‹ Histoire des États-Unis d'Amérique depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 34 sur 82 · I. — GUERRE DU ROI GUILLAUME · texte numérisé non relu

I. — GUERRE DU ROI GUILLAUME

Par suite de la déclaration de guerre entre la France et l' Angleterre en 1689, les habitants des

colonies françaises du Canada, qui avaient les premiers visité et exploré toute cette partie du continent et les contrées intérieures, crurent Toccasion venue, en épousant la querelle de leur patrie, de chasser les Anglais de ce qu'ils considéraient comme leurs territoires. De plus, par l'accroissement des colonies, les Indiens avaient été refoulés de plus en plus au loin ; il en était résulté que si, en 1675, la 'Nouvelle-Angleterre possédait une population de 55,000 habitants, le nombre des Indiens avait considérablement baissé, car, à la même époque, on n'en comptait plus qu'une trentaine de mille disséminés sur les parcelles du territoire que les blancs n'avaient pas encore accaparé;

Vendant tous les jours aux nouveaux arrivants des portions de leurs territoires, quelquefois en échangeant une immense étendue contre Tobjet de la {)lus

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petite valeur, et plus souvent encore eu étant violemment expulsés pat la force des armes, les Indiens en étaient arrivés à faire succéder aux dispositions pacifiques qu'ils pouvaient avoir dans les commencements, une haine implacable qui s'étendait à tous les envahisseurs du sol.

Parmi les objets qui leur étaient donnés en échangée contre des fourrures, ils avaient quelquefois reçu des fusils et des munitions ; bientôt, lorsque les premiers possesseurs de ces armes en connurent le maniement, tous les Indiens cherchèrent à s'en procurer. Ils étaient parvenus à une adresse remarquable dans le tir, et, par conséquent, causaient aux blancs, dans les embuscades qu'ils leur tendaient, des pertes sérieuses.

Aussitôt que les hostilités eurent commencé entre les deux partis français et anglais, les horreurs des guerres des Pequots et du roi Philippe se renouvelèrent, mais dans une proportion dix fois plus grande. Les atrocités les plus affreuses furent commises; les habitants des colonies situées sur les frontières, et plus exposées que celles de Tintérieur, vécurent dans l'appréhension constante des attaques soudaines et des surprises familières aux Indiens. Les enfants qui gambadaient sur la rive, les faucheurs se reposant après le travail, les moissonneurs rentrant la récolte, les mères s'occupant chez elles des soins du ménage, tous tombaient, frappés par un ennemi qui disparaissait aussitôt le coup donné et qui était toujours présent lorsqu'une garnison ou linë famille se dépftttait de sa

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vigilance habituelle. Pendant ces guerres, les Indiens évitèrent toujours de se rencontrer avec les blancs en rase campagne ; connaissant les forces de leurs ennemis, ils se fiaient plus aux surprises nocturnes et aux marches forcées, apparaissant un jour dans un endroit et, le lendemain ou quelques jours après, dans un autre. Tous les villages avaient construit des c blockhouses, » ou maisons en troncs d'arbres dans lesquelles les habitants se réfugiaient en cas d'attaque. Ordinairement, ces petites forteresses se composaient d'un rez-de-chaussée dont les murs étaient faits de troncs d'arbres d'un pied et demi de diamètre, et d'un premier étage qui le dépassait un peu; dans les murs étaient des ouvertures qui servaient de meurtrières aux colons pour tirer sur leurs agresseurs.

En 1689, une expédition, composée de Français et d'Indiens munis de leurs raquettes à neige, descendit du Canada, au plus fort de l'hiver, pour s'abattre sur les colonies extrêmes de New- York et de la Nouvelle- Angleterre. Les Indiens commirent les cruautés les plus affreuses. Schenectady, un petit village sans défiance, et qui n'avait aucune garnison, fut surpris au milieu de la nuit. Les hommes, les femmes, les enfants, arrachés de leur lit, furent tués par le terrible tomahawk, et le peu de la population qui réussit à échapper dut parcourir, presque sans vêtements, par un très-grand froid et une neige aveuglante, toute la distance qui la séparait d'Albany.

Les histoires du temps sont remplies des méfaits des

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Indiens. Ils s'approchèrent un jour de la maison d'un nommé Thomas Duston, à Haverhill, dans la province de Massachusetts. A ce moment, Duston était occupé à quelque distance dans un champ ; il accourut aussitôt qu'il vit le danger auquel étaient exposés sa femme et ses sept enfants, mais il arriva trop tard pour empêcher les Indiens d'emmener captifs sa femme, le dernier de ses enfants, âgé de quelques semaines seulement, et la nourrice qui l'allaitait. Alors, Duston saisit son fusil, monta à cheval dans l'intention de prendre devant lui Tenfant qu'il aimait le plus et de défendre les autres le mieux qu'il pourrait ; mais il ne put se décider à' faire un choix, et, protégeant sa petite famille en s'interposant constamment entre les Indiens qui revenaient à la charge, tirant et rechargeant sans cesse, s'exposant continuellement à leurs coups, il parvint enfin dans un lieu sûr, où ses enfants furent recueillis. — Quant à sa femme et à la nourrice qui portait Tenfant, les Indiens les forcèrent à les suivre ; mais ils ne tardèrent pas à tuer Tenfant, parce qu'il gênait leur marche. Pendant des semaines, madame Duston et la nourrice voyagèrent avec les Indiens à travers les forêts; puis, ayant appris un jour qu'elles seraient mises à mort, après avoir passé par les plus terribles supplices, dès leur arrivée au camp des Indiens, elles résolurent de s'enfuir à tout prix. — Avec elles se trouvait un jeune garçon d'une douzaine d'années dont les Indiens s'étaient emparés dans une de leurs expéditions antérieures contre les blancs. II

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a,vait été attaché, comme esclave, au service d'un des chefs ; son maître, qui désirait Tadopter, et caressait ridée de le faire compter plus tard au nombre des guerriers de sa tribu, lui avait appris à manier le tomahawk, La similitude de leurs infortunes rapprocha madame Duston et cet enfant ; ils concertèrent ensemble les moyens de mettre à exécution leur projet de délivrance. *^ Au milieu de la nuit, lorsque tous les Indiens étaient plongés dans le lourd sommeil causé par la fatigue, madame Duston s'avança sans bruit auprès d'eux, prit un tomahawk, et, les frappant tous successivement h la tête, en tua dix. Une jeuhe fille indienne seule , blessée par le coup que lui avait porté çiadame Duston, put s'échapper. Madame Duston courut alors vers la rivière, détacha un des canots des Indiens, et, s'y embarquant avec ses deux compa» guon^ de captivité, fut bientôt rendue aux siens.

En apprenant les souffrances que lui avaient fait endurer les Indiens, les colons anglais voulurent punir les Français, instigateurs de leurs attaques répétées. A cet effet, ils organisèrent deux expéditions contre les établissements français; Tune, sous le commandement du gouverneur Philipps de Massachusetts, fut dirigée contre Portr Royal, dans TAcadie, et l'autre, comprenant des forces de terre et de mer, contre le Canada. Celle-ci ne réussit pas, mais la première atteignit pleinement le but proposé : un butin si considérable tomba entre les mains des vainqueurs, qu'il paya et au delà las frais des deux expéditions.

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Le traité de Ryswick «urvint à la suite de ces événements, et mit fin à la guerre qui avait duré huit ans. Par une de ses clauses, il maintenait chacune des deux parties belligérantes dans les territoires précédemment occupés par elles.

IL — aUEMB PB lik ftBINB AMNJÊ,

En 1702) l'Angleterre étant entrée dans la € Omnde Alliance, > et ayant, en conséquence, déclaré une nouvelle guerre à la France et à l'Espagne, les hostilités reprirent de nouveau entre les colonies d'Amérique.

Les Indiens des Cinq Nations, campés aux environs de New- York et dans Rhode-Island, avaient fait un traité avec les Français, par lequel ils s'étalent engagés à ne pas prendre part à la lutte et à rester complètement neutres : par suite, les colonies anglaises établies à New-York n'eurent point à souffrir de Tinvasion, et toute la violence de la guerre se porta sur la Nouvelle- Angleterre .

Les habitations et les villages construit^ sur la fronT;ière de la Nouvelle- Angleterre furent de nouveau abandonnés par les colons, qui se retirèrent à Tintérieur de la province, et la population de toutes les colonies reprit l'habitude de se retrancher, à la moindre alarme, dans les « block-houses. » Le travail des champs était interrompu, et si la nécessité de se procurer des vivres forçait quelques colons à se rendre h

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leurs plantations, ils ne le faisaient quen troupe et bien armés.

Durant la première année de la guerre, les Espagnols établis à Sainte-Augustine, dans la Floride, furent Tobjet d'une expédition sans résultat de la part de leurs anciens ennemis, les Anglais de la Caroline. Cette agression, qui n* avait d'autre raison ou prétexte que la guerre entre les deux mères-patries, provoqua, quatre ans plus tard, l'envoi par les Français et les Espagnols d'une flotte contre Charlestown. Les habitants de la ville se défendirent vaillamment, et, après plusieurs assauts infructueux, les Français et les Espagnols durent se retirer.

Deux ans après l'expédition tentée contre les Espagnols de la Floride, pendant une nuit du mois de février 1704, alors que la neige avait une épaisseur de quatre pieds, une troupe d'environ 350 Français et Indiens, sous le commandement de Hertel de Bouville, arriva dans une forêt avoisinant Deerfield, dans le Massachusetts. Les habitants avaient été prévenus du danger qu'ils couraient par un des leurs, qui, dans une de ses excursions, avait rencontré les traces de cette troupe. Aussitôt une palissade avait été élevée autour du village, et une surveillance attentive exercée sur les environs. Rampant et se cachant, les assaillants épièrent le moment où les sentinelles, se croyant à l'abri d'un danger immédiat, se laissaient aller au sommeil, et se ruèrent sur les malheureux habitants de la ville, qu'ils mirent à mort ou réduisirent en captivité.

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Le révérend John Williams fut fait prisonnier avec sa femme et ses six enfants, et emmené avec une centaine d'autres habitants par les sauvages. Laissant derrière eux le village en flammes, les Indiens reprirent le chemin de leur territoire. Mais la route était longue, l'hiver, des plus rigoureux, les pauvres captifs manquant de vêtements, et, en outre, se voyant dépouillés du peu qui leur restait, souffrirent cruellement du froid. De plus, comme les Indiens devaient s'attendre à ce que les habitants des autres colonies se missent à leur poursuite, ils évitaient, autant que possible, de laisser des traces de leur passage et réprimaient immédiatement les plaintes et les supplications de leurs victimes par un coup de leurs mortels tomahawks. Madame Williams, la femme du pasteur, quoique malade, avait dû suivre son mari; pendant une partie du chemin, elle soutint ses forces épuisées et son courage par la lecture d'une Bible qu'elle avait pu emporter ; mais, au bout de quelques jours, ses forces Tabandonnèrent tout à fait, et, ayant recommandé à Dieu ses enfants et son mari, elle se résigna à recevoir le coup de tomahawk destiné à tous ceux de ses compagnons d'infortune qui, vaincus par la fatigue, tombaient sur le sol. — En arrivant au Canada, les Indiens vendirent leurs prisonniers, comme esclaves, aux colons français, qui les traitèrent avec une grande bonté et mirent en liberté le ministre John Williams et cinq de ses enfants. Le sixième, une fîlle, avait été adopté par une famille d'Indiens convertis au catholicisme^

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qui ne voulurent pas s'en séparer. Cette enfant grandit, embrasa la foi catholique et se maria plus tard à un chef indien. A différenlîes reprises, dans la suite, elle alla visiter ses parents et ses amis à Deerfield; mais, malgré toutes les instances, elle ne consentit jamais à demeurer avec eux. Prise très-jeune, elle s'était accoutumée à la vie des forêts, et elle retournait avec plaisir à son wigwam et auprès de sas enfant^ uxr diens.

Il est aisé de s'imaginer la nature des sentiipeiitâ que les colons devaient éprouver pour les Indiens lorsque de pareils faits leur étaient racontés. Le soir, si Ton en causait, il semblait que le cri de guerre stupéfiant des Indiens allait être entendu, et lesi eur fants restaient éveillés, s* attendant, à tout momeiit, ^ voir apparaître le cruel ennemi de leur race. Les p^-^ rents avaient une haine profonde pour les Qussionnaires français qui, d'après ce qui leur en était dit, encourageaient les Indiens dans leurs attaques contre les Anglais. Ces sentiments professés à l'égard des missionnaires étaient injustes, car ces reUgieux témoignèrent souvent une grande humanité envers les cap* tifs des Indiens, les secourant de leur mieux et obtenant même quelquefois, par l'influence qu'ils avaient sur ces sauvages, la cessation de leurs tortures et leur mise en liberté.

Ces guerres continuelles inspirèrent aux habitants des colonies anglaises une si grande terreur que, dé» sirant y mettre un terme, ils allèrent jusqu'à offrir

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des récompenses pour Ip meurtre d'un Indien, récompeuses variant de cinq à cinquante livres sterling (125 à 1,250 francs). — Des expéditions furent dirigées contre les établissements français et, entre autres, deux tentatives furent faites pour envahir le Canada. L*idée de la seconde, projetée contre Québec et Pla?; centia, avait été conçue par le capitaine Nicholsqn. Cet officier distingué de l'armée anglaise s'était emparé, quelque temps auparavant^ de la Nouvelle- Ecosse et avait pris Port-Royal, dont il s'était empressé de changer le nom en « Annapolis, » en l'honneur de sa souveraine, la reine Anne. Comme preuve de ses conquêtes, il avait amené en Angleterre quatre chefs indiens. Lorsqu'il soumit son projet au gouvernement, il appuya sur les avantages que le commerce national retirerait infailliblement de l'expulsion des Français de l'Amérique du Nord. Le ministère approuva son plan ; un corps d'armée de cinq mille hommes lui fut fourui et embarqué sur des transports, qui mirent à la voile de Plymouth au mois de mai 1711. Une forte escadre de navires de guerre les escortait. — En arrivant à Boston, l'expédition anglaise s'adjoignit deux régiments de provinciaux, pendant qu'environ quatre mille hommes, planteurs et Indiens, partaient directement pour les frontières du Canada. La flotte anglaise remonta alors au nord, et s'engagea dans le fleuve Saint-Laurent; mais, }e 28 août, un violent orage éclata. Par la force du vent et des vagues, elle fut jetée sur les rochers, où huit

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la paix entre la France et rAngleterre, Cette dernière rendit Louisbourg' à la France, mais les frontières de leurs colonies respectives en Amérique restèrent sans être fixées, et les contestations qui résultaient continuellement de cet état de choses furent la cause d'une nouvelle guerre.

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