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442 LIVHE III. — CONSTITUTION.
lieu d'être le serviteur du peuple, il voudra en devenir le maître; il aura une politique qui ne sera plus nationale, mais personnelle.
En 1841, quand le général Harrison fut nommé président des États-Unis, il signala, dans son discours d'inauguration, la rééligibilité du président comme un des vices de la constitution ; il y voyait un détestable germe d'ambition personnelle, une cause de corruption, une facilité donnée au serviteur de devenir le maître, et il ajoutait que, quant à lui, il croyait devoir donner l'exemple, et que certainement il ne se représenterait pas. Depuis lors, on ne voit pas de président qui ait été renommé.
Dans la constitution réformée du Sud, on est revenu à la première idée de la convention; on a décidé que le président serait nommé pour six ans, et ne pourrait être réélu. Aujourd'hui, dans le Nord, il est possible que M. Lincoln soit réélu; cela tient à ce qu'on est au milieu d'une guerre civile, et qu'on se demande s'il n'y aurait pas intérêt à conserver un gouvernement dont on connaît le fort et le faible, au lieu de se lancer dans l'inconnu. Mais l'opinion des gens sensés, en Amérique, est qu'on doit revenir à cette idée de la non-rééligibilité du président *.
Je crois, en effet, que ce serait un progrès. Il faut, je le répète, qu£ le président n'ait rien à craindre ni rien à espérer. Éviter la tentation est toujours sage dans
1. La réélection de M. Lincoln a en sa raison d'être dans la gravité des circonstances. On a réélu M. Lincoln pour affirmer de nouveau l'unité nationale qu'il représente depuis quatre ans. Mais on peut croire que cette réélection ne fera pas un précédent.
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une république, et rien n'est corrupteur comme le pouvoir.
Telle fut donc la durée fixée par la constitution : quatre années qui commencent le 4 mars d'une année, et finissent le 3 mars au soir de la quatrième année.
Le 4 mars est la date de L'avénement de Washington, et est resté la date consacrée pour l'entrée en fonctions des présidents.
Quelles qualités faut-il réunir pour être éligible comme président, et comment se fait l'élection ?
Les qualités , qui sont les mêmes pour le président et le vice-président, sont d'être citoyen Américain de naissance, d'être âgé de trente -cinq ans, et d'avoir eu sa résidence aux États-Unis depuis quatorze ans.
Ces conditions s'expliquent d'elles-mêmes : qu'il faille être né citoyen Américain, cela est tout simple. On n'a pas voulu qu'un étranger pût être le premier magistrat de la République.
Dans la constitution, cependant, il y avait une exception temporaire pour ceux qui avaient contribué à faire la révolution , et qui cependant n'étaient pas Américains de naissance. Hamilton, par exemple, aurait pu être nommé président.
Par ce mot de citoyen Américain de naissance, il ne faut pas entendre qu'il est nécessaire d'être né sur le sol américain. Ainsi, j'ai lu quelque part que le général Meade ne pouvait être président parce qu'il était né en Espagne, d'un père et d'une mère Américains. C'est une erreur. La question est tout simplement d'être fils d'Américain.
Mais un étranger devenu citoyen, et qui serait né sur le sol américain , serait aussi dans les conditions requises pour être élu.
Il faut de plus avoir trente-cinq ans : c'est une condition de maturité qui n'a rien d'excessif.
Mais pourquoi a-t-on exigé quatorze ans de résidence aux Etats-Unis? C'est parce qu'on ne veut pas qu'un homme soit devenu étranger à son pays par une longue habitation au dehors. Du reste, il s'agit là d'un établissement au dehors, et non d'un voyage, ou d'un séjour à l'étranger, par suite d'une mission diplomatique. M. Buchanan a été nommé président au sortir d'une ambassade.
Voilà les seules conditions qui soient exigées. Il n'y a aucune condition de religion , de fortune , et nous voyons que les derniers présidents nommés n'ont pas été pris parmi les élus de la richesse ; le général Pierce et Lincoln n'étaient pas des gens d'une grande fortune.
A qui remettrait-on l'élection du président ? C'est là une question qui embarrassa longtemps les constituants américains. Donner l'élection au peuple en masse, c'était agiter les esprits d'une façon singulière, et à chaque élection présidentielle donner la fièvre au pays. Ce danger existe toujours lorsque le peuple se rassemble et nomme un seul homme pour le représenter. Cet homme, qui se trouve le représentant de la nation, se croit à lui seul autant que les Chambres, souvent même davantage , puisque chaque député a été nommé par un district, et que lui seul a été nommé par toute la nation. Il y a donc là un danger pour la liberté si
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le peuple s'enthousiasme pour un nom. D'un autre côté, remettre l'élection au Corps législatif, c'est trop affaiblir le pouvoir exécutif. S'il est nommé par une assemblée, il est nommé par une majorité qui n'est qu'une petite minorité de la nation, par une coterie. On en arrive ainsi à des intrigues , à des coalitions, à l'affaiblissement du pouvoir exécutif. D'ailleurs, ce pouvoir exécutif n'aurait pas de force, il serait trop inférieur au pouvoir législatif. Mais comment trouver un milieu entre la nomination par le peuple et la nomination par les chambres ?
On voulut faire une élection du président où le peuple eût part, et où cependant il n'eût pas une action trop directe, et on arriva ainsi à l'élection à deux degrés. La constitution décide que l'élection du président sera faite par des électeurs nommés tout exprès pour choisir le président, et qu'il y aura par chaque État autant d'électeurs présidentiels qu'il y aura de représentants et de sénateurs au congrès fédéral. En d'autres termes, on voulut donner à chaque État la même influence sur la nomination du président que sur les autres affaires générales du pays. Ainsi, aujourd'hui, je crois qu'il y aurait deux cent quarante et un représentants et soixante-dix sénateurs pour trente-cinq États, si tous les États étaient représentés au congrès. Cela fait donc trois cent onze électeurs répartis dans tous les États 1 ; si bien que les plus petits États, Rhode-Island, le Delaware, ont au moins chacun trois électeurs présidentiels.