CHAPITRE XL
Empressons-nous, mes très chers frères, de louer et de bénir le Père des miséricordes, le Dieu de toute consolation, qui arrache des ruines qui l’environnaient un antique et illustre évêché, qui lui réunit des brebis délaissées qui soupiraient après un Pasteur; adressons nos prières au Prince des pasteurs dans le ciel pour la longue conservation de celui qui, le représentant sur la terre, nous console et nous bénit : redoublons nos vœux, notre dévouement, notre gratitude envers notre Haut-Gouvernement, qui, appréciant nos besoins et nos vœux, a si constamment manifesté, pendant tout le cours des négociations, sa sagesse, sa générosité et son amour pour nous; mais avant tout prions pour notre évêque infirme, afin que dans l’état de souffrances et d’épreuves où la providence l’a mis, l’espérance et le gage d’une heureuse immortalité soient toujours son ferme soutien." 1
Le dimanche 1 7 août, un Te Deum, chanté dans toutes les paroisses, célébra la nouvelle réorganisation du diocèse de Bâle. Le prince de Neveu put de son lit de douleur, saluer cet acte solennel qui semblait comme un rajeunissement de sa vieille Église. La mort vint bientôt après le mettre au lieu du repos, de la lumière et de la paix. Il mourut à Offenbourg, le 23 août 1828, dans sa quatre-vingtième année, après trente -cinq ans d’un long et pénible épiscopat. Nous ne pouvons faire un plus sérieux éloge de ce vénérable prélat qu’en reproduisant la lettre du provicaire de Bilieux annonçant ce triste événement aux fidèles catholiques des bailliages du Jura.
„ Je termine le ministère dont j’ai été chargé, en vous annonçant avec une profonde émotion, la mort de S. A. Rme Illust”"' Mgr François Xavier, Prince-Évêque de Basle, de la noble famille des Barons de Neveu, de Windschleg, décédé à Offenbourg le 23 août 1828, dans la quatre-vingtième année de son âge, et la trente-cinquième de son Episcopat.
„Déjà la main de Dieu s’était appesantie sur la plus grande partie de son troupeau, qui éprouvait toutes les suites de la Révolution de France, quand de l’asile accordé au chapitre de l’Église cathédrale de Basle, Dieu lui suscita un Pasteur, né au milieu de nous, travaillant depuis des années dans la vigne du Seigneur à la tète d’un troupeau considérable, dont il était vénéré et chéri. Sa nomination
combla tous les vœux, ranima toutes les espérances.
„ Cependant au milieu d’une guerre, dont on ne pouvait prévoir ni la durée, ni les chances, personne n’était plus pénétré que lui, des dangers de la patrie, personne ne voyait mieux l’état affligeant, de son Diocèse. Ce fut là sans doute la source des larmes abondantes qu’il versa en se soumettant au redoutable fardeau de l’Épiscopat. Mais plein d’ardeur et de feu, impatient de voler au secours de ses ouailles, de délivrer tous ceux qui souffraient pour la justice, et espérant de mettre fin à l’impiété, à l’anarchie qui dévorait son Diocèse, il se dévoua avec un courage héroïque aux travaux qui l’attendaient. Il donnait avec zèle aux fidèles, qui lui étaient confiés, tous les soins et tous les secours qui dépendaient de son ministère.
„Déjà il avait commencé ses visites diocésaines dans le Canton de Soleure, dans le Frickthal, donnant la confirmation aux peuples nombreux qui accouraient de toute part, lorsque les troubles et l’état de guerre, qui embrasèrent bientôt ces contrées, vinrent interrompre le cours de ses visites épiscopales, et le forcèrent, n’ayant pas de résidence déterminée dans son Diocèse, de retourner à Offenbourg, d’où il ne cessa de diriger avec modération et sagesse, tous les travaux politiques et ecclésiastiques, que les événements et sa position particulière exigèrent de lui.
Sceau de l’évêque de Neveu.
1 L)e nos archives.