‹ Histoire des États-Unis, racontée à la jeunesseChapitre 83 sur 96 · SINCERITE DU SUD · texte numérisé non relu

SINCERITE DU SUD

que Jes levées de troupes, les combats étaient sur une bien plus grande échelle. Depuis le commencement de la guerre, l'armée confédérée eut toujours l'infériorité du nombre, mais elle avait l'avantage indiscutable de la position, attendu qu'il est plus facile de défendre un pays que de le conquérir. Chaque parti apprit à respecter le courage et les ressources de son adversaire et sentit que du jour où les Américains seraient unis de nouveau, nulle puissance humaine ne pourrait mettre leur liberté en péril. Il n'était pas possible sans doute que ceux qui avaient combattu pour le drapeau national pussent considérer comme leurs égaux en nonneurceux qui avaient cherché à le renverser; mais ils savaient que ces hommes égarés avaient été pénétrés dès l'enfance d'une idée fausse, qu'on leur avait persuadé que l'obéissance était due d'abord à leur propre État et non pas aux États-Unis, si bien qu'ils s'imaginaient être loyaux d'une certaine façon en déchirant les entrailles de leur patrie. Cette illusion, espérons-le, s'est éteinte avec la guerre; il est nécessaire cependant de la rappeler, afin de rendre justice à ceux qui combattirent dans les rangs des confédérés. Quant à l'obstination des sécessionnistes pour maintenir l'esclavage, elle est sans excuse assurément; considérons toutefois que le gouvernement de l'Union lui-même ne décréta l'émancipation des esclaves que lorsqu'il y fut forcé par les exigences du recrutement. Les cruautés des confédérés à l'égard de leurs prisonniers durant la guerre, certains faits tels que le massacre des troupes de couleur au fort Pillow, ne peuvent être palliés ; mais ce furent, après tout, des actes isolés et en petit nombre; l'attitude générale des deux armées fut celle qui convenait à des ennemis vaillants et généreux.

Personne n'a su exprimer les sentiments qui étaient ceux de tous les hommes consciencieux à la fin de la guerre civile, avec plus de simplicité et d'éloquence que ne fit le président Lincoln dans sa seconde adresse d'inauguration, peu de temps avant la prise de Richmond. L'extrait que voici en donnera l'idée :

« Ni l'un ni l'autre des deux partis, disait Lincoln, ne pensait que cette guerre serait aussi terrible et d'aussi longue durée. Nul ne prévoyait que la cause du conflit pût cesser avec elle ou même avant que le conflit lui-même n'eût un terme. Chacun s'attendait à une victoire plus facile, à un résultat moins radical et moins prodigieux.

» Les deux partis lisaient la même bible et priaient le même Dieu, celui-ci invoquant l'appui du ciel contre celui-là. Il semble étrange en vérité que les hommes osent demander à un Dieu juste son assistance pour arracher leur pain quotidien à la sueur du visage d'autrui. Mais ne jugeons pas pour n'être pas jugés. Les prières des deux partis à la fois ne pouvaient être exaucées; ajoutons qu'aucun des deux partis n'a été exaucé pleinement. Le Tout-Puissant a ses desseins. « Malheur au monde à cause de ses péchés. « car il faut que le péché existe, mais malheur à « l'homme par qui vient le péché. » Si l'on admet que l'institution de l'esclavage en Amérique soit un de ces péchés dont la providence de Dieu a permis l'existence jusqu'à ce jour, mais qu'elle juge opportun aujourd'hui de faire disparaître, si cette même providence a suscité pour le nord et le sud une terrible guerre, comme un châtiment dû à ceux par qui le péché s'est produit, sachons reconnaître la manifestation de ces attributs sublimes en présence desquels tous les adorateurs du Dieu vivant courbent la tête. Espérons

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