle de 1560 sera prête la juemière. Pendant l'impression de ce volume, nous espérons recevoir ou retrouver nous-même de nouvelles pièces sur les États de Blois et sur ceux de 1614.
Bien que les grandes sessions forment l'objet principal de la publication, nous rassemblons néanmoins toutes les pièces inédites relatives aux autres tenues d'Etals, l-^lles pourront rentrer dans
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un Vitlunu' (rjiddilions el de mélanges qui compléterait la série.
Erifm une table analytique réunirait dans nn Index général non seulement les volumes que nous aurions donnés, mais ceux publiés par M. Berni(;r sur les Etals de 1484, et pur M. Aug. Bernard sur les Etats de lo93.
Ainsi riiistoire parlementaire de la France aurait ses archives, et le lecteur trouverait, à côté de nos dépouillements et de nos résumés, les procès-verbaux officiels, les textes précis qui serviraient de justification et de preuve.
Nous a[)pelons de nos vœux les plus cliers la réalisation de ces projets : ils ne formeront pas seulement un hommage au passé, mais ils serviront à l'éducation des jeunes gens et à la formation de leur jugement. Malgré les siècles qui se sont écoulés depuis 1G14, les défenseurs et les adversaires de la puissance des assemblées usent d'arguments qui semblent dater d'hier. L'histoire se répète sans cesse. Seuls, ceux qui ne l'étudient pas s'étonnent.
Sous le pouvoir absolu, la désuétude des États révolte les cœurs libres, les enflamme d'une ardeur inconnue, et prête à la délibération publique toutes les vertus; les pamphlets se multiplient, la convocation est réclamée et, lorsqu'elle est accordée, la joie est universelle.
Ylll AYA^T-l'H(>l'(l^ Dl. LA NOL VIXIJ; KDIlKiN
Les députés s'assembk'iil sous les plus favorables auspices. Mais rexcès même des espérances a préparé les déceptions. D'aucune institution, même de la moins imparfaite, il n'est permis de tout attendre. L'homme qui se fie trop vite au succès passe de la présomption au découragement. Il s'est cru à la veille de toutes les réformes; il a pensé qu'il pouvait reculer les limites de la puissance humaine, mais les assemblées ne valent que ce que vaut une nation, les députés sont inex[)érimentés ou' médiocres, les abus difficiles à corriger, les intérêts personnels l'emportent sur l'intérêt g-énéral, la lassitude s'empare des Etats : les députés ne s'en prennent ni à leur ignorance, ni à leur égoïsme, ni à l'étroitesse de leurs vues; leur impuissance se tourne en aigreur, les séances se passent en récriminations, et la session se termine au milieu du dégoût des Etats.
Qu'on le remarque bien : nous parlons des temps qui se sont écoulés entre le xiv'^ et le xvn" siècle, c'est là l'histoire en raccourci de toutes nos anciennes assemblées.
Ce qui a toujours manqué à nos pères, ce n'est ni l'intelligence, ni la vue claire des abus, ni le discernement des remèdes, c'est uniquement l'esprit politique, c'est-à-dire la patience et la suite dans l'effort. Ils ont cru ivo[^ vite au succès et se sont découragés trop lût.
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De là uiR' succession j)ru(lii^'ii'USL' de triomplies et do revers, d'espérances et de mécomptes, de victoires et de défaites, et, lorsque la France a enfin conquis le gouvernement d'elle-même, des changements et des vicissitudes qui sont l'exacte et trop fidèle reproduction des enthousiasmes et des dégoûts du passé.
Quoique nous résumions ici tout ce que nous ont appris les États Généraux de France, nous sommes convaincu que ces revers ne doivent pas être imputés aux défauts de notre race. Toute nation mise soudainement et sans transition en possession de droits illimités est semblable à l'enfant délivré trop t(jt de ses lisières. Or chaque réunion d'États nous a montré un peuple passant subitement du despotisme à la pleine liberté. (Test là une épreuve à laquelle nul, ni homme, ni nation, ne peut résister. Il faut des mois pour apprendre à l'enfant l'équilibre; il faut de longues périodes d'années pour enseigner aux citoyei-s à se gouverner. L'Angleterre a eu besoin de siècles, et l'histoire de ses rois du xv" au xvn*" siècle ne nous permet pas d'ignorer à quel prix sanglant elle a acheté le sens politique.
Le gouvernement parlementaire n'est pas responsable des fautes qui se commettent en son nom. Il vaut ce que valent les hommes qui le pratiquent et les conditions d'équilibre dans les-
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(jiicllfs il est exerce. Ce n'est pas une panacée destinée à guérir les maux de l'humanité; ce n'est pas une baguette magique capable de transformer les esprits médiocres, mais il est très propre à faire ressortir une intelligence ignorée, k susciter les âmes d'élite et à les mettre en lumière. Il peut produire d'assez grands biens, — surtout empêcher de grands maux, — montrer à une nation ses propres défauts et l'exciter à les corriger. Il est pour elle une leçon vivante, le miroir de ses vices et une source de perpétuelle émulation. Le gouvernement parlementaire demeure, en dépit de ses détracteurs, la seule forme que les hommes aient encore imaginée j)our permettre à une nation de réfléchir avant d'agir.
Bien que l'imagination ne se lasse pas de calomnier l'histoire, de la déclarer souvent erronée et toujours inutile, celle que nous lui offrons, sans s'être jamais abaissée à des allusions, sans avoir cherché d'autres fins que la vérité, peut donc servir d'enseignement ; mais l'enseignement de l'histoire n'est fécond que si, à la vue des déceptions de nos pères, nous apprenons la patience, au spectacle de leurs engouements et de leurs colères irréfléchies, nous apprenons la mesure^ si nous comprenons enlin, en voyant se reproduire de siècle en siècle les mêmes fautes, les mêmes illu^