CHAPITRE XII
Le pape Innocent II prit sous sa protection et confirma par une bulle du 14 mars 1141, le nouveau monastère que l'évêque Ortlieb ne cessa de combler de ses bienfaits. 1 Il II lui donna l’église de Boécourt et celle de Tavannes. „Son office, disait il dans l’acte de donation (1146), est de secourir et de favoriser les pauvres du Christ, surtout ceux qui mènent dans son diocèse la vie religieuse; c’est pourquoi il fait cette donation aux frères de Bellelay qui servent Dieu dans leurs propres sueurs sous la règle de S. Augustin. “ 2 En même temps, le pieux prélat faisait à Lucelle d’importantes donations. Le curé de Charmoille, Widon, voulant aller à Jérusalem, avait résigné son église entre les mains de l’évêque de Bàle. Ortlieb la donna à perpétuité en 1145, à l’abbé de Lucelle, Christianus, et aux frères de bonne vie et de religieuse conversation qui combattent pour Dieu avec une dévotion infatigable. 3 Puis il confirma au monastère le domaine de Courtemautruy qu’il avait échangé antérieurement avec l’abbaye contre d’autres propriétés de Lucelle, spécifiées dans l’acte dressé sur le cimetière de Kembs, en Alsace4 (vers 1146).
1 Gartulaire de Bellelay, p. 390. = 2 Ibid. p. 244. „In sudore proprio Deo servientibus/ — Le prévôt Siginand, fondateur de Bellelay. mourut vers 1160 et fut inhumé dans le chœur de l’abbaye. Chaque année les religieux célébraient son anniversaire le 23 avril et payaient une livre de cire au chapitre de Moutier en reconnaissance de la fondation de Bellelay par son premier prévôt. Depuis sa fondation jusqu’à sa dissolution en 1797. l'abbaye a été gouvernée par 42 abbés dont nous mentionnerons les plus célèbres. Le second abbé de Bellelay, Louis, lit en 1180 l’acquisition du prieuré de Grandgourt qui était abandonné, et en fit une filiale de Bellelay qui eut pour premier et unique abbé son prieur Rodolphe. Bellelay eut une seconde filiale, sous l’abbé Henri de Soulce. Gottstatt. fondée en 1255 dans le diocèse de Lausanne sur la rive gauche de la Thièle. Sous l’abbé Jean de Bassecourt, en 1362, fut conclu l’acte de confraternité qui unissait dans une participation commune de prières et de bonnes œuvres les monastères de Saint-Jean de Cerlier, de Frienisberg, de Bellelay, de Fontaine- André, de Gottstatt et le prieuré de Saint-Pierre dans le lac de Bienne. Une troisième filiale de Bellelay. la Porte dit Ciel, fondée dans le grand-duché de Bade, entre Bàle et Rheinfelden, et placée en 1304 sous la direction de l’abbé de Bellelay, qui plus tard obtint du Pape Clément VII l’incorporation de cette maison à son monastère. De 1523 à 1797. la Porte du Ciel devenu simple prieuré fut administrée par des religieux de Bellelay. En 1402, par un accident fortuit, l’église abbatiale de Bellelay devint la proie d'un incendie qui la réduisit en cendres. L’abbé Henri Nerr, de Delémont, la fit rebâtir en partie. Get abbé assista au concile général de Constance comme procureur et délégué du chapitre général de l’ordre des Prémontrés. II s’y fil remarquer par son éloquence et par sa science théologique. Les Pères du concile accordèrent à l’abbé de Bellelay à perpétuité le droit de porter l’anneau, la crosse et la mitre comme les évêques. L’empereur Sigismond prit en 1414 l’abbaye de Bellelay sous sa protection, en lui donnant droit de conbourgeoisie avec les villes impériales de Berne et de Soleure. L’abbé Nerr était en même temps vicaire général de l’évêché de Bàle, tant au temporel qu’au spirituel. Il mourut le 27 décembre 1418. L’abbé Jean de Ghételat eut l’honneur d’être choisi par le chapitre général de Prémontré pour être visiteur de la circarie de Bourgogne. Les circaries étaient les provinces de l’ordre; en 1331, les Prémontrés avaient 29 circaries ou provinces. L’abbé Jean de Ghételat parut au concile de Bâle, au nom de Bellelay, et aussi comme délégué des abbés de Marbach. du Val de Saint-Grégoire et des prévôts de Roufach, de Salberg, etc. Son successeur, Pierre Martini fut envoyé en 1435 par le concile de Bàle. en France, comme commissaire, avec une mission importante dont il s’acquitta à la satisfaction de tous.
Il mourut le 13 octobre 1439. Sous l’abbé Jean Griel, de Bienne, en 1460, les abbayes de Lucelle et de Bellelay, et les chapitres de Moutier-Grandval et de Saint-Ursanne firent un pacte ou alliance qui subsista jusqu’à la révolution française. Le même abbé restaura la tour de l’église de Bellelay, et quelques édifices qui menaçaient ruine. Il assista en 1474 à Soleure à la translation des reliques de S. Urs et de S. Victor qui venaient d’être découvertes. L’abbé Verner Briselance, de Porrentruy, fut le restaurateur de Bellelay. Élu en 1579, il reçut la bénédiction abbatiale, le 13 décembre de cette même année, dans l’église du monastère, des mains de l’illustre évêque de Bàle, Jacques Christophe Blarer de Wartensée, qui consacra en même temps quatre nouveaux autels dédiés à Ste Anne, à S. Léger, à S. Nicolas et a S. Germain, abbé de Moutier-Grandval. L’abbé Briselance fut appuyé dans la réforme de son monastère par le nonce du saint siège en Suisse, l’évêque de Verceil, Jean-François Bonhomo. Ce zélé prélat vint lui-même, en 1579, faire, comme légat du saint siège, la visite de Bellelay. L'abbé Briselance, répondant aux directions et aux conseils de l’évêque de Verceil, fit entourer le couvent d’une clôture de murs pour isoler les religieux des distractions du dehors. Il fit aussi régulariser les droits de propriété de l’abbaye. Il maintint à Bellelay la propriété du prieuré de Grandgourt qui avait failli passer entre les mains des Jésuites de Porrentruy, moyennant dix bichots d’épeautre que le couvent s’engagea à donner chaque année au collège de cette ville (1598). Le vénérable Verner Briselance fut 33 ans abbé de Bellelay: il mourut le 31 août 1612. == 3 Trouillat, t. I. p. 289. = 4 Gartulaire de Lucelle, p. 174 b .