NEW-PLYMOUTH
compagnie de Londres à son retour en Angleterre. Inoccupé et loujours épris d'aventures, il aurait voulu renouveler avec la compagnie de Plymouth un exploit semblable à celui de la fondation de la Virginie du Sud. Dans un voyage qu'il fit en 1614 avec les pécheurs à Monhiggon, il explora avec un soin extrème toute la côte depuis l'embouchure du Penobscot et du Kennebec au nord jusqu'au cap Cod au sud. Il releva tous les détails du littoral, les promontoires, rivières, anses el baies, fonds rocheux, bancs de sable, les fixant sur une carte, leur donnant des noms, Charles River, Plymouth, cap Anne, Boston, Cambridge, Hull. Enfin à toute la côte et à tout le pays qu'elle couvrait il assigna le nom général de New-England (Nouvelle-Angleterre), que la postérité a accepté
De retour à Londres il fit tirer sa carte à des milliers d'exemplaires, mais rien ne put secouer l'indifférence que professaient les aventuriers pour ces plages glacées du nord. Les émigrants pauvres, les chercheurs de fortune, les déclassés, les bohèmes de Londres qui avaient encore le courage d'aller tenter le sort au delà de l'Océan, préféraient naviguer vers les contrées du soleil, de la végétation puissante, des vallées où l'on espérait ramasser les pierres précieuses dans les fentes des rochers.
A l'époque cependant où les côtes de la Nouvelle-Angleterre “aient encore profondément inconnues, c'est-à-dire avant 1614, on avait déjà en Europe des caries assez exactes du littoral du Labrador, de Terre-Neuve, même de l'Acadie où le Français Poutincourt venait de fonder Port-Royal (1607) et des rives du Saint- Laurent, pays de Canada, où un autre Français, Samuel Champlain, venait de fonder Québec (1608).
Au sud même du cap Cod rôdaient déjà les Hollandais depuis que le capitaine Hudson au service de la répubiique des Pays- Bas avait pénétré dans la splendide baie de New-York, c'oyant entrer dans un bras de mer inconnu qui allait le conduire tout droit dans la mer du Sud (océan Pacifique). Personne ne s’avisait que l'espace intermédiaire entre la baie de Fundy et Long Island valüt la peine d’être pris. Ne pouvant donner à ce pays des colons,
1. Cette appellation embrasse les États de Massachusetts, New-Hampshire, Vermont, Maine, Rhode-fsland et Connecticut.
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John Smith lui donna un nom; à cela se borne l'histoire de la Nouvelle-Angleterre jusqu’en 1620.
Cette année-là, un hasard de navigation dirigea sur le cap Cod un petit bâtiment chargé d'émigrants qui avaient projeté de chercher un asile sur un point encore inoceupé de la Virginie du Sud. Ces émigrants étaient les c'lèbres Pilgrirs, les Fathers Pilgrims (Pères pèlerins) tant chent:3 dns les sanales de la Nouvelle- Angleterre, la petite congrégation purifaine séparaliste qui avait déjà émigré d'Angleterre en Hollande pour fuir la persécution religieuse etqui maintenant se transportait en Amérique, espérant que les puissants de ce monde l’Y laissoraieut libre de prier Dieu à sa guise. Les Pilgrins furent, sans l'avoir voulu, les premiers pionniers de la Nouvelle-Angleter::
L'émigration non conformiste. New-Plymouth.
Démocratie politique et religieuse (1620-1630).
« L'histoire séculière de l'Angleterre aux xvi° et xvir siècle, dit Macaulay, ne peut être comprise que si elle est étudiée en relation constante avec l'histoire de sa politique ecclésiastique. » Ces paroles s'appliquent avec non moins de justesse à l'histoire des colonies britanniques établies à partir de 1620 sur les côtes de l'Amérique du Nord à l'est du fleuve Hudson. Ces colonies sont le produit direct des passions religieuses qui déchiraient la métropole, aux temps troublés de la grande lutte entre l'esprit de l'äiglise épiscopalienne et l'esprit de puritanisme, Aussitôt que fut organisée, à l'avènement des Stuarts, la persécution contre les sectes prolestantes qui se refusaient à subir la domination des dogmes et de la liturgie de l'Église d'Angleterre, un courant d’émigration commença à s'établir en vue d'échapper à cette persécution, el lorsque le hasard, signalé plus haut, eut porté sur la côte du Massachusetts la première congrégation puritaine qui prit la fuite, c'est dans celte direction unique que se dirigea dès lors le courant d'émigration non conformiste. Les premiers installés appelèrent ceux qui étaient restés ; les convois succédèrent aux convois, jusqu'à ce que de New-Plymouth et de la baie de Boston, les deux
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NEW-PLYMOUTH. 161 premiers points occupés, le courant eut débordé sur tout le Massachusetts et sur les provinces voisines.
Ce n'est certes pas l'attrait du climat qui appelait sans cesse sur ce point de nouveaux arrivants. Rien n'était moins engageant, moins propre à flatter l'aventurier, à rendre l'espoir aux déshérités de la terre natale, que le pays rude, àpre, la végétation maigre et dure, le sol ingrat et stérile, le ciel brumeux ct les hivers terribles de cette portion de terre où s’est développée si vigoureusement la nouvelle race yankee. On venait là en quête d'une autre vie pour essayer la réalisation pratique de ses aspirations, pour fonder son Eglise, installer son culte à soi, instituer en l'honneur de Dieu une société où rien ne rappelât les doctrines, les croyances, la hiérarchie, les pompes extérieures d’un christianisme mensonger et exécré. Peu importait, dans ces conditions, que la terre fût dure au labour et que l'on eût à traverser quelques années pénibles avant d’avoir assuré définitivement son home matériel et spirituel.
Dans les dernières années de son règne, la reine Elisabeth avait interdit les réunions de ministres puritains en synodes, où, tour à tour, suivant l'inspiration de l'esprit, les saints excitaient la ferveur de leurs frères par des prières et des exhortations. Cette coutume des synodes était venue d'Écosse. Lorsque Jacques LE à son avènement ouvrit une conférence à Hampton-Court (1604) pour réconcilier le puritanisme et l'Église anglicane, les ministres puritains lui demandèrent de lever l'interdit sur les synodes. Le roi répondit : « La forme presbytérienne d'Écosse s'accorde avec la monarchie comme s'accordent Dieu et le diable. » Il détestait les non-conformistes, qu'ils s'appelassent presbytériens ou puritains. Fanatisme religieux, penchant pour l'état républicain, attachement passionné pour la liberté civile, voilà ce qu'il trouvait chez les ministres dissidents anglais comme chez leurs frères d'Écosse, au moment mème où il se préparait à exposer la théorie du droit divin de la royauté. Rien ne fut done adouci dans la législation barbare d'Élisabeth contre les gens qui ne pouvaient s'accommoder avec l'Église établie. «Jacques donna l'ordre à tous ses sujets de se conformer aux ordonnances, doctrines et cérémonies de l'Église d'Angleterre, autorisant les évèques à chasser de leurs bénéfices
tous les ecclésiastiques qui refusaient d’obéir. Plus de trois cents pasteurs furent ainsi dépouillés tout à coup de leurs fonctions comme de leurs moyens d'existence. Un grand nombre passèrent à l'étranger ; d’autres restèrent dans leur patrie, et les espions, naguère exclusivement chargés de traquer les catholiques qui osaient entendre la messe, ajoutèrent à ce devoir celui de découvrir les réunions secrètes que les pasteurs destitués tenaient souvent jusque dans leurs anciennes paroisses !. »
Malgré les divergences profondes de tendances entre les doctrines des puritains et celles des épiscopaliens, le divorce n'était pas encore complet entre les deux formes de religion. Les sujets de dispute étaient pour la plupart tout extérieurs. On discutait sur l'usage du signe de la croix dans le baptème, de l’anneau dans le mariage, du surplis. L'Église anglicane n'avait pas encore abandonné les doctrines de la grâce et de la prédestination, par lesquelles elle était calviniste et partant puritaine, et la grande masse des puritains n'avait pas encore ouvertement répudié l'épiscopat,
Cependant on compta't déjà quelques congrégations complètement séparatistes qui avaient rompu tous liens avec l'Église établie, rejeté tout système général de gouvernement ecclésiastique, chaque groupe de fidèles s’organisant en corps d'Église séparé ct indépendant avec un contrôle absolu sur ses propres affaires religieuses, Le nombre de ces congrégations allait s’accroitre rapidement au commencement du xvu° siècle. Une des premières, qui s'était formée à Scrooby, village du comté de Nottingham (nord de l'Angleterre), résolut de quitter le pays pour échapper aux rigueurs de la Haute cour instituée sous Elisabeth en 1593, Ses membres passèrent successivement, par groupes de deux ou trois, en Hollande, pays où la religion était libre, et bientôt toute la troupe, hommes, femmes et enfants, se trouva réunie à Leyde autour de son pasteur vénéré Robinson (1606). Artisans ou laboureurs pour la plupart, ils ne tardèrent pas à se sentir mal à l'aise et trop étrangers dans cette grande ville de Leyde où cependant ils séjournèrent douze années, Ils conçurent alors la pensée d'aller
4, Guizot, Histoire d'Angleterre,
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