‹ Histoire des États-Unis (volume 2)Chapitre 64 sur 84 · ayard,p.ll5. — Sheppard · texte numérisé non relu

ayard,p.ll5. — Sheppard

2. Les deux premiers présidents, Washington et John Âdams, allaient en personne au congrès, et y lisaient leur message comme on lit le discours du trône en Angleterre; ce fut Jefferson qui changea cet usage. — Sheppard, § 444.

à ropinioD, le jugement définitif remis au pays, n'est-ce pas là ce qui constitue la liberté politique?

A son entrée en fonctions il prête serment, ou, si ses convictions religieuses lui interdisent le serment, il affirme qu'il défendra la constitution de TAmérique. Mais qu'arriverait-il si , au lieu de gouverner en honnête homme il gouvernait criminellement? si par exemple, pendant la courte durée de ses fonctions, il se faisait payer par les étrangers pour conclure un traité désavantageux à l'Amérique, ou si, pour préparer sa réélection, il faisait trafic de places? En pareil cas il est responsable; la loi de la république américaine est celle de toutes les républiques, elle ne connaît pas d'inviolabilité ; il n'y a que le gouvernement monarchique où il n'y ait pas de responsabilité du souverain; aussi a-t-on établi la responsabilité des ministres. Lorsque personne n'est responsable, il n'y a pas de liberté pour les citoyens.

En Amérique, le président est donc responsable. Comment cette responsabilité peut-elle avoir une sanction? Par une accusation de la Chambre des représentants, déférée au Sénat; c'est ce qu'on appelle un empêchement. C'est le Sénat qui juge, conime en An-* gleterre la Chambre des lords ; mais , à la différence de la Chambre des lords, le Sénat ne prononce que la forfaiture; il peut déclarer que le président cessera d^tre président des États-Unis, et qu'il s'est rendu incapable d'occuper une fonction publique ; mais quant à la punition du crime, s'il y en a un, cela ne le regarde pas. Il n'y a que le jury qui puisse prononcer sur la

culpabilité. C'est une distinction admirable entre la justice politique et la justice criminelle, elle fait le plus grand honneur aux auteurs de la constitution.

Telle est l'organisation du pouvoir exécutif. Le président a un pouvoir effectif, mais limité par la durée et la responsabilité. Il n'y a pas d'exemple d*un président qui ait outrepassé ses pouvoirs. Il a tous les pouvoirs d'un roi constitutionnel, des pouvoirs même plus grands, mais en même temps une responsabilité prochaine, immédiate. En outre il vit au milieu d'un peuple qui connaît ses droits, et qui sait s'en servir.

Mais cette constitution peut-elle être imitée par d'autres peuples? est-il probable que, transplantée en Europe, elle puisse donner les mêmes résultats? Quand on étudie la constitution américaine, il ne faut jamais perdre de vue le peuple américain. Faire autrement^ ce serait comme si on prenait un habit à un individu pour' en habiller un autre ; encore faudrait-il savoir si les deux individus sont de même taille*

La société américaine pouvait constituer son pouvoir exécutif comme elle l'a fait, parce que cette société est organisée de telle façon, que le gouvernement fédéi^al n'a qu'une sphère des plus limitées. Administration provinciale et municipale, justice, éducation, religion, tout cela est en dehors de l'action gouvernementale* Qui s'en charge? Le pays lui-même ! En Amérique, TÉglise est complétenaent libre ; chaque iiidividu est hdntué h ne reconnaître entre Dieu et lui d'autre juge que sa conscience, chacun prend part à l'administra

tiofQ de l'Église à laquelle il appartient, et les femmes, qui dans notre pays ne comprennent rien à la politique, s'y trouvent habituées de bonne heure en s'ooeupant des affaires de leur Église, ce qui est quelque chose i'ajSSGZ délicat, qomme vous pouvez en juger si vous connaissez des dévotes*

ft côté de l'Église parfaitement libre, qut est une or-ganisadon complète, il y a des écoles communes où tout le monde envoie ses enfants , où on kur donne une éducation solide et patriotique. Voilà donc tout un peuple qui sait lire, et à qui on apprend de bonne heure à aimerla patrie et à coimattre la constitution. Ce peuple est habitué au seif-^vemmeni , c'est-à^-dire à faire lui-même ses affaires dans la commune et dans l'État. Chacun est habitué à ne compter que sur soiniâme« Qu'il faiUe oonstruire un hospice, b&tir un pont, fonder une école nouvelle, ce sont les citoyens qui font cda; ils ne vont pas demander au gouvernement de leur donner en aumône un, peu de Tarifent qu'ils ont versé dans le trésor public. Ils sont habitués à porter les armes, à se défendre eux*mémes, et ne savent pas ce que c'est que des armées permanentes. L'Océan qui nous sépare nous divise moins que les institutions et les mœurs.

En France, nous ne sommes pas un peuple politique. Nous avons une armée admirable, mais l'esprit de l'armée c'est l'obéissance. Ce qui fait la noblesse du soldat, c'est qu'il sacrifie sa volonté pour être un instrument dans les mains du chef qui le dirige. Aussi 1er «rmées sont-elles habituées à trouver

que, quand on a un bon général à la tête de TÉtat, on a un bon gouvernement ; elles n'ont pas en grande estime les pouvoirs civils. Il y a donc chez nous un esprit militaire, qui fait un contre-poids énorme à l'esprit de liberté. A côté de l'armée il y a une •autre armée civile, une administration qui fait la cohésion du pays, et sans laquelle, a-t-on dit, il n'y aurait qiife des grains de sable dans le pays. C'est un personnage politique qui a dit cela. Eh bien, avec ces deux pyramides qui montent, et qui vont nécessairement aboutir à un chef unique, il est impossible d'avoir un président comme aux États-Unis; car le président, appuyé par l'armée, soutenu par l'administration, ne demanderait qu'à rester où il est, et, avec un pareil état de choses, vous auriezdes révolutions en Amérique comme ailleurs. Mais aux États-Unis la liberté étant partout, un coup d'État de la part du président serait une chimère, il n'aurait pas d'armée, et puis le lendemain de son coup d'État il n'aurait pas d'État , car, quand il sort de Washington, il est comme un évoque qui, une fois sorti de son diocèse, ne peut dire la messe qu'avec la permission de ses collègues.

C'est ainsi qu'il faut étudier l'Amérique, et non avec ! cet esprit d'imitation servile qui nous a toujours été fu* neste; il nous faut apprendre que la liberté politique repose nécessairement sur la liberté sociale. Étudier la constitution américaine est une bonne chose, étudiera société américaine en est une meilleure. En France, comme par toute l'Europe, on a le désir de jouir de la liberté^ partout on chetcYi^ ^ ^o^^t le ijroblëme de la

liberté. Eh bien , je crois que le plus grand service qu'on puisse rendre au pays, ce n'est pas de lui dire, comme en 1848, qu'avec une constitution on va changer la face des choses ; c'est surtout de lui faire comprendre que c'est d'abord à chacun des citoyens à faire ses affaires ; lorsque les citoyens sauront faire leurs affaires, celles de leur commune, de leur Église et de leur école, ils sauront faire celles de leur pays.

La liberté politique toute seule ressemble à nos arbres de liberté. C'est magnifique lé premier jour ; on les plante tout venus, mais il n'y a pas de racines, et cela ne dure pas. Il faut, au contraire, que la liberté pénètre dans nos institutions et s'enracine dans nos âmes ; cela n'est l'œuvre ni d'un homme, ni d'un jour. Émanciper la commune , l'Église, Técole , la presse, habituer le pays à faire lui-même ses propres affaires, c'est une entreprise de longue haleine, et qui demande autant de résolution que de patience. Raison de plus pour nous mettre à l'œuvre et y travailler sans relâche , afin de laisser à nos enfants ce que nous n'avons pas trouvé dans l'héritage de nos pères : l'esprit de liberté.

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