‹ Histoire des États-UnisChapitre 6 sur 20 · TROISIÈME SECTION · texte numérisé non relu

TROISIÈME SECTION

Histoire générale des colonies, depuis la

REVOLUTION D'ANGLETERRE JUSQU'À CELLE d'a-

merique.

L'histoire des colonies anglaises d'Amérique marche maintenant de front et ne doit plus être que rarement séparée.

Guillaume III. avait refusé au Massachusetts de lui restituer son ancienne charte dont il demandait avec instance le rétablissement. (1692) Il lui en donna bientôt une nouvelle qui fut loin de satisfaire pleinement les colons, car elle attribuait au roi la nomination du gouverneur et du conseil d'état, qui autrefois étaient élus par la colonie. Par cet acte le New-Plymouth et la Nouvelle-Ecosse étaient réunis au Massachusetts, à l'exclusion du New- Hampshire, qui sollicitait la même faveur.

Dès son arrivée, le nouveau gouverneur Phipps convoqua l'assemblée des représentans (2 juin, 1692.)

Dans le même temps le New- York fut le théâtre de divisions funestes. Le gouverneur Leisier,

ayant usurpé l'autorité suprême, qui appartenait à l'assemblée des colons, une convention insurrectionnelle se réunit à Albany, et Leisler, qui méconnut à son tour l'autorité de nouveau gouverneur envoyé par le roi, fut pris et mis à mort. Mais les dissensions n'en durèrent pas moins plusieurs années encore.

Cependant un orage plus grand menaçait la Nouvelle- Angleterre. Louis XIV régnait en France, et Guillaume UT, irrité par l'orgueil plus que par les succès de ce prince, avait résolu de s'opposer à son ambition. Tandis qu'il luttait contre lui en Europe, l'Amérique fut le théâtre d'événemens multipliés. Les colonies de la Nouvelle-Angleterre eurent à lutter à la fois contre les Français et contre les Indiens, dont les jalousies firent de puissans auxiliaires pour les deux peuples rivaux.

La province de New- York devint le but de plusieurs expéditions de la part des Français, à cause de sa communication avec les lacs et des voies qu'elle ouvrait aux Anglais pour attaquer les établissemens des Français au Canada. Le comte de Frontignac échoua dans une entreprise sur cette province (1688,) par suite d'une surprise des Indiens des cinq nations iroouoises sur Montréal, où mille Français furent massacrés. Cette surprise fut vengée par une autre. Les Français, guidés par deux officiers entreprenans, traversèrent secrètement une partie de New- York et entrèrent de

nuit à Skenectady, ville voisine d'Albany, et la saccagèrent.

Les habitans du Massachusetts pensaient que le seul moyen de finir la guerre était de priver les Français de leurs principaux établissemens du Canada. Il s'emparèrent en conséquence de Port- Royal, et menacèrent Québec. Le printemps suivant, une grande expédition fut préparée. Le New-York et le Connecticut devaient attaquer Montréal par le lac Champ] a in ; le Massachusetts devait s'emparer de Québec par le Saint-Laurent. Trente vaisseaux portant deux mille hommes mirent à la voile ; mais de fausses manœuvres et le retard des Indiens alliés firent manquer l'expédition ; et l'escadre revint après avoir fait d'inutiles démonstrations.

(1693) Le roi Guillaume était pressé de reprendre les opérations. Chaque Etat se soumit à fournir un contingent de troupes pour défendre les limites les plus menacées, celles du New- York; un papiermonnaie fut créé dans plusieurs Etats pour payer les frais de la dernière campagne. C'est le premier qui ait été émis en Amérique.

Cependant l'Acadie avait été conquise sur les Français. Le gouverneur Phipps espéra longtemps pouvoir incorporer cette province aux colonies anglaises, en lui donnant un gouvernement semblable ; mais la présence des Français sur la frontière, et l'amour des colons pour eux dégoûta

Phipps de ce projet. L'Acadie repassa d'elle-même sous l'autorité de la France en 1696.

Les hostilités cessèrent au traité de Ryswick. Les conquêtes réciproques furent rendues, et l'on discutait encore pour les limites des pays continus, lorsque la guerre éclata de nouveau (1702.) Néanmoins les Français d'Amérique traitèrent du maintien de la paix avec le lord Cornbury, gouverneur de New- York, ainsi qu'avec les Indiens des cinq nations qu'ils redoutaient principalement. Ce bizarre traité eut son exécution, et la neutralité du New- York, pendant la guerre des deux métropoles, fit retomber son poids sur le Massachusetts et le New-Hampshire.

Après plusieurs années d'inutiles hostilités, le gouvernement allait envoyer des forces destinées à conquérir les colonies françaises, lorsque la bataille d'Almanza (1707), qui changea la face des affaires en Europe, fit abandonner ce dessein. Depuis cette époque jusqu'à la paix d'Utrecht (11 av. 1713), par laquelle l'x\cadie fat cédée à l'Angleterre, un grand nombre d'expéditions fut combiné contre les établissemens français, et toujours les ravages les plus affreux signalèrent la part que les Indiens prenaient aux différens des Anglais et des Français d'Amérique.

Des discussions sans importance entre le gouverneur de New- York et ses administrés amenèrent une déclaration remarquable de l'assemblée des

représentais ; elle portrait que toute taxe imposée aux colons sans leur consentement était un attentat au droit de propriété. Peu d'années auparavant la cour de Massachusetts avait fait une pareille déclaration. La reine Anne, reconnaissant les droits des colons, avait aussi réglé que la même autorité qui déterminait l'impôt devait en prescrire l'emploi (1705).

Tandis que des actes aussi vigoureux prouvaient l'indépendance véritable des colons de la Nouvelle- Angleterre, leur fanatisme se ralentissait graduellement.

En 1692 il se réveilla tout d'un coup. Des convulsionnaires répandirent partout la terreur des sortilèges et des maléfices; d'atroces supplices frappèrent sans raison les plus respectables citoyens sans distinction d'âge, de sexe, de dignité. Cette fièvre ardente passa subitement ; des jeûnes et des prières publiques expièrent ces sanglantes erreurs.

Vers le même temps les propriétaires du New- Jersey, fatigués des difficultés que leur présentait l'administration de la colonie, remirent leur charte iiu roi (1702), qui y envoya un gouverneur, et convoqua l'assemblée des députés des communes.

Pendant les vingt-cinq années qui suivirent la paix d'Utrecht, l'histoire des colonies de la Nouvelle-Angleterre n'offre ni guerre importante, ni action d'éclat, ni homme à génie créateur. Mais

au milieu des querelles toujours renouvelées entre les gouverneurs et la cour générale de Massachusetts, qui représentait les quatre colonies confédérées, au milieu des usurpations mutuelles de pouvoir des différens intérêts qui se combattent, une chose frappe souvent, c'est la marche rapide de l'esprit public et sa direction constante vers l'indépendance.

En 1719 l'assemblée générale rend un bill établissant un droit sur les marchandises venues par des vaisseaux anglais. (1720) Le ministère britannique censure cet acte, dont le Massachusetts ose pourtant maintenir les dispositions. La même année l'assemblée, qui pense que le salut des peuples passe avant la prérogative royale, déclare elle-même la guerre aux Indiens, sans la participation du gouverneur. Elle nomme ensuite une commission permanente pour en surveiller les opérations (1723). Enfin, pour s'être opposée au pouvoir des gouverneurs (1720-1721), elle est dissoute, et les mêmes députés sont réélus. Plus tard, transférée dans la ville de Salem (1728), pour avoir voulu diminuer et régler annuellement le salaire des agens du ministère, elle persiste dans l'opposition qui lui a valu cet exil, et le ministère est obligé de céder. Ce n'est jamais que par la menace de la priver de sa charte, qui consacre pour elle le gouvernement représentatif, que le cabinet de Londres obtient des transactions momentanées et

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l'obéissance aux actes que les colons jugent hors des attributions de ses officiers.

L'âme de ceux-ci a acquis plus d'indépendance à mesure que leur esprit a été plus éclairé. Aux dernières convulsions du fanatisme religieux avait succédé le fanatisme de l'ignorance, remplacé à son tour par une certaine cruauté dans les mœurs, qui bientôt sera entièrement effacée. Si en 1692 les convulsionnaires ont fait décimer les colonies du nord; si en 1721 le peuple a repoussé l'inoculation, qu'un bill même osa proscrire; si en 1724 John Lovewel a levé une compagnie d'hommes féroces pour la chasse des Indiens, dont le gouvernement paie les chevelures,* désormais le caractère national sera exempt de ces taches honteuses.

Cependant le peuple américain se développe. Si le Maryland est le théâtre de révolutions religieuses (1689), la Virginie se prononce avec force contre l'esclavage des nègres, et, ne pouvant résister à la volonté de la métropole, elle assujétit du moins leur importation à un droit (1699). Si un gouvernement arbitraire est imposé au New- York, et si l'usage de la presse y est interdit (1734), des collèges sont établis dans le Connecticut (1701) et le New-Jersey (1738) ; des journaux sont fondés

* Le prix était de 2,250 fr. par tête. Lovewel surprit dix Indiens endormis près d'un feu, les massacra, et fut recevoir à Boston la récompense due pour les dix chevelures qu'il rapportait.

dans le Massachusetts (17C4), le Rhode-Island et le New- York (1733) ; une imprimerie est établie par Benjamin Franklin (1706). D'un autre côté, Penn, qui a résigné ses droits sur la Pennsylvanie (1699), revient avec de nouveaux droits plus étendus, présider encore à sa prospérité (1718). La nouvelle colonie de Vermont est établie indépendante de toute autre (1724); le New-Hampshire, affranchi de la tutelle du Massachusetts, est constitué en État libre (1727) ; et la capitale de la Pennsylvanie compte déjà douze mille habitans.

Etat de la Caroline à la même époque*

Parmi les colonies d'Amérique, la Caroline mérite seule un article à part dans l'histoire de l'époque que nous venons de parcourir.

(1693) Depuis l'abolition de la constitution de Locke, elle florissait malgré l'invasion des Espangnols dans le midi de son territoire, et les ravages que motivèrent les secours accordés par les colons aux Flibustiers, ces pirates célèbres dont la haine éclatait de préférence contre les Espagnols. Lors de la guerre de 1702, les colons formèrent le projet d'enlever la ville de Sain t- Augustin ; ayant armé leurs milices et les Indiens, ils pillèrent la ville ennemie, et investirent le fort, dont bientôt ils furent contraints de lever le siège.

Cette malheureuse entreprise occasiona l'émission de billets de confiance et l'établissement d'une

d'amerique.

taxe sur les personnes et les terres. Ces maux étaient tolérables ; mais le culte anglican fut admis par une loi comme culte dominant (1703), et les discordes religieuses rirent plus de mal aux Caroliniens que les impôts.

(1712) Peu d'années après, la colonie fut le théâtre d'un massacre affreux, exécuté par les Indiens, et longtemps préparé dans l'ombre. Une guerre cruelle le suivit. A la paix, les restes de la puissante nation des Tuscaroras abandonnèrent leur pays pour aller habiter plus au nord, et se réunir à la confédération des cinq nations iroquoises. La colonie avait déjà forcé à la paix les Indiens Apalaches, qui habitaient le territoire situé entre ]es rivières de Savannah et d'Alatamaha.

Vers ce temps, le gouverneur Johnson essaya inutilement d'introduire l'usage de faire éclore des vers- à-soie, que le gouvernement anglais tenait beaucoup à naturaliser dans la partie sud de l'Amérique.

(1729) C'est ici que prend véritablement place la division de la colonie en deux provinces dont nous avons déjà parlé ; car ce fut alors qu'elles furent constituées en Etats séparés.

Peu de temps après la Caroline fut le théâtre d'une insurrection des noirs qui menaça d'une destruction complète tous les établissemens du midi. Le courage et l'adresse des colons en diminuèrent les dangers.

Cependant les concessionnaires de la Caroline refusaient d'aider les colons dans leurs guerres avec les Indiens. Les Espagnols avaient soulevé ces peuplades ; en 1741, elles envahirent la frontière, au nombre de six mille hommes. Pour leur résister, on fut obligé d'armer les esclaves nègres et de proclamer la loi martiale. Les Indiens ayant été vaincus, le territoire de la puissante tribu des Yamassis fut partagé, et cinq cents émigrans irlandais y furent envoyés pour couvrir les frontières; mais bientôt les concessionnaires les dépouillèrent, au grand regret des autres colons. Peu après, ils méconnurent et annulèrent plusieurs actes législatifs de l'assemblée générale de la colonie, qu'ils prirent enfin le parti de dissoudre.

La guerre avec l'Espagne présageant quelque expédition contre les établissemens du sud, les milices, auxquelles le gouverneur enjoignait de se rassembler, en profitèrent pour le déposer et déclarer qu'elles ne reconnaissaient plus le gouvernement des concessionnaires, et qu'elles n'entendaient obéir qu'à celui du roi (1748.) Cédant à leur désir, le roi retira la charte des concessionnaires dont il acheta les droits, et envoya un gouverneur en son nom. Les dernières traces de la constitution de Locke disparurent alors, à l'exception de la tolérance religieuse que cette institution avait inspirée aux colons.

Le long repos dont la France jouit sous la mino-

rité de Louis XV, et l'Angleterre sous Robert Walpole, contribua puissamment à accroître la richesse et la population de toutes les colonies d'Amérique.

Géorgie.

En 1733, fut fondée la colonie de Géorgie et bâtie la ville de Savannah. Oglethorpe, élève du prince Eugène, homme d'état et philanthrope, chargé de surveiller l'établissement qui fut formé par souscription, s'y rendit lui-même avec les premiers colons. Mais les terres leur furent données en espèce de fiefs qui nuisirent à l'accroissement de la colonie.

Des Ecossais, des Saltzbourgeois et des Suisses, qui s'y étaient fixés (1735,) se retirèrent bientôt en Virginie (1741,) dégoûtés par la forme du gouvernement, et par la défense d'importer des nègres sous ce climat brûlant, que la culture n'avait point encore tempéré.

Caroline et Géorgie.

Lors de la guerre avec l'Espagne, Oglethorpe, chef des milices de la Géorgie et de la Caroline, entreprit inutilement de s'emparer de Saint-Augustin. De leur côté, les Espagnols parurent en Géorgie (1742) avec des régimens entièrement composés des noirs fugitifs de la Caroline, démarche qui tendait à porter la révolte parmi les esclaves h 2

de la Caroline, dont le nombre s'élevait au double de celui des hommes libres, et peut être évalué è quarante mille.

Cette tentative n'eut aucun succès.

Suite de Vhistoire générale des colonies jusqu'à la révolution d'Amérique.

Aucune nouvelle attaque n'eut lieu entre les Américains et Espagnols jusqu'au moment où la France et l'Espagne, que rapprochait le gouvernement des deux branches de la famille de Bourbon, recommencèrent la guerre. Les hostilités furent à la fois portées au nord et au sud des colonies anglaises. Les Américains, après d'honorables efforts et presque sans le secours de la métropole, s'emparèrent de la ville de Louisbourg, dans l'île du cap Breton, sur le golfe Saint-Laurent.

(1744) Cette expédition fit manquer aux Français la conquête de la Nouvelle-Ecosse, et exalta pendant plusieurs années le courage des Américains, qui tentèrent plusieurs fois de s'emparer des positions fortifiées des Français sur le lac Champlain (1746,) et principalement de la pointe de la Couronne qui commande la navigation du lac.

Peu s'en fallut qu'ils ne perdissent tant d'avantages à l'apparition d'une escadre française de quarante vaisseaux, portant près de 4,000 hommes, et commandée par le duc d'Anville. Les ouragans, les maladies et les discordes des chefs la détruisis

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rent presque entièrement, et elle revint en France sans avoir rien fait. Cet échec empêcha la France de rien tenter durant le reste de la guerre, et jusqu'au traité d'Aix-la-Chapelle (1748,) où toutes les puissances belligérantes rentrèrent dans leurs possessions, et qui rendit aux Français l'île du cap Breton.

A cette époque, le papier- monnaie du Massachusetts n'avait plus que le onzième de la valeur nominale. Il fut retiré de la circulation avec l'argent que l'Angleterre compta, en indemnité des frais de k guerre (1749;) les autres colonies n'employèrent pas le même procédé et en éprouvèrent de grands désavantages.

La discussion que fit naître le traité de paix relativement à la fixation des limites respectives, qui, depuis le traité d'Utrecht, devaient être tracées, ralluma la guerre au bout de quelque temps. Voici quelle fut l'origine de la querelle :

Dès 1660, les Français du Canada s'étaient avancés vers l'Ouest, où ils rencontrèrent les grandes rivières qui se jettent dans le Mississippi. En 1673, le jésuite Marquette, s' abandonnant au courant de ce fleuve, le descendit jusqu'au 33e degré de latitude nord. Le chevalier Lasalle le descendit ensuite jusqu'à son embouchure dans le golfe du Mexique. De faibles colonies furent établies sur la Mobile et au Biloxi. En 1722, leurs restes se fixèrent à la Nouvelle-Orléans, qui fiorissait déjà en 1731.

La contrée traversée par Lasalle avait reçu Je nom de Louisiane : elle se joignait au Canada par les lacs du Nord. Ce pays, connu sous le nom de Nouvelle-France, formait un arc, du midi au nord, dont les possessions anglaises étaient la corde, et interrompait à l'ouest leurs concessions, qui s'étendaient, d'après les titres et les prétentions des propriétaires, jusqu'à la mer du Sud. La fixation des limites dans cette partie amena des discussions qui s'envenimèrent bientôt.

Les Français s'occupaient d'établir une ligne de postes militaires depuis le lac Champlain jusqu'au Mississippi. Les Anglais de leur côté autorisèrent (1750,) sous le nom de compagnie de l'Ohio, une association commerciale avec dotation de 600,000 acres de terrein dans le pays réclamé par les deux puissances, et qui touchait à la Virginie.

Le gouverneur de la Nouvelle-France, qui seul dirigeait toutes les forces des divers établissemens de l'Amérique, ne craignit pas, quoique leur population fût à peine du vingtième de la population anglaise,* de lutter avec les Anglais, dont chaque

* État de la population en 1750.

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