CONVERSION ET MORT D'ORTLIEB DE FROBOURG
L’évêque produisit neuf témoins nobles de son diocèse qui attestèrent les droits violés. L’empereur déclara dans l’acte de restitution qu’il voulait reconnaître l’affection et la fidélité que lui portait l’évêque et aussi les droits de la raison et de la justice. On ne pouvait payer plus royalement l’apostasie du pauvre évêque.
Ortlieb de Frobourg figure une dernière fois comme témoin à Pavie, le 10 juin 1162, de l’investiture donnée par Barberousse au marquis de Savone, de la ville et du marquisat de ce nom. 1
Le pauvre évêque touchait au terme de sa carrière. Il rentra à Bcàle avec les diplômes qui lui assuraient d’importants domaines, mais avec le stigmate du schisme. Cependant nous aimons à croire qu’il revint à de meilleurs sentiments, qu’il fit sa soumission au saint siège et rentra en grâce avec le pape légitime Alexandre III. Nous en avons pour preuve une lettre pleine de respect et de filiale obéissance adressée au vrai pape Alexandre III par Ortlieb, humble ministre de l’Église de Bâle, il appelle le Souverain Pontife son Père et son Seigneur, le Pontife suprême de toute l'Église. Il trouve qu’il est juste, honnête et nécessaire de soumettre à l’examen et au jugement de la sainte Église romaine les causes controversées. C’est pourquoi ne pouvant mettre fin aux débats survenus entre Lucelle et Bourcard d’ Asuel, il s’adresse au Pape en lui disant : „ Y ous qui le pouvez, terminez cette affaire, en portant une sentence définitive/ — „ Alexandre Patri ac Domino suo, universalis Ecclesie sumnio Pontifici, O., Basiliensis Ecclesie minister humilis, filialem obedientiam . . . ad examinationem Justifie veritati testimonium perhibere maxime in auribus sancte romane ecclesie justum, honestum ac necessarium esse duximus . . . Vos qui potestis eam ex deliberatione consilii vestri dando sententiam terminate. “ (Trouillat, 1. 1. p. 333.)
Malheureusement cette pièce qui atteste si haut la soumission de l’évêque de Bâle au pape légitime, est sans date, quoique très authentique. M. Trouillat suppose qu’elle a été écrite avant le concile de Pavie. Nous ne pouvons partager son avis. Alexandre III fut élu le 7 septembre 1159, et couronné le 20 de ce mois. Déjà le 23 octobre, l’empereur Barberousse convoquait un concile à Pavie pour discuter cette élection à laquelle il se montrait opposé, et le 2 février 1 160, Ortlieb était à Pavie où il votait ta déchéance d’Alexandre III. En présence des débats que faisait naître l’élection du nouveau pape, il n’est guère possible que l’évêque de Bâle ait fait à Alexandre III ces protestations de dévouement, avant le concile de Pavie. Nous préférons placer cette lettre si pleine de soumission et d’humilité à son retour à Bâle en 1162, après une rétractation dont elle serait l’indice et une véritable conversion que l’historien Henri Panthalus semble attester, en disant qu’il mourut très saintement. L’annaliste de Lucelle assure, en s’appuyant sur une lettre adressée par Ortlieb à Alexandre III, au sujet de Théoderic et de Gérard de Pleujouse, que l’évêque de Bâle mourut fidèle au pape légitime. 2 Ce qui est certain c’est qu’Ortlieb fut enseveli dans la cathédrale de Bâle, â l’entrée du chœur. On n’aurait pas donné cette place d’honneur dans le sanctuaire â un évêque qui serait mort avec le stigmate du schisme et de l’apostasie. Nous croyons donc à la conversion et à la mort sainte d’Ortlieb de Frobourg. Les annales de Strasbourg placent le décès de l’évêque Ortlieb à l’an 1162. 3 La chronique de Munster
1 , Testes . . . Ordicus Basiliensis episcopus . . . Datum Papiæ post destructionem Mediolani.“ Dumont,
Corps dipl., 1. 1. p. 295. = 2 Chronicon Lucell. R. (5. — Bernard. Walch, p. 143. = 3 „ Anno MCLXII . . .
Ortliebus episcopus obiit. “ Annal. Argent, pleniores apud Bôhrner, Fontes reram germ., III. 79.