CHAPITRE XII
„Nous déclarons qu’il n’est permis à personne de troubler témérairement la susdite Église, ni de s’emparer de ses possessions, ni de les retenir, ni de lui faire subir quelque vexation. Mais que tout demeure paisiblement à l’usage de l’évêque et de ceux qui ont reçu ces biens pour leur entretien; que l’autorité apostolique soit respectée. Si donc quelqu’un soit ecclésiastique ou séculier, connaissant cet acte écrit, avait la témérité de s’élever contre notre autorité ; si après trois avertissements, il se refusait à donner une satisfaction convenable, qu’on le prive de toute dignité et de tout, honneur, qu’il sache que ce crime sera passible de la justice céleste; qu’on le prive du très sacré corps et du sang de Notre Rédempteur Dieu et Seigneur Jésus Christ, et que dans sa dernière agonie, il reste livré à la vengeance. Mais qu’à tous ceux qui observeront la justice envers l'Église de Bàle, la paix de Notre Seigneur Jésus Christ demeure, jusqu’à ce qu’ils reçoivent ici bas le fruit de leur bonne conduite et qu’ils trouvent auprès du souverain juge la récompense de Péternelle paix. Amen, amen, amen. Moi, Eugène, évêque de l’Église catholique. (Suivent les signatures de quatorze cardinaux.) Donné à Sutri, par la main de Robert, prêtre cardinal et chancelier de la sainte Église romaine, aux ides de mai, Indiction VIIII, l’an de l’Incarnation de Notre Seigneur MCXLVI, la seconde année du pontificat du seigneur Eugène III. “ 1
Nous avons voulu donner dans toute son étendue ce document qui atteste l’intérêt et la sollicitude toute paternelle que le bienheureux Eugène III. le célèbre disciple de S. Bernard, portait à l'Église de Bàle.
Ortlieb méritait la faveur que le souverain pontife lui accordait. Son zèle
et son activité pour le bien de l’Église se déployaient sans relâche. Nous en avons pour garants les titres de fondations de nos plus célèbres monastères qui le mentionnent parmi leurs bienfaiteurs insignes. A ceux que nous avons déjà cités, il faut ajouter Saint-Ulrich, Beinwyl. Bellelay, Michelbach-le-Haut, Felclbach.
On n’a pas oublié l’échange fait entre le monastère de Saint-Ulrich dans le Brisgau et l’Église de Bâle en 1085 par Bourcard d'Asuel. évêque de Bàle. Cet échange avait été confirmé en J 139 par Conrad III. Ortlieb ratifia vers 1146 l’acte de son prédécesseur par une charte solennelle dressée à Rendelshusen (dans le grand-duché de Bade).2
A la même époque, l’évêque de Bâle confirma de son autorité, à Bâle, en présence de l'abbé de Murbach, de l’abbé de Lucelle, des prévôts de Saint-Léonard et de Saint-Alban et de plusieurs hauts personnages, une donation importante faite en faveur de l’abbaye de Beinwyl. Ce monastère avait été fondé en 1085, dans le district de Sogern, dans la forêt de Huzon, entre de hautes montagnes qui ferment l’entrée du comté de Bipp, par les anciens avoués du couvent deMoulier- Grandval, Oudelard, comte de Ferrette, seigneur de Sogren, Nogerus de Frobourg, Udalric d’Egisheim et Bourcard d’Asuel. Après la destruction de l’abbaye de Moutier (vers 1075), ces avoués avaient gardé pour eux une partie des domaines du monastère, comprise entre la Birse et l’Aar, et laissé le reste aux nouveaux chanoines. Les nobles spoliateurs se crurent obligés à la fondation d’un couvent du même ordre, pour réparer leur faute3 et Beinwyl fut bâti et richement doté.
1 Codex < I iplom. Eccl. Basil., p. 33b et p. 42. — 2 Diiingé, Regesta Badensia. p. llo. =
«l’Alsace par Casp. Merldein, citée par Buehinger, Epit. fast. Lucell.. p.241.
:l Chronique