CHAPITRE XV
Un antre acte dressé également à Bàle dans le verger du doyen Wilhelm, le 21 octobre 1245, assura à l’église de Bàle la propriété des châteaux de Birseck. Ces deux châteaux avaient été reconnus comme lui appartenant par le comte Rodolphe de Thierstein, mais Louis, comte de Frobourg, et son fils Hartmann avaient contesté cette propriété à l’évêque de Bàle et avaient prétendu avoir des droits sur ces domaines. Une querelle s’en était suivie ; il y avait eu vexations, injure de la part des comtes; enfin on parvint à s’accorder. L’évêque Lutold prouva le bien fondé de ses réclamations et la propriété des deux châteaux de Birseck lui fut reconnue, en présence de nombreux témoins par les comtes de Frobourg qui lui donnèrent le baiser de paix. 1
La même année, le grand chapitre reçut de son cellerier Ulrich de Rüdersdorf trois maisons situées dans la rue de S. Udalric à Bàle qu’il tenait en emphythéose des chanoines pour une redevance de six sols et de la moitié d’une mesure de vin rouge : il renonça à tous les droits qu’il pouvait avoir sur ces maisons en faveur du chapitre, par la main de son frère Hugues de Radersdorf. Lutold revêtit cette résignation de son sceau. 2 II avait également approuvé une composition conclue en 1241 (17 janvier) entre Hermann, comte de Frobourg, et Henri de Kienberg. Le 1 5 août de la même année, il avait aussi reconnu à Bâle les droits de l’abbesse de Massevaux dont les employés étaient exempts de toute prestation envers l’évêque de Bàle. 3 L’attestation et le sceau de Lutold d’Arbourg furent également réclamés pour l’acquisition d’une forêt faite par l’abbaye de Lucelle des sires de Ramstein en 1243 (28 octobre).4 A quelque temps de là, l’évêque de Bâle confirma l’annexion de l’église paroissiale de Michelbach (dans le Sundgau) au couvent de ce lieu, faite par Henri de Thoune. Les revenus de cette église, sauf la prébende du vicaire, étaient mis à la disposition des bonnes religieuses qui servaient Dieu dans ce monastère. 5
Tous ces actes de l’évêque Lutold affirment sa sollicitude pour sa cathédrale et les maisons religieuses de son diocèse. Les intérêts généraux de l’Eglise attiraient aussi son attention et sa voix se joint à cette époque à celle des défenseurs intrépides de la papauté. Lorsque le pape Innocent IV réunit à Lyon un concile général pour prendre de sévères mesures contre l’empereur Frédéric parjure, hérétique et félon, les évêques d’Allemagne répondirent en petit nombre à la voix du souverain pontife. Cependant, il s’y trouva 140 archevêques et évêques, beaucoup d’abbés et de supérieurs d’ordres religieux. Parmi les pères du concile de Lyon, figurait l’évêque de Bàle, Lutold d’Arbourg. Il s’était rendu à Lyon avec l’abbé de Lucelle, Thyémo, et il prit une part active aux opérations de cette illustre assemblée. Ouvert le 28 juin 1245, dans la cathédrale de Saint-Jean, le concile eut trois sessions, dans lesquelles on adopta dix-sept canons concernant les procédures judiciaires. Le 1 7 juillet, le concile, après avoir décrété l’octave de la Nativité de la Ste Vierge, prononça la sentence de déposition de l’empereur.
L’évêque de Bàle rapporta de Lyon une bulle d’innocent IV qui est un témoignage solennel de sa présence au concile œcuménique de 1245. Jusqu’à ce
1 Codex dipl. eccl. Basil., fol. 58 b. — 2 Ch. Urstisii codex dipl. Bruclui., fol. 150. = 3 Ch. Urstisii
Rhapsodiæ rerum variarum, p. 778. = 4 Cartulaire de Lucelle, p. 64. = 5 Ce couvent de bénédictines
lit placé en 1253 par Bertholde de Ferrette, évêque de Bâle, sous la sujétion de Lucelle et sous la règle de
Cîteaux. Cartul. de Lucelle, p. 162.