‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 103 sur 612 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

Enhardis dans leur révolte par l’appui de Berne, les prévôtais résolurent de s’emparer du château du chapitre et de le démolir. Les chanoines implorèrent l’intervention de Soleure qui interposa ses bons offices auprès des Bernois. Berne répondit que les intentions des prévôtais lui étaient, inconnues, mais qu’ayant accepté la réforme, ils étaient fondés à réclamer l’église collégiale pour leurs offices, d’autant plus qu’ils se soumettaient à payer aux chanoines, comme auparavant, leurs dîmes et leurs redevances. Berne ajoutait encore que le chapitre, formant une minorité, devait se conformer à la majorité, et que Soleure devait lui persuader de cesser les cérémonies de son culte idolâtrique.

Les chanoines opposèrent à ces prétentions un refus formel. Se sentant menacés, ils renouvelèrent le 7 juin 1531 leur combourgeoisie avec Soleure qui datait de 1406 et de 1456 (27 décembre). Le gouvernement soleurois s’engagea à envoyer à Moutier un lieutenant ou châtelain qui protégerait le chapitre et veillerait au payement de ses redevances. Les chanoines appliquèrent à l’entretien de ce lieutenant de Soleure les revenus d’une prébende; un pré suffisant pour quatre vaches et un cheval, un jardin et dix livres pour un logement. Le premier châtelain soleurois fut Conrad Tegescher: il fut impuissant à calmer l’effervescence des prévôtais.

Quelques sectaires de Perfitte et de Grandval au nombre de neuf seulement envahirent, à main armée, le 13 juillet 1531 (le jour de Ste Marguerite) l’église collégiale, renversèrent les autels et brûlèrent les tableaux et les statues des saints. 1 Les chanoines, menacés et sans église, cherchèrent un refuge à Soleure avec leurs ornements sacrés et célébrèrent leurs offices dans l’église des cordeliers de cette ville. 2

Devant la résistance du chapitre, qui resta inviolablement attaché à la religion catholique, on décida une conférence à Moutier, en juillet 1531, à laquelle prirent part des représentants de l’évêque de Bâle, du sénat de Soleure, de celui de Berne et du chapitre. Berne demanda que les prédicants fussent payés par les chanoines; que les frais occasionnés par la démolition des autels de la collégiale fussent à la charge du chapitre; que les réformés de Mervelier fussent exempts de sonner les cloches de Montsevelier. Il fut décidé que les prédicants auraient les revenus des anciens curés ; que la religion réformée serait reçue partout dans la prévôté, et que le prévôt et les chanoines seraient maintenus dans leurs anciens droits. En cette même année 1531, le chapitre déclara qu’il ne s’opposait pas à ce qu'il y eut un prédicant â Moutier, à condition qu’il ne serait pas obligé de lui fournir un logement.

Les prévôtais eurent alors le projet de se soustraire entièrement à l’autorité de l’évêque et du chapitre; mais le sénat de Berne leur écrivit qu’il les avait pris sous sa protection, non pour leur procurer la liberté de la chair, mais celle de l’esprit el de la conscience et que par conséquent, ils ne devaient pas s’imaginer que, sous prétexte de religion, il leur serait permis de secouer le joug de leurs maîtres. C’est pourquoi on les exhortait à rester fidèles à l’évêque et à payer exactement leurs cens et leurs dîmes aussi bien au chapitre de Moutier Grandval qu’au monastère de Bellelay.

1 Le prévôt Ghariatte rapporte les noms de ces profanateurs. C’étaient Félin et Jean de Perfitte.

leur domestique Perin, fils de Granddiolin de Rustklinger, dit Grandjean, tisserand, Richard Rougemont, Bernard Schaufer, Jean Henri Ghamescho dit Flüguff, Jean dit Baderkin, tous de Perfitte, Jean Genat et son frère Wilhelm, prédicant de Grandval. = 2 Haffner, ChronJSol., part II, p. 221.

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