‹ Histoire des États-Unis (volume 2)Chapitre 29 sur 84 · DIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DIXIÈME LEÇON

MADISON, TËâNKLIN.

Messieurs,

La révolution américaine a passé par trois phases distinctes. Il y a pour ainsi dire trois actes dans ce grand drame qui a commencé par Témancipation des colonies et gui a fini par Tinstallation du gouvernement libre de 1789.

Dans la première partie, celle qui s'étend de 1763 à 1778, on reste dans les limites de la légalité. L'Angleterre élève des prétentions contre lesquelles les Américains protestent. On se querelle, et peu à peu on se fait à ridée d'une séparation. A ce moment, les acteurs principaux sont des avocats, des gens qui parlent ou qui écrivent ; c'est James Otis à Boston, Patrick Henry dans la Virginie. En Angleterre , c'est Franklin qui défend les droits de ses compatriotes. Washington est encore dans l'ombre, et on ne pense pas à la guerre.

Le second acte commence au congrès révolutionnaire de 1773 et va jusqu'à la fin de 1782. C'est le règne de la guerre. L'épée est tirée du fourreau; Washington

MABISON, FRÂNJtUN. ^j^'à^

prend le premier rang dans le cœur de ses compatriotes. Il y a cependant des hommes qui parlent et écrivent encore : Samuel et John Adams, Jeiferson, le rédacteur de la déclaration d'indépendance ^ et quelques autres. Mais la parole est au canon.

Puis vient le troisième acte du drame. Il y a un gouvernement impuissant \ la confédération n'est pas assez forte pour réunir en un faisceau le peuple des États- Unis. C'est alors que de nouveaux acteurs pai^aissent sur la scène. Ce sont des hommes arrivés pendant la révolution, qui n'ont pas connu la puissance anglaise, qui sont animés par un commun patriotisme, et qui veulent donner à leur pays, non pas la centralisation, mais l'unité. Ce sont des jeunes gens. C'est Hamilten qui a trente ans h peine, Madison qui a trente-six ans. Les gens qui ont fait la révolution ont tellement lutté contre la tyrannie, qu'ils en ont pris l'horreur du pouvoir, comme les hommes qui luttent contre la superstitionfinissent par avoir l'horreur de la religion. Capables de tout détriûre, Us sont incapables de rien fonder. Il faut que des esprits pUis modérés , des hommes qui n'ont pas eu à souffrir de la lutte avec l'Angleterre, des jeunes gens prennent à leur tour la direction des afTaires. C'est Hamilton et Madison qui ont le plus contribué à la constitution. Je vous ai fait la biographie d'Hamilton, je vous parlerai aujourd'hui de Madison et d'un vieillard qui couronna sa vie en se faisant le champion de la constitution, c'est Franklin.

Madison était né en 1751 dans le comté d'Orange, en Virginie ; il appartenait à une de ces familles riches qui

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vivaient sur leurs terres comme la gentry anglaisp. Il reçut une excellente éducation , et joua de bonne heure un rôle dans TÉtat. Dans les pays de population nombreuse, dans les grandes villes, il y a souvent beaucoup d'hommes capables qui sont étouffés dans la foule et ne peuvent se faire un nom ; mais dans les pays clair-semés, où l'administration communale est remise entre les mains des familles les mieux assises, un homme peut réussir de très-bonne heure, et c'est ainsi qu'en Amérique comme en Angleterre on s'habitue fort jeune à la pratique des affaires publiques.

Élevé à Princeton, dans le New-Jersey, Madison revint en Virginie en i773, et se fit inscrire au barreau. En 1776, on le mit dans la convention qui rédigea la constitution de Virginie. Il y fit ses premières armes, et il lui est arrivé cette singulière fortune que, cinquantetrois ans plus tar^, il put réformer cette constitution qu'il avait faite étant jeune homme. En 1780, on l'envoie au congrès. Ce fut le commencement de sa vie politique. Il se trouva auprès d'Hamilton, partisan, comme lui, de l'unité nationale, et dans cette assemblée il rendit de véritables services.

Après la paix de 1781, vous vous rappelez que faute de ressources le congrès se trouva dans l'imposs&ilité d'agir, soit à l'intérieur, soit au dehors. Hamilton demandait aux États de laisser établir un impôt de douane qui aurait donné au congrès un élément de puissance, l'argent. Ce fut Madison qu'en 1783 on chargea de rédiger l'adresse qui sollicitait les États de faire ce sacrifice. Cette adresse est restée célèbre. Rarement on a

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