‹ Histoire des Évêques de BaleChapitre 2 sur 496 · PRÉLAT DE LA MAISON DE SA SAINTETÉ, CURÉ-DOYEN A DELÉMONT · texte numérisé non relu

PRÉLAT DE LA MAISON DE SA SAINTETÉ, CURÉ-DOYEN A DELÉMONT

Monseigneur,

I ous savez mieux que personne, vous qui avez parcouru les âges , le flambeau de la science à la main, avec quelle injustice et quelle mauvaise foi, par combien de ruses et d’artifices, on a fait de V histoire, comme s’exprime le comte de Maistre , une conspiration permanente contre la vérité: l’ambition rampante et la cupidité ont abaissé les sommités sociales et les pouvoirs légitimes; V ingratitude et la jalousie impuissante ont calomnié, dans les chefs et les ministres de la religion, tes maîtres et les bienfaiteurs du monde civilisé; /’ hypocrisie et la licence, cachées '■■mis les noms de réforme et de progrès, se sont efforcées d’obscurcir l’éclat des Actes de Dieu par l’Eglise dans le perfectionnement et le salut des peuples.

Mes vénérables prédécesseurs sur l’antique Siège épiscopal de Bâle ont subi te même sort , surtout depuis trois siècles.

Cependant le voile de l’erreur a été déchiré. Le protestant (tibbou disait que les eveques ont fait la France comme les abeilles font une ruche. Grâce à votre Histoire des évêques de Bâle, dont f accepte avec reconnaissance ta dédicace ,

Nous pouvons dire à Notre tour que les évêques ont formé notre pays comme l’architecte forme l’édifice avec des blocs abrupts et grossiers.

Ce travail, impatiemment attendu, publié avec un luxe typographique et des illustrations splendides, comble mes désirs et réalise le plus cher de mes vœux, car rien ne m’est plus agréable que cle recueillir les gestes de nos Pères dans la foi, mes glorieux ancêtres, qui nous font remonter, par une succession non-interrompue, jusqu’aux premiers siècles de V Eglise de Jésus-Christ.

Vous avez su, Monseigneur , par un zèle infatigable, réunir des documents innombrables, authentiques, inconnus aux anciens chroniqueurs de l’Évêché de Bâle, et jeter un jour tout nouveau sur les phases si diverses de notre histoire diocésaine. C’est comme une révélat ion qui dissipe d’épaisses ténèbres ; c’est une réf utation v ictorieuse des attaques injustes et déloyales, dont les évêques de Bâle ont été l’objet.

Votre histoire est un véritable monument élevé à la gloire de Dieu et à l’honneur de notre Eglise et de ses pontifes. Vous n’avez eu besoin pour défendre et venger ces illustres mémoires, que de dire la vérité, rien que la vérité. Les archives oh vous avez su pénétrer, les vieilles chartes, les manuscrits les plus anciens et les plus autorisés, vous ont livré leurs révélations souvent inattendues, et vous avez pu asseoir sur des bases irréfragables le récit toujours si attachant de votre histoire. C’est assez dire avec quel entraînement le lecteur suit les scènes émouvantes et le drame merveilleux que vous déroulez devant ses yeux.

Aucun fait, aucune date qui ne repose sur un document authentique , et c’est de la sorte que vous avez rangé, dans un cadre vivant, la succession de ces pontifes qui siègent dès le IVe siècle aux conciles de la sainte Eglise pour arriver au XIXe, au grand et œcuménique Concile du Vatican.

C’est, un rétablissement complet et véridique des diptyques sacrés de notre Eglise , si souvent dispersés par les révolutions, ou anéantis par les cataclysmes qui ont dévasté notre diocèse.

Nous y retrouvons des noms oubliés, presque inconnus, des saints, des docteurs, de grands bienfaiteurs de l’humanité, des pasteurs selon le cœur de Dieu , de dignes successeurs des apôtres à Augusta Bauracorum, à Bâle et à Porrentruy. Quelle gloire pour notre Eglise!

Je vous félicite, Monseigneur, de cette œuvre magistrale dont les imprimeurs du Saint-Siège, Messieurs Benziger d’ Einsiedeln, si connus par leurs belles et célèbres publications, ont bien voulu se charger. A votre texte irréprochable, ils joignent des illustrations qui conserveront , pour la postérité la plus reculée, les meilleurs souvenirs de notre histoire religieuse. Ce sera comme une résurrection inattendue d’un passé quinze fois séculaire revivant avec la succession de ses pontifes et de ses monuments les plus remarquables.

Je vous remercie cordialement, Monseigneur , de ce que vous avez déplogé tant de zèle à rassembler ces richesses historiques diocésaines , que vous léguerez aux futures générations comme un splendide monument élevé à nos pères dans la foi, dont il fallait bien, conformément à l’équité et à la sainte Ecriture, raconter les faits glorieux, parce que, en général, ils ont été grands en vertus et ornés de prudence, qu’ils ont publié les oracles divins, éclairé les peuples par la solidité de leur sagesse et de la science sacrée, leur enseignant avec les arts la véritable beauté et leur apportant un gouvernement doux et pacifique. C’étaient des hommes de charité et de miséricorde: leur gloire a passé d’âge en âge, et leur nom, dont vous avez rafraîchi la mémoire, vivra dans la succession des siècles.

Et je suis avec la reconnaissance la plus dévouée,

Monseigneur ,

Votre respectueux serviteur

f EUGÈNE, Évêque de Bâle.

Lucerne, du lieu de mon refuge, le 2 février 1884, en la fête de la Purification de la St° Vierge.

Roue de fortune au-dessus de la porte de S. Gall à la cathédrale de Bâle.

Les apôtres dans la crypte de la cathédrale de Bâle.

‘Église de Bàle est d’une haute antiquité; on trouve des martyrs chrétiens à Augusta Rauracorum au IIIe siècle et un évêque de ce siège au concile de Sardique en 343. C’est donc une chaîne nonûnterrompue de pontifes, arrivant à travers quinze siècles, jusqu’à l’épiscopat de Monseigneur Lâchât.

L’histoire de cette vénérable Eglise n’a pas encore été faite. Il y a eu quelques essais, des catalogues d’évêques; Wurstisen a donné dans sa grande Chronique de Bàle, une place aux pontifes de ce siège; Sudan a publié la Bcisilea Sacra; M. Trouillat, de docte mémoire, a fait un cartulaire de l'Évêché de Bàle qui est une source précieuse 'les documents de son histoire; d’autres encore ont essayé de rappeler les lustres 'le cette Église; mais ces historiens manquaient souvent de renseignements authentiques, des chartes de nos archives qui n’étaient pas à leur disposition ou qu’ils n auraient su déchiffrer. D’autres auteurs, égarés par leur haine contre l’Église, ont sciemment et volontairement falsifié l’histoire et représenté comme des monstres, des pontifes pieux, zélés et inflexibles au devoir.

Il y avait donc une grande œuvre à faire, œuvre nouvelle, inédite, immense, pleine de labeur. Nous y avons consacré résolûment plus de vingt années de notre vie, poursuivant sans relâche, sans nous décourager jamais, une tâche qui demandait des recherches innombrables, dépouillant une à une les pièces de nos archives ayant trait à Thistoire des évêques ou de l’Église de Bâle, fouillant les recueils manuscrits ou imprimés où se trouvaient enfouis les souvenirs historiques de notre diocèse.

Après tant d’années de travaux incessants, nous avons pu mener à bonne fin cette difficile entreprise. Notre œuvre est achevée et nous l’offrons à tous ceux qui aiment l’Église et se réjouissent de sa vitalité puissante à travers les siècles. Ils verront comment Dieu suscite, pour faire son œuvre, des pontifes selon son cœur, grands, saints, doctes, puissants en actes et en paroles.

Nous offrons ces annales à tous les chrétiens de ce vaste diocèse qui saluent dans la sainte et vénérable Église de Bâle, leur mère dans la foi. Comme les fils d’une noble race, ils aimeront à remonter la chaîne des âges pour retrouver les preux des anciens jours et les grands souvenirs des générations chrétiennes qui les ont précédés.

Nous offrons aussi notre histoire à tous les catholiques de la Suisse qui sont unis à la sainte Église de Bâle par des liens de sympathie, d’association et de confraternité; aux catholiques de l'Alsace qui, elle aussi, a vécu si longtemps sous la crosse des évêques de Bâle.

L'AUTEÜll.

Oelémont. le £0 décembre 1883.

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