‹ Histoire des États-Unis d'Amérique depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 3 sur 82 · CHAPITRE PEEMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PEEMIER

Epoque préhistorique. Les Constructeurs de monts]; leurs travaux* Ificertltttdes au sujet de leur provenance et des causes qui amenèrent leur disparition totale. — Les Indiens. Description du type indien. Déformation artificielle des crânes. — Les Esquimaux et leurs mœurs. — Division des Indiens en cinq catégories de peuples : 1* les Algonquins; 2* les Hurons-Iroquois ; 3" les Cherokees; 4« les Mobilians ; 5* les Dakotas. Langues indiennes. Caractère et mœurs des Indiens. Condition de la femme chez ces peuples. Façon de combattre des Indiens. Férocité de certaines tribus. La danse 'de guerre. Tortures infligées aux prisonniers. Organisation intérieure des tribus. Croyances religieuses des Indiens ; les « pays de chasse bienheureux. » Culte des morts. ^ Disparition future de ritidien.

Des vestiges découverts à des époques différentes et dans diverses parties de l'Amérique ont démontré qu'au temps où le mastodonte existait dans ces contrées, le continent américain était habité par des hommes dont il a été impossible de définir ni la race^

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ni la couleur, ni les mœurs, ni le degré de civilisation. En France, on a pu trouver, parmi des débris de mastodontes et de mammouths, de grossiers dessins de ces animaux gravés sur des ardoises ou de l'ivoire, mais en Amérique aucune indication de ce genre n'a été recueillie dans les gisements d'os humains et d'animaux que l'on y a découverts.

Cette première partie de l'histoire d'Amérique reste donc entourée d'une obscurité difficile à pénétrer, et nous arrivons immédiatement aux premiers habitants réels du continent américain qui furent les « Constructeurs de monts ^ {Mount-Builders)^ nom qu'ils tiennent de leurs remarquables ouvrages en terre. C'est d'ailleurs la seule preuve de leur existence qu'ils aient laissée, mais on découvre dans leurs travaux la marque de telles connaissances que l'on est forcé, après examen, de leur accorder une certaine habileté et un certain degré de civilisation.

C'est surtout dans la vallée du Mississipi qu'on rencontre ces grands ouvrages qui leur ont valu leur dénomination de Constructeurs de monts. Le plus remarquable, sans contredit, est celui du comté d'Adams, dans l'Etat d'Ohio : il représente un immense serpent de mille pieds de long et de cinq de large, s'étendant sur uneéminence qui domine un torrent. Cette construction, faite principalement en terre, reproduit tous les contours d'un serpent dont la queue est enroulée trois fois; la bouche ouverte tient un monticule figurant un œuf.

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D'autres ouvrages semblent avoir été faits pour la défense du sol : ce sont des fortifications, des remblais, des fossés, etc., qui témoignent d'une véritable science militaire. Ailleurs, car c'est dans toute l'étendue des États-Unis qu'on a découvert de pareils travaux, ce sont des éminences de terre dont les côtés sont garnis de tables en pierres ou en briques et qui ont servi soit d'autels, soit de sépultures. En outre, on a retrouvé des vases de terre dont Textérieur surtout était décoré de figures d'animaux et d'oiseaux; de même, dans une mine de cuivre sur les bords du lac Supérieur, auprès d'une masse de ce métal pesant près de six tonnes, détachée du filon et reposant sur des pièces de bois maintenant pourries, on a trouvé des instruments en bois et en pierre, tels que marteaux, ciseaux et coins de bois en abondance. Malgré toutes ces découvertes, on ne saurait établir l'époque où ces populations qui, à en juger par l'importance de leurs travaux, devaient être nombreuses, habitaient l'Amérique. Sur les terres qui avaient été rejetées de la mine dont nous avons parlé, s'élèvent des arbres âgés aujourd'hui de plus de quatre cents ans ; on doit en conclure que les Constructeurs de monts vivaient à une époque encore plus reculée.

Quant à savoir les pays qu'ils quittèrent pour s'établir et se fixer ensuite sur le continent américain, ce point demeure un mystère, mais il est permis de supposer que leur berceau fut l'Asie: ils en seraient venus soit volontairement, alors que, suivant quelques savants, le

détroit de Behring n'existait pas et que les deux continents étaient unis l'un à l'autre, soit accidentellement par suite d'un naufrage sur les c6tes américaines. Les naufragés^ n'ayant aucun moyen de retourner dans leur ancienne patrii, ni même d'en retrouver la route, se seraient décidés à habiter ces nouvelles contrées.

Pour ce qui est des causes qui amenèrent leur départ en masse ou leur extermination sur le sol qu'ils cultivaient, un vaste champ est ouvert aux conjectures, car rien n'est venu encore révéler les motifs de leur, émigration ou les détails de leur complète destruction ; toutefois, il est permis de croire qu'en butte aux attaques perpétuelles des Indiens, ils ont été repoussés par leurs tribus sauvages jusque dans l'Amérique méridionale.

Quoi qu'il en soit, les Constructeurs de monts avaient disparu depuis longtemps lorsque les Européens abordèrent en Amérique. Ceux-ci se trouvèrent en face d'une race d'hommes dont Taspect autant que les mœurs les remplirent d'étonnement. Teint rouge, pommettes saillantes, yeux noirs, cheveux plus noirs encore, tels étaient ces indigènes qui adorèrent les blancs comme des demi-dieux et que les blancs devaient traiter en esclaves. Nous les avons déjà nommés, ce sont les Indiens.

Mais qu'est-ce au juste que les Indiens et d'où sontils venus? C'est ce qu'il est difficile d'établir. — Leur nom ne nous apprend rien, puisqu'il leur a été donné par Christophe Colomb et n'est que le résultat d'une

erreur. On sait en eflEét que ce grand navigateur crut avoir abordé aux Indes, et c'est à peine si quelques historiens hasardent cette conjecture que certaines res^ semblances physiques entre les Indiens et les popula-» tions riveraines de l'Indua contribuèrent à l'induire en erreur. L'étude du type indien actuel ne nous est pas d'un plus grand secours. Nous en avons déjà esquissé les principaux traits, ajoutons que leurs cheveu)^ ne sont pas laineux, mais longs, lisses et si roi-*des qu'on les a comparés à des crins de chevaL Les sourcils et les cils sont épais, mais la barbe, les moustaches et les poils sont rares. Les paupières présentent toutes les variétés observées sur Tancien continent, tantôt bridées et obliques, tantôt horizontales. Mieux que ces renseignements relativement secondaires, l'étude des crânes nous permettrait d'arriver à des conclusions plus sûres si cette étude pouvait se faire scientifiquement en Amérique, mais les déformations artificielles du crâne déroutent l'observation la plus attentive. Encore si ces déformations pouvaient toutes se rapporter à un même système, il y aurait quelque parti à tirer pour la science de ces coutumes ethniques. On pourrait reconnaître une race à la forme sinon naturelle, du moins artificielle et voulue des crânes. Du Caucase jusqu'en France, on a ainsi suivi comme les traces d*un même peuple important partout et imposant son système de déformations crâniennes. Aucune induction de ce genre n'est possible dans le pays dont nous nous occupons. En effet, les crânes qui sont réu-

nis à Philadelphie, ne se ressemblent que sur un point : ils paraissent être les moins capaces de l'humanité. Suivant une coutume, le crâne était aplati d'avant ep arrière. On voit clairement, suivant une autre, que la tête de l'enfant était pétrie entre les mains ou enserrée entre deux planchettes appliquées l'une sur le front, l'autre sur l'occiput. Ici, la déformation était pratiquée sur les enfants des deux sexes ; là, sur les mâles seulement. Cependant, deux méthodes plus communément employées, celle des Nahuas d'une part, celle des Aymaras d'autre part, semblent indiquer deux races prédominantes dans l'Amérique du Nord.

Ce n'est là d'ailleurs qu'une hypothèse. Peut-on en former d'autres plus vraisemblables en s'appuyant sur l'usage d'une même arme : le boomerang en Australie, dans le Dekkan, en Egypte et en Amérique ?

La coutume de scalper les ennemis vaincus nous mettrait-elle sur la trace d'autres inductio)is? Fautil attacher une grande importance aux récits qui nous montrent les Nahuas émigrant de la Floride, abandonnant le Mexique, les uns remontant le Mississipi vers le nord, les autres descendant vers le midi par l'isthnie de Panama? Y a-t-il quelque parenté à établir entre les races européennes parties du Caucase et les races américaines ?

A ces différentes questions, comme nous l'avons déjà indiqué, il est difficile, pour ne pas dire impossible, de répondre. Nous nous contenterons donc de

montrer ce qu'étaient les Indiens au moment où ils vinrent à être connus des Européens.

On a divisé les anciens habitants du Nouveau Monde en cinq catégories de peuples. Nous en ajouterons une pour les Esquimaux dont le nom veut dire : « mangeurs de viande crue, i Ils habitaient cette partie du nouveau continent située au-dessus du IP degré de latitude nord, et s'étendant du Labrador à r Alaska. Leur manière de vivre à Tépoque reculée dont nous parlons était peu différente de ce qu'elle est encore aujourd'hui. Ils se nourrissaient presque exclusivement d'huile et de viandes grasses, enduisaient leurs membres et leur visage de matières huileuses, et pouvaient ainsi supporter les hivers les plus rigoureux. Les cinq autres races de l'Amérique du Nor^ sont : P Les Algonquins. Ils habitaient au sud des Esquimaux et occupaient presque toute la partie de l'Amérique qui est située à l'est du Mississipi, audessus du 37* degré de latitude nord. Ils étaient plus de 250,000 au commencement du dix- septième siècle, nombre considérable, si Ton songe que dans toute l'Amérique du Nord on a évalué qu'au moment de la découverte il n'y avait que 400,000 Indiens. Les premiers établissements européens trouvèrent la race des Algonquins déclinant avec rapidité. Des maladies pestilentielles avaient dépeuplé des villages entiers, et il ne restait plus que quelques misérables hordes d'Algonquins, fiers encore de l'ancienne influence de leur race.

2* Les Hurons-Iroquois. Leur domaine s'étendait sur toute la contrée située entre la baie de Géorgie et le lac Buron jusqu'aux lacs Erie et Ontario, le long de quelques rivières de Test. Leurs tribus avaient formé une sorte de confédération qui comprenait les Cayugas, les Senecas, les Mohawks, les Oneidas et les ûnondogas. C'étaient les < Cinq Nations. » Ce nom fut illustré par une véritable habileté politique et par une . énergie de tous les instants^ plus rare chez ces peuples que le courage et la témérité sur le champ de bataille. Aux c Cinq Nations » se joignirent plus tard les Turcaroras de la Caroline du Nord, plus tard encore, les Kanticokçs, les Conoys et les Tuteloes.

S*" Les Cherokees. Ils habitaient plus au sud que les Iroquoip et occupaient les vallées qui sont au pied de la grande chaîne des Alleghany.

4^ Les Mobilians. Leurs campements occupaient toute }a contrée située entre le bas Mississipl et Tocéan Atlantique.

5^ Les Dakotas. Leurs possessions couvraient toute la partie qui s'étend de la rivière Arkansas au pays des Esquimaux, et tant t. l'est qu*à l'ouest des Montagnes Rocheuses.

Nous omettons quelques peuplades secondaires,,telles que les Comanches, dont le nom est resté longtemps synonyme de férocité et de sauvagerie; les Aztecs, éteints aujourd'hui.

Aux cinq grandes races que nous avons nommées correspondaient cinq langues : l'algonquin, le wayan-

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dot, le cherokee, le mobilian, le dakota ou sioux. Le caractère général de ces langues est d'être gutturales, dures et polysyllabiques. Le wayandot, pourtant, a moins de rudesse et parfois le mobilian nç manque pas d'harmonie. Les discours des Indiens sont remplis de comparaisons et de métaphores hyperbo* liques qui leur donnent yn air de dignité et en rehaussent la portée,

Les facultés intellectuelles des Indiens sont généralement très-faibles. Ils sont stupides, brutaux, féroces, mais dans toutes les affaires importantes pour la communauté, ils se conduisent selon les règles 4e la prudence et de la justice. Leurs traités sont toujours fondés sur le bon sens, bien que les cérémonies qui en ao- . compagnent la conclusion soientd'un ridicule et d'une étrangeté incroyables. II s dirigent leurs conférences au moyen d'une sorte de collier appelé f vampum. > Les grains, faits d'un solide coquillage, sont enfilés ou réunis en forme d'une large ceinture, dont la dimension varie suivant l'importance du sujet traité. Il i^'est pas soumis de proposition, ni fait de réponse sans que ces ceintures soient exhibées et échangées. Cette formalité est une condition essentielle de la validité du traité.

Les Indiens n'avaient pas d'écriture conventionnelle. Ils ne correspondaient que par des sortes d'hiéroglyphes. Le voyageur Schoolcraft , rapporte le fait suivant : Dans une de ses expéditions au milieu des peuplades indiennes, ceux des Indiens qui lui servaient de guides eu-

rent à faire savoirà leurs camarades qu'une troupe composée de quatorze blancs et de deux Indiens avait passé la nuit en un certain lieu. Us tracèrent sur une écorce plusieurs dessins représentant les soldats blancs tout armés, leur capitaine agitant un sabre, le fourrier de la troupe portant un livre, un géologue muni de son marteau. Ils n'oublièrent pas de figurer les vivres dont on avait fait usage et indiquèrent le nombre exact des feux qui avaient été allumés.

Un tel état intellectuel fait pressentir un caractère et des mœurs assez sauvages. Comme presque tous les peuples jeunes, les Indiens avaient des sentiments généreux. Ils étaient courageux et patients, quelquefois bons et hospitaliers. L'oubli d'une injure était pour eux une lâcheté et une honte. La vengeance, au, contraire, était regardée commeja première des vertus. Lorsqu'un Indien se trouvait en face d'un étranger, il savait mettre sur son visage un masque d'impassibilité ; la tacitumité était pour lui un mérite, et souvent il passait des heures et des journées entières sans prononcer un mot.

Les mœurs des Indiens répondent à leur caractère. Ils ont toujours été essentiellement nomades, ne pouvant se fixer que pour un temps relativement court dans le même endroit; la principale cause de leurs déplacements tient à leur habitude d'abattre et de faire servir à leurs besoins domestiques tous les arbres du voisinage. Sitôt que le lieu de leur campement commence à se trouver dégarni, le conseil des

chefs est réuni, et, selon la décision prise, la tribu se transporte dans une autre partie du territoire, souvent peu éloignée. C'est cette habitude qui leur avait fait croire, en voyant les premiers Européens, que ceux-ci avaient brûlé tout le bois de leur pays çt que, manquant de combustible, ils s'étaient mis à la recherche de nouvelles régions.

Lorsque les premiers colons arrivèrent en Amérique, ils trouvèrent les Indiens couverts de peaux d'animaux qu'ils préparaient en les fumant, mais bientôt après, s'étant procuré des couvertures de laine, ils en firent usage et les décorèrent en y ajoutant des rangs de perles, des coquillages et des plumes. Pendant l'été ils allaient presque nus. Les hommes se rasaient la tête en laissant toutefois ce qu'ils appelaient la d mèche du scalp, » qu'ils se faisaient une sorte de point d'honneur de conserver toute leur vie. Leur nourriture était très-simple; elle se composait ordinairement de ce qu'ils pouvaient prendre de poisson ou de gibier, de blé écrasé, de glands, de mûres et de quelques légumes. Ils faisaient usage de tabac, mais n'avaient aucune liqueur spiritueuse. Ils étaient cependant industrieux : ils faisaient des paillassons en jonc, des mortiers en bois, des vases de terre et des pipes parfois très-curieusement enjolivées; ils fabriquaient avec les moyens restreints dont ils disposaient tous les objets nécessaires à leurs besoins et à leurs habitudes, mais les deux inventions les plus ingénieuses qu'ils aient faites sont certainement le

soulier à neige et le canot d'écorce. Le premier^ demblable aux raquettes dé nos enfants^ était fait d'un oadre de bois de trois à quatre pieds de longueur tendu d*un filet en peau de cerf» Des courroies fixaient cet appareil au t>ied chaussé de mocassins légers^ et de cette manière le soutenaient ati-dessus du niveau de la neige. Un Indien pouvait ainsi parcourir quarante milles par jour sur ses raquettes et atteindre facilement Télan et le daim dont les sabots pointus, pénétrant à travers la croûte durcie de la neige, retardaient la course^ — Quant au canot, il était fait de Técorce entière d'un bouleau blanc, délicatement détachée de Tarbre, et étendue sur une carcasse en bois de cèdror Aux bords, étaient cousues des lanières coupéeâ sur les racines du cèdre^ et le tout était ensuite enduit d'une résine tirée de certains arbres» Si le canot venait àôe déchirer, on pouvait aisément le réparer en y ajoutant des morceaux d'écorcô que Ton fixait de.lamème manière. Cette embarcation dmple et facile à construire était^ en outre, par sa légèreté et son £Etible tirant d'eau, d'une manœuvre des plus aisées ; c'est ce qui explique Qpurquoi non-seulement les Indiens actuels, mais aussi les habitants blatics du nord des États-Unis et du Canada, en out conservé l'usage^ ainsi que des souliers à neige.

Chez les Indiens^ le mariage était un trafic. Le père mettait en quelque sorte sa fille aux enchères et la donnait à celui qui offrait les plus nombreux et les plus riches présents. Les chefs avaient quelquefois

plusieurs femmes, mais la polygamie, sans être interdite, était rare. De même, la répudiation, quoique étant un droit du mari, n'était pas fréquente. Il est bon d'ajouter que la femme se soumettait docilement à toutes les fatigues que son mari lui imposait : c'était elle qui s'occupait de tous les soins domestiques, qui construisait le wigwam, coupait le bois et portait les fardeaux. C'était elle encore qui, après avoir défriché un terrain, faisait les semences et les récoltes; en somme, tous les ouvrages manuels eî pénibles lui étaient réservés. L'homme ne s'occupait que de la guerre, de la pêche et de la chasse. Infatigable dans les combats, l'Indien, chez lui ou à la recherche d'un nouveau campement, laissait aux femmes toutes les fatigues. C'était, prétendait-il, afin de garder intactes sa souplesse et sa force pour de plus nobles travaux. Ainsi, lorsqu'un chasseur avait tué un daim et l'avait apporté sur ses épaules d'un endroit assez éloigné, il le jetait à terre en arrivant en vue du village pour que sa femme vînt le chercher et le portât à son tour jusqu'à son wigwam.

Les Indiens étaient divisés en tribus presque constamment en guerre les unes contre les autres. Les hostilités semblaient-elles apaisées, elles recommençaient bientôt pour le motif le plus futile. Le clan des Mohawks était le plus redouté, et, lorsque dans une réunion des tribus plus pacifiques que les autres, qui habitaient les bords du Connecticut, un messager arrivait et criait : « Les Mohawks sont venus pour

sucer et boire notre sang, i tout n'était que confusion et terreur, et chacun ne songeait qu'à échapper à un massacre certain par la fuite ou la soumission.

Il était d'usage de faire précéder toute expédition guerrière de cérémonies étranges dont la dernière était la « danse de guerre^ » célébrée la nuit à la clarté des feux et des torchés de résine. On enfonçait en terre un poteau peint de diverses couleurs et la foule des Indiens formait un vaste cercle alentour. Alors le chef des guerriers s'élançait dans l'espace libre, brandissant son tomahawk, et chantait ses propres exploits et ceux de ses ancêtres en accompagnant ses paroles de gestes appropriés et en frappant sur le poteau comme sur un ennemi. Guerrier après guerrier, chacun le suivait et l'imitait jusqu'à ce qu'à la fin la bande tout entière fût engagée dans la danse, criant et agitant ses armes, frappant et portant des coups à des ennemis invisibles, remplissant enfin la forêt de hurlements étourdissants. La majeure partie de la nuit s'écoulait ainsi. Au matin, les guerriers quittaient le camp les uns derrière les autres, chacun posant le pied dans l'empreinte laissée par celui qui le précédait. Le chef marchait en tête, et le dernier de la file était chargé d'effacer, au fur et à mesure, la trace du passage de ses compagnons. Quoique braves et adroits, les Indiens aimaient à s'approcher lentement et en usant de stratagèmes des ennemis qu'ils voulaient surprendre, et, s'ils ne se sentaient pas en force suj95sante pour avoir des chances de succès dans

le combat, ils ne rougissaient pas de l'éviter et même de fuir. Ils ije voyaient ni honte, ni déshonneur à tuer un ennemi désarmé, et un captif fut souvent mis en pièces avant d'avoir atteint le village de ses vainqueurs. Quand il y arrivait, il lui fallait alors courir entre une double haie composée de tous les membres de la tribu qui, au passage, lui assénaient un coup de l'instrument dont ils étaient armés. Après cela, le conseil décidait de son sort; il pouvait être adopté par une famille ou condamné à la torture. La description des raffinements apportés par les Indiens dans leurs exécutions est véritablement horrible. Le corps du captif était tailladé par les couteaux de ses bourreaux, les cheveux et la barbe étaient arrachés, les doigts^ des pieds et des mains tordus jusqu'à ce qu'ils se détachassent, la chair brûlée par des pierres chauffées au rouge et piquée par des bâtons pointus ; à la fin, les Indiens, à bout de cruautés, attachaient le corps à un pieu et le réduisaient en cendres. Tant qu'il lui restait un souffle de vie, la victime ne faisait entendre aucune plainte, mais au contraire chantait le chant de sa tribu," se vantait de ses exploits, citait les noms de ceux qu'il avait tués, et, narguant ses bourreaux, il comparait les faibles supplices qu'ils inventaient à ceux que lui-même avait fait subir à leurs anciens compagnons.

En arrivant au Nouveau Monde, les premiers Européens trouvèrent les Indiens armés d'arcs, de flèches et de tomahawks; ils avaient, en outre, de grands

boucliers en peau de buffle, et quelquefois se garantissaient la poitrine au moyen d'une plaque faite de menus morceaux de bois reliés par des cordes. Mais bientôt après l'arrivée des blancs, ceux-ci leur fournirent des armes à feil dont ils apprirent le maniement : ils devinrent rapidement d'une adresse au tir surprenante, et depuis lors ils négligèrent leurs premières armes. Quelques tribus se bâtirent, aussi, de véritables forts entourés de palissades et de fossés où leurs approvisionnements étaient conservés.

On a peu de renseignements sur l'organisation intérieure des tribus. Il est certain qu'une tribu reliait entre elles plusieurs familles pour en faire un tout indivisible et solidaire. Chaque tribu avait son emblème ou t totem. » C'était une tortue, un fcerf, une bécasse ou un hibou, bêtes dont les guerriers s'imprimaient l'image sur la poitrine et les bras. Chaque tribu avait aussi son chef ou <!c sachem, i dont la charge consistait à représenter son peuple aux grands conseils et à le gouverner suivant les traditions et les coutumes. Mais l'autorité du chef n'était pas partout égale. Voici ce que dit à ce sujet un savatit historien : t Quelques . * tribus semblaient être les esclaves d'un despotisme « spirituel..., d'autres paraissaient avoir adopté une « monarchie limitée, quelques-unes la démocratie dans « laquelle tous les guerriers se trouvaient presque sur « un pied d'égalité. Le pouvoir du chef était souvent 9 héréditaire et quelquefois exercé par des femmes. € Mais les idées des îndiens cpncernant l'hérédité

« différaient de celles d'Europe : Théritier n'était pas « le fils propre du chef, mais le fils de sa sœur, usage « universel dans toute l'Amérique partout où le pou- « voir se transmettait par hérédité. Toutefois la naisse sance était de peu de poids quand les autres qua- « lités manquaient ; le titre de chef pouvait rester à « l'héritier, mais Finfluence passait en d'autres « mains *. »

il nous reste à parler de la religion qui tient une plabe si importante dans l'histoire des peuples. On a prétendu que les Indiens n'en avaient pas ; on ne leur connaît en effet aucun temple, mais ils paraissent avoir eu des formules de prières dont ils faisaient usage dans toute circonstance importante, par exemple, avant de partir pour la chasse ou pour la guerre. Cependant il est difficile de faire connaître avec précision quelles étaient les croyances indiennes : « Les uns « adorent pour Dieu le soleil, d'autres la lune ou la « terre, ou le feu, ou d'autres objets de moindre im- < portance, mais finalement ils reconnaissent deux « êtres suprêmes, l'un auteur de tout bien, l'autre « producteur de tout mal *. i Roger William, le fondateur de Rhode-Island, aborde la même question, et conclut seulement que, suivant les croyances indiennes, « Dieu existe et est le rémunérateur de tous « ceux qui le cherchent avec empressement. » Il nous semble qu'il n'y a qu'une façon de concilier ce double

1 Hildreth, l»*- voh • Oookin.

témoignage avec l'apparence de fétichisme qui frappe seule un observateur moins attentif : c'est de dire avec l'auteur d'une histoire du peuple américain *:.... « Les t Indiens croyaient à Texistence d'un être infini, mais « cette conception ne s' élevant pas pour eux aux prot portions d'une généralisation soutenue, ils lui dont naient une forme saisissable qu'ils appelaient Esprit « et qu'ils multipliaient à l'infini, i II paraît qu'un Indien-prêtre (powwow), auquel on demandait pourquoi il adorait le buffle, répondit qu'il ne rendait aucun culte au buffle, mais à l'esprit invisible qui est le type de tous les animaux de cette espèce.

C'était parmi les animaux que les Indiens cherchaient le plus souvent la personnification de leur « Inconnu. » Les animaux passaient pour de puissants protecteurs ; on prenait les plus grandes précautions pour ne pas leur donner de sujets de mécontentement ; on leur oflfrait souvent une partie du butin ou du produit de la chasse, à seule fin de se les rendre favorables. Les Indiens maniaient doucement les os du castor, du buffle, du cerf et de tout autre gibier, dans la crainte que les esprits des animaux morts n* allassent auprès des animaux vivants et ne leur apprissent à éviter les pièges et les coups du chasseur. Souvent ils s'entretenaient avec les animaux comme avec des êtres humains ; ils leur demandaient pardon de les avoir blessés, ils leur expliquaient la nécessité ou ils

* Carlier.

d'étaient trouvés de les attaquer et les exhortaient à endurer dignement la douleur afin de ne pas déshonorer leur famille. L*un des premiers missionnaires raconte qu'il vit un Indien tirer sur un ours et le blesser. La bête tomba et se roula en poussant des gémissements plaintifs. L*Indien s'approcha tout près d'elle et lui dit : t Ours, tu es un lâche et non un € guerrier. Tu sais que ta tribu et la mienne sont € en guerre et que c'est la tienne qui l'a commencée, t Si tu m'avais blessé, je n'aurais pas poussé le plus « petit cri, et tu es là à crier et à gémir de telle sorte <( que tu déshonores ta tribu. *

Les pratiques religieuses étaien tbizarres et bruyantes, les Indiens les accompagnaient de chants et de danses; ils avaient des t hommes de médecine » qui tenaient le milieu entre nos prêtres et nos médecins, et qui prétendaient guérir autant par des conjurations magiques que par les simples remèdes qu'ils connaissaient.

Ils croyaient aussi aux esprits des étoiles et des vents

et craignaient leur influence sur le résultat de leurs entreprises. Le célèbre poëte américain Longfellow, dans son ouvrage intitulé « Hiawatha, » cite plusieurs des légendes extraordinaires et absurdes qui se transmettaient de génération en génération parmi les Indiens.

Les Iroquois enfin adoraient un a Grand Esprit > et étaient convaincus de l'existence des « Pays de chasse bienheureux, » où chaque guerrier, après sa

mort, devait aller chasser, faire bonne chère et être aussi paresseux qu^il lui plairait. L'imagination indienne n'avait pas conçu d'autre idéal de la vie future. Tout ce qu'espérait ce peuple d'une intelligence et d'une sensibilité bornées, c'était la continuation de la vie présente.

Le culte de la mort était répandu chez ces peuples sauvages, mais exprimé par de singulières coutumes ; tantôt le cadavre était brûlé ou simplement fumé, ou encore mangé par les -parents du défunt; tantôt il était abandonné à la putréfaction dans les branches d'un arbre ou exposé aux vautours sufune claie élevée.

Tels étaient les Indiens il y a deux cents ans, tels ils sont encore aujourd'hui.

A l'époque de l'établissement des Européens en Amérique, on disait que la guerre et la peste diminuaient rapidement le nombre des Indiens ; depuis, cette décroissance a continué et des tribus entières ont même disparu. Au commencement, ils étaient disposés à avoir des rapports amicaux et pacifiques avec les blancs, mais des querelles ne tardèrent pas à s'élever, chaque parti ayant d'ailleurs des torts à se reprocher. Les sauvages indiens mirent souvent le feu à des villages, emmenant les habitants prisonniers et laissant derrière eux des régions entières inhabitées. En revanche, leurs villages et leurs forts furent détruits et leurs tribus repoussées vers les contrées de Touest ou réduites à une mince poignée d'hommes.

Il est dans la nature de l'Indien de s'opposer à l'établissement du colon et à la construction dçs chemins de fer, mais il ne peut arrêter le courant de l'émigration. A moins qu'on ne puisse lui faire abandonner ses habitudes de vagabondage et le forcer à s'adonner à la culture du sol, l'Indien est fatalement condamné à disparaître. Seules ces tribus survivront, qui auront adopté, en partie, les coutumes et les mœurs des pays civilisés. Enfin, il est à espérer que Pc Homme rouge de la Forêt, i> comme il est appelé communément, sera un jour converti au christianisme, et que ses aptitudes naturelles seront tournées vers l'industrie et la paix.

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