‹ Histoire des États-Unis d'Amérique depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 15 sur 82 · COLONIE DE MASSACHUSETTS · texte numérisé non relu

COLONIE DE MASSACHUSETTS

Le succès qui avait enfin couronné les courageux efforts des pèlerins fut bientôt connu en Angleterre, et l'idée vint de les imiter. Les persécutions religieuses n'ayant pas cessé, un grand nombre de familles de puritains voulurent émigrer. Le 29 juin 1628, cinq vaisseaux arrivèrent en Amérique, et s'arrêtèrent à un endroit que les nouveaux venus nommèrent t Salem, » nom tiré d'un mot hébreu qui veut dire « Paix. »

Ils étaient restés six semaines et trois jours en route, mais cette durée de leur voyage leur sembla néaninoins très-courte. Les conditions dans lesquelles ils se présentaient étaient bien différentes de celles où s'étaient trouvés, dès le début, les pèlerins ; une charte régulière du roi d'Angleterre leur concédait le droit de s'établir dans le pays et de se gouverner eux-mêmes. Ils n'avaient obtenu cette charte qu'à force d'intrigues et d'argent. Elle fut signée le 4 mars 1629; d'après ses prescriptions, un gouverneur, aidé d'un lieutenant

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gouverneur et de dix-huit assesseurs, devait administrer les affaires de Tassociation. Ces fonctionnaires

étaient nommés pour un an par les actionnaires on freemen*f Ils ne décidaient en dernier ressort que des affaires courm^tes* Les Ipis civiles, les lois crimineUes, les emprunts ei^igeaient un vote des c cours générales, i sessions sema^trielles de l'assemblée des actionn^res.

Ces votes étaient sans appel : la sanction rçyale n^ leur était pas nécessaire. La Compagnie pouvait même faire la guerre ^ns CQni^ultpr le rQii enfin, elle était autorisée à transporter dans la circonscription de sa concession des émigrants anglais ou étrangers, à cette seule condition qu'ils consentissent à se reconnaître, dés Iprs, sujets du roi d'Angleterre.

Ainsi organisés h l'avance au point de vue politique, nos colons avaient également Fî^ toutes les précaurf

tiens matérielles ; ils avaient avec eux des chevaux, du bétail et tous le£i instruments aratoires néces^

saires.

L'année auparavant, Joixn Endicott, suivi de quelques hommes, les avait précédés pour choisir le lieu de leur établissement i malgré cette précaution, ils ne furent V^^ exempts des premières peines endurées par les pèlerins, et Vhiver qui vint ensuite les fit cruelle-p ment soufeir.

IJn an après, le gouverneur John Winthrop arriva

* Nous n'^pajyserons pas ainsi les chartes pie cjxa^ue colonie, mai^ il est important d'insister une fois au moins sur cette sorte de documents, puisque telle fut la base de toute constitution américaine.

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d'Angrlôterre avec huit cents émigrants et d^autres colonies furent rapidement formées : Oharlestown, Dorchester, Watertown, Lynn, Cambridge, puis enfin, en 1630, Boston, qu'on appela d*abord c Trois-Montagnes > à cause de ses trois collines. Toutes ces colonies se réunirent sous U même administration, et prirent le nom de c Colonies-Unies de la baie de Massachusetts. »

La population de la baie de Massachusetts était puritaine, mais non pas séparatiste. S'étant exilée d'Angleterre pour établir en Amérique une Église conforme à ses croyances religieuses^ elle ne voulait pas recevoir dans son sein des émigrants dont les opinions différaient des siennes. En conséquence, on renvoya ceux qui persistaient à employer, dans le service religieux, les formes observées en Angleterre. Un des ministres des habitants de la baie de Massachusetts, Boger William, jeune homme éloquent et pieux, enseigna que chacun devait penser pour lui-même et n^ètre responsable que devant sa propre conscience, n déclara en outre que les magistrats n'avaient pas le droit de punir les blasphémateurs, les parjures ni ceux qui n'observaient pas le repos du dimanche. Le gouverneur de la colonie fut effrayé par ces nouvelles doctrines, et il ordonna l'expulsion du ministre. Roger William s'enfuit et erra seul en plein hiver, pendant plus de trois mois, dans les forêts et les plaines désertes. Il voulut d'abord se fixer à Seekonk, petite dépendance de la colonie de Plymouth ; mais le gou-

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vemeur Winthrop lui fit signifier d'avoir à déguerpir. II traversa alor3 avec cinq compagnons, dans un canot indien, la baie de Narragansett, et se mit en rapport avec le grand chef des Narragansetts, Canonicus, qui lui donna une assez grande étendue de terre sur son territoire. L'endroit n'avait jamais été habité par les blands ; William résolut de s'y établir, et il lui donna, dans sa reconnaissance pour la protection divine qui ne l'avait pas abandonné, le nom de Providence (1636). Les quakers créèrent aussi des embarras à la colonie des puritains de la baie de Massaphusetts, en essayant de propager parmi ses membres leurs singulières doctrines. La religion des quakers a eu, comme tant d'autres, une origine vulgaire, et ce ne fut que lorsqu'elle commença réellement à progresser qu'elle recueillit des adhérents dans les classes élevées. Un Anglais, George Fox, né à Drayton dans le comté de Lancashire, en 1624, fut le fondateur de cette secte. Fils d'un tisserand, il était lui-même apprenti chez un cordonnier; se sentant attiré par des contemplations spirituelles, il quitta son maître, abandonna sa profession et se fit voir dans son pays, habillé d'un pourpoint de cuir qu'il préférait à tout autre, par originalité et économie. Puis il «essa toutes relations avec ses amis pour pouvoir, disait-il, se consacrer plus entièrement à sa vocation ; il erra dans les bois, se logeant dans les cavités des rochers et des arbres ; sa Bible était sa seule compagnie. Lorsqu'il se crut suflSsaniment inspiré, il reparut parmi les siens et chercha à

gagner leur admiration et à se faire des disciples.

En ces temps de persécutions religieuses, alors que l'attention de chacun était tournée vers la religion, il ne lui fut pas difficile de trouver des adhérents à ses extravagances. Fox et ses compagnons rejetèrent toutes les cérémonies usitées par TÉglise, comme pleines d'orgueil et d'ostentation; ils affectèrent au contraire, dans l'accomplissement de leurs devoirs religieux, une simplicité extrême, et bannirent loin d'eux jusqu'aux règles de la politesse ordinaire. En se parlant, ils n'employaient jamais que le terme d'c Ami. » Ils renoncèrent aux usages établis qui veulent que l'on parle à une seule personne comme si on s'adressait à plusieurs, et ils revinrent à l'usage des langues anciennes, en se tutoyant les uns les autres. Ils cherchèrent aussi, par leur costume, à se distinguer du reste du peuple, en excluant sévèrement tout ornement. Leurs vêtements ne devaient pas être plissés comme c'était alors la mode, et ils ne souffraient ni bouton inutile, ni dentelle, ni broderie.

L'enthousiasme effréné de cette secte, étant trop violent pour le tempérament de quelques-uns de ses prédicateurs, les jeta dans des convulsions qui leur firent donner le nom de < quakers » (trembleurs).

Ils étaient tout aussi extravagants dans leurs mœurs que dans leur religion. Lorsqu'un quaker recevait un soufflet sur une joue, il tendait l'autre; lui demandiez-vous son manteau, il vous donnait aussitôt son habit. Il' ne réclamait jamais, quand il deman-

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dait son salaire, que la somme exacte qu'il avait résolu de recevoir. Cette dernière coutume est louable, et elle continue d'ailleurs à ôtre observée rigoureusement par les membres de cette secte.

Quelques quakers essayèrent de jeûner pendant quarante jours, à Timitation de Jésus-Christ, et Tun d'eux y succomba.

Il ne s'est jamais rencontré de fanatiques qui aient ainsi eu en horreur toutes les cérémonies, formes, coutumes et institutions religieuses. Ils ne tenaient aucun compte du sabbat, et ils niaient jusqu'au carac«« tère sacré des églises. Une femme quakeresse entra un jour toute nue dans une église où se trouvait le protecteur Cromwell, se disant inspirée par le Saiût-^ Esprit pour apparaître au peuple comme un avertisse^ ment; un grand nombre de ses coreligionnaires crurent que le renouvellement de toutes choses allait commencei", et, l'imitant, ils se dépouillèrent de leurs vêtements»

De telles pratiques, contraires aux mœurs du temps, firent très*mal accueillir les quakers dans la colonie des puritains d« Massachusetts. Quelques-uns des plus ardents furent fouettés par ordre du gouverneur, emprisonnés et expulsés de la colonie.

Cependant, ces châtiments ne les décourageaient pas ; ils revenaient à la charge, se glorifiant de leurs souffirances, et il fallut, pour refroidir leur enthousiasme, que quatre d'entre eux fussent exécutés*

Alors, seulement, les puritains purent être tranquilles chez eux. Quant aux quakers, ils se réfugièrent auprès de Roger William, à Providence.

Ainsi furent posées les bases de l'État de Rhode- Island dont le principe fondamental était l'entière liberté de conscience pour tous.

Tandis que les puritains faisaient de grands progrès et agrandissaient leurs établissements, les pèlerins ou séparatistes continuaient à exercer leurs patients efforts ; mais, par le manque absolu de personnes instruites parmi eux, ils ne réussirent pas aussi rapidement dans leurs entreprises de colonisation que les puritains, composés en majeure partie de gens ayant, reçu une haute éducation.

Longtemps, ces deux colonies restèrent indépendantes l'une de l'autre, et quoiqu'une distance de quarante milles seulement les séparât, il existait une si grande divergence entre leurs opinions religieuses que cela seul suflâsait à les tenir divisées. Pourtant, en 1692, la colonie de Plymouth ayant demandé à se fondre avec sa voisine j l'offre fut acceptée, et les deux colonies en formèrent une seule qui prit le nom de « Massachusetts. > L'origine de ce nom, qui veut dire t Montagnes bleues, » est attribuée à une tribu d'Indiens^ vivant à cette époque au milieu des établissements des Européens.

Dès 1643, une union s'était formée entre les colo-

nies de Massachusetts, de Plymouth, de New-Haven et de Connecticut, sous le titre de « Colonies- Unies de la Nouvelle-Ângleterrei » dans le but de repousser plus efficacement les attaques des Indiens, et les tentatives d'envahissement des colons français et hollandais.

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