PRÉFACE. IX
des officiers publics étroitement maintenus dans le respect du peuple et de la loi.
Qui établit ces limites? C'est la constitution. En France, une constitution n'a jamais lié les représentants; la loi du lendemain défait et viole la constitution de la veille; en Amérique la constitution est la loi des pouvoirs publics; ik ne peuvent sortir du cercle où elle les a enfermés.
Mais, dira-t-on, où est le pouvoir qui bridera le législateur? Celui qui fait la loi n'est-il pas souverain par cela même; rien peut-il limiter son action? Si spécieuse qu'elle soit, cette opinion n'est qu'un préjugé français. Les Américains ont établi une autorité qui maintient dans l'obéissance le législateur lui-même; cette autorité, c'est le pouvoir judiciaire. Depuis Montesquieu, nous répétons sans cesse qu'il y a trois pouvoirs dont la séparation importe à la conservation de la liberté; mais qu'on me montre une constitution où la justice ait jamais été un pouvoir politique? Comment, en effet, la chose serait-elle possible quand on a établi que les Chambres sont le peuple, et qu'on a mis dans leurs mains la souveraineté absolue?
Je me borne à indiquer ces deux questions parmi beaucoup d'autres; cette indication suffira pour montrer combien de choses nous pouvons apprendre de l'Amérique. Notre éducation politique est à refaire. Depuis soixante-quinze ans le monde a marché; nous en sommes encore à des théories usées. Nos pères avaient une excuse, ils ne savaient pas quels fléaux ces erreurs portaient dans leurs flancs; mais nous qui avons l'expérience de tant de révolutions, ne devrions-nous pas être plus sages, et nous faudra-t-il toujours aller à l'abime par le même chemin ?
Qu'est-ce, par exemple, que ces assemblées constituantes qui suspendent la vie de la nation, arrêtent le
K HISTOmE DB Là CONSTITUTION.
travail, troublent tous les intérêts et forcent un peuple éperdu à choisir entre une liberté orageuse et 4ine sécurité achetée à tout prix? Est-ce que la sécurité n'est pas le premier besoin d'une nation; est-ce que la liberté n'est pas le premier des biens, par cela même que seule elle donne une entière sécurité ? Dans ce système d'assemblées constituantes, il y a donc une erreur. Jusqu'à présent qui donc a eu le courage de la signaler et de la combattre?
Qu'est-ce encore que ce droit de révision assujetti aux plus étranges conditions? OU les mandataires du peuple ont-ils pris le droit de lier leur mandant, non pas envers un tiers, mais envers lui-même? Est41 une plus flagrante usurpation de la souveraineté? et cependant c'est là un des dogmes que la Révolution nous a légués, et qu'en i 861 peu de gens ont osé répudier.
Ne Dûus laissons pas assujettir par ces ridicules superstitions ; cherchons la vérité qui seule affranchit Proclamons la souveraineté du peuple» dans les questions d'intérêt commun, et son incompétence quand il s'agit des droits individuels; appi^nons à noe mandataires [{u'ils ne sont pas d'autres nous-mêmes, et qu'ils ont dès devoirs envers nous plus encore que des droits sur nous. P&r*-dessus toutes choses, comprenons que la liberté ïi'est pas un thème i déclamations, une rhétorique à l'usage des tribuns ou des ministres; mais ce qu'il y a au monde de plus substantiel, et^ poar employer un barbarisme moderne, de plus positif. Bha de plus noble et de plus grand que la liberté; mais, <en même temps» rien de plus matériel et de plus réel. C'est pour chacun de kious le droit d'être maître de sa personne et deaes biens, de prier Dieu comme il r^stend, d'élever ses enfants comme il veut, de penser, de parier, de travailler» d'agir seul ou avec les autresi eans «avoir rien i craindre de la loi tant qu'il n'envahit pas la liberié d'atttrui. La liberté